Cambodge
:
LONU finance un camp où des détenus sont
frappés, battus et assassinés Selon des défenseurs
des droits humains, des « indésirables » sont raflés
dans la rue et enfermés sans jugement

Ben
Doherty
Lundi 8 Novembre 2010
Gardes
et détenus au camp de prisonniers de Prey Speu, au Cambodge. Le gouvernement
prétend quil sagit dun centre social, mais des défenseurs
des droits humains affirment quil sagit dune prison secrète
aux méthodes brutales. Photo: Gardes et détenus au camp de prisonniers
de Prey Speu, au Cambodge. Le gouvernement prétend quil sagit
dun centre social, mais des défenseurs des droits humains affirment
quil sagit dune prison secrète aux méthodes brutales.
Photo: Autres articles
Des
financements de lONU permettent de faire fonctionner un camp dinternement
aux méthodes brutales pour les miséreux du Cambodge qui y sont enfermés
des mois entiers sans jugement, et où ils sont violés et battus,
parfois à mort, selon des déclarations faites au Guardian par danciens
détenus. La dénomination officielle de la prison de Prey Speu,
à 20 km de Phnom Penh, capitale du Cambodge est celle de « centre
social » pour éduquer et soigner des miséreux. Mais des
défenseurs des droits humains et danciens détenus ont déclaré
quil sagissait dune prison secrète et illégale
où ceux que le gouvernement considère comme « indésirables
» - en général des drogués, travailleurs du sexe* et
sans-abri - restent enfermés pendant des mois sans inculpation. Hommes,
femmes et enfants sont entassés dans un seul bâtiment où ils
sont frappés avec des planches, fouettés avec des verges en fil
de fer ou menacés avec des armes, selon des témoins. On
raconte également que des gardes ont battu à mort trois détenus
et que ces mêmes hommes se livrent à des viols collectifs. Le
bureau du Hait Commissariat aux droits humains (OHCRH) a qualifié d«épouvantable
» ce qui se passe à Prey Speu, où des êtres humains
sont «enfermés illégalement et exposés à un
grand nombre dabus de pouvoir de la part du personnel, dont des conditions
de vie inhumaines, du racket, des coups et des viols, pouvant parfois conduire
à la mort ou au suicide. » Mais le Ministère dont dépend
Prey Speu continue à percevoir des fonds de lUNICEF et le centre
est également soutenu par diverses ONG internationales. Sok Chandara
(le nom a été changé) a été arrêté
dans une rue de la capitale et emmené à Prey Speu : « Ils
mont dit que ça donnait une mauvaise image de la ville, quand les
gens dormaient dans la rue ». Bien que la police lui ait dit quil
était en état darrestation, on ne la jamais accusé
daucun délit ni traduit en justice. On la enfermé
avec 100 autres hommes, femmes et enfants dans une pièce vide dont ils
navaient le droit de sortir quune heure par jour. Plusieurs détenus
étaient violents ou grossiers, dautres gravement malades ou blessés. Les
prisonniers étaient contraints dutiliser un seau en guise de toilettes
et la surveillance médicale nétait pas régulière.
Leau « potable » provenait sun étang puant où
se déversaient des eaux usées. Cest là aussi que les
détenus devaient se baigner et laver leurs vêtements. «
Cétait lenfer. Beaucoup de gens étaient malades, plusieurs
avaient la diarrhée ou des maux destomac à cause de la saleté
de leau, et il ny avait pas de médecins », raconte Sok. Prey
Speu dispose dun budget de 3000 riels (environ 0,50 €) par jour et
par personne pour la nourriture. En général chacun reçoit
deux fois par jour une bouillie de riz très claire dans un sac en plastique.
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| La
violence y était quotidienne. Un gardien a frappé Sok à coups
de planche parce quil tentait de défendre un autre détenu.
« Parfois les gardiens entrent et rossent les gens sans aucune raison. Ils
savent que personne ne peut se plaindre du traitement quil subit. » Selon
le Cambodian human rights advocacy group LICADHO (Groupe cambodgien de plaidoyer
pour les droits humains) trois détenus de Prey Speu ont été
battus à mort devant les autres. Cinq autres se sont suicidés,
dont deux femmes quon avait séparées de leurs enfants. Sok
sest échappé en franchissant un mur et en fuyant à
travers les rizières. Il est toujours sans abri et craint dêtre
à nouveau arrêté et envoyé au camp « Seuls les
gens qui y sont enfermés savent que cest lhorreur. Personne
ne nous vient en aide. » En règle générale un détenu
quitte Prey Speu lorsque lui-même ou ses proches versent aux gardes un pot-de-vin
dun montant de 50 à 200 dollars. Lorsquil a visité
le camp le Guardian a vu environ 100 prisonniers, qui avaient eu la permission
de quitter le bâtiment principal. Hommes et femmes étaient mélangés
et la plupart des détenus allaient nu-pieds. Il y avait au moins 20 enfants,
le plus jeune âgé de quatre ans seulement. Les gardiens postés
aux grilles dentrée, hautes de 3 mètres, ont déclaré
que le camp était un centre social où lon venait volontairement
et que les prisonniers étaient libres de le quitter quand bon leur semblait.
