La
page noire du christianisme2000
ans de crimes, terreur, répression
 Belief
in a cruel God makes a cruel man - Thomas
Paine ["Croire
en un Dieu cruel rend l'homme cruel" - Thomas Paine ] Par
Enrico Riboni,
athée, libre-penseur.[Page
personnelle de l'auteur] © Enrico Riboni, 1997-2004
PréfaceIl
y a près de 2000 ans, naissait en Galilée un fondateur de secte,
qui finira crucifié environ 30 ans plus tard. Ses avant-derniers mots sur
la croix furent "Donnez-moi à boire". Et pourtant ! La secte qu'il avait
fondé deviendra ensuite la plus grande de tous les temps. Elle prendra
le pouvoir politique dans l'empire romain, abolira la liberté de religion,
puis amoncellera des montagnes de cadavres : ses membres massacreront des millions
d'"infidèles", "hérétiques", "sorcières" et autres,
puis se massacreront entre eux en donnant à l'Europe les guerres les plus
féroces qu'elle ait connu. Une telle histoire pourrait inciter à
la modestie, mais les chrétiens revendiquent, au contraire, un monopole
de l'éthique. Ils proclament qu'ils adorent le seul Dieu, dieu qui est
"amour", et se considèrent meilleurs que le reste de l'humanité,
qu'ils condamnent comme étant un ramassis d'adorateurs de faux dieux. Seule
idéologie à pouvoir partager avec le communisme et le nazisme le
podium dédié aux idéologies les plus meurtrières de
l'histoire humaine, le christianisme reste une idéologie
dominante dans nombre de pays occidentaux, dont le gendarme du monde, les USA.
Il est temps d'ouvrir le Livre Noir du Christianisme : 2000 ans de terreur,
persécutions, répression. Commençons, modestement,
par cette Page Noire du Christianisme, qui résume quelques-unes des pires
atrocités commises au nom de cette idéologie qui prétend
promouvoir l'amour du prochain. An
un"Les
dieux n'étaient plus, et Dieu n'était pas encore". L'Empire
Romain garantit la liberté de culte. L'athéisme et la raison dominent
dans les villes. Les dieux sont des figures mythiques, des représentations
allégoriques de forces de la nature [Référence].
C'est à cette époque que naît un type qui, disent certains
juifs, perd la raison car il lit la Tora trop jeune. Il fonde une secte qui vise
à interdire le culte de dieux autres que le sien. Le type est finalement
mis à mort, mais sa secte se répand avec le succès que l'on
sait. Le
culte de la personalité pour le fondateur de la secte atteint, chez les
chrétiens, un niveau que même le stalinisme n'égalera pas
: le fondateur est proclamé "vraiment homme et vraiment Dieu" ("Homme-Dieu",
dirait-on en langage normal). Ceux qui en doutent sont proclamé sans ambages
hérétiques, et subiront plus tard les foudres de l'inquisition.
Dès le 4è siècle de notre ère commencera la mise à
mort par des chrétiens de non-croyants. 50
-150 La
secte chrétienne se développe. Des textes grecs, écrits par
les membres de la secte hors de Palestine ("Les évangiles") relatent de
la vie du fondateur de la secte : né d'une vierge, qui serait restée
vierge malgré plusieurs autres enfants, il aurait guéri des malades,
mais aussi maudit un figuier qui se serait desseché instantanément.
Il aurait aussi fait précipiter des centaines de cochons qui ne lui appartenaient
pas dans un lac. Ce personnage, qui défend les pauvres, mais affirme aussi
"ceux qui ont tout seront comblés, et à ceux qui n'ont rien, il
sera enlevé le peu qu'ils ont", un peu pathétique lorsqu'il maudit
un figuier ou se laisse crucifier, est déclaré une incarnation du
"Dieu unique". Le fait que, d'après les évangiles "canoniques",
ses avant-dernières paroles sur la croix furent "Donnez-moi à boire"
ne semble point troubler les adeptes de la secte, qui se répand bientôt
dans l'ensemble de l'empire. [Référence]

Aux
environs de l'an 50 aurait lieu le premier bûcher de livres : d'après
Les Actes des Apôtres, un livre de la Bible, Paul, un des premiers chefs
chrétiens, brûle avec ses adeptes pour "pour cinquante mille pièces
d'argent" de livres L'intolérance
religieuse des chrétiens, qui visent ouvertement, dès le début,
à imposer une interdiction des cultes de dieux autre que leur propre dieu,
qui, insistent-ils, est le "seul Dieu", leur attirent bientôt les foudres
de la justice romaine, qui défend la liberté de culte, qui est l'un
des piliers de cette société complexe et multiculturelle qu'est
l'empire romain des premiers siècles de notre ère. La propagande
chrétienne retourne habilement la situation. Ceux qui sont condamnés
par la justice romaine sont proclamés "martyrs", leurs restes sont vénérés
dans les églises, on invente la légende comme quoi ils ont étés
exécutés pour avoir "refusé de renier leur foi", ce qui bien
sûr est mieux que la vérité nue, qui est qu'ils ont étés
condamnés pour avoir été des fauteurs de troubles voulant
imposer l'intolérance religieuse dans une société multiculturelle. Les
chrétiens développeront au moyen-âge toute une série
de légendes de Martyrs antiques qui choisirent la mort plutôt que
renier leur foi. Des morceaux d'ossements sont conservés dans des églises
et vénérés par des fidèles, fresques et tableaux racontent
des histoires aussi abominables qu'invraisemblables de vierges effarrouchées
préférant des morts horribles plutôt que le péché
de la chair, et de courageux protochrétiens répondant "non
je ne rénie pas ma foi" au lion qui menace de les dévorer au
milieux des cris de la foule des païens en délire. Beacoup de chrétiens
croient vraiment à ces mythes, même lorsqu'ils sont en contradiction
complète avec l'histoire connue. Par exemple, en Suisse, il y a un Monastère
Saint Maurice, dans la ville du même nom. Lorsqu'on visite ce monastère,
l'on vous raconte, en vous montrant des petits fragments d'os dans des beaux reliquaires
en appui du récit, que le monastère a été construit
sur les lieux du martyr de la Légion Thébaine : d'après ce
mythe chrétien, inventé par le premier évèque de Martigny
à la fin du IVè siècle, en ces lieux, en 285, une légion,
la Légion Thébaine, constituée de soldats chrétiens
originaires d'Egypte et commandée par Maurice, un égyptien noir,
refusa de participer à un culte païen, et l'empereur Maximien ordonna
l'extermination des légionaires. Evidemment, non seulement aucun chroniste
de l'époque n'a noté cet évènement, mais en plus il
n'y avait pas de légion appellée Légion Thébaine à
l'époque. Pourtant, le massacre par décapitation de 5% de l'armée
romaine aurait pu difficilement passer inaperçu. Cela n'a pas empèché
à ce saint qui n'a jamais existé de faire une belle carrière
posthume, en devenant l'un des deux saint patrons des soldats, avec Saint George,
blanc, à cheval. Saint Maurice est noir et va généralement
à pied. Il va sans dire que les autres mythes de la martyrologie chrétienne
antique ne sont pas plus vérifiables. 300
(ou 303, ou 309, date incertaine) Le
premier concile et la codification de l'antisémitisme chrétien :
19 évêques et 24 prêtres se réunissent à Elvira,
dans le Sud de l'Espagne, et fixent les premiers canons de l'église qui
soient parvenus jusqu'à nous. Ces canons prévoient des peines sévères
pour une série de "péchés". Pour certains, comme le divorce,
et l'adoration de dieux autres que le dieu chrétien (l'idolâtrie)
l'expulsion définitive de l'église est prévue. Pour les péchés
moins graves, la punition est l'exclusion de la communion pour des périodes
allant jusqu'à 10 ans. Parmi les délits punissables d'excommunications
de plusieurs années, l'on trouve, entres autres : laisser bénir
sa récolte par un juif ou partager un repas avec un juif. Le concile jette
ainsi les bases dans le droit canon de l'antisémitisme chrétien,
dont les effets dévastateurs se déploieront en force dès
le IVè siècle et dureront jusqu'au XXè siècle. C'est
également à ce concile que les prélats chrétiens décident
officiellement que tout chrétien mis à mort pour participation à
des destructions de temples ou de statues de déités non chrétiennes
a droit au titre - évidemment posthume - de martyr. Hors
des conciles également, les leaders chrétiens prendront très
vite des positions très dures à l'égard des Juifs. Origène,
le fondateur du mouvement monastique égyptien, écrira que "Le sang
de Jésus retombe non seulement sur les Juifs de l'époque mais sur
toutes les générations de Juifs jusqu'à la fin du monde".
Son contemporain Saint Jean Chrysostome écrira lui pour sa part "La synagogue
est un bordel, une tanière de bêtes impures (...) jamais un juif
n'a prié Dieu. (...) Ils sont posédés des démons". C'est
dans cette période que l'étrange obsession des chrétiens
pour le sexe commence à déployer ses effets dévastateurs.
Le même Origène, incapable de contrôler ses obsessions, prend
à la lettre le bon mot de Jésus "car il y en a qui se font eunuques
pour le royaume des cieux" et commet un geste irréparable sur sa personne. L'eunuque
Origène fonde sur son obsession du sexe un grand mouvement de masse : le
mouvement monastique, qui perdure encore aujourd'hui : des centaines, puis des
milliers de fanatiques, dont certains, au début, imiteront le geste tragique
d'Origène sur leur personne, quittent les villes d'Egypte pour s'installer
dans des grottes, puis des monastères dans le désert. Dés
le début, ils accorderont
refuge à leurs corréligionnaires recherchés par la justice
criminelle, et sortiront périodiquement de leurs tanières pour
porter la terreur en ville lorsques les autoritées religieuses le leur
demandent. Ce sont ainsi des moines qui assassineront Hypathia.
On peut imaginer la terreur des populations urbaines lorsqu'elles voyaient arriver,
surgissant du désert, ces hordes de moines hirsutes, sales, vêtus
de lambeaux de peaux de bêtes, et prèts à tout et à
toute violence pour accomplir la volonté de leur dieu. La
tradition d'utiliser les moines pour des actions de terrorisme se maintiendra
dans l'église catholique : au moyen-âge, elle fera appel aux Franciscains
et Dominicains pour l'inquistion.
