Discours du Président Hugo Chavez
à l’ONU 20 septembre 2006 :

"Madame la Présidente, Excellences, Chefs d’Etat, Chefs de Gouvernement, et hauts représentants des gouvernements du monde, bonjour.

D’abord, et avec tout le respect du, je vous recommande vivement ce livre de Noam Chomsky, l’un des plus prestigieux intellectuels en Amérique et dans le monde. L’une de ces œuvres les plus récentes :"Hegemony or Survival: The Imperialist Strategy of the United States.' (L'hégémonie ou la survie : La stratégie impérialiste des Etats-Unis).

(Chavez brandit le livre et l'agite en face de l'Assemblée Générale)

C’est un excellent ouvrage pour comprendre ce qui s’est passé dans le monde au 20e siècle, ce qui se passe actuellement et la plus grande menace qui pèse sur cette planète ; la prétention hégémonique de l’Impérialisme nord-américain met en péril la survie même de l’espèce humaine.

Nous continuons d’alerter sur ce danger, et nous lançons un appel au peuple même des Etats-Unis et au monde, pour stopper cette menace qui est comme une épée de Damoclès suspendue aux dessus de nos têtes. J’avais pensé lire des extraits de ce livre, mais pour respecter le temps imparti,

(il fait tourner les pages du livre, qui sont nombreuses)

je vous en recommande la lecture. Il se lit facilement. C’est un très bon livre. Madame la Présidente, je suis sûre que vous le connaissez.

(Applaudissements).

Le livre est publié en anglais, en russe, en arabe, en allemand. Je pense que les premiers à lire ce livre ce devrait être nos frères et soeurs aux Etats-Unis, car leur menace est dans leur propre maison. Le diable est juste dans la maison. Le diable, le diable lui-même est dans la maison.

Et hier le diable est venu ici.

(Il fait le signe de croix, rires et applaudissements)

Hier le diable est venu ici, ici même. Cela sent encore le soufre aujourd’hui, sur ce pupitre devant lequel je me tiens maintenant.

Hier, mesdames, messieurs, depuis cette même tribune le président des Etats-Unis, le gentleman auquel je me réfère comme étant le diable, est venu ici, parlant comme si le monde lui appartenait. Vraiment, comme si le monde lui appartenait.

Je pense que nous pourrions appeler un psychiatre pour analyser le discours d’hier du président des Etats-Unis. Comme porte-parole de l’impérialisme il est venu partager ses remèdes de bonne femme, pour essayer de maintenir le programme actuel de domination, d’exploitation et de pillage des peuples du monde.

Cela pourrait servir comme scénario d’un film d’Alfred Hitchcock. J’en proposerais même un titre : "La recette du diable".

Comme Chomsky le dit ici, clairement et en profondeur, l’empire américain est en train de faire tout ce qu’il peut pour consolider son système de domination. Et nous ne pouvons pas les laisser faire, permettre la consolidation d’une dictature mondiale.

Le discours du Président - cynique, hypocrite, rempli de cette hypocrisie impériale dont ils ont besoin pour contrôler tout.

Ils disent qu’ils veulent nous imposer un modèle de démocratie. Mais c’est leur modèle de démocratie. C’est la fausse démocratie des élites, et, je dirais même, une démocratie très originale, qui est imposée par les armes, les bombes et les armes à feu.

Quelle étrange démocratie ! Aristote pourrait ne pas la reconnaître, ou d’autres à l’origine de la démocratie.

Quel type de démocratie imposez vous avec des Marines et des bombes ?

Le président des Etats-Unis nous a dit hier, ici même dans cette salle, et je cite : "Partout où vous regardez, vous entendez des extrémistes vous dire que vous pouvez échapper à la pauvreté et retrouver votre dignité par la violence, la terreur, le martyr".

Partout où il regarde il voit des extrémistes. Et toi, mon frère - - il regarde ta couleur, et il dit, oh, voici un extrémiste. Evo Morales, le digne Président de la Bolivie, ressemble à un extrémiste.

Les impérialistes voient des extrémistes partout. Ce n’est pas que nous soyons des extrémistes. C’est que le monde est en train de se réveiller. Il se réveille de partout. Et les peuples résistent.

J’ai l’impression monsieur le dictateur du monde, que vous allez vivre la fin de vos jours comme un cauchemar, parce que le reste d’entre nous résistent, tous ceux qui se lèvent contre l’impérialisme américain, ceux qui réclament en criant l’égalité, le respect, la souveraineté des nations.

Oui, vous pouvez nous appeler des extrémistes, mais nous nous levons contre l’empire, contre le modèle de domination.

Après, le président est venu vous parler, il a dit ceci lui-même, il a dit : » "aujourd’hui je suis venu parler directement aux populations du Moyen-Orient pour leur dire que mon pays veut la paix »

C’est vrai, si nous marchons dans les rues du Bronx, si nous marchons dans New York, Washington, San Diego, dans n’importe qu’elle ville, San Antonio, San Francisco, et que nous demandons aux gens dans la rue, aux citoyens des Etats Unis, ce que veut ce pays ? Est-ce qu’il veut la paix ? Ils répondront, oui.

Mais le gouvernement ne veut pas la paix. Le gouvernement des Etats-Unis ne veut pas la paix. Il veut profiter de son modèle d’exploitation, de pillage et d’hégémonie par la guerre.
Il veut la paix. Mais qu’est ce qui se passe actuellement en Irak ? Qu’est-il arrivé au Liban ? En Palestine ? Qu’est ce qui se passe ? Et que s’est-il passé depuis cent ans en Amérique Latine et dans le monde ? Et maintenant le Venezuela est menacé-- de nouvelles menaces contre le Venezuela, contre l’Iran ?

Il s’est adressé au peuple du Liban. Beaucoup d’entre vous, -a-t-il dit, ont vu comment leurs maisons et leurs villes ont été prises dans des tirs croisés. Quel degré de cynisme pouvez vous atteindre ? Quelle capacité de mentir avec l’air penaud.

Les bombes tombées sur Beyrouth avec une précision millimétrique, sont-ce des tirs croisés ?
Il pense à un Western, quand des gens tirent en dégainant et que quelqu’un peut être pris dans des tirs croisés.

C’est impérialiste, fasciste, assassin, génocidaire. L’empire et Israël tirant sur le peuple de Palestine et le peuple du Liban. C’est ce qui est arrivé. Et maintenant nous entendons « nous souffrons, parce que nous voyons des maisons détruites ».

Le Président des Etats Unis est venu parler aux peuples – aux peuples du monde. Il est venu dire -- j’ai apporté des documents avec moi, parce que ce matin je lisais certaines déclarations-- et j’ai vu qu’il a parlé au peuple d’Afghanistan, au peuple du Liban, au peuple d’Iran. Il s’est adressé à tous ces peuples directement.

Et on se demande, alors que le Président des Etats-Unis s’adresse à ces peuples du monde, ce que lui dirait ces peuples du monde si on leur donnait la parole ? Qu’auraient –ils à dire ?
Et je pense avoir une petite idée de ce que les peuples du sud, les peuples opprimés pensent. Ils diraient : « impérialiste Yankee, rentres chez toi » Je pense que c’est ce que ces peuples diraient si on leur passait le microphone et s’ils pouvaient parler d’une seule voix aux impérialistes américains.

Et c’est pour cela, Madame la Présidente, mes collègues, mes amis, que nous sommes venus ici l’année dernière, dans cette même salle de réunion, comme nous l’avons fait ces huit dernières années, et que nous avons dit quelque chose qui aujourd'hui est confirmé – totalement, totalement confirmé.

Je ne pense pas que quelqu’un dans cette salle puise défendre le système. Acceptons le – soyons honnêtes. Le système des Nations Unies né après la Seconde Guerre Mondiale, s’est effondré, il ne sert à rien.

Ah, bien sûr, c’est bien de nous amener ici une fois par an, pour se voir, faire des déclarations, pour préparer toutes sortes de longs documents et écouter de bons discours, comme celui d’Evo hier, ou comme celui du président Lula. Oui, c’est bien pour cela.
Et il y a de nombreux discours, et nous avons entendu beaucoup de choses dites par le Président du Sri Lanka par exemple, et le Président du Chili.

Mais, nous cette assemblée, nous nous sommes transformés en un organe purement délibératif. Nous n’avons pas de pouvoir, pas de pouvoir pour avoir un impact sur la terrible situation du monde. Et c’est pour cela que le Venezuela propose de nouveau, ici, aujourd’hui, 20 septembre, que nous refondions les Nations Unies.

L’année passée, Madame la Présidente, nous avons fait quatre modestes propositions que nous considérions être d’une extrême importance. Nous devons en prendre la responsabilité, nous chefs d’état, nous ambassadeurs, nous représentants, et nous devons en discuter.

La première, concerne l’élargissement, et hier Lula en a parlé ici même : l’élargissement du Conseil de Sécurité, en ce qui concerne à la fois ses membres permanents et non permanents. On doit donner l’accès comme membres permanents, aux nouveaux pays développés et en voie de développement, au Tiers monde.

La deuxième, des méthodes efficaces pour s’occuper et résoudre les conflits mondiaux, prendre des décisions transparentes.

Troisième point, la suppression immédiate – et c’est quelque chose que tout le monde réclame – du mécanisme anti-démocratique connu sous le nom de veto, le veto des décisions du Conseil de Sécurité.

Laissez moi vous donner un exemple récent. Le veto immoral des Etats-Unis, qui a permis aux israéliens de détruire le Liban. Juste devant nous tous alors que nous regardions tous, une résolution du Conseil a été empêchée.

Et quatrièmement, il est nécessaire de renforcer, comme nous l’avons déjà dit depuis toujours, le rôle, les pouvoirs du Secrétaire Général des Nations Unies.

Hier, le Secrétaire Général nous a fait un discours quasiment d’adieu. Et il a reconnu que ces dix dernières années, les choses sont devenues plus compliquées ; la faim, la pauvreté, la violence, la violation des droits humains n’ont fait qu’empirer. Ceci est la terrible conséquence de l’effondrement du système des Nations Unies et des prétentions hégémoniques américaines.

Madame la Présidente, le Venezuela a décidé il y a plusieurs années de mener cette bataille au sein des Nations Unies, reconnaissant les Nations Unies comme un membre que nous sommes, lui prêtant notre voix, nos réflexions.

Notre voix est une voix indépendante pour représenter la dignité et la recherche de la paix, et la reformulation du système international ; pour dénoncer la persécution et les agressions de forces hégémoniques sur la planète.

C'est ainsi que le Venezuela s’est présenté. Le pays bolivar a postulé pour un poste comme membre non permanent au Conseil de Sécurité.

Examinons cela. Voilà il y a eu une attaque ouverte du gouvernement des Etats-Unis, une attaque immorale, pour empêcher que le Venezuela ne soit librement élu à un siège au Conseil de Sécurité.

L’empire a peur de la vérité, il a peur des voix indépendantes. Ils nous appellent des extrémistes mais ce sont eux les extrémistes.

Et Je voudrais remercier tous les pays qui ont aimablement annoncé leur appui au Venezuela, alors même que le vote est secret et qu’il n’est pas nécessaire d’annoncer cela.
Mais puisque l’empire a attaqué ouvertement, cela a renforcé les convictions de beaucoup de pays. Et leur soutien nous renforce.

Le Mercosur, par exemple, en tant que bloc, a annoncé son appui au Venezuela, nos frères du Mercosur. Le Venezuela est maintenant membre à part entière du Mercosur avec le Brésil, l’Argentine, l’Uruguay, le Paraguay.

Et beaucoup d’autres pays d’Amérique Latine, CARICOM, comme la Bolivie ont exprimé leur soutien au Venezuela. La Ligue Arabe, toute la ligue arabe, a exprimé son soutien. Et je suis particulièrement reconnaissant au monde arabe, à nos frères arabes, nos frères des caraïbes, de l’union africaine. Presque toute l’Afrique a exprimé son soutien pour le Venezuela et des pays comme la Russie et la Chine et bien d’autres.

Je vous remercie tous chaleureusement au nom du Venezuela, au nom de notre peuple et au nom de la vérité, parce que le Venezuela en occupant un siège au Conseil de Sécurité n’exprimera pas seulement les pensées du Venezuela, mais il sera aussi la voix des autres peuples du monde, et nous défendrons la dignité et la vérité.

Au delà de tout cela Madame la Présidente, je crois qu’il y a des raisons d’être optimistes. Un poète aurait dit
« désespérément optimiste » parce qu’au delà des guerres et des bombes, des guerres agressives et préventives, et de la destruction de peuples entiers, on peut voir une nouvelle ère se lever.

Comme Silvio Rodriguez le dit
“l’ère est en train d’accoucher
d’un cœur”.





Il y a des façons alternatives de penser. Il y a des jeunes qui pensent différemment. Et ceci s’est vu en l’espace d’a peine une décennie. Il a été prouvé que la fin de l’histoire était une hypothèse complètement fausse, et la même chose l’a été pour la Pax Americana et l’établissement d’un monde capitaliste néo libéral. Il a été montré que ce système génère plus de pauvreté. Qui y croit encore aujourd’hui ?

