Mehlis
était assisté du commissaire Gehrard Lehmann. Cet officier est lui
aussi un agent notoire des services secrets allemands et états-unien. Il
a été reconnu formellement par un témoin comme participant
au programme denlèvement, de séquestration et de tortures,
mis en place en Europe par ladministration Bush. Son nom est cité
dans le rapport ad hoc du Conseil de lEurope. Cependant, il a échappé
à toute poursuite judiciaire grâce à un alibi aussi solide
que peu crédible, fourni part ses collègues de la police allemande.
Mehlis
et Lehmann ont promu la thèse du kamikaze et de sa camionnette bourrée
dexplosifs afin décarter toute investigation sur larme
allemande qui a servi à commettre le crime.
Des
échantillons de terre, ont été prélevés sur
la scène du crime. Après avoir été mélangés,
ils ont été divisés en trois bocaux qui ont été
envoyés à trois laboratoires différents. Les deux premières
analyses nont trouvé aucune trace dexplosif. Le troisième
bocal a été pris par Mehlis et Lehmann, et envoyé par leur
soin au troisième laboratoire. Celui-ci y a trouvé les traces dexplosifs
recherchés. En principe, si lon décide de recourir à
trois experts judiciaires, cest quen cas de désaccord entre
eux, on se reportera à lavis majoritaire. Que nenni ! Mehlis et Lehmann
ont violé les protocoles. Ils ont considéré que seul leur
bocal était fiable et ont emmené le Conseil de sécurité
sur une fausse piste.
Le
caractère profondément malhonnête des investigations du duo
Mehlis-Lehman na plus besoin dêtre démontré. Leurs
successeurs lont reconnu à demi-mots et ont annulé des pans
entiers de procédure.
Parmi
leurs manipulations, la plus célèbre est celle des faux témoins.
Cinq individus ont prétendu avoir été témoins de la
préparation de lattentat et ont mis en cause les présidents
Bachar el-Assad et Emile Lahoud. Alors que ces imputations faisaient chauffer
le chaudron de la guerre, leurs avocats démontrèrent quils
mentaient et laccusation se dégonfla.

Le
président de la Commission denquête de lONU, Detlev Mehlis,
a violé les règles de procédure pénale, fabriqué
de fausses preuves et utilisé de faux témoignages, pour disculper
lAllemagne et accuser la Syrie.
Sur
la base de ces faux témoignages, Detlev Mehlis arrêta, au nom de
la Communauté internationale, quatre généraux libanais et
les fit incarcérer durant quatre ans. Pénétrant avec ses
cow-boys au domicile de chacun, sans mandat de la justice libanaise, il interpella
également les membres de leur entourage. Avec ses assistants qui
sexpriment entre eux en hébreu il tenta de manipuler les familles.
Ainsi, au nom de la Communauté internationale, il présenta des photos
truquées à lépouse dun des généraux
pour le convaincre que son mari non seulement lui cachait son implication dans
le meurtre, mais la trompait. Simultanément, il tenta une manoeuvre similaire
auprès du fils du « suspect », mais cette fois pour essayer
de le convaincre que sa mère était une femme légère
et que son père, désespéré, venait de sombrer dans
une sorte de folie meurtrière. Lobjectif était de provoquer
un crime dhonneur au sein de la famille et de ternir ainsi limage
de gens respectables et respectés.
Plus
incroyable encore, Lehmann proposa à un des quatre généraux
incarcérés de le libérer sil acceptait de porter un
faux témoignage contre un dirigeant syrien.
Par
ailleurs, le journaliste allemand Jürgen Cain Külbel mit en évidence
un détail troublant : il était impossible de provoquer lexplosion
avec une télécommande ou dutiliser une balise sur la cible
sauf à désactiver le puissant système de brouillage dont
le convoi de Rafiq Hariri était équipé. Un système
parmi les plus sophistiqués au monde, fabriqué
en Israël.
Külbel
fut sollicité par un militant pro-palestinien connu, le professeur Said
Dudin, pour promouvoir son livre. Mais Dudin, en multipliant les déclarations
outrancières, sappliqua surtout à le saboter. Külbel,
ancien officier de police criminelle dAllemagne de lEst, ne tarda
pas à découvrir que Dudin était connu de longue date pour
être un agent de la CIA infiltré dans la gauche allemande. Il publia
danciens rapports est-allemands attestant du fait et fut alors condamné
pour divulgation illégale de documents et brièvement incarcéré
; tandis que Dudin sinstallait à lambassade dAllemagne
à Beyrouth et tentait dinfiltrer les familles des quatre généraux.