Pendant la 2è guerre mondiale, les
Franciscains croates sortiront de leurs tanières pour travailler comme
gardiens, bourreaux et même chefs de camps de concentration. Cette tradition
du moine revenant dans la civilisation pour y semer la terreur du Christ prend
ainsi ses racines au tout début de l'histoire chrétienne et perdure
aujourd'hui. 312
 Prise
de pouvoir par les chrétiens. Au terme d'une guerre civile, Constantin
prend le pouvoir. Peu après, il se converti officiellement au christianisme,
et "autorise" dans un premier temps le culte du dieu unique chrétien par
l'Edit de Milan : c'est le début de la persécution religieuse en
Europe. Peu à peu, les cultes de dieux autres que le dieu chrétien
seront interdit. Les sanctuaires classiques seront détruits, ou converti
en églises chrétiennes. A la fin du 4è siècle, il
n'y aura plus aucun temple païen dans tout le bassin méditerranéen. 315 Première
loi antisémite dans l'empire christianisé : le prosélytisme
juif est interdit, sous peine de mise à mort sur le bûcher. Les mises
à mort sur le bûcher sont une passion que les chrétiens cultiveront
pendant plus de 1.500 ans de leur histoire. [Référence] 325

L'empereur
chrétien Constantin ordonne au premier Concile de Nicée de changer
la date de Pâques : "Il n'est pas seyant que, dans la plus sainte de nos
fêtes, nous suivions les coutumes des Juifs; dorénavant, nous ne
devons plus rien à avoir de commun avec cet odieux peuple". Les persécutions
violentes des juifs par les chrétiens, qui commenceront à la fin
du IVè siècle, sont la conséquence logique de la haine antisémite
de l'église chrétienne des débuts. L'antisémitisme
chrétien restera ancré dans les rites catholiques jusqu'aux années
1960' et le concile de Vatican II. Jusqu'à cette date, l'on répétait
à chaque messe, dans chaque église catholique, la prière
"Oremus et pro perfidis judaeis : ut Deus et Dominus noster auferat velamen de
cordibus eorum; ut et ispi agnostant Jesum Christum Dominum nostrum" ("Nous prions
pour les perfides juifs notre Segneur et notre Dieu de retirer le voile de leur
coeur, qu'ils puissent eux aussi connaître notre seigneur Jésus-Christ") 326 La
christianisation du droit romain : dans les années qui suivent
sa prise de pouvoir, Constantin entreprend de modifier le droit romain pour le
mettre en conformité avec les fondements de l'idéologie chrétienne.
Ainsi, la liste des délits pour lesquels la peine de mort est prévue
est fortement allongée. Par
exemple, l'enlèvement (avec consentement de l'enlevée) d'une jeune
femme à sa famille par son amant, qui était une affaire relevant
du droit civil, devient passible de la peine de mort pour l'enleveur, l'enlevée,
et aussi tous les complices, y compris les esclaves des familles de l'enleveur
de l'enlevée. Les relations sexuelles entre un esclave et sa maîtresse
sont désormais interdites et passibles de mort. Il faut noter que par contre
le premier empereur chrétien fait que la loi continue à considérer
comme licites les relations sexuelles entre un maître et une femme esclave.
Mettant en pratique les enseignements de la Bible, Constantin durcit significativement
la condition des esclaves : par exemple, tuer un esclave en le frappant n'est
plus considéré comme un meurtre que si l'on prouve qu'il y avait
intention de tuer. Puis la loi devient encore plus clémente pour les maîtres
cruels lorsque Constantin, en 326, interdit toute enquête à l'encontre
d'un maître dont l'esclave serait mort des suites d'une punition physique.
Les esclaves fuyards auront désormais le pied coupé ou seront mis
à mort. Enfin, dureté suprême, Constantin non seulement interdit
aux esclaves le recours à la justice, mais dispose que tout esclave ou
serviteur qui déposerait plainte contre son maître (sauf dans le
cas des délits suivants : adultère, haute trahison, fraude fiscale)
sera exécuté de suite, sans témoins et sans enquête.
La liste des délits pour lesquels la dénonciation du maître
par un esclave est révélatrice de l'échelle des valeurs chrétiennes
: le meurtre n'y figure pas, pas plus que le vol ou le viol : ces crimes sont,
pour l'empereur chrétien, moins importants que l'adultère : on décèle
là à nouveau cette obsession étrange, si caractéristique
du christianisme, pour le non-respect des interdits sexuels. C'est
aussi en cette année 326 que le terme de "concubinat" fait son entrée
dans le droit romain : les concubins sont soumis à des tracasseries administratives
sans précédents dans l'histoire romaine : il leur est interdit d'acquérir
des propriétés immobilières et leur citoyenneté romaine
leur est retirée. D'autre
part, mettant en pratique ce que les chrétiens appellent volontiers la
charité envers les pauvres, Constantin fait voter une loi qui permet aux
familles nécessiteuses de vendre leurs enfants comme esclaves, ce qui était
évidemment interdit.[Référence] 363
- Un meurtre pour réaliser une prophétie En
361 L'empereur Julien rétablit la liberté de religion dans l'empire.
Il aurait pu passer à l'histoire comme Julien le Philosophe, ou Julien
le Soldat en raison de ses succès militaires en Gaule et contre la Perse,
mais sa décision de tolérer dans l'Empire les différentes
sectes chrétiennes ainsi que les autres religions lui attire la foudre
des chrétiens : après sa mort, il entrera dans l'histoire comme
Julien l'Apostat. Peu
après son arrivée au pouvoir, il publie plusieurs livres à
la gloire des vieux dieux ainsi que d'autres, polémiques, contre diverses
sectes philosophiques et, naturellement, contre le christianisme. Notons
à ce sujet que son traité "Contre les Galiléens" (= les Chrétiens)
est à peu près totalement perdu. Il n'en reste que des bribes difficilement
exploitables. Même les réfutations qu'en ont faites les Chrétiens
contemporains ont disparu, ou ont étés expurgées des citation
de l'oeuvre de Julien. Un des rares extraits qui nous est parvenu dit : "Il me
semble bon d'exposer à tous les hommes les raisons qui m'ont persuadé
que la machination des Galiléens n'est qu'une fiction humaine, forgée
par le vice. Bien que cette fourberie n'ait rien de divin, elle a dupé
la partie de notre âme qui aime les fables, qui est puérile et insensée,
et elle lui a fait ajouter foi à ces monstruosités" [Julien, Contre
les Galiléens, traduction de Christopher Gérard, éditions
Ousia, 1995]. Bien sûr, les chrétiens se mobilisent rapidement
contre cette liberté religieuse qui leur est intolérable. Ils se
lancent donc dans des actions de provocation, espérant déclencher
ces "persécutions" dont ils sont si friands pour pouvoir avoir des martyrs.
Entres autres, les chrétiens
- profanent,
puis incendient, incendient enfin le temple de Daphné, près d'Antioche,
où l'Empereur résidait
- sabotent
des travaux de reconstruction du Temple de Jérusalem
- détruisent
le temple de la Fortune à Césarée de Cappadoce
- détruisent,
à Pessinonte, sous les yeux de l'Empereur, l'autel de Cybèle, mère
des dieux, une divinité à la gloire de laquelle Julien avait composé
un traité
Cependant,
Julien ne se vengea de ces crimes que par un pamphlet, intitulé "L'Ennemi
de la Barbe", une satire mordante, autant dirigée contre sa propre personne
que contre les frivoles habitants d'Antioche. Julien
payera de sa vie ses excès de mansuétude envers les chrétiens,
en particulier contre Athanase, évêque d'Alexandrie. Athanase était
un individu au passé criminel, qui avait été chassé
de son siège épiscopal suite à des disputes entre les sectes
chrétiennes. L'édit de 361 lui permet de retourner à Alexandrie,
Il y excite une foule de fanatiques qui massacrent l'évêque arien
de la ville Georges de Cappadoce et jette les lambeaux de son corps dans le Nil.
L'évêque Georges était lui aussi un individu pour le moins
discutable, qui avait pillé maints temples de l'Egypte antique, mais ce
meurtre attire l'attention de l'Empereur sur le passé d'Athanase, et il
ordonne son bannissement hors d'Egypte. Sans attendre l'intervention de la force
publique, Athanase se retire dans le désert, se cache chez des moines,
et prophétise la mort de l'Empereur : "Le Charpentier (=Jésus)
prépare un cercueil (pour Julien)" annonce-t-il aux foules de fanatiques
qui viennent l'écouter prêcher dans le désert. Mais Athanase
est un homme intelligent, qui sait qu'il faut parfois des actions concrètes
pour aider à réaliser des prophéties. Il promet la gloire
éternelle, la rémission de tous ses péchés et toutes
les joies du Paradis à un soldat chrétien qui allait accompagner
l'empereur dans sa grande expédition en Mésopotamie. Le 26 juin
363, lors de la bataille décisive contre les Perses, il assassine Julien
avec une lance dans le dos. On dit que Julien, mourant, aurait lancé au
ciel quelques gouttes de son sang en s'écriant : "Tu as vaincu, Galiléen
!". Sans doute ces propos sont-ils légendaires, mais Julien a peut-être
réellement eu une telle pensée au moment où il s'effondrait
et mourrait frappé dans le dos par un traître, pour cause de tolérance
religieuse. [Référence] 380 L'empereur
Théodose proclame officiellement le christianisme seule "Religion d'état".
Il faudra attendre 12 ans avant
que tous les autres cultes ne soient définitivement interdits. 381

Théodose,
empereur chrétien, lance la chasse aux hérétiques
: les hérétiques sont des chrétiens qui ne se reconnaissent
pas dans certains points de détail de la doctrine chrétienne. A
ces chrétiens non catholiques l'on interdit de : se réunir, d'enseigner,
de discuter en public, d'ordonner des prêtres. Leurs églises sont
confisquées au profit des évêques catholiques. Les hérétiques
sont aussi exclus de la fonction publique. Pour certaines "hérésies",
les mesures sont plus dures : peine de mort pour les manichéens, et l'on
arrache les yeux aux évêques marcionites (une secte gnostique chrétienne).