Ce que nous avons à faire aujourd’hui c’est de définir le futur du monde. L’aube se lève partout. Vous pouvez le voir en Afrique, et en Europe et en Amérique Latine, et en Océanie. Je veux mettre l’accent sur cette vision optimiste.

Nous devons nous renforcer nous-mêmes, notre volonté de nous battre, notre conscience.
Nous devons construire un nouveau et meilleur monde.

Le Venezuela se joint à cette lutte et c’est pour cela que nous sommes menacés. Les Etats-Unis ont déjà planifié, financé et lancé un coup d’Etat au Venezuela. Et les Etats-Unis continuent de soutenir des tentatives de coups d’état au Venezuela et ailleurs.
La Présidente Michelle Bachelet nous rappelait il y a peu le terrible assassinat de l’ex ministre des affaires étrangères, Orlando Letelier.

Et je voudrais seulement rajouter une chose : ceux qui ont commis ces crimes sont libres. Et cet autre évènement au cours duquel un citoyen américain est mort a été perpétré par des américains. C’étaient des tueurs de la CIA, des terroristes.

Et nous devons aussi rappeler dans cette salle que dans quelques jours il y aura un autre anniversaire. 30 ans ont passé depuis cette horrible attaque terroriste d’un avion cubain, un avion de Cubana de Aviación, au cours de laquelle périrent
73 innocents.

Et où se trouve le plus grand terroriste de ce continent, lequel a reconnu sa responsabilité dans l’explosion ? Il a été emprisonné au Venezuela pendant quelques années. Et grâce à la CIA et à des responsables du gouvernement il a pu échapper, et il vit ici dans ce pays, protégé par le gouvernement.

Et il a été condamné. Il a avoué son crime. Mais le gouvernement US utilise deux poids deux mesures. Il protège le terrorisme quand il le veut.

Et ceci pour dire que le Venezuela est complètement engagé dans la lutte contre le terrorisme, la violence. Et nous sommes l’un des peuples à lutter pour la paix.

Luis Posada Carriles, c'est le nom du terroriste qui est ici protégé, comme le sont également des personnes très corrompues qui se sont enfuies du Venezuela, et qui vivent ici sous protection : un groupe qui a fait exploser des bombes dans les ambassades de plusieurs pays, qui ont assassiné des gens durant le coup d’Etat. Qui m’ont kidnappé, et qui allaient me tuer mais je pense que la main de Dieu est intervenue et notre peuple est descendu dans les rues et notre armée aussi, et ainsi je suis ici aujourd’hui.

Mais ces gens qui ont fomenté ce coup ils sont ici aujourd’hui dans ce pays, protégés par le gouvernement des Etats- Unis. Et j’accuse le gouvernement américain de protéger des terroristes et d’avoir un discours totalement cynique.

Nous avons parlé de Cuba. Oui nous étions là bas il y a quelques jours. Nous en venons satisfaits.

Et là bas une nouvelle ère est née. Le sommet des 15, le sommet du Mouvement des Non Alignés, a adopté une résolution historique. C’est le document final. N’ayez pas peur je ne vais pas le lire.

Mais vous avez là toute une série de résolutions adoptées après un débat ouvert de manière transparente -- plus de 50 Chefs d’Etat. La Havane fut la capitale du Sud pendant quelques semaines, et nous avons relancé, une nouvelle fois, le groupe des Non Alignés, avec un nouvel élan.

Et s’il y a quelque chose que je peux vous demander ici, à vous mes compagnons, mes frères et soeurs c’est s’il vous plaît d’accorder votre bonne volonté à cet élan du Mouvement des Non Alignés, pour que naisse une nouvelle ère, pour éviter l’hégémonie et les avancées de l’impérialisme.

Et aussi comme vous le savez, Fidel Castro est le président du Mouvement des Non Alignés pour les trois prochaines années. Et nous pouvons lui faire confiance pour diriger avec efficacité.

Malheureusement, ils pensaient « Oh, Fidel va mourir ». Mais ils seront déçu parce qu’il n’est pas mort. Et non seulement il est vivant, il est de retour dans ses fringues vertes, et il est maintenant le président des non alignés.

Ainsi donc, mes chers collègues, Madame la Présidente, un nouveau mouvement fort est né, un mouvement du sud.
Celui du Sud. Nous sommes des hommes et des femmes du Sud.
Avec ces documents, ces idées, ces critiques, je ferme mon dossier. Je prends le livre avec moi.
Et n’oubliez pas, je vous le recommande chaudement et très humblement.

Nous voulons des idées pour sauver cette planète, pour la sauver de la menace impérialiste. Et heureusement dans ce pays même, d’ici peu, nous verrons cela, nous verrons une nouvelle ère, et pour nos enfants et nos petits enfants un monde de paix basée sur les principes fondamentaux des Nations Unies, mais une organisation des Nations Unies renouvelée.

Et peut être nous devons changer d’endroit. Peut être que nous devons mettre les Nations Unies ailleurs ; peut être dans une ville du sud. Nous avons proposé le Venezuela.

Vous savez que mon médecin personnel a dû rester dans l’avion. Le chef de la sécurité a dû rester enfermé dans l’avion. Ni l’un ni l’autre de ces gentlemen n’ont été autorisés à venir à la conférence des Nations Unies. Ceci est un autre abus de pouvoir de la part du diable. Cela sent le soufre ici -- mais Dieu est avec nous, je vous embrasse tous.

Que Dieu vous bénisse tous. Une très bonne journée à tous."

Hugo Chavez ONU mercredi 20 septembre 2006

Traduction par MD pour Planete Non Violence de la version anglaise parue le 20.09.06 sur le site Agencia Bolivariana de Noticias www.abn.info.ve

Conférence des non alignés déclaration finale







Cuba a l’immense mérite d’incarner depuis un demi-siècle
une résistance opiniâtre
à la toute puissance de l’empire américain


Réception de l’Ambassadeur de Cuba à l’Académie du Gaullisme.

Intervention de Gilles BACHELIER le 22 janvier 2009

jeudi 19 février 2009, par Comité Valmy



Chers amis,

Je souhaiterai d’abord la bienvenue à nos invités Cubains.
C’est pour nous un grand honneur de les recevoir et je peux leur dire qu’à travers eux c’est bien à Cuba et au peuple cubain qu’il sera rendu hommage ce soir à l’occasion de 50ème anniversaire de la Révolution de 1959.

Merci également à tous ceux et toutes celles et ils sont nombreux qui assistent pour la première fois à un dîner-débat de l’Académie du Gaullisme. Nous sommes ici dans un espace de liberté et je pense qu’ils ne seront pas déçus par la soirée qu’ils vont passer avec nous.

L’Académie du Gaullisme est, nous nous devons de le rappeler une association gaulliste de stricte obédience, farouchement indépendante du pouvoir politique et des partis politiques, viscéralement attachée à la défense des principes qui guidèrent l’action historique du Général de GAULLE en faveur de l’indépendance nationale, du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, du refus de toute hégémonie et de la justice sociale.

Compte tenu des valeurs qui sont les nôtres, nous ne pouvons que déplorer le caractère catastrophiques du contexte international actuel, dû au fait que nous vivons dans un monde unipolaire facteur de guerres et de troubles sociaux.

A l’heure ou, porteur d’immenses espoirs de changement, un nouveau président américain vient d’entrer en fonction, succédant à un président sortant totalement discrédité après huit ans de mandat, nous ne saurions oublier que le monde se porte très mal et que rarement l’avenir n’est apparu aussi sombre et chargé de menaces si aucune rupture véritable ne s’opère avec ce que nous venons de vivre.

Plusieurs conflits meurtriers ensanglantent la planète, conflit israélo-palestinien, conflit irakien, conflit afghan. Notre pensée va en premier lieu vers les populations civiles palestiniennes de la bande de Gaza, terriblement éprouvées. Pendant plus de trois semaines, elles viennent de subir de la part de l’armée d’Israël, allié privilégié et indéfectible des Etats-Unis un véritable enfer, un déferlement massif de missiles et de bombes à fragmentation ou au phosphore suivies d’attaques terrestres menées par des colonnes de blindés.

Le bilan, encore provisoire, en est accablant. Au moins 1300 palestiniens ont été tués dont plus de 400 enfants et une centaine de femmes, la grande majorité des victimes étant des civiles. Cinq mille blessés palestiniens ont été décomptés dont beaucoup ne survivront pas. La bande de Gaza n’est plus qu’un champ de ruines et de désolation. Côté israélien, on déplore treize morts, tragique déséquilibre. Tout cela est humainement et moralement inacceptable. Mais qui a le courage de le dire et de protester parmi les dirigeants européens au nom du droit du peuple palestinien à disposer de lui-même, au nom du peuple irakien à disposer de lui-même, au nom du peuple afghan à disposer de lui-même ? Faut-il espérer en une prise de conscience salutaire du peuple américain ? Trois ans avant les terribles évènements du 11 septembre 2001, un ancien lieutenant colonel de l’armée américaine, Robert BOWMAN qui avait mené cent une missions de combat au Viêt Nam avant de devenir évêque de l’église américaine déclarait dans The National Catholic Reporter à propos des attentats à la bombe contre des ambassades américaines de Tanzanie et du Kenya : « Nous ne sommes pas haïs parce que nous pratiquons la démocratie, aimons la liberté ou défendons les droits de l’homme. Nous sommes détestés parce que notre gouvernement refuse tout cela aux pays du Tiers monde dont les ressources naturelles sont convoitées par nos multinationales. Cette haine que nous avons semée est revenue nous hanter sous la forme du terrorisme. Au lieu d’envoyer nos fils et nos filles à travers le monde pour tuer des arabes afin que nous puissions nous emparer du pétrole qui dort sous les sables de leurs déserts, nous devrions les y envoyer pour les aider à reconstruire leurs infrastructures, leur fournir de l’eau potable et nourrir leurs enfants affamés. En bref, nous devrions faire le bien au lieu du mal. Qui voudrait nous en empêcher ? Qui pourrait nous haïr pour cela ? Qui voudrait nous bombarder ? C’est cette vérité là que le peuple américain devrait entendre ».Tous, nous souhaitons qu’il l’entende enfin et fasse sienne cette célèbre citation du Général de Gaulle ; « En notre temps, la seule querelle qui vaille est celle de l’homme. C’est l’homme qu’il s’agit de sauver, de faire vivre et de développer ».

Pour nous gaullistes, Cuba a l’immense mérite d’incarner depuis un demi-siècle une résistance opiniâtre et jusqu’ici victorieuse à la toute puissance de l’empire américain dont elle a la malchance d’être le très proche voisin à moins de 180 kms des côtes de Floride.

Une résistance d’autant plus méritoire que l’île de Cuba avec ses 110 000km2 et ses 12 millions d’habitants ne pèse pas lourd face à la première puissance de la planète et à son gigantesque arsenal militaire, surtout depuis qu’elle a perdu la protection que lui accordait autrefois l’Union Soviétique jusqu’à sa disparition en 1990.

Une résistance qui est celle de tout un peuple, une résistance véritablement exceptionnelle, héroïque, pour un petit pays victime d’un embargo économique qui lui est imposé depuis 1961 par les américains pour l’étrangler.

Une résistance qui a permis à Cuba de triompher non seulement à une tentative d’invasion mais aussi d’innombrables manœuvres de déstabilisation en tout genre dont des attentats meurtriers de la part de la CIA, ce bras armé combien redoutable de l’impérialisme américain, toujours présent sur le sol même de Cuba, à Guantanamo mais pu pour très longtemps, espérons-le.

En dépit de critiques malveillantes et de la diabolisation dont Fidel CASTRO et Raul CASTRO font régulièrement l’objet de la part des médias apparemment sensibles aux campagnes de désinformation orchestrées par cette même CIA et ses multiples officines, Cuba apparaît pour beaucoup et notamment pour toute l’Amérique latine comme un exemple et un modèle : un petit David qui défie avec succès depuis cinquante ans, l’énorme géant Goliath.

Cuba est également aux côtés du Venezuela d’Hugo Chavez, de la Bolivie d’Evo MORALES et du Nicaragua de Daniel ORTEGA l’un des promoteurs et acteurs majeurs de l’ALBA, l’Alternative Bolivarienne pour les Amériques, une alliance d’états libérés de la tutelle américaine. Ces états ont créés sous le symbole du Libertador Simon BOLIVAR un espace d’échanges solidaires non marchands où chaque état donne ce qu’il a et reçoit ce dont il a besoin, une attitude totalement contradictoire avec les accords de libre échange imposés partout dans le monde par les Etats-Unis au nom de l’idéologie ultralibérale, aujourd’hui en pleine déconfiture.

C’est pourquoi, en tant que gaullistes et en tant que français, nous ressentons une très vive sympathie et une profonde admiration à l’égard du peuple cubain, un peuple courageux, digne et exemplaire malgré sa pauvreté et ses difficultés d’existence, un peuple dont nous nous sentons totalement solidaires.