Passé
inaperçu au Proche-Orient le rôle de lAllemagne dans cette
région doit être souligné. La chancelière Angela Merkel
a envoyé un contingent très important pour participer à la
Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) après la guerre
entreprise par Israël contre le pays du Cèdre à lété
2006. Les 2 400 soldats allemands contrôlent de dispositif maritime pour
empêcher lapprovisionnement en armes de la Résistance via la
Méditerranée. A cette occasion, Mme Merkel a déclaré
que la mission de larmée allemande était de défendre
Israël. Ce discours a provoqué un vent de fronde parmi les officiers.
Par centaines, ils lui ont écrit pour lui rappeler sêtre engagés
pour défendre leur patrie et non un Etat étranger, fusse t-il allié.
Fait
sans précédent, le 17 mars 2008 à Jérusalem et le
18 janvier 2010 à Berlin, les gouvernements allemand et israélien
ont tenu un conseil des ministres commun. Ils y ont adopté des programmes
divers, notamment en matière de défense. A ce stade, il ny
a plus beaucoup de secrets entre Tsahal et la Bundeswehr.
Lenquête
de Detlev Mehlis a sombré non seulement dans le ridicule des faux témoins,
mais dans lillégalité de larrestation des quatre généraux.
Au point du le Groupe de travail sur les détentions arbitraire du Conseil
des droits de lhomme de lONU est intervenu pour condamner fermement
cet excès de pouvoir.
Toutefois,
lopprobre qui frappe le travail de M. Mehlis ne doit pas éclabousser
le Tribunal spécial pour le Liban qui nest aucunement responsable
de ses manipulations. Mais, là encore, les choses se compliquent. La crédibilité
du TSL dépend de sa capacité à réprimer en premier
lieu tous ceux qui ont tenté de masquer la vérité et daccuser
mensongèrement les présidents Bachar el-Assad et Emile Lahoud pour
provoquer une guerre. Or, le Tribunal refuse de juger les faux témoins,
donnant limpression quil couvre les manipulations de la période
Mehlis et poursuit des objectifs politiques similaires (cette fois contre le Hezbollah,
peut-être demain contre dautres). Pis, le Tribunal refuse de remettre,
à Jamil Sayyed (un des quatre généraux illégalement
emprisonné), les procès-verbaux daudition des personnes qui
lont accusé, lui interdisant ainsi de demander réparation
et donnant limpression quil couvre quatre années de détention
arbitraire.
De
manière plus prosaïque, le Tribunal fuit ses responsabilités.
Dun côté, il doit juger les faux témoins pour dissuader
de nouvelles manipulations et pour manifester son impartialité ; dun
autre il ne veut pas se lancer dans une opération « mains propres
» au cours de laquelle il lui faudrait peut-être arrêter le
procureur Mehlis. Cependant, les révélations dOdnako sur la
piste allemande rendent cette stratégie intenable. Dautant quil
est déjà bien tard : le général Jamil Sayyed a déposé
une plainte en Syrie et un juge dinstruction syrien a déjà
inculpé le procureur Detlev Mehlis, le commissaire Gerhard Lehman et les
cinq faux témoins. On imagine la confusion qui sabattra sur le TSL
si la Syrie saisit Interpol pour les faire arrêter.
De
même que la commission Mehlis devait apporter le professionnalisme qui manquait
aux forces de lordre libanaises, de même le TSL devait apporter limpartialité
qui risquait de faire défaut aux juridictions libanaises. On est loin du
compte et ceci soulève la question de la légitimité de cette
institution.
Kofi
Annan souhaitait que le Tribunal pour le Liban ne soit pas une juridiction internationale,
mais un tribunal national libanais à caractère international. Il
aurait été régi par le droit libanais tout en étant
composé pour moitié de juges internationaux. Cela na pas été
possible car la négociation a tourné court. Ou plutôt, un
accord a été trouvé avec le gouvernement libanais de lépoque,
présidé par Fouad Siniora, lancien fondé de pouvoir
des entreprises Hariri, mais na pas été ratifié ni
par le Parlement, ni par le président de la République. Du coup,
cet accord a été avalisé unilatéralement par le Conseil
de sécurité (Résolution 1757 du 30 mai 2007). Par conséquent,
le TSL est hybride et fragile.
Ainsi
que la précisé Kofi Annan, ce tribunal nest comparable
à aucun des tribunaux mis en place jusquici par les Nations Unies.