Les livres sacrés des ariens - une secte chrétienne qui considérait
que Jésus avait été crée par Dieu le Père -
sont livrés aux flammes en de joyeux holocaustes. En 15 ans de rêgne,
Théodose promulguera pas moins de 15 Edits de Persécution contre
l'un ou l'autre des groupes hérétiques chrétiens. 382 Théodose,
empereur chrétien, lance la chasse aux apostats : une série
de lois promulguées en 381, 383 et 391, prévoient bannissement social
des apostats. Celui qui abandonne le christianisme au profit de toute autre religion,
y compris le judaïsme : l'apostat sera exproprié, il lui sera interdit
d'hériter, de participer à la vie sociale et de déménager
: la loi spécifie clairement que l'apostat doit continuer à vire
au lieu où il vit, tout en étant exilé de la société,
car cela est plus dur qu'un exil dans des terres lointaines. 385 Théophile
(aujourd'hui Saint Théophile) est nommée patriarche d'Alexandrie.
Il commence aussitôt une violente campagne de destruction de tous les temples
et sanctuaires non chrétiens. Il a l'appui du pieux empereur Théodose.
On doit à Théophile la destruction, à Alexandrie, des temples
de Mythriade et Dyonisius. Cette folie destructrice culminera en 391,
avec la destruction du temple de Sérapis
et de sa bibliothèque. Les pierres des sanctuaires détruits seront
utilisées pour édifier des églises pour la nouvelle religion
unique, le christianisme. Ensuite,
sans doute pour montrer qu'il est capable de persécuter aussi des chrétiens
(dans la mesure où ils ne sont pas 100% orthodoxes), Théophile commande
personnellement les troupes qui attaquent et détruisent les monastères
qui adhéraient aux idées d'Origène, un théologien
chrétien qui fut déclaré hérétique car il soutenait
que dieu était purement immatériel. C'est
aussi en 385 que, pour la première fois, un hérétique
est comdamné à être brulé vif, après
avoir subi la torture. Cette pratique se généralisera à partir
de 447. [Référence] 389

Pour
la première fois, un évêque dicte à un empereur la
politique à suivre : Saint Ambroise de Milan, en pleine cathédrale,
se lève et, avec ce sens de la charité si particulier que les chrétiens
ont, impose à l'empereur d'annuler l'ordre que ce dernier avait donné
à l'évêque de Callinicum sur l'Euphrate de reconstruire une
synagogue que l'évêque et et sa congrégation avaient détruite.
L'église prend ainsi parti, dès ses débuts, pour les brûleurs
de synagogues, parti qu'elle continuera à soutenir jusqu'aux années
1940'. [Référence] 390 L'empereur
Théodose, pieux catholique, introduit la peine de mort pour toute personne
qui fêterait Pâque à une date autre que celle qu'avait imposée
le concile de Nicée, et publie un édit qui interdit définitivement
le culte de dieux autres que le dieu chrétien dans tout l'empire romain. Début
des années 390' Suite
à l'édit de 390 du pieux empereur chrétien Théodose,
peu à peu, les temples non chrétiens sont fermés au culte,
les processions "païennes" sont interdites. Cette suppression de la liberté
de religion au profit exclusif du christianisme cause parfois des émeutes,
comme celles de 408 à Calama
en Numidie.[Référence].
Dans le cadre de cette campagne pour l'éradication de l'empire de tout
ce qui n'est pas chrétien, l'empereur fait aussi, en 393, interdire les
jeux olympiques. Cette
campagne d'interdiction est l'occasion de violents pogroms anti-païens. C'est
dans ce cadre que les chrétiens
abattent le temple de Sérapis à Alexandrie. En Gaule, le bon
Saint Martin, celui qui avait donné la moitié de son manteau à
un pauvre en plein hiver, parcourait les campagnes, accompagné d'une horde
de moines fanatiques, détruisant tous les symboles de l'ancienne religion
et convertissant les païens récalcitrants à coups de gourdin. À
Rome, Théodose imposa, à l'instigation du pape Sirice, un serment
solennel aux sénateurs romains. Ils devaient solennellement renoncer au
culte de Jupiter et jurer fidélité au Christ. La statue de la Victoire
est enlevée du Sénat et remplacée par un crucifix. C'est
à la même époque qu'ont lieu en Germanie les premières
exécutions de non-chrétiens, une belle tradition que l'église
développera avec l'inquisition
et perpétuera ensuite jusqu'en 1826. 391 Une
foule de chrétiens comprennant grand nombre de moines fanatiques venus
du désert, guidés par Saint Athanase et Saint Théophile,
abat le temple et la grande statue de Sérapis à Alexandrie, deux
chefs d'oeuvre de l'antiquité.[Référence]
. La collection de littérature du temple est également détruite.
Plusieurs païens soint tués dans l'assaut du temple, les statues d'or
du temple sont fondues, et le précieux métal est incorporé
dans le trésor de l'episcopat. 401

Saint
Augustin, évêque de Carthage, Docteur de l'Eglise, est considéré
comme le plus grand penseur de l'église antique, et sa Théorie de
la guerre juste servira plus tard à justifier les croisades. Mais l'église
a soin aujourd'hui d'être très discrète sur l'oeuvre de destruction
de temples et statues à laquelle le saint consacra de son vivant tant d'énergie.
Dès 399, l'on commence à Carthage à détruire temples
et statues païennes. Saint Augustin applaudit. Constatant que l'enthousiasme
destructeur de la populace catholique risque de faiblir, en juin 401, Saint Augustin
emploie l'humour (chose rare dans l'histoire chrétienne), au cours d'une
messe dominicale, pour relancer la folie destructrice : "Il est écrit Herculi
Deo au pied d'une statue d'Hercule. Mais pourquoi ne parle-t-il pas ? Il est aussi
muet que son épitaphe". La
foule des croyants rigole. Saint Augustin lance alors "A Rome, les temples sont
fermés, les idoles détruites ! Comme à Rome, ainsi à
Carthage". Des bandes de catholiques enragés se lancent alors à
l'assaut des statues et temples encore debout en ville et les détruisent.
[Référence] 408 Les
émeutes de Calama : enivré par son succès à
Carthage, Saint Augustin exige la destruction de temples et statues aussi dans
les villes de province. Peu à peu la parole du saint homme se répand
dans l'Afrique du Nord, et des hordes de chrétiens se lancent à
l'assaut des temples et des statues. A Calama ( aujourd'hui Guelma en Algérie
), une émeute éclate lorsque les chrétiens s'attaquent au
temple d'Hercule : 60 personnes, chrétiens et païens, meurent dans
la bagarre. [Référence] 412 Cyrille
(aujourd'hui Saint Cyrille, Docteur de l'Eglise), est nommé évêque
d'Alexandrie et succède ainsi à son oncle Théophile. Il excite
les sentiments antisémites diffus parmi les chrétiens de la ville,
et, à la tète d'une foule de chrétiens, incendie les synagogues
de la ville et fait fuir les juifs. Il encourage ensuite les chrétiens
à se saisir des biens que les juifs ont dû laisser derrière
eux. [Référence] 415

Hypathia,
la dernière grande mathématicienne de l'école d'Alexandrie,
par ailleurs fille de Théon d'Alexandrie, directeur de la bibliothèque,
est tuée par une foule de moines chrétiens inspirés par Cyrille,
patriarche d'Alexandrie, que l'église canonisera. [Référence]
. Après le lynchage par la foule, le corps de la mathématicienne
est trainé dans la cathédrale par un groupe de moines aux ordres
de Cyrille, et est mis en pièces à coups de fragments de tuiles.
La motivation des chrétiens est que Hypatia, brillante enseignante de mathématiques,
représentait une menace pour la diffusion du christianisme, en raison de
son enseignement des sciences et du Néoplatonicisme. Le fait qu'elle était
une femme, de plus, dit-on, belle et charismatique, rendait son existence encore
plus intolérable aux yeux des chrétiens. Son assassinat marqua d'ailleurs
un tournant : après sa mort, de nombreux chercheurs et philosophes quittent
Alexandrie pour l'Inde et la Perse, et Alexandrie cesse d'être le grand
centre de l'enseignement et de la science du monde antique. Désormais,
la science régressera en Occident, et ne retrouvera un niveau comparable
à celui de l'Alexandrie antique qu'à l'aube de la révolution
industrielle. Les travaux de l'école d'Alexandrie concernant les mathématiques,
la physique et l'astronomie seront préservés, en partie, par les
Arabes, les Perses, les Indiens et aussi en Chine. L'Occident, pour sa part, plonge
dans l'obscurantisme et ne commencera à en sortir que plus d'un millénaire
plus tard. En
reconnaissance de ses mérites en matière de persécution de
la communauté scientifique et des Juifs d'Alexandrie, Cyrille sera d'abord
canonisé, puis promu à "Docteur de l'Eglise" en 1882. [Référence] 532 L'empereur
Justinien fait fermer l'école de philosophie d'Athènes, considérée
comme le dernier bastion du paganisme. Désormais, l'obscurantisme et l'ignorance
règnent en maîtres dans tout le bassin méditerranéen.
Les maîtres de l'école doivent quand à eux s'exiler en Perse. 590 Grégoire
I, dit Le Grand, aujourd'hui Saint Grégoire, devient Pape.
Il est considéré comme l'inventeur de la croisade. En effet, il
envoie à Gennadius, gouverneur d'Afrique pour l'Empire Romain d'Orient,
une longue lettre l'incitant à "engager de nombreuses guerres" ayant pour
but de convertir de force au christianisme les populations des terre conquises.