Pour connaître la réalité de votre pays Monsieur l’Ambassadeur, il est absolument nécessaire d’en connaître l’histoire, ce que négligent ceux qui vous dénigrent par ignorance. Force est de constater que Cuba n’a jamais été véritablement indépendant avant la révolution de 1959 et l’arrivée au pouvoir de l’homme qui a incarné cette Révolution, Fidel CASTRO.

Depuis 1492, date à laquelle Christophe Colomb a découvert l’île de Cuba et en a pris possession au nom du roi d’Espagne, Cuba a été jusqu’en 1898, une colonie espagnole, vouée à la culture de la canne à sucre, important des esclaves africains pour y travailler dans les plantations dans les terribles conditions que nous connaissons. Comme tous les autres peuples d’Amérique latine, le peuple cubain a très vite ressenti un irrépressible besoin de liberté et la volonté de s’émanciper du colonisateur espagnol. La longue période coloniale fut ponctuée par des révoltes permanentes et par deux guerres d’indépendance férocement réprimées par les gouverneurs espagnols. C’est au cours de la deuxième guerre d’indépendance que mourut au combat en 1895 le grand poète José MARTI fondateur du Parti Révolutionnaire Cubain et chef charismatique des partisans de l’indépendance. Aujourd’hui encore José MARTI est considéré comme le grand héros national cubain et un modèle auquel s’est toujours référé Fidel CASTRO.

En 1898, les Etats-Unis sous le prétexte officiel de venir en aide aux insurgés cubains, déclaraient la guerre à l’Espagne et après une victoire éclair, occupaient militairement l’île pendant trois ans. Les américains en profitaient pour prendre le contrôle économique de Cuba où leurs intérêts étaient déjà fortement implantés. Ils s’emparaient également de deux autres possessions espagnoles : Porto Rico et les Philippines. Si les Etats-Unis acceptaient en 1902 de retirer leurs troupes de Cuba et de lui accorder une indépendance toute théorique, ils imposaient à la jeune République de Cuba aux termes de l’amendement Platt, du nom du sénateur américain Octave PLATT le droit de conserver des bases navales dont Guantanamo, laquelle devait abriter un siècle plus tard les sinistres geôles de la CIA. De plus, l’amendement Platt autorisait les Etats-Unis à intervenir dans les affaires de Cuba à tout moment et quand bon leur semblerait. Cuba devenait un pays à souveraineté limitée sous tutelle américaine, une sorte de protectorat, une semi colonie. Quatre interventions militaires eurent lieu en application de l’amendement Platt en 1906, 1909, 1917 et 1919 à la demande des dirigeants cubains. Jusqu’en 1959, le pays devait rester sous le joug yankee qui y développe, outre sa domination économique, son tourisme basé sur l’alcool, le jeu et la prostitution.

Plusieurs présidents dont de nombreux dictateurs se succédèrent, tous soumis au protecteur américain et ses tout puissants ambassadeurs érigés en proconsuls, dans une atmosphère permanente de corruption, de scandales, d’injustice sociale et d’oppression. Le dernier de la liste fut le colonel Fulgencio BATISTA , déjà président entre 1940 et 1944 avant de revenir au pouvoir par un coup d’état en 1952 avec la bénédiction des autorités américaines. C’est ce dictateur et son régime qui furent renversés le 1er janvier 1959 par une insurrection populaire dirigée par un jeune avocat de trente trois ans, Fidel CASTRO, son frère Raul CASTRO et un révolutionnaire argentin qui devait devenir un véritable mythe, Che GUEVARA.

Je rappellerai aussi que cette Révolution reçut le soutien spectaculaire d’un célèbre écrivain américain pris Nobel de littérature, Ernest HEMINGWAY qui avait une résidence à Cuba où il écrivit une grande partie de son œuvre dont le vieil homme et la mer et pour qui sonne le glas. Le 1er janvier 1959 marquait un basculement historique pour Cuba avec le triomphe de la Révolution cubaine. A partir de cette date, le peuple cubain s’était enfin émancipé après des siècles d’oppression et de domination. La politique cubaine ne se décidait plus à Madrid ou à Washington mais à La Havane et c’est toujours le cas aujourd’hui en 2009, cinquante ans après.

Grand amateur de cigares cubains, le gaulliste Jacques DAUER, président fondateur de l’Académie du Gaullisme, notre association, malheureusement disparu le 1er septembre 2008 eut pendant les évènements de mai 1968 une occasion originale de manifester la vive admiration qu’il portait à Fidel CASTRO. Comme tous les gaullistes de gauche, Jacques DAUER considérait que la contestation étudiante de mai 1968 n’était pas dirigée contre le Général de GAULLE, alors au pouvoir mais trouvait son origine dans le malaise ressenti par la jeunesse devant les mirages d’une société moderne où la recherche d’un confort matériel tenait lieu d’un idéal exclusif. Un jour de la première semaine de mai 1968, Jacques DAUER et ses jeunes militants du Front du Progrès, un petit parti de gaullistes de gauche qu’il dirigeait à l’époque investirent par surprise la permanence du député du 5ème arrondissement de Paris, rue Cujas. Comme les locaux donnaient sur la rue par deux vitrines, Jacques DAUER colla sur la première la photo de de GAULLE et sur l’autre celle de Fidel CASTRO ajoutant en bas de cette dernière l’inscription « de GAULLE est un rebelle comme moi ». Une autre photographie d’André MALRAUX ornait la porte d’entrée. Et pendant tout les évènements de mai 1968, au plus fort des émeutes, les étudiants contestataires respectèrent cette vitrine qui resta intacte. Après cette anecdote combien significative, il est temps de donner la parole au Général de GAULLE lui-même. Voici en quels termes, dans une allocution prononcée le 27 avril 1965, l’homme du 18 juin, celui qui fut l’âme de la Résistance et le libérateur de notre pays à la barbarie nazie, énonçait sa conception de la France et sa conception du monde telles qu’il les défendit toute sa vie en des principes à valeur universelle de Phnom Pen à Montréal. « Le fait capital de ces sept dernières années c’est que nous avons résisté aux sirènes de l’abandon et choisit l’indépendance. Quant aux problèmes qui se posent dans le reste de l’univers, notre indépendance nous conduit à mener une action conforme à ce qui est à présent notre propre conception, savoir : qu’aucune hégémonie exercée par qui que ce soit, aucune intervention étrangère dans les affaires d’un Etat, aucune interdiction faite à n’importe quel pays d’entretenir des relations pacifiques avec n’importe quel autre, ne sauraient être justifiées. Au contraire, suivant nous, l’intérêt supérieur de l’espèce humaine commande que chaque nation soit responsable d’elle-même, débarrassée des empiétements, aidée dans son progrès sans conditions d’obédience. De là, notre réprobation devant la guerre qui s’étend en Asie de jour en jour et de plus notre attitude favorable à l’égard des efforts de libération humaine et d’organisation nationale entrepris par divers pays d’Amérique latine, le concours que nous apportons au développement de bon nombre de nouveaux Etats africains, les rapports que nous nouons avec la Chine, etc… Bref, il y a maintenant, une politique de la France et elle se fait à Paris.

Certes, cette indépendance que nous pratiquons à nouveau dans tous les domaines ne laisse pas d’étonner voire de scandaliser, divers milieux pour lesquels l’inféodation de la France était l’habitude et la règle. Ceux-là parlent de machiavélisme, comme si la conduite la plus claire ne consistait pas justement à suivre notre propre route ; ils s’alarment de notre isolement, alors qu’il n’y eut jamais plus d’empressement autour de nous. D’autre part, le fait que nous ayons repris notre faculté de jugement et d’action à l’égard de tous les problèmes semble parfois désobliger un Etat qui pourrait se croire, en vertu de sa puissance, investi d’une responsabilité suprême et universelle. Mais qui sait si, quelque jour, l’intérêt que ce pays ami peut avoir à trouver la France debout ne l’emportera pas, de loin, sur le désagrément qu’il en éprouve à présent ? Enfin, la réapparition de la nation aux mains libres, que nous sommes redevenus, modifie évidemment le jeu mondial qui, depuis Yalta, paraissait désormais limité à deux partenaires. Mais comme, dans cette répartition de l’univers entre deux hégémonies et, par conséquent, en deux camps, la liberté, l’égalité, la fraternité des peuples ne trouvent décidément par leur compte, un autre ordre, un autre équilibre, sont nécessaires à la paix. Qui peut les soutenir mieux que nous pourvu que nous soyons nous-mêmes ? ».

Cette très ferme orientation du Général de GAULLE explique la très grande popularité dont il bénéficiait et dont il faisait bénéficier notre pays en Amérique latine. Comment pourrait-on oublier l’extraordinaire succès populaire des voyages officiels qu’il accomplit en Amérique latine en 1964 ? Au Mexique tout d’abord où de GAULLE prononça un discours fameux du balcon du Zocala, sur la place centrale de Mexico devant une foule enthousiaste de trois cent mille personnes qui acclama cette phrase en espagnol qui fait partie de sa légende « Marchanos la mano en la mano » on le vit même parti en triomphe sur les épaules des étudiants mexicains qui arrêtèrent son cortège et le firent descendre de voiture. Il accomplit un long périple en Amérique du Sud dont il visita dix pays, toujours en déplaçant des foules immenses sur son passage et avec toujours le même enthousiasme populaire, champion d’une France libre, indépendante et fraternelle, champion du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Le Général de GAULLE y était apprécié et reconnu comme un modèle et comme une référence.

Le Général de GAULLE avait eu un devancier, un siècle plus tôt en la personne d’une autre de nos gloires nationales, Victor HUGO, l’auteur des Misérables. De la même manière que de GAULLE, Victor HUGO devait incarner cette France libératrice et universelle, cette France éternelle, héritière de la période des Lumières et de la Révolution française qui soutenait l’émancipation des peuples et inspirait les libertadors de l’Amérique latine, en témoigne cette lettre que Victor HUGO adressa en 1870 aux femmes de Cuba. A l’époque, Cuba qui se dressait contre le colonisateur espagnol, était en pleine insurrection. Les gouverneurs espagnols réprimaient cette révolte avec une brutalité sauvage et se livraient à des massacres contre la population. Les femmes s’enfuyaient, beaucoup se réfugiaient à New York. Au début de 1870, une adresse des femmes de Cuba fut envoyée de New York à Victor HUGO, alors opposant républicain à Napoléon III et en exil à Guernesey, pour le prier d’intervenir dans cette lutte. Il répondit par une lettre remarquable d’une profonde humanité et qui a gardé toute son actualité. Cette lettre, c’est aussi un hymne magnifique à la liberté des peuples et à l’amitié franco-cubaine, c’est pourquoi les extraits que je vais en lire seront ma conclusion :

« Femmes de Cuba, j’entends votre plainte. Désespérées, vous vous adressez à moi. Fugitives, martyres, veuves, orphelines, vous demandez secours à un vaincu. Proscrites, vous vous tournez vers un proscrit ; celles qui n’ont plus de foyer appellent à leur aide celui qui n’a plus de patrie. Certes, nous sommes bien accablés ; vous n’avez plus que votre voix, et je n’ai plus que la mienne ; votre voix gémit, la mienne avertit. Voilà tout ce qui nous reste. Qui sommes-nous ? La faiblesse. Non, nous sommes la force. Car vous êtes le droit, et je suis la conscience.

La conscience est la colonne vertébrale de l’âme ; tant que la conscience est droite, l’âme se tient debout ; je n’ai en moi que cette force-là, mais elle suffit. Et vous faites bien de vous adresser à moi.

Je parlerai pour Cuba comme j’ai parlé pour la Crète.

Aucune nation n’a le droit de poser son ongle sur l’autre, pas plus l’Espagne sur Cuba que l’Angleterre sur Gibraltar. Un peuple ne possède pas plus un autre peuple qu’un homme ne possède un autre homme. Le crime est plus odieux encore sur une nation que sur un individu ; voilà tout. Agrandir le format de l’esclavage, c’est en accroître l’indignité. Un peuple tyran d’un autre peuple, une race soutirant la vie à une autre race, c’est la succion monstrueuse de la pieuvre, et cette superposition épouvantable est un des faits terribles du dix-neuvième siècle. On voit à cette heure la Russie sur la Pologne, l’Angleterre sur l’Irlande, l’Autriche sur la Hongrie, la Turquie sur l’Herzégovine et sur la Crète, l’Espagne sur Cuba. Partout des veines ouvertes, et des vampires sur des cadavres.

Cadavres, non. J’efface le mot. Je l’ai dit déjà, les nations saignent, mais ne meurent pas. Cuba a toute sa vie et la Pologne a toute son âme.

L’Espagne est une noble et admirable nation, et je l’aime ; mais je ne puis l’aimer plus que la France .Eh bien, si la France avait encore Haïti ; de même que je dis à l’Espagne : Rendez Cuba ! je dirais à la France : Rends Haïti !