« Il nest pas un organe subsidiaire de lONU, ni un élément
de lappareil judiciaire libanais », cest tout juste «
un organe conventionnel » entre lexécutif des Nations Unies
et lexécutif libanais. Si lon se réfère à
lexigence internationale de séparation des pouvoirs et dindépendance
de la Justice face à lExécutif, on ne peut pas considérer
le TSL comme un véritable tribunal, juste comme une commission disciplinaire
conjointe des exécutifs libano-onusiens. Quelque soient ses décisions,
elles seront donc frappées de suspicion.
Pis,
à tout moment, nimporte quel gouvernement libanais peut y mettre
fin, puisque laccord nayant pas été ratifié nengageait
que lancien gouvernement. Du coup, lactuel gouvernement de coalition
libanais sest transformé en champ de bataille entre partisans et
adversaires du tribunal. Tentant de préserver la stabilité gouvernementale,
le président de la République, Michel Sleimane, dissuade semaine
après semaine le Conseil des ministres de passer au vote sur toute question
relative au TSL. Ce barrage ne tiendra pas éternellement.
Une
mauvaise nouvelle narrivant jamais seule, la suspicion atteint maintenant
le président du TSL, Antonio Cassese. Ce spécialiste réputé
du droit international fut président du Tribunal pénal pour lex-Yougoslavie.
Or M. Cassese est un fervent partisan de la colonisation juive de la Palestine.
Ami personnel dElie Wiesel, il a reçu et accepté un prix honorifique
de sa main. Il aurait donc dû se récuser et démissionner lorsque
Hassan Nasrallah a révélé que des drones israéliens
avaient repéré durant des mois les habitudes de la victime et la
scène du crime.

Selon
le président du Tribunal spécial pour le Liban, Antonio Cassese,
la Résistance armée en Palestine, Liban, Irak et Afghanistan doit
être jugée pour « terrorisme ».
Plus
grave, le juge Cassese incarne une conception du droit international qui fait
clivage au Proche-Orient. Bien quil ait retiré ce point de son curriculum
vitae officiel, il participa en 2005 aux négociations entre les Etats membres
de lUnion européenne et ceux de la Méditerranée («
Processus de Barcelone »). Sa définition du terrorisme bloqua les
discussions. Selon lui, le terrorisme est exclusivement le fait dindividus
ou de groupes privés, jamais dEtats. Il sensuit que la lutte
contre une armée doccupation ne saurait être considérée
comme de la « résistance », mais comme du « terrorisme
». Dans le contexte local, cette position juridique relève de lordre
colonial et disqualifie le TSL.
Les
méthodes du Tribunal spécial ne diffèrent guère de
celles de la Commission Mehlis. Ses enquêteurs ont collecté des fichiers
de masse : sur les étudiants libanais, les bénéficiaires
de la Sécurité sociale, les abonnés dElectricité
du Liban et de lOffice des eaux. Le 27 octobre, ils ont même tenté,
hors de la présence de magistrats libanais, de semparer par la force
des dossiers médicaux dune clinique gynécologique fréquentée
par les épouses de membres du Hezbollah. Toutes ces investigations sont
évidemment sans lien avec lassassinat de Rafiq Hariri. Tout porte
les Libanais à croire que ces informations sont destinées à
Israël dont le TSL nest à leurs yeux quune simple émanation.
Tous
ces problèmes avaient été parfaitement anticipés par
le président Poutine qui avait vainement proposé, en 2007, une autre
rédaction de la résolution instituant le Tribunal spécial.
Lambassadeur Vitaly Churkin avait dénoncé les « lacunes
juridiques » du système. Il sétait indigné que
le Conseil de sécurité menace de recourir à la force (Chapitre
VII) pour créer unilatéralement cet « organe conventionnel
». Il avait souligné que le Tribunal devait uvrer à
la réconciliation des Libanais, mais était conçu de sorte
quil les opposerait un peu plus. En définitive, la Russie
comme la Chine avait refusé dapprouver la Résolution
1757.
Reste
que la vérité émerge peu à peu. Les interceptions
de vidéos de drones israéliens, rendues publiques par le Hezbollah,
montrent une préparation israélienne du crime. Les faits révélés
par Odnako montrent lusage dune arme allemande sophistiquée.
Le puzzle est presque complet.
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Thierry Meyssan
Analyste
politique français, président-fondateur du Réseau Voltaire
et de la conférence Axis for Peace. Il publie chaque semaine des chroniques
de politique étrangère dans la presse arabe et russe. Dernier ouvrage
publié : LEffroyable imposture 2, éd. JP Bertand (2007).
Source
Odnako (Fédération de Russie)

Hebdomadaire
dinformation générale. Rédacteur en chef : Mikhail
Léontieff.