Saint Grégoire s'occupe aussi activement de la conversion des juifs au
christianisme, en leur offrant des avantages financiers, tout en approuvant la
politique de conversion forcée pratiquée à l'époque
par le roi Wisigoth en Espagne. Ce saint homme est aussi un farouche adversaire
des sciences et de la connaissance rationnelle. L'on connaît de lui une
lettre à l'évêque de Vienne (France) où il écrit
: "Nous avons eu voix d'une information dont je ne peux référer
sans honte : il semble que dans ta congrégation l'on enseigne la grammaire". Outre
la grammaire, il décourage ou interdit l'enseignement de la culture gréco-romaine
en général, y compris les langues, la science, la philosophie et
la mythologie. En
raison de son action contre la culture et son encouragement de la guerre sainte,
Saint Grégoire Le Grand est considéré comme le fondateur
de la doctrine sociale chrétienne qui sera réalisée pendant
le moyen-âge en Europe. VII-XV
siècle Le
"Moyen âge Chrétien" . Profitant de la disparition
des grandes bibliothèques romaines et de l'absence quasi-totale d'activité
d'édition en Europe, l'église obtient de fait un monopole sur l'ensemble
de l'écrit et de l'information. Le peuple est laissé volontairement
dans l'ignorance, on le décourage de lire la bible au cas où il
aurait accès à un exemplaire. Dès le XIIIè siècle,
l'inquistion interdira même formellement la possession de livres de l'Ancien
Testament. Peu à peu, l'église impose sa grippe (griffe) sur la
société. L'inquisition, le célibat des prêtres, le
caractère obligatoire du mariage avant toute relation sexuelle, sont toutes
des institutions qui datent de cette époque. C'est
aussi à cette époque que se développe ce qui deviendra une
des plus riches traditions chrétiennes : brûler vifs des gens. Environ
1 million de "sorcières" seront brûlées au cours du moyen-âge.
Les villes rivalisent pour battre le record du nombre de sorcières brûlées
en un an. Un record durable est établi par la ville de Bamberg, siège
épiscopal, qui brûle 600 sorcières en un an. Nombre
de membres de la hiérarchie ecclésiastique regrettent encore aujourd'hui
cette époque où l'église dominait la vie de la société
: les clercs chrétiens regrettent la "spiritualité" de l'époque,
son art, qui laissait une large place à la mort - sujet qui a toujours
passionné les chrétiens - et à de la musique envoûtante. 804 L'empereur
chrétien Charlemagne convertit nombre de Saxons, en leur
proposant le choix suivant : se convertir au catholicisme, ou avoir la tête
coupée. Plusieurs dizaines de milliers de têtes tombent, avec la
bénédiction de l'église : les prêtres présents
participent au jeu de l'empereur. 897
- Un pape juge son prédécesseur Etienne
VI fait déterrer le cadavre de son prédécesseur, le pape
Formose, pluisieurs mois après l'enterrement. Il fait traîner le
cadavre par les pieds devant un synode qu'il avait convoqué. Là,
ayant solennellement condamné le défunt, il ordonne de lui couper
3 doigs de la main droite, puis fait jeter le cadavre dans le Tibre. Son corps
sera récupéré et re-enterré en cachette. Làs,
en 905, le nouveau pape, Sergius III, le fait re-déterrer. Il le fait revètir
des vètements pontificaux et asseoir sur un trône et le fait re-juger.
Ensuite, l'on décapita le cadavre, on lui coupa encore 3 doigs, puis le
re-jeta dans le Tibre. Cette fois-ci, personne ne prend la peine de récupérer
et enterrer le cadavre. XI
siècle Schisme
d'orient. Le patriarche de Constantinople prétend qu'il faut utiliser
du pain avec levain pour l'Eucharistie, le rite théophage au centre de
la messe chrétienne. Le Pape, évêque de Rome, affirme qu'il
faut du pain sans levain. Sur cette question d'importance capitale, la chrétienté
se scinde, et les deux patriarches, de Rome et Constantinople, s'excommunient
mutuellement. Le schisme provoquera des morts jusqu'aux années 1990' (guerres
civiles en Yougoslavie, catholiques contre orthodoxes). XI
-XII siècle Face
à la croissance de la population en Europe, l'Eglise propose une méthode
de contrôle de la population "naturelle" : les croisades.
L'appel à la croisade est lancé en 1095. En 1099 Jérusalem
est "libérée" : lorsque les troupes croisées entrent dans
la ville, le gouverneur musulman se rend contre la promesse que la population
civile sera épargnée. Bien sûr, l'ensemble de la population
(qui comprend essentiellement des juifs et des musulmans) est passée par
les armes dans les heures qui suivent, mais les croisés ont soin de violer
femmes et enfants avant de les égorger ou de leur ouvrir le ventre. On
estime à 70'000 le nombre de civils massacrés. La dernière
phase du massacre se joue dans les synagogues et mosquées de la ville,
où les habitants terrifiés se sont réfugiés : ils
espèrent que le caractère religieux des lieux pourrait inspirer
les pieux croisés à la clémence. Il n'en est bien sûr
rien : les croisés entrent, et transforment les lieux de cultes en de vastes
charniers. Le massacre des milliers de civils agglutinés dans la grande
mosquée de l'esplanade du temple durera plusieurs heures. "Tout ce qui
respire" dans la ville a été tué, reportent avec fierté
les commandants des croisés. 1090
- 1153 Saint Bernard de Clairvaux, Docteur de l'Eglise, Doctor Mellifluus Saint
Bernard de Clairvaux est canonisé dès 1174, puis promu à
Docteur de l'Eglise en 1830 avant d'être proclamé Doctor Mellifluus
en 1953 par le pape Pie XII. Il est donc un exemple intéressant de ce que
l'église catholique considère, au 20è siècle, comme
un comportement exemplaire au moyen-âge. En effet, les mérites de
Saint Bernard sont grands : ses prêches pour les 2è croisades convainquents
maints jeunes européens d'aller exterminer les hérétiques
en Orient. Après avoir, en 1146, prêché pour la 2è
croisade ensemble avec le roi de France en personne, il va en Allemagne prêcher
la bonne parole avec une formule simple : la participation à la croisade
est une bonne affaire, car elle donne automatiquement l'indulgence plénière
pour tous les péchés. Mais les allemands sont moins faciles à
convaincre que les Français, d'autant plus qu'à leurs frontières
vivent des slaves non christianisés, que l'on pourrait exerminer tout en
s'épargnant le périllieux voyage jusqu'à la Palestine. Saint
Bernard, pragmatique, obtient du Pape l'autorisation d'étendre la croisade,
confirmée par la bulle papale Divini Dispensatione. "La
mort ou le baptème" - Saint Bernard Mais
le saint homme a une crainte : que les soldats allemands ne soient trop doux avec
les slaves. Ses prêches deviennent donc plus précises. Le but de
l'entreprise est l'extermination (Vernichtung) des "Païens de l'autre côté
de l'Elbe". Il insiste : le but n'est pas la reconquète de terrains, comme
en Palestine, mais bien une oeuvre d'extermination. Les armées des croisés
doivent offrir à tous les païens rencontrés le choix suivant
: "Extermination ou Conversion" (Vernichtung oder Bekehrung). Ensuite, la formule
devriendra, pour des raisons de marketing & communication "La mort ou le baptème"
(Tod oder Taufe). Le message est très bien compris par les slaves de l'Est
de l'Elbe, qui accrochent tous à la porrte de leurs maison des croix et
déclarent accepter la nouvelle religion avec enthousiasme. Saint Bernard
sera déçu du peu de sang versé pendant cette croisade, alors
que le Pape et la hiérarchie romaine se réjouiront de l'extension
des évèchés d'Allemagne du Nord. Un autre motif de satisfation
sera que cette croisade portera à l'établissement durable d'ordres
de moines-guerriers qui continuront pendant plusieurs siècle à porter
la Bonne Nouvelle du christianisme par l'épée dans les peuples slaves
d'Europe du Nord-Ouest, si bien que la Pologne et une partie significative de
la population des pays baltes sont aujourd'hui catholiques. Non
content d'avoir réussi à exciter nombre de catholiques à
tuer des mécréans, Saint Bernard entre aussi en conflit avec plusieurs
théologiens de son temps, dont Gilbert de la Porrée, qui est finalement
condamné et exécuté grâce à Saint Bernard, et
Arnoldo da Brescia, dont les cendres sont, après l'exécution à
Rome, dispersées dans le Tibre. De nombreux sermons de Saint Bernard nous
sont parvenus, dont le plus important est semble-t-il celui intitulé "L'amour
de Dieu". [Référence
21] 1182 Les
"Pogroms latins" de Constantinople. Dans la ville du pieux patriarche
qui mange du pain avec levain, s'établit, dans le début du XII siècle,
une colonie de marchands "latins", essentiellement originaires de Venise, Gène,
Pise et Amalfi. Mais ces gens ont tout pour déplaire aux prélats
orthodoxes : non seulement ils utilisent du pain sans levain pour le rite de la
l'eucharistie, mais ils font le signe de la croix dans le mauvais sens (de gauche
à droite, et non de droite à gauche comme les orthodoxes) ! Les
popes orthodoxes excitent la populace, et, enfin, en un jours radieux de mai 1182,
la foule guidée par les popes se jette sur les "latins" : plusieurs milliers
de "latins", hommes, femmes, enfants sont tués. 1204 La
IV ème croisade fait un détour par Constantinople, à
l'époque la plus grande ville de la Chrétienté. Mais les
chrétiens savent se faire entre eux ce qu'ils font à d'autres :
pendant 3 jours, Constantinople est mise à sac dans une orgie de violences
innommables. 1208-1244 Croisade
des Albigeois Pendant
la 2è moitié du XII siècle, l'immoralité des clercs
chrétiens scandalise de plus en plus les populations européennes.
Un des résultats de ce scandale est le développement d'églises
chrétiennes alternatives à l'église catholique, bien sûr
immédiatement décrétées hérétiques par
cette dernière. Les plus importantes de ces hérésies sont
l'hérésie vaudoise et l'hérésie cathare (ou des Albigeois).
Les vaudois sont des protestants avant la lettre qui décident que l'on
peut se passer des prêtres pour adorer dieu. Ils sont immédiatement
pris en chasse par les autorités civiles et ecclésiastiques et doivent
se réfugier dans des vallées alpines reculées. L'hérésie
des Albigeois prend une importance bien plus grande : une bonne partie de la population
du Sud de la France adhère à cette doctrine qui prêche une
observance stricte des principes du Nouveau Testament chrétien, et impose
en outre à ses "parfaits" des règles de vie très strictes.