Et en lui parlant ainsi, je prouverais à ma patrie ma vénération. Le respect se compose de conseils justes. Dire la vérité, c’est aimer.

Femmes de Cuba, qui me dîtes si éloquemment tant d’angoisses et tant de souffrances, n’en doutez pas, votre persévérante patrie sera payée de sa peine, tant de sang n’aura pas coulé en vain, et la magnifique Cuba se dressera un jour libre et souveraine parmi ses sœurs augustes, les républiques d’Amérique. Quant à moi, puisque vous me demandez ma pensée, je vous envoie ma conviction.

J’ai toujours eu pour religion la contemplation de l’espérance. Posséder par intuition l’avenir, cela suffit au vaincu. Regarder aujourd’hui ce que le monde verra demain, c’est une joie. A un instant marqué, quelle que soit la noirceur du moment présent, la justice, la vérité et la liberté surgiront, et feront leur entrée splendide sur l’horizon. Je remercie Dieu de m’en accorder dès à présent la certitude ; le bonheur qui reste au proscrit dans les ténèbres, c’est de voir un lever d’aurore au fond de son âme ».

Victor HUGO









Evo Morales Ayma : le discours de Leganés

Evo MORALES, Manuel TALENS

Evo Morales referme une vieille blessure

Dans le chapitre XVII de l'Histoire Générale des Indes (1554), l'ecclésiastique Francisco López de Gomara décrit comment Christophe Colomb, de retour en Espagne après son premier voyage vers le continent qui, des années plus tard, recevrait le nom d'Amérique, s'est déplacé de Palos à Barcelone où se trouvaient alors les Rois Catholiques. « Bien que le chemin était long et parsemé d'obstacles, il fut très honoré et [devint] célèbre, car on allait le voir en chemin pour avoir découvert un autre monde et en avoir rapporté de grandes richesses et des hommes vêtus différemment, de nouvelle forme et couleur ». Seulement six de ces hommes, alors étranges pour la vieille Europe, avaient survécu à la traversée. « Les six Indiens ont été baptisés, les autres ne sont pas arrivés à la Cour ; et le Roi, la Reine et le Prince Jean, leur fils, furent les parrains pour avoir autorisé en personne le saint baptême du Christ sur ces premiers chrétiens des Indes et du Nouveau Monde ».

Ces faits se sont produits en mars 1493. Cela fait exactement 516 ans et 5 mois, les mêmes qui ont dû s'écouler pour qu'un descendant de ces êtres malheureux répète le même voyage à titre de réparation, non plus en qualité de prisonnier sans voix, mais comme bavard président d'une république qui, enfin, a cassé les derniers liens avec le colonialisme. Evo Morales, un indigène bolivien d'origine aymara, a renvoyé la balle à la marâtre patrie au nom de tous ses frères qui ont souffert et continuent à subir les dernières conséquences de cette entreprise. Il faut souligner qu'il l'a fait sans ranc'ur, les bras tendus, mais en énumérant ses vérités haut et fort devant cinq mille Latino-Américains de quasi toutes les républiques et une bonne poignée d'Espagnols enthousiastes. Le lieu choisi pour le discours possède un symbolisme clair : Leganés n'est pas la cour d'aristocrates qui héberge l'ancienne monarchie encore régnante sur le pays, mais une populeuse ville ouvrière de 200.000 habitants située dans la banlieue industrielle de Madrid. Le dimanche 13 septembre, la mairie de Leganés a mis à la disposition du dignitaire aymara ses modernes arènes - la Cubierta- pour qu'il y parle à sa guise. Et bien sûr qu'il l'a fait, avec un ton toujours respectueux mais ferme !

Les tribunes de la Cubierta ont commencé à se remplir dès cinq heures de l'après-midi. Il y avait des drapeaux de toutes les couleurs, des faucilles et des marteaux, des pancartes revendicatives, des salutations au compagnon Evo et des hommages à la révolution indigène, communautaire, interculturelle et plurinationale bolivienne. Il y eut, pour échauffer les esprits, un spectacle haut en couleurs de danses folkloriques andines du Pérou, de l'Équateur et de la Bolivie -qui conclurent dans une diablada 1 des plus heureuses. Et, enfin, Evo Morales est arrivé sur la scène. L'hymne national de Bolivie a retenti, qu'il a écouté le poing gauche levé et la main droite sur le c'ur. Le maire de Leganés Rafaël Gómez Montoya, l'écrivaine Rosé Regàs, l'ancien directeur de l'UNESCO Federico Mayor Zaragoza, et l'ambassadrice de Bolivie en Espagne Carmen Almendras, ont ensuite souhaité tour à tour la bienvenue au premier chef d'État d'Amérique de sang indien dans les veines. Et lorsqu'Evo Morales s'est avancé vers le micro pour prononcer son discours, l'atmosphère était déjà tellement festive qu'à partir de ce moment jusqu'à la fin les ovations et les applaudissements n'ont pas arrêté. Le public buvait littéralement ses paroles. Il était temps, en cette Europe à court d'idées, si correcte et domestiquée qu'aucun de ses dirigeants n'ose altérer le prêche de fausse supériorité morale appris pendant des siècles, qu'un indigène de l'ancienne colonie, aujourd'hui investi de responsabilités étatiques, appelle les choses par leur nom et dise ce qu'eux tous savent -mais ne disent jamais- du colonialisme, de l'exploitation, du pillage, du racisme, du capitalisme, de l'impérialisme et de la destruction environnementale.

Evo Morales a démontré être un chaud orateur, exubérant de charisme. Son espagnol exotique est un baume populaire et un révulsif pour puristes. Il se fait aimer, et combien ! Il parla et parla sans lire une seule feuille, par ses lèvres s'écoulait la sève de Cuauhtémoc, Atahualpa, Tupac Amaru, Camilo Torres et du Che que les racines de son peuple ont reçue de la Terre-Mère comme aliment spirituel. À ses mots de remerciement finaux à l'adresse d'un public extatique, les tribunes entrèrent en délire, les arènes de Leganés devinrent territoire improvisé de Bolivie. L'ancien syndicaliste cultivateur de coca, instruit à l'école de la pauvreté, avait fait mouche en plein c'ur de l'ancienne métropole' sans épée ni croix, sans verser une seule goutte de sang -uniquement avec l'arme des mots. Il est venu, il a vu, il a vaincu.

Il consacra le restant de sa visite, le lundi et le mardi, à des affaires protocolaires, à des accords économiques et à la diplomatie -sans doute inéluctables dans le monde de la politique officielle, mais qui sont pourtant de l'ordre du quotidien. Par contre la soirée magique de Leganés fut, quant à elle, inoubliable. Elle mérite d'entrer avec tous les honneurs dans le panthéon de l'Histoire, car elle a refermé une vieille blessure infligée par l'Espagne cinq siècles auparavant à la dignité des femmes et des hommes d'Amérique 'quand, dans un voyage depuis Palos jusqu'à Barcelone, elle a humilié six Indiens prisonniers et leur a nié le droit de dire ce qu'ils pensaient d'une violation si injuste.

Que le néocolonialisme espagnol et ses multinationales le sachent : ces Indiens muets ont maintenant, aujourd'hui, une voix rédemptrice, la voix du Discours de Leganés.

Manuel Talens


Paroles d'Evo Morales Ayma, Président constitutionnel de l'État Plurinational de Bolivie, à Leganés (Madrid) le 13 septembre 2009

Il est recommandé aux lecteurs d'écouter la voix d'Evo Morales et les réactions du public pendant le Discours de Leganés sur ce lien tandis qu'ils suivent en même temps, ci-après, la transcription fidèle de ses paroles :

Honorable Maire Rafaël Gómez de la ville de Leganés, autorités de la commune, autorités du Gouvernement espagnol, chère Ambassadrice de Bolivie en Espagne, salutations à tous nos frères boliviens. Merci beaucoup pour votre présence et pour me recevoir sur cette terre de Leganés, d'Espagne. Je suis surpris par la présence de milliers et de milliers de Boliviens, Équatoriens, Uruguayens, Vénézuéliens, Colombiens, de frères péruviens, de frères cubains, tant de Latino-Américains réunis ce soir. Je vous remercie beaucoup pour votre grande mobilisation, cette grande intégration en Europe de tous les Latino-Américains. Mais je veux aussi exprimer notre respect au peuple espagnol. Un tout grand merci pour votre présence et pour avoir organisé cette grande rencontre de peuples du monde.

Je suis surpris, à l'écoute de l'intervention de plusieurs s'urs et frères d'Espagne, par leur connaissance des processus de libération en Bolivie et en Amérique Latine, surpris par leur connaissance des transformations profondes en matière sociale, économique et politique. Certainement que beaucoup d'entre vous qui êtes ici savent comment nous nous sommes organisés, d'abord syndicalement, socialement, communautairement pour changer la Bolivie et, évidemment, pour changer l'Amérique Latine. Si nous parlons de changement, un des changements était justement la libération des peuples en Amérique Latine.

En Bolivie, ensemble avec la Centrale Ouvrière Bolivienne et les différents mouvements sociaux, [ce fut] une lutte permanente contre des modèles économiques qui faisaient un mal fou aux Boliviens. Si nous nous rappelons de la situation des politiques mises en 'uvre pendant la république, avant la république, les peuples indigènes originaires, quechua, aymaras, guaranis, [c'est] une lutte permanente contre le pillage de nos ressources naturelles, une lutte permanente pour l'égalité en ces temps entre indigènes, métis et créoles, pour un nouveau mode de vie, d'égalité dans la dignité, mais aussi une lutte permanente pour le respect de nos droits, le droit surtout des peuples indigènes, le secteur le plus vilipendé de l'histoire bolivienne et de l'histoire d'Amérique Latine. Une résistance dure, une rébellion face à un État colonial, une rébellion des peuples contre le pillage de nos ressources naturelles, une rébellion permanente contre les formes de soumission. Et ces luttes -je veux vous le dire, s'urs et des frères de Bolivie- n'ont pas été en vaines. D'une lutte syndicale, d'une lutte sociale, d'une lutte communale, nous sommes passés à une lutte électorale.

Je me souviens parfaitement quand je suis arrivé en 1980 au Chapare (2), quand il y avait des négociations avec des gouvernements et que les dirigeants syndicaux, d'ex-dirigeants syndicaux émettaient des propositions de changements structurels. La réponse des gouvernements néolibéraux était que nous autres paysans, indigènes, n'avions pas le droit de faire de la politique, et nos propositions de modifications à l'ordre du jour ou au calendrier des négociations étaient controversées parce qu'elles étaient de caractère politique. Je me souviens qu'on nous disait -j'étais le délégué de base- qu'ils nous disaient : ce sont des propositions politiques et on ne s'occupe pas de ça, la politique du mouvement paysan indigène dans la zone tropicale de Cochabamba c'est la hache et la machette, c'est-à-dire le travail, et nous n'avions pas le droit de faire de la politique. Sur les hauts plateaux, c'était la pelle et la pioche, la pelle pour le travail, le pilori pour le travail aussi. Et peu à peu ce mouvement social va rompre la peur de la politique. Quelques-uns avaient le droit de faire de la politique et nous les majorités ouvrières et originaires n'avions pas le droit de faire de la politique. Quand quelque ouvrier, mineur, dans les décennies 60, 70, 80, faisait de la politique, il était accusé de communiste -nous saluons le Parti Communiste Espagnol, le Parti Socialiste, nous saluons les humanistes ici présents, merci beaucoup de m'avoir enseigné à défendre la vie, nous avons eu tant de rencontres- mais je veux que vous sachiez, s'urs et frères d'Amérique Latine, d'Europe, mouvements sociaux de ce continent, [que] nos dirigeants syndicaux, dans ces décennies 60, 70, étaient accusés de communistes et poursuivis. [On fomentait] des coups d'État, des putschs militaires pour terminer avec les dirigeants syndicaux du secteur minier. Par conséquent, la doctrine de l'impérialisme américain était de les accuser de communistes et, pour cette raison, des mineurs étaient massacrés dans des centres miniers et beaucoup de frères dirigeants miniers ont échappé en s'exilant, en Europe parfois. Je veux exprimer mon profond respect et mon admiration pour l'accueil reçu par beaucoup de frères miniers et paysans en fuite en Europe pour pouvoir survivre. Les gouvernements humanistes, communistes, socialistes leur ont sûrement accordé l'asile politique.