Quand on leur a demandé pourquoi les grilles étaient verrouillées,
ils ont répondu que cétait pour empêcher les gens dentrer. Des
défenseurs des droits humains ont documenté de nombreux viols par
les gardiens et la police. Une travailleuse du sexe* a dit à Human Rights
Watch quelle avait été violée par cinq policiers la
première nuit, puis par six employés du camp la seconde. Quand elle
avait voulu se défendre, ils lavaient frappée. Elaine Pearson,
sous-directrice de la section asiatique de Human Rights Watch a déclaré
que le gouvernement cambodgien et les donateurs navaient pas réagi
en dépit de preuves accablantes des abus commis au centre. « On dispose
depuis des années de témoignages fiables faisant état de
viols, de coups et même de morts à Prey Speu, imputables à
ses gardiens, mais rien na été fait pour demander des comptes
aux responsables. » Elle a ajouté quon devait cesser de
verser des fonds internationaux au Ministère des Affaires sociales LOHCHR
continue à donner à lorganisation psycho-sociale interculturelle
cambodgienne de largent destiné à des enquêtes psychologiques
au centre. Des spécialistes des problèmes psychiques ont rencontré
de graves dépressions chez nombre de détenus, et même des
psychoses chez certains, selon le Président de lorganisation, le
Docteur Chhim Sotheara. En juillet dernier, le responsable de lUNICEF
pour le Cambodge a organisé une rencontre entre les parties concernées
où des donateurs internationaux ont exposé laide quils
apportaient à Prey Speu. Richard Bridle, responsable de lUNICEF
pour le Cambodge, sest refusé à accorder une interview au
Guardian. Mais selon une déclaration de lUNICEF, lorganisation
« fournit des moyens techniques et financiers au Ministère des Affaires
sociales pour la Réinsertion de vétérans et de jeunes (MoSAVY)
ainsi que dautres institutions analogues, chargées de réglementer,
surveiller et contrôler le bien-être des enfants et de veiller au
respect de la protection sociale et infantile. Lan dernier lUNICEF
a versé 450 000 € au Ministère des Affaires sociales. Les mêmes
critiques quà Prey Speu ayant été adressées
cette année au Centre de réinsertion des jeunes de Choam Chao, l
UNICEF a retiré 20 000 € daide et on a aussitôt fermé
le centre. Mais lUNICEF affirme que Prey Speu ne reçoit aucune
aide directe. Le Secrétaire général des Nations Unies,
Ban Ki-Moon, a passé deux jours au Cambodge cette semaine. Au cours dune
brève conférence de presse donnée à Bangkok avant
sa visite, le Guardian a posé à Ban une question relative au rôle
de lONU dans le financement des centres, qui est restée sans réponse. Le
Ministère cambodgien des Affaires sociales a déjà rejeté
toute accusation de maltraitances et affirmé que les centres du type de
Prey Speu offraient une possibilité de réinsertion et dentraînement
linguistique. Il défend sa politique de « nettoyage des rues»
- entendez : faire disparaître des rues de la capitale mendiants, sans-abri
et travailleurs du sexe* - au motif que ces derniers « troublent lordre
public et portent atteinte à la dignité et à la morale de
la société cambodgienne ».
*
Je récuse le terme de « travailleur du sexe » dont je considère
quil constitue un euphémisme répugnant, surtout lorsquil
sagit denfants, et jinsiste pour que lon emploie «
sexuellement exploités » avec toute la charge affective que cela
comporte, alors que « travailleur » fait de la prostitution un métier.
La traductrice (féministe)
Merci
à Tlaxcala Source: http://www.guardian.co.uk/world/2010/oct/28/ raped-beaten-killed-cambodia-detention-camp Date
de parution de l'article original: 28/10/2010 URL de cet article: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=2307
Lundi
8 Novembre 2010 |
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