Le pape Innocent III lance l'appel à la croisade contre ces hérétiques
en 1208, et peu après les opérations militaires sont lancées. Le
21 juillet 1209, l'armée croisée, guidée par Arnaud Amaury,
Prieur général de l'Ordre de Cîteau, chef légat du
pape, atteint la ville catholique de Béziers. Amaury remet alors à
l'évêque de la ville une liste de 222 noms d'hérétiques
cathares ou vaudois, lui intimant de les livrer au croisés, ou bien de
quitter la ville en y abandonnant les 222 malheureux. En cas de refus, menace
le père général des cisterciens, les catholiques subiront
le même sort que les hérétiques. Seuls, l'évêque
et quelques catholiques quittent la ville. Le père général
cistercien tien sa promesse : le lendemain, les croisés pénètrent
dans la ville. Arnaud Amaury lance l'ordre qui assura sa postérité
: "Tuez-les tous, dieu reconnaîtra les siens", et un carnage immense commence.
Environ 1000 personnes se réfugient dans l'église de Sainte Madeleine,
espérant que les croisés n'oseront pas tuer en ce lieu. Vain espoir,
tous, y compris des prêtres catholiques, sont massacrés. La ville
est livrée aux flammes. Arnaud Amaury célèbre un Te Deum
pour remercier dieu d'une victoire si facile. Il a en effet motif de se réjouir,
puisque l'on estime que 25'000 personnes ont été tuées pendant
la journée, dont les 222 hérétiques recherchés. Les
rares survivants errèrent plusieurs jours en agonisant autour de la ville,
privés d'eau et de soins. A
part le cas célèbre de Bézier, cette guerre est le théàtre
d'innombrables massacres de civils par les croisés. On citera l'exemple
de Marmande : la ville se rend, en juin 1219, à une armée composée
de 20 évêques, 600 chevaliers et 10'000 archers : la population de
5000 personne est entièrement massacrée, y compris les femmes et
les petits enfants. Le plus grand bûcher de la croisade est semble-t-il
celui érigé après la chute, le 3 mai 1211, du château
de Lavaur (près de Castres) : 400 cathares sont brûlés
sur un seul bûcher ! La châtelaine est livrée aux soldats, qui,
une fois qu'ils ont fini de s'amuser, la jettent vivante dans un puit et ensuite
la couvre de pierres. La Provence et la région de Toulouse sont largement
dépeuplées par cette guerre, qui est menée contre les populations
civiles avec une férocité sans précédent en Europe
depuis les invasions barbares. La population de nombreuses villes, dont Carcassonne,
est entièrement exterminée. des régions entières de
Provence sont totalement vidées de la population autochtone, puis des paysans
catholiques sont importés d'autres régions de France. Cette
guerre, qui se double d'un génocide, ne s'arrètera qu'avec la chute
de Monségur, dernière place-forte cathare, en février 1244.
Le premier mars 1244, l'église catholique triomphante fait brûler
vifs 205 hérétiques sur un seul grand bûcher. La civilisation
d'Oc est détruite, la langue d'Oc ne survivra que par des écrits
et quelques troubadours. C'est
pendant le génocide des cathares que l'église catholique crée
l'institution de l'inquisition,
qui continuera à brûler des suspects de sympathies cathares bien
après la fin de la guerre. Par exemple, Guillaume Bélibaste, un
parfait cathare vécu caché en Catalogne pendant des décennies.
Rattrapé par l'inquisition, il sera brûlé vif en 1321 à
Villerouge-Terménès (Aude), dont le château appartenait à
l'archevèque de Narbonne. [Référence] 1224
- La légalisation de l'exécution des hérétiques L'empereur
Frédéric II décrète que l'hérésie doit
être punie par la mort ou par la perte de la langue, le choix étant
laissé à la discretion du juge. Cette idée de légaliser
une pratique en vigeur depuiis longtemps plaît aux seigneurs chrétiens,
et une vague d'actes législatifs allant dans ce sens traverse l'Europe.
En 1231, la constitution Sicilienne rend absolu le décret de brûler
les hérétique, pour s'aligner à la pratique alors en vigueur
en Allemagne. A Venise, le serment ducal est modifié : tout nouveau Doge
doit, dès 1240, juger de brûler tous les hérétiques.
En 1255, Alphonse X le Sage, roi de Castille et de Léon, ordonne de brûler
sur le bûcher tous les chrétiens qui se convertiraient à l'Islam
ou au judaïsme. En 1270, une loi française rend obligatoire de punir
les hérétiques par le bûcher, bien que ce châtiment
était déjà habituel dans ce pays depuis des siècles.
L'Angleterre, qui avait déjà à l'époque une fâcheuse
tendance à n'adopter que tardivement les lois et coutumes européennes,
n'adoptera une loi semblable que en 1401. La
pratique de la chasse aux hérétiques reste disparate et de plus
ou moins sévère dans les différents pays. Ainsi, alors qu'à
Oxford, à partir de 1166 les hérétiques sont seulement marqués
au fer rouge sur le visage, ils sont déjà mis à mort en grand
nombre sur le continent. Par exemple, à Strasbourg, en 1199, l'on brûle
pas moins de 90 hérétiques en un jour. Ce sont ces disparités
maintes fois constatées des pratiques qui poussera l'église à
créer l'inquisition. 1228
- Première loi antisémite espagnole Le
roi Jacques 1er d'Aragon décide, après une réunion avec plusieurs
évêques (les évêques de Vich, de Barcellone et de Gérone
participèrent), d'interdire aux juifs d'avoir des domestiques chrétiens.
[Référence] 1234
- L'invention de l'étoile jaune Le
concile d'Arles décide d'introduire l'"obligation pour les juif de porter
sur eux des signes distinctifs". Avec une avance de plus de 500 ans sur les administrations
douanières suisses et suédoises (qui demanderont en 1938 aux allemands
d'apposer un "J" sur le passeport des juifs allemands), et sur l'administration
nazie (qui fera sienne l'invention de l'étoile jaune obligatoire), l'église
catholique invente ainsi le concept d'apposer une marque sur les personnes à
persécuter. Il faut dire que cette invention chrétienne sera peu
appliquée. Mais elle permet de relancer l'antisémitisme en Europe,
dont les conséquences seront dès 1391
tragiques. [Référence] 1226-1270 Louis
IX Roi de France. Enfin un catholique réputé pieu et intègre
accède à la couronne de France. L'église le canonise dès
1290, en reconnaissant ses mérites, qui, nul ne doute, sont exceptionnels.
En effet, pendant son règne, Saint Louis lance deux croisades, qui se terminent
toutes deux de manière catastrophique : peu importe, c'est l'intention
(de tuer et de piller) qui compte au yeux de la miséricordieuse église
catholique ! Sur le plan intérieur, Saint Louis fait en sorte que la justice
punisse de manière systématique les blasphémateurs : ils
seront mis au piloris, et auront la langue percée au fer rouge. Saint
Louis est aussi celui qui acheva la croisade contre les Albigeois avec le comte
de Montfort. 1225-1274
- St Thomas, Docteur de l'Eglise, théoricien de l'extermination des hérétiques
et Docteur angélique Saint
Thomas est encore considéré aujourd'hui comme le grand philosophe
catholique. En particuliers, sa Summa Teologica est l'oeuvre de référence
de la scholastique catholique et est amplement et souvent cité par le pape
Jean-Paul II dans ses encycliques. St Thomas justifie entres autres, dans la Summa
Teologica, la nécessité de tuer les hérétiques : En
ce qui concerne les hérétiques, il y a deux choses à considérer,
une de leur côté, une autre du côté de l'Église.
De leur côté il y a péché. Celui par lequel ils ont
mérité non seulement d'être séparés de l'Église
par l'excommunication, mais aussi d'être retranchés du monde par
la mort. En effet, il est beaucoup plus grave de corrompre la foi qui assure la
vie de l'âme que de falsifier la monnaie qui sert à la vie temporelle.
Par conséquent, si les faux monnayeurs ou autres malfaiteurs sont immédiatement
mis à mort en bonne justice par les princes séculiers, bien davantage
les hérétiques, aussitôt qu'ils sont convaincus d'hérésie,
peuvent-ils être non seulement excommuniés mais très justement
mis à mort. [Summa
Teologica, Secunda Secundae Pars, Question 11, l'Hérésie, article
3] Saint
Thomas traite en détail la question dans quand faut-il tuer un hérétique
: si il renie l'hérésie, il ne faut pas le tuer, mais si il récidive,
il faut impérativement le tuer : Mais,
quand ceux qu'on a accueillis retombent de nouveau, il semble que ce soit le signe
de leur inconstance en matière de foi. C'est pourquoi, s'ils reviennent
ultérieurement, ils sont bien admis à la pénitence, non pas
cependant au point d'éviter la sentence de mort. [Summa
Teologica, Secunda Secundae Pars, Question 11, l'Hérésie, article
4] Cette
pratique sera institutionalisée par l'inquisition.
Au moment de monter sur le bûcher, l'hérétique aura la possibilité
de se repentir, et de "mourrir en bon chrétien". L'inquisition portera
sa grande charité au point que celui qui se repent sur le bûcher
sera tué par étranglement et non par les flammes. St
Thomas jette aussi les bases doctrinales de la persécution dont les juifs
convertis seront victimes :Les Juifs, s'ils n'ont nullement reçu la foi,
ne doivent nullement y être forcés. Mais, s'ils ont reçu la
foi, il faut qu'on les mette de force dans la nécessité de la garder
[Summa Teologica, Secunda Secundae Pars, Question 10, l'Infidélité
en général, article 8] Le
Docteur angélique explique qu'il faut tolérer les rites des juifs,
et c'est tout à son honneur, avant d'écrire : Quant
aux rites des autres infidèles, comme ils n'apportent aucun élément
de vérité ni d'utilité, il n'y a pas de raison que ces rites
soient tolérés. [Summa
Teologica, Secunda Secundae Pars, Question 10, l'Infidélité en général,
article 11] Saint
Thomas est considéré aujourd'hui comme le philosophe catholique
par l'église. Le Thomisme est la philosophie officielle de l'église
catholique. Pour s'en convaincre, il suffit de lire l'encyclique de Jean-Paul
II "Foi et raison" (qui date de 1998, disponible sur le
site du Vatican), consacrée au rapport entre philosophie et religion
: le pape y cite à maintes reprises le Docteur angélique et aucun
autre philosophe catholique. 1231 Fondation
de l'inquisition. Jusqu'en 1231, la tâche de découvrir,
démasquer et punir les hérétiques était du ressort
des évêques. Mais avec le temps, cette tâche devient trop lourde
pour ces bergers du bon peuple chrétien, qui ont tant d'autres lourdes
tâches à assumer. Le pape décide donc de créer une
institution séparée, qui aura le temps et les moyens de se consacrer
uniquement à l'éradication de l'hérésie et de la sorcellerie
: l'inquisition.