Est venue ensuite l'autre doctrine, qui était la lutte contre le trafic de drogues. Je me rappelle parfaitement que, dans les décennies 80 et 90, les dirigeants syndicaux étaient des narcotrafiquants, autre persécution de l'Empire et [que], à partir du 11 septembre 2001, les dirigeants syndicaux [étaient] accusés de terroristes. Quelques frères doivent sûrement se souvenir qu'on appelait Evo Morales le Ben Laden andin, les producteurs de coca les talibans, et avec ce prétexte, [est venue] la doctrine politique de coca zéro, comme moyen d'expulser le mouvement paysan de la zone productrice de coca. Tout ça pour dire -je veux qu'on me comprenne-, que nous avons supporté des interventions permanentes, parfois de caractère même militaire pour attaquer cette rébellion de nos peuples en Amérique Latine. Ces luttes, qu'elles soient ouvrières ou indigènes, ces luttes de métis, ces luttes d'intellectuels comme Marcelo Quiroga Santa Cruz, ces luttes de pères révolutionnaires comme Luis Espinal, un Espagnol qui a donné sa vie par les pauvres de Bolivie et, comme Luis Espinal, ces luttes de militaires patriotes comme Germán Busch, comme le Lieutenant-colonel Gualberto Villarroel - je vous le dis, s'urs et frères- n'ont pas été vaines. Une lutte évidemment pacifique, démocratique, pour arriver au gouvernement, au Palacio Quemado 3 , pour changer, de là, les politiques économiques, les politiques sociales.

Et avec un résultat ! Je voudrais que vous écoutiez, s'urs et frères boliviens : depuis l'année 1940, la Bolivie n'avait jamais d'excédent fiscal, et ce jusqu'en 2005 -avant que je sois président. Après que nous ayons nationalisé en 2006 et récupéré les hydrocarbures, [il y a eu] en Bolivie en 2006, la première année de notre gouvernement, un excédent fiscal. On a fini avec cet État mendiant qui empruntait même de l'argent pour payer les étrennes en Bolivie. L'année 2005, les réserves internationales de la Bolivie étaient de 1.700 millions de dollars. Nous sommes allés avant-hier à la Banque Centrale de la Bolivie signer un prêt interne, et le président de la Banque Centrale de la Bolivie m'a informé que nous avons maintenant 8.500 millions de réserves internationales. De 1.700 à 8.500 millions de dollars de réserves internationales ! Imaginez, s'urs et frères, combien d'argent s'en est allé pendant les vingt années de gouvernement néolibéral, et où il est allé, sûrement dans la poche d'économistes, d'experts financiers en Europe, en Espagne et en Amérique Latine. Je voudrais que vous m'aidiez à enquêter sur le pillage de nos ressources naturelles. Combien d'argent ont perdu la Bolivie ou l'Amérique Latine, durant les dernières années combien argent avons-nous perdu, au détriment d'un nombre d'avantages sociaux ? Même si ce n'est pas beaucoup, ce serait un soulagement pour beaucoup de familles boliviennes. Maintenant nous avons des réserves, maintenant nous avons un excédent.

 





On nous a dit, depuis l'année passée, qu'il y avait une crise économique du capitalisme, une crise financière. On nous a effrayés, on nous a induit la peur pour voir comment nous allions y faire face. J'ai vraiment pensé, s'urs et frères, que cette crise allait fort nous affecter. J'ai pensé qu'il n'y aurait pas d'excédent commercial. Je voudrais vous dire, s'urs et frères boliviens, qu'au 30 juillet de cette année la balance commerciale [était] positive de trois cent millions de dollars ! Il n'y avait jamais de balance commerciale positive en Bolivie ! Et c'est pourquoi, s'urs et frères, je suis acquis aux changements structurels en démocratie et, quand il y a un certain secteur qui s'oppose, [je suis d'avis qu']il vaut mieux les soumettre au peuple bolivien par le referendum. Maintenant les Boliviens et Boliviennes ont non seulement le droit d'élire leurs autorités nationales ou départementales, ainsi que leurs autorités municipales. Maintenant le peuple bolivien a le droit de décider par tout referendum des politiques économiques pour le peuple bolivien. Ce sont des referendums qu'il n'y avait jamais avant. Mais aussi, grâce à la nouvelle Constitution politique de l'État bolivien, les Boliviens et Boliviennes non seulement ont le droit d'élire leurs autorités nationales, départementales, municipales ou parlementaires. Maintenant avec le vote du même peuple, ils ont le droit de révoquer tout président, vice-président, parlementaire, préfet ou maire qui agit mal en son domaine, ils ont le droit de les révoquer par le vote. C'est une démocratie profonde qui non seulement est représentative, mais aussi participative -là où se prennent les décisions avec le vote en conscience du peuple bolivien. Mais je voudrais vous dire, s'urs et frères, qu'il est aussi possible de changer en Bolivie les normes, les procédures pour administrer un État. Pour la première fois en 183 années de vie républicaine, le peuple bolivien approuve une nouvelle Constitution. Il n'y a jamais eu cela auparavant. Seuls la classe politique, les partis ou finalement le parti qui avait la représentation parlementaire avaient le droit de réformer la Constitution. Maintenant, le peuple approuve avec son vote une nouvelle Constitution de l'État bolivien. C'est-à-dire que nous avons même changé des constitutions.

Je voudrais vous dire, s'urs et frères, nous avons une grande faiblesse, qui est le changement de la mentalité des fonctionnaires publics. Quelques-uns ne comprennent pas encore ce qu'est être fonctionnaire public. Je l'ai déjà dit, je n'ai pas besoin de simples fonctionnaires publics, j'ai besoin de révolutionnaires au service du peuple bolivien. On a du mal à trouver des personnes qui sont au service du peuple. Il y a une mentalité, une mentalité coloniale 'dirais-je-, un héritage paternaliste, du patron, du pillard, de l'exploitant, cette mentalité ne peut être changée facilement, elle est une des faiblesses présentes encore en Bolivie. Nous commençons toutefois à changer, malgré ces faiblesses. Ce n'est pas suffisant, la participation des mouvements sociaux dans ces transformations profondes sera sûrement encore importante. Il y a un moment, notre Ministre des Affaires Étrangères me disait : « En Bolivie il y a beaucoup de mobilisation, élections après élections, des campagnes pour des referendums, parfois révocatoires, parfois pour approuver la nouvelle Constitution ». Je lui ai répondu qu'auparavant c'était putsch après putsch, que maintenant c'étaient élections après élections. Je suis très content, même s'il y a chaque année des élections et des referendums -mais pas de coups d'État.

Mais je voudrais vous dire aussi que, dans notre nouvelle Constitution politique de l'État bolivien approuvé par le peuple bolivien, il ne sera pas permis, il n'est autorisé aucune base militaire étrangère, encore moins des Etats-Unis. Et je voudrais que les frères d'Europe, d'Espagne me comprennent. En Amérique Latine, là où il y a une base militaire des Etats-Unis, il y a des putschs militaires ; la paix n'est pas garantie, la démocratie n'est pas garantie. Et je parle d'expérience, puisque j'ai été continuellement victime, dans la décennie 90 -de mi-80 à mi-2000-, de la présence de militaires étrangers en armes, spécialement des Etats-Unis. C'est heureusement terminé, grâce à la conscience du peuple bolivien. Je dois demander aux mouvements sociaux d'Europe et du monde : aidez-nous à mettre un terme aux bases militaires en Amérique Latine ! Tout pour la vie, tout pour la démocratie, et tout pour une paix et une justice sociale !

[Applaudissements nombreux] Merci beaucoup, s'urs et frères, je crois que vous m'aimez plus en Espagne qu'en Bolivie, merci beaucoup. Je suis sûr, s'urs et frères, que le processus de libération, le processus de transformation profonde, non seulement en Bolivie mais en Amérique Latine, est engagé dans une voie à sens unique. Les processus de transformation de la démocratie ne peuvent être arrêtés en Bolivie. Pourquoi dis-je ceci ? Vous les frères qui vivez ici, vous devez être informés : plusieurs fois des groupes néolibéraux de la droite fasciste, raciste, ont essayé de me sortir du gouvernement -et je m'en souviens parfaitement. La première année de mon gouvernement, qu'ont-ils dit ? « Pauvre petit indien, il restera trois, quatre, cinq, six mois, il ne va pas pouvoir gouverner, et après il va s'en aller, ils vont le sortir ». C'était en 2006. Arrive 2007, qu'ont dit ces groupes ? « Je crois que cet Indien va rester longtemps, il faut faire quelque chose ». 2008, en 2008 ils ont fait quelque chose. Et qu'est-ce que c'était ? D'abord essayer de me sortir par le vote révocatoire du peuple bolivien. J'ai accepté : allons au révocatoire ! Vous savez que nous avons gagné les élections avec 54 %. Dans ce vote révocatoire, le peuple bolivien nous a ratifiés avec 67 %. Comme ils ont raté leur coup par le vote révocatoire, qu'ils n'ont pas réussi à me faire révoquer avec la conscience du peuple, ils ont tenté l'année passée un coup d'État civil -pas militaire. Et ici je voudrais remercier les pays d'Europe, des défenseurs de la démocratie, UNASUR, les Nations Unies pour leur défense de la démocratie. Ils ont raté leur coup d'État civil préfectoral. Et voilà le grand triomphe du peuple bolivien dans le domaine politique et constitutionnel ! Et cette année, grâce à la force et à la conscience du peuple, nous avons approuvé la nouvelle Constitution. Nous avons maintenant l'obligation d'appliquer et de mettre en 'uvre cette nouvelle Constitution politique de l'État bolivien, dont quelques pays européens me disent honnêtement qu'elle est plus avancée, dans le domaine social, au niveau des droits sociaux, que dans n'importe quel pays d'Europe.

Y de quels droits parlons-nous ? Nous parlons non seulement des droits individuels, nous parlons non seulement des droits politiques : dans cette nouvelle Constitution Politique de l'État bolivien, on respecte autant les droits collectifs que privés. Par exemple, tous les services de base constituent des droits de l'homme ; s'il s'agit d'un droit de l'homme, il ne peut être de négoce privé -mais de service public.

S'urs et frères, je peux vous en raconter pas mal de cette nouvelle Constitution de l'État bolivien, mais je suis aussi sûr qu'il y a quelques requêtes que nous n'avons encore pu résoudre -spécialement du service extérieur. Je n'ai trouvé l'État bolivien -maintenant reconnu mondialement comme l'État plurinational, où existe une diversité d'êtres humains qui habitent sur cette terre de patrie qu'est la Bolivie-, je ne l'ai trouvé par exemple que deux [fois] en Espagne -à Madrid et Barcelone. Nous créons maintenant un autre consulat à Murcie -je sais, ce n'est pas suffisant. Nous sommes en train de discuter pour étendre les consulats dans quatre ou cinq villes espagnoles -inclus les Iles Canaries, Tenerife ou même Majorque et Menorca que j'ai déjà pu visiter, s'urs et frères-, pour nous occuper d'un problème nôtre, celui des migrations et des papiers y relatifs. Mais je voudrais aussi vous parler, s'urs et frères, au nom de l'Ambassade en Espagne -où tous les consulats donnent des informations grâce à la compréhension du gouvernement espagnol- de quelques thèmes importants. Le sujet par exemple des permis de conduire est très avancé, de même que celui d'une convention de vote réciproque -c'est-à-dire les résidents boliviens en Espagne auront le droit de voter aux élections municipales. Nous espérons concrétiser cela, ce vote en Espagne, lors de cette visite.

Le thème du vote à l'étranger a été une préoccupation permanente. Je veux que vous sachiez, s'urs et frères, qu'en 2006 nous avons envoyé, depuis le palais, un projet de loi au Congrès National. La Chambre des Députés a heureusement approuvé sans aucune limitation le vote à l'étranger. Mais de 2006 à 2009 il n'a pas été approuvé au Sénat, et vous savez d'ailleurs pourquoi ils ne l'ont pas approuvé au Sénat : les sénateurs néolibéraux ont très peur des frères qui ont abandonné la Bolivie à la recherche de meilleures conditions de vie. On l'a enfin approuvé pour la première fois -mais pas autant que je l'aurais voulu-, sous la forte pression en Bolivie et en Argentine. Je sais qu'ici aussi on s'est mobilisé pour faire pression sur le Congrès national en vue de l'approbation d'une loi sur le vote extérieur. Il a été approuvé jusqu'à une certaine limite, mais c'est clair, s'urs et frères, [viendra] un moment où des congressistes partageront les sentiments de beaucoup de frères vivant à l'étranger. Nous ferons alors en sorte que le vote à l'étranger ne soit pas limité. Je ne suis pas d'accord de limiter, c'est une forme d'atteinte aux droits de l'homme, le droit des citoyens boliviens vivant à l'étranger. Mais nous commencerons cette année, cette année avec le vote extérieur -bien que limité.