L'inquisition, au cours de son histoire,
brûle plus de 1 million de personnes, essentiellement des hérétiques,
des juifs et des musulmans convertis au christianisme et des "sorcières".
La dernière sorcière sera brûlée en 1788. Le dernier
"hérétique" devra attendre son tour jusqu'en 1826. L'inquisition
et ses imitateurs protestants brûlent aussi des médecins et des scientifiques,
lorsque l'occasion se présente. [Référence] L'église
ne reniera jamais l'inquisition, et garantira la continuité historique
de l'institution jusqu'à nos jours, en se limitant à en modifier
le nom : il faudra attendre Pie X, en 1906, pour que le "Saint office de l'inquisition"
soit renommé "Saint Office", et 1965 pour que le dit office soit rebaptisé
"Congrégation pour la doctrine de la foi". Enfin, en 1997, le pape ouvre
les archives du Saint Office, et des historiens triés sur le volet sont
autorisés à y mener des recherches. Les estimations du nombre total
de victimes de l'inquisition sont fortement revues à la hausse, le consensus
tourne aujourd'hui autours du million de personnes exécutées, auxquelles
il faut ajouter d'innombrables personnes torturées et dont les biens ont
étés saisis.[Référence] Souvent,
les chrétiens d'aujourd'hui tendent à argumenter que l'inquisition
ne serait qu'une erreur n'âyant rien à voir avec le christianisme
véritable. Ils oublient que l'institution existe toujours, bien que sous
un autre nom. Ils oublient aussi que les pratiques de l'inquisition (torture et
exécution d'hérétiques) avaient commencé déjà
peu après l'arrivée des chrétiens au pouvoir dans la Rome
antique. L'inquisition en tant que pratique et institution traverse ainsi toute
l'histoire du christianisme. Ils oublient aussi que le fondement de l'inquisition
est à rechercher dans les Saintes Ecritures, en particuliers dans le Lévitique
et ces deux versets du chapitre 22 de l'Exode : Verset
18 : Tu ne laisseras point vivre la magicienne (ou "la sorcière" dans d'autres
traductions") Verset
20 : Celui qui offre des sacrifices à d'autres dieux qu'à l'Éternel
seul sera voué à l'extermination. Quand
au mode d'exécution, le bûcher, il est aussi le résultat d'une
lecture attentive de la Parole de Dieu : dans le 2è livre des Rois, il
est expliqué le sort que réserve le Roi Josias (dont il est dit,
dans le même livre (ch. 23 verset 25) "Avant Josias, il n'y eut point de
roi qui, comme lui, revînt à l'Éternel de tout son coeur,
de toute son âme et de toute sa force, selon toute la loi de Moïse;
et après lui, il n'en a point paru de semblable." ) aux hérétiques
de son temps, qui sont des prêtres qui ont voulu adorer dieu sur des monts
autres que le mont du temple de Jérusalem (Ch. 23 verset 20) : "Il
immola sur les autels tous les prêtres des hauts lieux, qui étaient
là, et il y brûla des ossements d'hommes. Puis il retourna à
Jérusalem". Le
même bon roi Josias s'était d'ailleurs lui aussi, comme l'inquisition,
occupé aussi des "sorcières" de son temps : (Ch. 23 verset 24) : "De
plus, Josias fit disparaître ceux qui évoquaient les esprits et ceux
qui prédisaient l'avenir, et les théraphim, et les idoles, et toutes
les abominations qui se voyaient dans le pays de Juda et à Jérusalem,
afin de mettre en pratique les paroles de la loi, écrites dans le livre
que le sacrificateur Hilkija avait trouvé dans la maison de l'Éternel". Aujourd'hui,
certains catholiques modérés et des protestants voudraient se distancer
des agissements de l'inquistion et des chasseurs de sorcières protestants,
et affirment que l'exécution par le feu d'hérétiques et de
sorcières n'a rien de chrétien. Hélas, force est de constater
que les inquisteurs et leur imitateurs protestants agissaient conformément
aux enseignements des textes fondateurs de leur religion, et beaucoup, sans doute
la vaste majorité mais en tout cas les plus célèbres comme
Bernard Gui, Torquemada, et plus tard le Cardinal Bellarmino, étaient des
hommes d'une grande intégrité et certainement de bonne foi, sincèrement
convaincus d'agir pour le bien, même si ce bien était la volonté
cruelle de leur dieu cruel. Les
chrétiens qui essayent aujourd'hui de dissocier christianisme et inquisition
oublient aussi que le personnel de l'inquisition fut fourni essentiellement par
deux ordres religieux qui existent encore de nos jours, et qui sont généralement
très populaires dans les milieux chrétiens de l'Occident de l'aube
du 21è siècle : les Franciscains et le Dominicains. Ces deux ordres
pauvres, fondés au début du XIIIè siècle, avaient
déjà plusieurs milliers de membres en 1231. D'après [Référence],
ces deux ordres étaient aussi irréprochables l'un que l'autre, menant
une vie pure, pleine de zèle religieux, à l'abri de toute corruption.
Leurs principes fondamentaux sont : la pauvreté, le travail, l'humilité
et la charité. Il est donc naturel que le Pape se tourne vers ces chrétiens
intègres pour combattre l'hérésie et la sorcellerie. Dès
1244, les deux ordres dépendent uniquement de Rome. Les évêques
étaient obligés de donner l'absolution à tout Dominicain
ou Franciscain qui la demandait, sauf en cas de telles énormités
que le pape seul pouvait être juge. Les prieurs des deux ordres mendiants
sont eux autorisés à absoudre leurs frères de toutes les
censures qui auraient pu leur être infligées et même de relever
les ordres d'excommunication. En 1296, cette autonomie des ordres mendiants fut
renforcée par une bulle papale qui libérait formellement les Dominicains
et Franciscains de toute jurisdiction épiscopale et les statuts des ordres
furent déclarés être les seules lois par lesquelles ils pouvaient
êtres jugés. L'église avait ainsi à son service une
véritable armée d'hommes entièrement dévoués
à sa cause. Les premiers inquisiteurs furent tous Dominicains, mais dans
les décennies qui suivirent, les postes d'inquisteurs furent, dans de plus
en plus de pays, répartis entre les deux ordres.

|  |
Dès
qu'elle obtient l'autorisation
de pratiquer la torture, l'inquisition est en droit de juger et de torturer
les hommes dès 14 ans, et les femmes dès 12. Plus tard, l'Inquisition
Espagnole supprimera cette discrimination, et, dans un soucis d'égalité
des sexes qui est tout à son honneur, s'autorisa à juger et à
soumettre à la torture les enfants des deux sexes dès 10 ans. Pour
torturer et juger des enfants plus jeunes, l'inquistion élabora des stratagèmes
légaux, le plus courant était celui de nommer un "curateur" qui
avait la tutelle de l'enfant, et qui ensuite "assistait" l'enfant au cours de
son procès. Il y a eu des cas d'enfants de 7 ans accusés, torturés
et condamnés comme hérétiques. Les enfants d'hérétiques
étaient généralement considérés comme hérétiques
eux-mêmes. Si leur âge ne leur permettait pas d'êtres torturés
et jugés, ils étaient "endormis" : on les plaçait dans un
bassin d'eau tiède, on les ligotait, et on leur coupait les artères
aux poignets. Cette méthode était considérée comme
particulièrement "miséricordieuse" par les inquisiteurs.
Image
à droite : Saint Dominique présidant un tribunal
de l'inquistion, dans une belle image de l'époque |
|
1237
- On déterre et brûle des cadavres A
Toulouse, alors que la guerre contre l'hérésie
cathare est encore en cours, l'inquisition veut montrer que même la
mort ne mets pas l'hérétique à l'abri de l'inquistion. L'on
fait exhumer les corps de plusieurs personnes, dont des nobles, et, après
avoir déclaré qu'ils sont morts en état d'hérésie,
les fait trainer sur la place du Marché, où ils sont brûlés. L'idée
de déterrer des cadavres pour les brûler aura un franc succès,
et continuera à être pratiquée tant par l'inquisition médiévale
que, plus tard, par l'Inquistion Espagnole. 1251 Le
pape Innocent IV autorise enfin l'inquisition à pratiquer la torture.
L'obtention d'aveux de culpabilité en est grandement facilitée.
L'inquisition peut prononcer, sur la base d'aveux arrachés par la torture,
des peines allant d'une simple prière ou un jeûne jusqu'à
la confiscation des biens et même la prison à vie. Par contre, elle
ne peut prononcer de condamnation à mort. Avec une subtilité tellement
caractéristique de l'église catholique, l'inquisition peut par contre
"passer" un hérétique au bras séculier de la justice pour
une condamnation à mort sur la base des aveux obtenus sous la torture par
l'inquisition. Cette subtilité de procédure permettra à l'église
d'affirmer par la suite qu'elle n'a tué personne.
 Il
faut bien noter que la mise à mort d'hérétiques date de bien
avant l'inquisition : elle commença dès l'antiquité. La nouveauté
de 1251, est la fondation d'une institution spécialisée, chargée
spécifiquement de la persécution des hérétiques. Il
faut aussi prendre garde à la confusion qu'entretient volontiers l'église
catholique entre "les 3 inquisitions" : la médiévale, l'espagnole,
et la "moderne" ou "romaine", cette dernière existant encore aujourd'hui
: il s'agit en effet fondamentalement du même principe : l'on identifie
les hérétiques, on les fait avouer par la torture, puis on les "abandonne"
au bras séculier pour l'emprisonnement à vie ou la mort. Les différences
entre les 3 inquisitions sont essentiellement des détails de procédure
et de hiérarchie : l'inquision "médiévale" répond
aux évèques et au pape, celle "espagnole"
principalement aux rois Très Catholiques, l'inquisition "romaine", qui
date de la contre-réforme, uniquement et directement au Pape. Il faut noter
que l'inquisition espagnole et celle "médiévale" coexisteront avec
l'inquistion "romaine" pendant plusieurs siècles après la contre-réforme. 
1310
- Le Grand Autodafé de Toulouse
 L'inquisiteur
Bernard Gui préside un spectacles des plus iimpressionnnants : pendant
4 terribles journées, 18 personnes sont brûlées sur un bûcher
devant leurs concitoyens. 65 sont emprisonnées à vie, dont 3 avec
des chaînes, tandis que 20 sont condamnées à de terribles
pèlerinages vers des terres lointaines d'où ils n'ont que peu de
chances de revenir vivants. Deux
ans plus tard, le même Bernard Guy offre à Toulouse un nouveau grand
spectacle, avec une innovation notable : les os de 36 morts sont exhumés
et brûlés. Pour compléter le spectacle, 50 personnes sont
condamnées à porter des croix et à des pèlerinages
périllieux, 86 sont emprisonnées à vie. L'innovation consiste
bien sûr à brûler, dans un même spectacle, les os d'hérétiques
morts et des hérétiques vivants. En effet, le fait de déterrer
des ossements pour les brûler était une pratique toulousaine depuis
1237. Quelques
chiffres sur les condamnations de l'inquistion Les
chrétiens du 20è et du 21è siècle ont fait de grands
efforts pour relativiser les crimes de l'inquistion. Ils insistent sur le fait
que les condamnations à mort ne représentaient qu'une minorité
des condamnations. Cela est vraix, mais il faut avoir à l'esprit quelles
étaient les autres condamnations : - Le
port des croix consistait à devoir porter à vie, ou pour
plusieurs années, le Sanbenito : un vêtement sur lequel des croix
étaient cousues. Le condamné ne pouvait enlever cette marque d'infâmie
que dans l'intimité de son logement, et tous ses biens lui étaient
confisqués. Le port des croix était donc une condamnation à
la honte et à l'exclusion sociale.
- L'emprisonnement
était en général un emprisonnement à vie. Une vie
très courte, étant donné les conditions des prisons de l'époque,
de l'ordre de quelques semaines pour la vaste majorité des cas. Souvent,
des accusés mourraient en prison pendant la procédure. Ce fut le
cas par exemple de 10 prisonniers qui, dans le grand autodafé de Toulouse
de 1310, mourrurent en prison entre le moment où ils avaient confessé
leur hérésie sous la torture et avant même d'avoir étés
condamnés.
- Les
pèlerinages, en ces époques où les voyages étaient
très périllieux, équivalaient en pratique à des condamnations
à mort : les retours d'un pèlerin condamné par l'inquisition
était des évènements rares.
Il
faut ajouter à ces considérations un commentaire sur le sort de
ceux qui n'étaient pas condamnés. Un pourcentage qui n'est pas comnnu
avec précison, mais de l'ordre de 10% des accusés échappaient
à la condamnation. Cela impliquait de résister à la torture
sans confesser. Ces survivants étaient donc des estropiés graves,
qui survivaient mais étaient incapables de travailler ou d'avoir une vie
plus ou moins normale. Le
Registre des Sentences de Bernard Gui, inquisiteur à Toulouse, couvrant
une période de 1308 à 1322, révèle les chiffres suivants
concernant les condamnations :
| Remis
au bras séculier et brûlés : |
40 |
| Emprisonnés |
300 |
| Condamnés
à porter des croix | 138 |
| Condamnés
à des pèlerinages | 16 |
| Bannis
en terre Sainte | 1 |
| Maisons
détruites | 16 |
| Condamnation
du Talmud | 1 |
| Fugitifs |
36 |
| Os
exhumés et brûlés | 67 |
| Os
exhumés de ceux qui auraient dû êtres emprisonnés |
21 |
On
voit donc que sur un total d'accusés vivants de 548, pas moins de 356 (soit
65%) sont condamnés à mort ou à une peine équivalente
à la peine de mort. Le chiffre de 40 condamnés à mort (7%)
est donc fortement trompeur. 1314
- Le premier Autodafé en Espagne Contrairement
à ce que l'on croit parfois, l'inquisition ne fut pas une invention espagnole.
Mais ce pays, parti en retard, mets les bouchées doubles pour rattraper,
puis dépasser les autres pays européen. En Aragon le 12 mai 1314,
6 hérétiques vivants et plusieurs cadavres exhumés sont brûlés
devant la foule en délire. L'autodafé espagnol est un spectacle
complexe : D'abord, une cérémonie religieuse a lieu dans une église,
au cours de laquelle on "réconciliait" les hérétiques (ceux
vivants, pas les morts !) avec l'Eglise. Puis, les hérétiques étaient
"abandonnés au bras séculier" qui s'occupait de leur exécution.
Pour parfaire l'hypochrisie, les fonctionnaires séculiers ne participaient
pas à la cérémonie religieuse. 40 jours d'indulgence étaient
promis à tout fidèle qui assistait à l'autodafé. Très
rapidement, l'Espagne devient le pays des grands autodafés : ainsi, en
1360, à Valence, l'on brûle pas moins de 80 hérétiques
en un seul autodafé. Le record espagnol, imbattu à ce jours, est
de 107 hérétiques exécutées en un autodafé,
en 1499 à Cordoue.
En
Espagne, l'inquisition brûle des centaines de milliers de livres au cours
de son histoire, essentiellement des Anciens Testaments et des livres de prières
juives pris à des conversos. Brûler
des livres est une tradition plurimillénaire des chrétiens. Saint
Paul déjà brûlait des livres avec ses disciples. Les protochrétiens,
déjà, avaient la fort mauvaise habitude d'incendier des bibliothèques,
surtout lorsqu'elles étaient rattachées à des temples. Saint
Grégoire le Grand inaugura son pontificat en mettant le feu à une
grande bibliothèque surr le Palatin. Actuellement, les catholiques ont
certes renoncé à cet usage, mais pas les protestants Nord-Américains.
A l'aube du 3è millénaire, les Southern Baptists, une des plus grandes
églises protestantes américaines, s'adonnent à de fréquents
bûchers de livres. Les Harry Potter sont parmi leurs favoris pour ces exercices. 1347-54 Dans
toute l'Europe sévit la Mort Noire, première grande
épidémie de peste du continent. Les prélats catholiques ont
tôt fait de désigner les coupables : des juifs auraient empoisonnés
les puits. Le bruit se répand dans toute l'Europe, et d'innombrables Pogroms
se succèdent. En Allemagne, on comptabilise 350 communautés juives
totalement anéanties par des Pogroms dans cette période. Dans de
nombreuse villes, l'on interdit ensuite l'entrée de la ville aux juifs,
et cette interdiction restera en vigueur dans bien des villes importantes (comme
Nürenberg par exemple) jusqu'au 18è siècle. En Italie, à
Milan, les autorités civiles et religieuses ayant procédé
à l'exécution sur le bûcher des "untori" (c'est ainsi que
l'on appelle en italien les malheureux suspectés d'empoisonner les puits)
juifs, elles élèvent une colonne commémorative pour célébrer
leur exploit. La colonne passera à l'histoire sous le nom de "Colonna infame"
lorsque, au 19è siècle, le romancier Manzoni aura, le premier, des
siècles après les faits, le courage de dénoncer ce monument
ignoble de la perversion religieuse. 1391
- Les débuts de la violence contre les Juifs en Espagne Pendant
la domination des Maures en Espagne, les 3 monothéismes méditerranéens
(Islam, Judaïsme, christianisme) avaient coexisté pacifiquement pendant
plusieurs siècles. Mais cette coexistance de plusieurs religion sur un
sol désormais contrôlé par des rois chrétiens déplait
aux prélats catholiques, qui n'ont de cesse de répandre l'antisémitisme
dans la populace et aussi dans les plus hautes sphères du pouvoir. En 1391,
la populace exitée par les prélats détruit les ghettos juifs
de Séville, Barcelone, Valence, Tolède et d'autres centres importants.
La furie destructrice de cette année culmine en juin à Seville,
où la foule, exitée par l'archidiacre Martinez tue plus de 4'000
juifs. [Référence] 1415 Dans
les années 1390', un prêtre de Prague commence à prêcher
en tchèque plutôt qu'en latin : pour cette idée saugrenue
de parler une langue que les fidèles comprennent, Jan Hus
est accusé d'hérésie. Il fuit Prague. Lorsque le concile
de Constance est convoquée, le roi d'Allemagne propose à Hus un
sauf-conduit pour lui permettre d'aller exposer son point de vue au concile. mais
c'est évidemment un piège : peu après son arrivée,
il est emprisonné et mis au secret en novembre 1414. Suit un classique
procès d'inquisition, qui conclut à la culpabilité de Jan
Hus, hérétique obstiné et impénitent : il est mis
à mort sur le bûcher le 6 juillet 1415.[Référence] 1478
- Fondation de l'Inquisition Espagnole L'Espagne,
désormais unifiée par le mariage d'Isabelle de Castille et Ferdinand
d'Aragon, est un pays qui se définit, à cette époque, essentiellement
dans son opposition aux musulmans, qui dominent encore à cette date le
Sud de la péninsule. Afin de combattre plus efficacement l'hérésie
dans leur pays, Isabelle et Ferdinand obtiennent du pape Sixte IV, le pouvoir
de nommer les Grands inquisiteurs en Castille et en Aragon. La décision
a surtout des implications financières, puisque l'inquisition confisque
les biens des condamnés. Mais le pape accepte, entres autres car il croit
à la promesse des souverains espagnols, qui se sont engagés à
utiliser les fonds pour financer la guerre contre les arabes, et depuis Saint
Grégoire Le Grand les papes sont friands de guerres contre les infidèles. 1483 Tomás
de Torquemada est nommé Grand Inquisiteur de Castille. Ce moine
dominicain fait un ample usage de la torture et de la confiscation des biens de
ses victimes. Les estimations du nombre de personnes brûlées pendant
son mandat varie, selon les historiens de environ 2'000 [Référence]
à 8'800 brûlées vifs auxquels il convient d'ajouter 9'654
torturés ou emprisonnés à vie. [Référence] Torquemada
deviendra le symbole vivant de l'inquisition. Le pape Eugène IV le nommera
"défenseur de la foi". L'historien catholique espagnol Sebastian de Olmeda
l'appellera "Lumière de l'Espagne, sauveur de son pays, honneur de son
ordre". Certains catholiques, désireux de débarrasser l'histoire
de leur église de cet encombrant personnage, ont inventé et décrit
un Torquemada désireux de s'enrichir et violant des femmes. Or, la réalité
est autre. L'homme est incontestablement d'une grande intégrité.