S'urs et frères, il y a un moment je parlais du thème de la migration. Je voudrais dire aux pays d'Europe et du monde, spécialement d'Europe, aux gouvernements, que ce sera aussi un débat. Par le passé des Européens, des Espagnols sont arrivés en Bolivie, et nos grands-pères n'ont jamais dit qu'ils étaient illégaux. Maintenant que les Latino-Américains viennent en Europe, ils ne peuvent pas être déclarés illégaux, parce que tous, nous avons tous le droit d'habiter dans n'importe quelle partie du monde -nous avons tous le droit d'habiter dans n'importe quelle partie du monde- en respectant les lois de chaque pays. Mais nous déclarer illégaux est une grande erreur, c'est là où je diverge des Nations Unies. Heureusement beaucoup de pays se joignent à nos propositions. Nous espérons que les Nations Unies établiront bientôt des normes permettant à ces soi-disant immigrants d'être reconnus comme personnes légales -je répète, en respectant la législation de chaque pays -, qu'ils investissent ou qu'ils viennent chercher des meilleures conditions de vie. Soyez-en sûrs, s'urs et frères, ce sera une autre bataille, une autre bataille pour nos s'urs et frères -que ce soient des Européens en Bolivie ou en Amérique latine, ou d'autres Latino-Américains en Europe. Ils doivent être déclarés comme des personnes légales qui vivent de leur travail, qui, par leurs efforts, vivent pour améliorer leur situation économique et sociale.

Il y a un autre sujet central, s'urs et frères : le sujet de l'environnement. Il y a sûrement beaucoup de paceños 4 ici. Imaginez-vous : le Chacaltaya 5 , notre Chacaltaya n'a plus de neige ! A Potosí, le Chorolque6 n'a plus de neige -il y a sûrement quelques potosinos ici. Chaque jour qui passe voit se réduire le poncho blanc de ces montagnes des hauts plateaux boliviens et du haut-plateau paceño. Nous devons en établir la responsabilité : [ce sont] les modèles de développement capitaliste, l'industrialisation exagérée et illimitée de quelques pays occidentaux. Ce problème affecte toutefois [toute] l'humanité. C'est pourquoi je voudrais vous dire que je suis arrivé à la conclusion, à la conclusion suivante : à l'heure actuelle, dans ce nouveau millénaire, il est plus important de défendre le droit de la Terre Mère que le droit de l'être humain. Si nous ne défendons pas le droit de la Terre Mère, il ne servira à rien de défendre seulement le droit humain. Je voudrais dire aux frères humanistes, au grand nombre de mouvements sociaux, aux groupements, intellectuels et personnalités qui se consacrent à la défense de l'environnement, et donc de la Terre Mère, je voudrais vous dire : unissons-nous, rejoignez-nous, aidez-nous, présidents et gouvernements qui défendons le droit de la Terre Mère. Défendons tous l'environnement, par conséquent le droit à la terre, défendons la planète terre pour sauver l'humanité. Si nous ne nous unissons pas, si nous ne nous engageons pas dans une direction, si nous ne travaillons pas ensemble, quelle sera la situation de tout être humain d'ici 20, 30, 50 ans ? Je veux dire, qu'il s'agisse d'un indigène, d'un ouvrier, d'un chef d'entreprise ou d'un dirigeant de transnationale : leur vie n'est pas sûre ! La seule façon de garantir, de garantir notre vie d'êtres humains qui vivons sur cette planète terre est de défendre la Terre Mère.

Il est temps d'assumer cette énorme responsabilité, et tous nous avons cette obligation noble et sacrée de défendre l'environnement. J'appelle les pays qualifiés d'industrialisés à commencer à penser sérieusement à l'annulation de la dette climatique, une dette historique qui aura fait beaucoup de tort à l'environnement. Je pressens que nous devrons assumer, en ce millénaire, cette responsabilité pour défendre l'humanité.

S'urs et frères, je sais que vous venez de beaucoup de secteurs, par différents chemins. Salutations aux frères qui viennent nous voir de différentes villes, qui viennent nous saluer, qui viennent tous applaudir, aux frères des îles, aux compagnons latino-américains qui viennent partager ce moment, et aux organisateurs. Je remercie le maire de Leganés pour nous avoir permis ce rassemblement. En ce qui me concerne, je voudrais vous dire, frères, un grand merci à tous. A bientôt ! Nous continuerons à travailler pour l'égalité, pour la dignité et le bien des Boliviens et de tous les Latino-Américains, pour leur libération qui se prépare depuis l'Amérique du Sud. Un grand merci !


[1] La diablada est une danse traditionnelle des hauts plateaux des Andes en Bolivie et à Puno au Pérou représentant l'affrontement entre les forces infernales et celles des anges et créée dans un but d'évangélisation. Cette danse offre une série de costumes et de masques impressionnants (des capes cousues au fil d'or) 'le costume du diable pèse plus de 30 kg. C'est pourquoi les danseurs doivent être capables de porter ce poids et de danser plusieurs minutes. (Wikipedia)

[2] La province de Chapare est une des 16 provinces du département de Cochambaba, en Bolivie.

[3] Palais présidentiel

[4] Les paceños sont les habitants de La Paz.

[5] Le Cerro Chacaltaya ou Chacaltaya (« chemin froid » en aymara) est une montagne culminant à 5.395 mètres d'altitude, située en Bolivie dans la Cordillère des Andes. Son glacier abritait une station de ski possédant la plus haute piste du monde, mais son retrait rapide et sa quasi disparition ont provoqué sa fermeture. Il reste une destination pour les randonneurs et abrite un laboratoire de recherche sur les particules. (Wikipedia)

[6] Le Cerro Chorolque ou Chorolque culmine à 5552m.


Traduit par Thierry Pignolet








Manuel Talens est auteur et traducteur espagnol. Il appartient aux collectifs de Rébelión et de Tlaxcala, auquel Thierry Pignolet appartient également.

Sources :

http://www.tlaxcala.es/detail_artistes.asp?lg=de&reference=357

http://amerique-latine-des-peuples.blogspot.com/2009/09/discours-de-leganes-espagne-evo-morales.html







« Ne changez pas le climat, changez le système. »

Le socialisme
est la voie du salut de la planète -

Hugo Chavez

Copenhague // Sommet des Nations unies sur le changement climatique,

vendredi 18 décembre 2009, par Comité Valmy

 





Discours prononcé par Hugo Chavez Frias, président de la République bolivarienne du Venezuela, au Sommet des Nations unies sur le changement climatique, à Copenhague, le 16 décembre 2009




Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs, Excellences, chers amis,

Je vous promets de ne pas parler plus longuement que celui qui a parlé le plus ici, cet après-midi.

Permettez-moi un premier commentaire, que j’aurais voulu aborder avec le point précédent, traité par les délégations du Brésil, de Chine, de l’Inde et de la Bolivie. Depuis notre place, nous avons demandé la parole, mais il ne nous a pas été possible de la prendre.

La représentante de Bolivie a dit –j’en profite pour saluer le camarade président Evo Morales, ici présent (Applaudissements), président de la République de Bolivie-, elle a dit entre autres choses ce qui suit –je l’ai noté sur ce papier : « Le texte présenté n’est pas démocratique, il ne part pas d’une politique d’inclusion ».

A peine suis-je arrivé que nous avons entendu la présidente de la séance précédente, la ministre, dire qu’il y avait un document, mais personne ne le connaît. J’ai réclamé le document, mais il ne nous est pas encore parvenu. Je crois que personne ne sait au juste ce que c’est que ce document, il doit être « top secret ». La camarade bolivienne n’avait donc pas tort de dire : « Il n‘est pas démocratique, il ne part pas d’une politique d’inclusion ».

Mais, Mesdames et Messieurs, ceci n’est-il pas justement à l’image de la réalité du monde ? Vivons-nous dans un monde démocratique ? Le système mondial se base-t-il sur l’inclusion ? Y a-t-il une once de démocratie ou d’inclusion à attendre du système mondial actuel ? Cette planète est régie par une dictature impériale, et depuis cette tribune, nous continuons de le dénoncer. A bas la dictature impériale, et vivent les peuples, la démocratie et l’égalité sur cette planète ! (Applaudissements)

L’exclusion que nous constatons ici en est le reflet. Il existe un groupe de pays qui se croient supérieurs à nous, ceux du Sud, à nous, ceux du tiers monde, à nous, les sous-développés, ou, comme le dit le grand ami Eduardo Galeano : nous, les pays écrasés par l’histoire qui nous est passée dessus comme un train.

Il n’y a donc vraiment pas lieu de s’en étonner : il n’y a pas de démocratie dans ce monde, et nous sommes confrontés ici, une fois de plus, à une preuve évidente de l’existence de la dictature impériale mondiale.

Deux jeunes gens ont fait irruption ici, bien heureusement les forces de l’ordre se sont comportées correctement, il n’y a eu qu’une petite bousculade, et ils se sont montrés coopératifs, si j’ai bien compris…

Mais dehors, vous savez, il y a beaucoup de monde. Bien sûr, ils ne tiennent pas tous dans cette salle. J’ai lu dans la presse que quelques personnes ont été arrêtées, qu’il y a eu des manifestations intenses dans les rues de Copenhague, et je tiens à saluer tous ces gens qui sont dehors, des jeunes pour la plupart (Applaudissements). Ce sont des jeunes qui s’inquiètent, et avec raison, beaucoup plus que nous de l’avenir du monde. La plupart d’entre nous qui sommes dans cette salle ont le soleil dans le dos, alors qu’eux le reçoivent en pleine figure, et ils s’en inquiètent sérieusement.

On pourrait dire, Monsieur le Président, qu’un spectre hante Copenhague, pour paraphraser Karl Marx, le grand Karl Marx. Un spectre hante les rues de Copenhague, et je crois qu’il hante cette salle en silence, il est là, parmi nous, il se glisse dans les couloirs, monte, descend. Ce spectre est un spectre qui épouvante tellement que presque personne n’ose même le nommer. Ce spectre, c’est le capitalisme ! (Applaudissements) Presque personne n’ose le nommer, mais il s’appelle capitalisme, et les peuples grondent dehors, entendez-les !

Je lisais certains des slogans que les jeunes scandaient dans les rues, et je crois en avoir entendu de nouveau quelques-uns quand ces deux jeunes gens ont fait irruption ici. J’en cite un : « Ne changez pas le climat, changez le système. » (Applaudissements). Je le reprends à notre compte : Ne changeons pas le climat, changeons de système, et c’est ainsi que nous pourrons commencer à sauver la planète. Le capitalisme, ce modèle de développement destructeur, est en train d’en finir avec la vie, il menace de détruire définitivement l’espèce humaine.

Un autre slogan donne à réfléchir, parce qu’il est tout à fait d’actualité, avec cette crise bancaire qui a ébranlé le monde et qui continue de le secouer, et la manière dont le Nord riche a volé au secours des banquiers et des grandes banques. Les Etats-Unis à eux seuls… Le montant de la somme qu’ils ont versée pour sauver les banques est astronomique, on s’y perd… Voilà ce qu’on dit dans la rue : « Si le climat avait été une banque, il aurait déjà été sauvé. » Et je crois que c’est vrai (Applaudissements). Si le climat avait été une banque capitaliste, une des plus grandes, il y a belle lurette que les gouvernements riches l’auraient sauvé.

Je crois qu’Obama n’est pas arrivé. Il a reçu le prix Nobel de la Paix pratiquement le même jour où il envoyait 30 000 soldats de plus tuer des innocents en Afghanistan, et le président des Etats-Unis va se présenter ici auréolé du prix Nobel de la Paix.

Les Etats-Unis détiennent la planche à billets, la machine à faire des dollars. C’est ainsi qu’ils ont sauvé, ou du moins croient avoir sauvé, les banques et le système capitaliste.

Bien, ceci était un commentaire en marge. Je voulais le faire avant, je levais la main pour pouvoir accompagner le Brésil, l’Inde, la Bolivie, la Chine, soutenir leur position intéressante et dire que le Venezuela et les pays de l’Alliance bolivarienne la partagent totalement, mais la parole ne m’a pas été donnée. Je vous demande seulement de ne pas compter ces minutes, M. le Président, ce n’était qu’une petite mise au point. (Applaudissements)

Figurez-vous que j’ai eu le plaisir de rencontrer ici cet écrivain français, Hervé Kempf. Je vous recommande vivement ce livre, il existe en espagnol -Hervé est par ici-, en français bien sûr et en anglais sûrement : Comment les riches détruisent la planète, d’Hervé Kempf. Voilà pourquoi le Christ a dit : « Il sera plus facile de faire passer un chameau par le chas d’une aiguille que de faire entrer un riche au Royaume des Cieux. » C’est ce qu’a dit le Christ, Notre Seigneur. (Applaudissements)

Les riches détruisent la planète. Ils veulent peut-être aller s’installer dans une autre quand ils auront fini de détruire celle-ci. Peut-être caressent-ils ce projet. Mais pour le moment, on n’en voit pas d’autre à l’horizon de la galaxie.

J’ai feuilleté ce livre dès qu’il m’est parvenu - c’est Ignacio Ramonet, lui aussi présent dans cette salle, qui me l’a offert - et je retiens du prologue ou du préambule cette phrase, significative. Voilà ce qu’écrit Kempf : « Nous ne pourrons pas réduire la consommation de biens matériels à l’échelle mondiale si nous ne faisons pas en sorte que les puissants diminuent la leur de plusieurs crans, et si nous ne combattons pas l’inégalité. Il est nécessaire d’adjoindre au principe écologiste, si utile à l’heure de la prise de conscience –penser globalement et agir localement–, un autre principe qu’impose la situation : consommer moins et distribuer mieux. »[1] C’est là un bon conseil que nous donne l’écrivain français Hervé Kempf.

Monsieur le Président, le changement climatique est sans aucun doute le problème environnemental le plus dévastateur de ce siècle : inondations, sécheresses, tempêtes sévères, ouragans, dégel ; montée du niveau moyen de la mer, acidification des océans, vagues de chaleur… Tous ceci aggrave l’impact des crises mondiales qui s’abattent sur nous.

L’activité humaine actuelle dépasse le seuil du développement durable et met en danger la vie sur la planète. Mais, je tiens à le souligner, nous sommes là aussi profondément inégaux. Les 500 millions de personnes les plus riches, soit 7%, sept pour cent, seven, de la population mondiale, ces 7% sont responsables de 50% des émissions polluantes, alors que la moitié la plus pauvre de la population de la planète – la moitié, 50% – n’émet que 7% des gaz polluants. Voilà pourquoi je m’étonne : il me paraît bizarre de solliciter ici la Chine et les Etats-Unis dans les mêmes termes. Les Etats-Unis comptent peut-être 300 millions d’habitants, et la Chine, cinq fois plus. Les Etats-Unis consomment plus de 20 millions de barils de pétrole par jour, et la Chine arrive à peine à 5 ou 6 millions. On ne peut pas demander la même chose aux Etats-Unis et à la Chine. Voilà un sujet qui mérite discussion. Espérons que les chefs d’Etat et de gouvernement pourront s’asseoir ensemble et discuter ces questions pour de bon, cartes sur table.

En outre, Monsieur le Président, 60% des écosystèmes de la planète sont endommagés, et 20% de l’écorce terrestre est dégradée. Nous avons été les témoins impassibles de la déforestation, de la conversion de terres, de la désertification, des altérations des systèmes d’eau douce, de la surexploitation des ressources marines, de la contamination et de la perte de la diversité biologique. La surexploitation de la terre dépasse de 30% sa capacité de régénération. La planète perd sa capacité d’autorégulation, elle est en train de la perdre. Nous produisons chaque jour bien plus de déchets que nous ne sommes capables d’en traiter. La survie de notre espèce est une question qui hante la conscience de l’humanité.

Malgré l’urgence, deux années de négociations se sont écoulées pour élaborer une seconde série d’engagements sous le Protocole de Kyoto, et nous participons à cette réunion sans être parvenus à un accord réel et significatif.

Soit dit en passant, sur ce texte surgi du néant - c’est ce qu’ont dit certains, dont le représentant chinois - le Venezuela annonce, les pays de l’ALBA, de l’Alliance bolivarienne annoncent que nous n’accepterons pas, qu’on le sache déjà, d’autre texte que celui qui provient des groupes de travail, du Protocole de Kyoto et de la Convention. Ce sont des textes légitimes qui ont donné lieu ces dernières années et ces dernières heures à des débats intenses. Je crois que vous n’avez pas dormi. Vous n’avez ni déjeuné ni dormi, c’est bien cela ? Il ne semble pas logique, dans ces conditions, qu’un texte surgisse du néant, comme vous le dites.

Aujourd’hui, en ce moment même et jusqu’à présent, de toute évidence l’objectif scientifiquement établi de réduire les émissions de gaz polluants et de parvenir à un accord de coopération à long terme semble avoir échoué. Quelle en est la raison ? Il ne fait aucun doute que la raison est l’attitude irresponsable et le manque de volonté politique des nations les plus puissantes de la planète. Que personne ne se sente blessée. Je ne fais que reprendre les propos du grand José Gervasio Artigas quand il affirmait : « Avec la vérité, je n’offense ni ne crains personne » ; mais il s’agit vraiment d’une attitude irresponsable, caractérisée par ses tergiversations, son exclusion, sa manipulation élitiste d’un problème qui nous incombe à tous et que nous ne pourrons résoudre que tous ensemble.

Le conservatisme politique et l’égoïsme des grands consommateurs, des pays les plus riches, révèlent un manque de sensibilité et de solidarité flagrant envers les plus pauvres, les affamés, les plus vulnérables aux maladies et aux désastres naturels.

M. le Président : il est indispensable de parvenir à un nouvel et seul accord applicable à des parties absolument inégales, par l’ampleur de leurs contributions et de leurs capacités économiques, financières et technologiques, et basé sur le strict respect des principes énoncés dans la Convention.

Les pays développés devraient contracter des engagements contraignants, clairs et concrets de réduction de leurs émissions, et assumer des obligations d’assistance financière et technologique aux pays pauvres, pour faire face aux dangers destructeurs du changement climatique. A cet égard, la situation particulière des Etats insulaires et des pays les moins développés devrait être pleinement reconnue.

M. le Président : le changement climatique n’est pas le seul problème qui frappe aujourd’hui l’humanité. D’autres fléaux et d’autres injustices nous guettent. Le fossé qui sépare les pays riches des pays pauvres n’a cessé de se creuser en dépit de tous les Objectifs du millénaire, du Sommet de Monterrey sur le financement, de tous ces sommets, comme le faisait remarquer ici le président du Sénégal, qui dénonçait une grande vérité : les promesses, tant de promesses non tenues, alors que le monde continue sa marche destructrice.

Le revenu total des 500 individus les plus riches du monde est supérieur au revenu des 416 millions de personnes les plus pauvres. Les 2,8 milliards de personnes qui vivent dans la pauvreté, avec moins de deux dollars par jour et qui représentent 40% de la population mondiale –je dis bien 40% de la population de la planète !– se partagent seulement 5% du revenu mondial.

Aujourd’hui, environ 9,2 millions d’enfants meurent avant l’âge de cinq ans, et 99,9% de ces décès ont lieu dans les pays les plus pauvres. La mortalité infantile est de 47% décès pour 1 000 naissances vivantes ; mais elle est de 5 décès seulement dans les pays riches. L’espérance de vie sur la planète est de 67 ans, mais de 79 ans dans les pays riches et de 40 ans seulement dans certains pays pauvres.

En outre, il existe 1,1 milliard d’habitants privés d’accès à l’eau potable ; 2,6 milliards sans services sanitaires et plus de 1,02 milliard de personnes affamées. Tel est le tableau actuel du monde.

Mais, et la cause ? Quelle en est la cause ? Parlons-en un peu, ne nous dégageons pas de nos responsabilités, n’éludons pas la profondeur du problème. La cause, sans l’ombre d’un doute –je reviens sur cette question– de tout cette situation désastreuse, c’est le système métabolique destructeur du capital et son modèle incarné : le capitalisme.

J’ai ici une citation que j’aimerais vous lire, brièvement, de ce grand théologien de la Libération, Leonardo Boff, qui comme chacun sait, est brésilien, c’est-à-dire « notre-américain ».

Voici ce que dit Leonardo Boff sur cette question : « Qu’elle est la cause ? Eh bien, la cause c’est le rêve de vouloir chercher le bonheur à travers l’accumulation matérielle et du progrès sans fin, en recourant à la science et à la technique, avec lesquelles on peut exploiter de manière illimitée toutes les ressources de la Terre ». Et il cite quelque part Charles Darwin et sa théorie de la sélection naturelle, la survie des plus forts ; mais nous savons que les plus forts survivent sur les cendres des plus faibles.

Jean-Jacques Rousseau –il est bon de s’en souvenir– signalait quant à lui : « Entre le faible et le fort, c’est la liberté qui opprime ». C’est pourquoi l’empire parle de liberté : la liberté d’opprimer, d’envahir, d’assassiner, d’anéantir, d’exploiter, voilà sa liberté. Et Rousseau ajoute la phrase libératrice : « Seule la loi libère ».

Certains pays s’amusent à empêcher qu’un document soit adopté à cette rencontre. Pourquoi ? Parce que, précisément, ils ne veulent pas de loi, ils ne veulent pas de norme, car le fait qu’il n’y ait pas de norme leur permet d’exercer leur liberté d’exploiter, leur liberté destructrice.

Faisons un effort et faisons pression, ici et dans les rues, pour qu’ici, de cette rencontre, naisse un engagement, un document qui engage les pays les plus puissants de la Terre ! (Applaudissements).

M. le Président : Leonardo Boff se demande –vous avez connu Leonardo Boff ? J’ignore si Leonardo a pu faire le voyage. J’ai fait sa connaissance au Paraguay ; je l’ai toujours beaucoup lu– : « Une Terre finie peut-elle supporter un projet infini ? ». La thèse du capitalisme du développement infini est un modèle destructeur. C’est un état de fait et nous devons l’accepter.

Et Boff de nous demander : « Que pouvons-nous attendre de Copenhague ? » A peine ce simple aveu : nous ne pouvons plus continuer ainsi, et un objectif simple : nous allons changer de cap ? Faisons-le, mais sans cynisme, sans mensonges, sans doubles agendas, sans documents issus du néant, et avec la vérité comme valeur ultime.

M. le Président, Mesdames et Messieurs, depuis le Venezuela nous demandons jusqu’à quand allons-nous permettre de telles injustices et de telles inégalités ? Jusqu’à quand allons-nous tolérer l’actuel ordre économique international et les mécanismes de marché en vigueur ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que de grandes épidémies comme le VIH/sida déciment des populations entières ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que les affamés soient privés de la possibilité de se nourrir et de nourrir leurs enfants ? Jusqu’à quand allons-nous permettre que des millions d’enfants continuent de mourir de maladies curables ? Jusqu’à quand allons-nous permettre des conflits armés qui massacrent des millions d’être innocents à seule fin que les puissants puissent s’approprier les ressources d’autres peuples ?

Que cessent les agressions et les guerres ! C’est que nous, les peuples du monde, demandons aux empires, à ceux qui prétendent continuer de dominer le monde et à nous exploiter. Nous ne voulons plus de bases militaires impériales ni de coups d’Etat ! Construisons un ordre économique et social plus juste et équitable. Eradiquons la pauvreté. Stoppons immédiatement les niveaux élevés d’émission de gaz, freinons la dégradation environnementale et évitons la grande catastrophe du changement climatique. Adhérons au noble objectif d’être tous plus libres et solidaires !

M. le Président, il y a près de deux siècles, un Vénézuélien universel, libérateur de nations et précurseur de consciences, légua à la postérité cet apophtegme, chargé de volonté : « Si la nature s’oppose, nous lutterons contre elle et nous la forcerons à nous obéir ». C’était Simon Bolivar, le Libertador.

Depuis le Venezuela bolivarien où, un jour comme aujourd’hui… à propos, il y a exactement dix ans que nous avons vécu la plus grande tragédie climatique de notre histoire, la tragédie dite de Vargas ; depuis ce Venezuela dont la révolution tente de conquérir la justice pour tout son peuple, uniquement possible à travers la voie du socialisme… Le socialisme, cet autre spectre dont parlait Karl Marx, se promène aussi par là-bas ; mais il s’agit plutôt d’un « contre-spectre ». Le socialisme est la voie à suivre, c’est la seule voie qui permettra de sauver la planète, je n’ai pas l’ombre d’un doute là-dessus. Et le capitalisme est le chemin de l’enfer, le chemin qui mènera à la destruction du monde.

Le socialisme, depuis ce même Venezuela qui, pour cette même raison, est en butte aux menaces de l’empire nord-américain, depuis les pays qui forment l’ALBA, l’Alliance bolivarienne, nous lançons notre exhortation. J’aimerais, avec tout le respect que je vous dois et du plus profond de mon âme, au nom de beaucoup sur cette planète, exhorter les gouvernements et les peuples de la Terre, en paraphrasant Simon Bolivar, le Libertador : Si la nature destructrice du capitalisme s’oppose, alors luttons contre elle et forçons-la à nous obéir ; n’attendons pas le bras croisés la mort de l’humanité.

L’histoire nous appelle à l’union et à la lutte. Si le capitalisme s’oppose, nous sommes dans l’obligation de livrer la bataille contre le capitalisme et d’ouvrir les voies du salut de l’espèce humaine. Cette tâche nous incombe à tous, sous les bannières du Christ, de Mahomet, de l’égalité, de l’amour, de la justice, de l’humanisme, du véritable et plus profond humanisme. Si nous ne le faisons pas, la plus merveilleuse création de l’univers, l’être humain, disparaîtra, elle disparaîtra !

Cette planète à des milliards d’années, et elle a vécu pendant des milliards d’années sans nous, l’espèce humaine. Autrement dit, elle n’a pas besoin de nous pour exister. Par contre, nous ne pouvons pas vivre sans la Terre, et nous sommes en train de détruire la Pachamama, comme dit Evo, comme disent nos frères aborigènes d’Amérique du Sud.

Pour conclure, M. le président, écoutons Fidel Castro lorsqu’il a dit : « Une espèce est en voie d’extinction : l’Homme ». Ecoutons Rosa Luxembourg lorsqu’elle a lancé : « Socialisme ou barbarie ». Ecoutons le Christ rédempteur lorsqu’il dit : « Bienvenus les pauvres, car le royaume des cieux leur appartient ».

M. le Président, Mesdames et Messieurs, soyons capables de faire de cette Terre non pas la tombe de l’humanité ; faisons de cette Terre un ciel, un ciel de vie, de paix et de fraternité pour toute l’humanité, pour l’espèce humaine.

M. le président, Mesdames et Messieurs, merci beaucoup et bon appétit (Applaudissements)





Copenhague :

second discours de Hugo Chávez



lundi 21 décembre 2009 par Reprise d’article.


Traduction du deuxième discours de Hugo Chávez, président de la République Bolivarienne du Venezuela, au sommet climatique de Copenhague Cop15. Discours tenu lors de la clôture de ce sommet très décevant, le 18 décembre 2009.


Bonjour, madame la présidente. J'ai à vous dire une grande vérité, il faut déjeuner.
Napoleón Bonaparte disait que les armées marchent sur les estomacs.

Je remercie beaucoup que l’ont nous ait donné la parole, au président Morales et à votre serviteur,
nous l’avions sollicitée tôt ce matin, parce que nous sommes ici depuis quelques jours déjà.

Obama est venu, il a parlé et est sorti par la petite porte.
Cette petite porte, une porte cachée par là-bas, qui s’utilise j’imagine pour le service,
pour la logistique et les coordinations de la présidence, et c’est par là qu’il est parti par la porte de derrière.

C’est l’empire, l’empire qui arrive à minuit, dans l’obscurité, et dans le dos de la majorité
de manière antidémocratique
ils cherchent à concocter un document que nous n’acceptons pas, que nous n’accepterons jamais.

L’assistance [applaudissements]

Et je suis absolument sûr
que pour la dignité que nous défendons ici,
nous, le gouvernement amphitryon, la reine du Danemark, que nous remercions pour son amabilité,
ses attentions,
j’ai eu un chauffeur très attentif qui s’appelle Thomas,
les amis qui nous ont donné la sécurité,
la dame de l’hôtel,
les travailleurs de l’hôtel.

Hier soir nous nous réunissions ici dans un gymnase avec les milliers de mouvements sociaux
qui ont manifesté avec des pancartes dans les rues sous la neige,
les mouvements qui luttent pour la justice sociale, les partis politiques.
Nous réussissons ici à Copenhague,
nous des compatriotes de l’Amérique Latine, des Caraïbes, de tous les pays.
Nous avons été très contents.

Hier soir nous avons parié à la course,
bien qu’Evo soit beaucoup plus jeune que moi j’ai gagné une course de cent mètres dans la neige,
il court dur Evo.
Je suis sûr que le gouvernement amphitryon partage les mêmes critères de nous,
la majorité immense, ceux qui ne les partagent pas, ceux qui sortent par la porte de derrière,
et ainsi va sortir l’empire yankee de ce monde,
par la porte de derrière, il va sortir par la porte de derrière d’une manière indigne.

Ici maintenant, nous sommes très inquiets
parce que nous apprenons qu’il y avait plusieurs réunions,
dont celles pour un petit groupe de pays amis de la Présidence de la Conférence,
nous ne sommes pas des ennemis : vrai ?
Nous sommes aussi amis de tous, ils ne nous ont pas invité à participer,
pour rien, ni même consultés pour entendre notre opinion,
et nous voulons dire fermement que tous les pays sont égaux,
et nous les Présidents, des chefs de l’état et de gouvernement nous avons le même niveau,
ici il n’y a pas de premiers Présidents et les Présidents de seconde zone,
il ni y a pas de peuple de première classe et des peuples de seconde classe,
tous sommes égaux, et nous voulons bien faire comprendre cela ici.

L’assistance [applaudissements]

Je crois que c’était une manière opaque d’agir,
pour le dire de façon élégante (vous le savez ?), pour essayer de faire avorter ici une solution
que comme Lula l’a dit, seul un miracle pourrait la sauver,
et comme pour cela n’ont n’attendons pas un miracle,
nous devons partir,
je ne parle pas seulement au nom du Venezuela,
j’ai été autorisé par les représentants des pays de l’Alliance Bolivarienne, ici présents,
des peuples de notre Amérique
c’est-à-dire le gouvernement et le peuple de la Bolivie, le gouvernement et le peuple de Cuba,
le gouvernement et le peuple de l’Équateur,
le gouvernement et le peuple du Nicaragua,
le gouvernement et les peuples des Caraïbes,
les pays de la Dominique, de San Vicente les habitants de Grenade, d’Antigua-et-Barbade et du Venezuela,
n’allez pas croire que de la porte de derrière, par où est sorti Obama,
va venir un bout de papier secret, top secret,
et que l’on cherchera à le présenter au monde comme la solution.

Déjà nous le contestons,
parce que nous ne connaissons pas ce document.
Il a circulé ici des versions et des documents peu transparents, cela ont doit le réclamer.

Nous sommes sûrs qu’aucun type de fraude ne sera tenté, parce que ce serait une fraude aux peuples du monde.

Si quelque chose doit s’implanter dans le monde,
être récupéré dans le monde
c’est la confiance entre nous,
ça suffit que certains se croient supérieurs à nous les indiens du sud, à nous les noirs africains indigènes,
les peuples du sud, nous sommes tous égaux.

Eh bien, nous partons en laissant une protestation : ceci est une violation des procédés des Nations Unie,
non ?

Nous avions peur que l’on ne nous donne pas la parole,
il nous avait été dit ici par le Secrétariat que l’accès à la parole n’était pas garanti,
et on nous expliquait depuis ce matin que seulement un groupe de Présidents allait parler,
des Chefs d’État très dignes,
ils sont dans une liste de ceux qui ont agit, vous ne savez pas qui a agit, non ?
C’est pourquoi nous remercions beaucoup la Présidente
qui nous a donné la parole au Président Morales et à moi-même.
Cela aurait été lamentable si l’on avait tenté de nous mettre un veto durant cette réunion,
je ne peux le penser, le soupçonner.

Le Protocole de Kyoto, Lula l’a déjà dit, ne peut pas être déclaré mort ou éteint,
comme le prétendent les États-Unis
c’est pourquoi Evo a dit une grande vérité :
Si Obama, le Prix Nobel de la guerre a dit ici même
(certes ça sent le soufre ici, ça sent le soufre, cela continue à sentir le soufre dans ce monde)
qu’il est venu pour agir.
Eh bien, démontrez-le monsieur, ne partez pas par la porte de derrière,
faites tout ce qu’il y a à faire pour que les États-Unis adhèrent au Protocole de Kyoto,
et nous allons respecter Kyoto et promouvoir Kyoto, et répondre au monde de manière transparente.

L’assistance [applaudissements]

D’autre part
tout indique pour que les réductions des émissions de carbone pour 2050 ne soient pas inférieures à 80, 90%,
la majorité des données coïncident là-dessus.

Nous croyons madame la présidente,
que Copenhague ne finit pas aujourd’hui, pour la dignité de ce peuple,
nous ne voulons pas partir avec le goût amer de la frustration.

Non, nous voulons partir avec le souvenir d’un peuple joyeux,
d’un peuple que nous ne connaissions pas, une ville, un pays : Le Danemark.

Nous voulons emporter Copenhague dans le coeur
non comme une frustration mais comme un espoir.
Hier soir nous le disions, Copenhague ne finit pas aujourd’hui,
Copenhague a ouvert les portes pour que nous continuions de mener un grand débat mondial
sur la question comment sauver la Planète,
comment sauver la vie sur la Planète.

Copenhague n’est pas une fin,
Copenhague est un commencement,
pour que nous obtenions les accords qu’il faut obtenir,
et Evo le disait déjà, obtenir l’équilibre de la mère une terre :
la Pachamama.

Ce qu’Obama dit est vraiment ridicule,
les États-Unis qui ont la machine à fabriquer des dollars,
les États-Unis qui ont fourni 700 milliards de dollars, je crois, pour sauver les banques,
c’est avec raison qu’ils disent là-bas dans les rues que si le climat avait été une banque
ils l’auraient déjà sauvé.

Maintenant il vient dire qu’il va apporter 10 milliards de dollars par an, un chiffre dérisoire.
C’est un peu une plaisanterie ce qu’a dit le Président des États-Unis :
La dépense militaire des États-Unis, et bien !
Elle coûte 700 milliards de dollars par an.

Seulement
en diminuant la dépense militaire de moitié au moins
ils y arriveraient, les États-Unis, qui sont les plus grands émetteurs, qui sont les plus grands pollueurs,
et il est le grand coupable, l’empire yankee, pour avoir imposé des invasions,
des guerres et des menaces,
des assassinats et même du génocide capitaliste dans ce monde,
les États-Unis et ses alliés, ce sont là les grand coupables,
ils devraient l’assumer avec dignité,
en vérité nous savons que ce gouvernement des États-Unis ne va pas l’assumer,
parce qu’il n’est rien de plus que la continuation du gouvernement précédent,
Obama restera dans l’histoire comme l’une des plus grandes frustrations,
pour beaucoup de gens qui ont cru à lui aux États-Unis et dans d’autres parties du monde,
mais là il le démontre,
une grande frustration.

Mais ce qui importe,
ce qui importe, le plus important c’est que les peuples du monde
et les gouvernements dignes du monde, la majorité,
nous nous mettions d’accord et nous impulsions de vraies solutions.

Nous ne venons pas ici pour demander l’aumône,
nous venons dans des conditions d’égalité apporter de modestes idées pour trouver des solutions,
que personne ne l’oublie,
que personne ne l’oublie,
la faute est au capitalisme, et il faut attaquer les causes.

Depuis le Venezuela nous le disons modestement, la manière unique d’obtenir l’équilibre des sociétés,
de sauver la vie,
d’obtenir des niveaux supérieurs de vie, de mener l’être humain à des conditions dignes d’existence,
est à travers le socialisme,
c’est un débat éminemment politique,
éminemment moral,
éminemment nécessaire,
absolument nécessaire ;
le capitalisme est le chemin vers la destruction de la Planète.

Madame la présidente nous voulons qu’il soit clair, nous partons, nous ne pouvons espérer plus longtemps,
nous partons,
mais les pays de l’ALBA font clairement comprendre que nous contestons dès à présent
tout document qu’Obama passerait par sous la porte,
ou qui sortirait de nulle part,
comme disaient hier certains d’entre vous, en essayant de présenter cela comme une solution salvatrice.

Il n’y a pas de solutions salvatrices,
nous partons simplement en sachant qu’un accord n’a pas été possible ici à Copenhague,
et il n’a pas été possible parce que, comme hier nous le disions :
il y a un manque de volonté politique des pays les plus développés de la Terre,
en commençant par les États-Unis,
et c’est une vraie honte, c’est l’égoïsme des plus responsables, surtout pour les raisons déraisonnables
de production et de consommation de son capitalisme hyperdéveloppé.

Fidel Castro a écrit
(et je finirait sur cela pour ne pas interrompre le déjeuner, la photo et les séances qui viennent)
une réflexion hier soir,
par là allez,
comment c’est depuis La Havane, cette réunion,
avec l’espoir que des décisions soient prises pour sauver l’humanité,
et il parlait d’une clôture médiocre, d’une clôture sans gloire.
Je suis d’accord, ce sera une clôture sans gloire, mais je veux dire aussi madame la présidente,
en honneur à tous ceux qui ont participé, ont été entendus,
ici il y a des gens qui n’ont pas dormi pendant je ne sais combien de jours,
une reconnaissance spéciale pour vous, les négociateurs, les ministres, les délégués, les chefs de délégation,
les experts, tout ceux qui ont travaillé, il faut donner une reconnaissance à tous...

L’assistance [applaudissements]

Et ayons la foi dans le fait que votre travail intense ne va pas être perdu,
c’est un apport.
Nous partons plus conscients du problème et plus engagés à créer une conscience chez nos peuples
sur le sujet du climat, et sur le sujet du déséquilibre environnemental.

Maintenant comme l’a dit Fidel
c’est une clôture qui va arriver, sans gloire,
je ne veux pas dire que cela sera avec de la peine,
non la clôture pénible qui va arriver cette après-midi,
c’est une clôture qui laisse en même temps la porte ouverte à cet espoir,
cet espoir de ce que nous réussissions à prendre des décisions pour sauver l’humanité,
et nous ne les obtiendrons qu’en laissant de côté les intérêts égoïstes
spécialement ceux des pays les plus développés.

Je veux payer un tribut à Copenhague et à son esprit,
à son peuple et aux peuples du monde et nous engager avec la vie, nous engager avec l’avenir.

Une clôture sans gloire, mais une bonne clôture,
pleine d’espoir, ainsi nous emporterons Copenhague dans notre coeur.

Madame la présidente merci beaucoup.
Mesdames, messieurs, bon après-midi.

L’assistance [applaudissements]


Source : Segundo discurso de Hugo Chávez en Copenhague (18 de diciembre de 2009)
Traduction : Primitivi