Il refusera systématiquement des promotions hiérarchiques dans l'église
et dans son ordre. Il ne cherchera jamais à obtenir un avantage financier
pour son ordre. il aurait pu devenir évêque et même cardinal
avec facilité. Ses biens personnels ne s'accrurent pas d'un centime au
cours de ses longues années comme inquisiteur. Il n'utilisait que des vêtements
simples de toile de chanvres et de coton, refusant ceux en lin. Patriote et chrétien,
il participe à la politique de christianisation de l'Espagne en mettant
en oeuvre deux préceptes qui figurent dans le chapitre 22 de l'Exode, un
des textes fondamentaux de la bible : Verset
18 : Tu ne laisseras point vivre la magicienne (ou "la sorcière" dans d'autres
traductions") Verset
20 : Celui qui offre des sacrifices à d'autres dieux qu'à l'Éternel
seul sera voué à l'extermination. Torquemada
considérait sa mission comme sacrée. Son bagage culturel était
imposant, son esprit large et son intelligence ouverte. Il n'était pas
un fou ou un criminel au sens classique du terme, mais un chrétien sincère,
instruit, et en même temps un Espagnol patriote, convaincu que les conversos
(faux-convertis)et les hérétiques étaient un danger pour
l'Espagne et la foi, et donc qu'il devait les combattre. Dans
les dernières années de sa vie, Torquemada investira toute son intelligence
dans la rédaction d'un code inquisitorial, qu'il continuera à affiner
jusqu'à une dernière édition en 1498, quelques mois avant
sa mort. Ce code contient nombre de sages dispositions, comme le fait qu'il faut
qu'au moins un, mais de préférence deux inquisiteurs doivent toujours
être présent pendant les tortures des accusés. La
torture sous Torquemada :

Sous
Torquemada, la torture est standardisée, laissant peu de place aux fantaisies
perverses de bourreaux et inquisiteurs. Une procédure précise sera
désormais suivie : dans un premier temps, les bourreaux, habillés
de longues tuniques noires, des capuchons baissés sur la tête avec
deux trous pour les yeux, un pour le nez et un pour la bouche, saisissent l'hérétique
et le déshabillaient jusqu'à la ceinture. Alors les inquisiteurs
se placent devant l'hérétique et, à plusieurs reprises, le
supplient de confesser ses fautes. Si l'hérétique s'obstine à
nier, alors les inquisiteurs ordonnent qu'il soit torturé, en avertissant
tout d'abord l'hérétique qui va être torturé que, en
cas de lésion, de fracture des membres ou de mort, la responsabilité
doit être rejetée uniquement sur l'hérétique lui-même,
car les tortures ne sont que la suite de sont entêtement récalcitrant. La
première phase du supplice était celle de la corde : les mains liées
derrière le dos avec une corde qui glissait dans une poulie attachée
au plafond, l'hérétique était soulevé et maintenu
en suspension pendant un certain temps. Puis à l'improviste le bourreau
lâchait la corde et le corps retombait alors brusquement jusqu'à
environ 20 cm du sol : les jointures se déboîtaient sous le choc,
tandis que la corde, souvent, coupait la chair des poignets jusqu'aux nerfs. Cette
torture durait une heure et même plus. La
torture à l'eau constituait la 2è phase : on liait étroitement
la personne après l'avoir étendue sur une sorte de chevalet en bois
n'ayant comme support qu'une barre transversale, sur laquelle le corps, retombant
en arrière, se courbait, amenant le patient en position renversée,
les pieds vers le haut et la tête en bas. A cause de cette position, la
respiration devenait extrêmement difficile et les mouvements que l'hérétique
faisait automatiquement pour trouver un peu d'air provoquaient la torsion des
mains et des pieds liés, et les cordes blessaient les tissus. On introduisait
alors dans la bouche, en le faisant arriver jusqu'au fond de la gorge, un lige
fin imbibé d'eau qui était disposé de façon à
recouvrir entièrement les narines. C'est alors que l'on versait de l'eau
dans bouche, goutte à goutte, si lentement que l'hérétique
torturé en buvait environ un litre par heure. Le malheureux n'avait à
aucun moment la possibilité de respirer librement. dans ses efforts pour
aspirer de l'air, il engloutissait de l'eau, et il en résultait une rupture
des vaisseaux sanguins de la gorge : le chiffon était généralement
retiré imbibé de sang. Le
troisième degré de la torture, le feu, était pratiqué
en liant les mains et les pieds de façon à rendre impossible au
prisonnier tout changement de position. Puis on frottait ses pieds avec de l'huile,
du lard ou une autre matière graisseuse et on les exposait devant un feu
jusqu'à ce que la peau se gerce et que les os et le nerfs se découvrent
complètement.[Référence] Il
faut préciser que les inquisiteurs savaient qu'ils torturaient parfois
des catholiques irréprochables. L'on sait que la chose a dù être
discutée à l'intérieur de l'église, car le Cardinal
Jiménes de Cisneros a écrit que les catholiques, si ils étaient
injustement torturés, selon les lois de l'inquisition, s'envolaient directement
au paradis. La
torture pouvait être, dans l'inquistion espagnole, appliquée aux
enfants à partir de 10 ans et au vieux jusqu'à seulement 60 ans. 1485
- Le Martyr de Saint Pedro Arbuès

La
nuit du 15 septembre 1485, l'inquisiteur d'Aragon, collègue de Torquemada,
Pedro Arbuès, est agenouillé en prière devant le grand autel
de la cathédrale de Saragosse quand 8 tueurs surgissent : l'homme sait
qu'il n'a pas que des amis et porte un casque et une cotte de maille, mais rien
n'y fait : un poignard traverse entièrement son cou, il s'effondre et meurt
peu après entouré des chanoines de la cathédrale accourus
à son secours. Aussitôt
l'inquisition se déchaîne : on accuse les conversos d'être
derrière le crime, Dès décembre 1485, et jusqu'en 1492, l'on
exécutera des "coupables" de la grande conjuration contre Saint Pedro.
Les peines pour les tueurs présumés furent sévères
: l'un d'eux eux les deux mains tranchées et clouées au portail
du palais des députés, puis fut décapité. Son corps
fut ensuite écartelé, et les morceaux de son corps pendus le long
des rues de la ville pour servir d'exemple. Le
pauvre Pedro Arbuès sera béatifié par Alexandre VII en 1664,
puis canonisé par le pape Pie IX le 29 juin 1867.[Référence] 1486
(ou 1487) - Publication d'un manuel de la chasse aux sorcières

Deux
dominicains allemands, Jakob Sprenger, Doyen de l'université de Cologne,
et Heinrich Institoris (Kraemer de son vraix nom), professeur de théologie
à l'université de Salzburg, publient le Malleus Maleficarum
: il s'agit d'un épais volume de plus de 400 pages qui est
un "guide" (bien sûr approuvé par la hiérarchie ecclésiastique)
de la chasse aux sorcières : on y apprend comment les identifier (p. ex.,
une femme qui a caressé un chat noir alors qu'une personne s'est sentie
mal à une distance de quelques centaines de mètres), les torturer
pour les faire avouer, et comment les inquisiteurs peuvent s'absoudre mutuellement
après la séance de torture. L'ouvrage affirme aussi que nier l'existence
de la sorcellerie est en soi une hérésie très grave (passible
de la mort sur le bûcher). Pendant plus de 2 1/2 siècles en Allemagne,
après la publication du Malleus Malleficarum nier l'existence de la sorcellerie
sera passible de la peine de mort. Le manuel devient un Best Seller. Le Malleus
fera l'objet de pas moins de 26 éditions entre 1486 et 1600. il deviendra
l'ouvrage de référence pour les chasseurs de sorcières catholiques,
et aussi protestants. L'action des deux doctes universitaires dominicains est
approuvée par le Pape Innocent VIII, qui les charges déjà
en 1484, par la bulle Summis desiderantes affectibus, d'extirper la sorcellerie
de l'Allemagne. Le texte de la bulle de Sa Sainteté le souverain pontife
est inclus dans la préface des éditions catholique du livre. [Référence] 

1492
- Expulsion des juifs d'Espagne

Synagogue
Fz aprs l'expulsion des Juifs d'Espagne
Le
pieu Ferdinand d'Aragon et sa très pieuse épouse Isabelle de Castille,
rois d'Espagne, expulsent les juifs de leur royaume. Les juifs ont le choix entre
se convertir, pour subir les foudres de l'inquisition (qui brûlera nombre
d'entre eux en les accusant d'être des "faux convertis"), ou partir. Plus
de 160'000 juifs quittent l'Espagne. La hiérarchie catholique ne reste
pas indifférente à cette mesure d'une cruauté effarante :
elle approuve la mesure, le pape encourage les autres souverains européens
à s'inspirer de l'exemple espagnol. Dans toute l'Europe, les évêques
se mobilisent pour pousser les gouvernements à empêcher l'entrée
sur leur territoire aux juifs expulsés.
[Référence] . En 1494, le pape accorde le titre de Rois Catholiques
à Isabelle et Ferdinand pour les remercier. Les
juifs qui choisissent de se convertir seront persécutés par l'inquisition
avec une détermination impressionnante : jusqu'au 18è
siècles, l'on fera le "Test du Lard" aux convertis juifs et à leur
descendants : une salade aux lardons est proposé au "converti" : si l'on
constate qu'il a écarté les lardons en mangeant, on le brûle
comme "faux converti". La méthode sera aussi appliquée aux musulmans
convertis et à leurs descendants. Si
l'expulsion des juifs d'Espagne est la plus grande expulsion du genre que l'histoire
ait enregistré, elle ne fut pas la première. En France, les prélats
catholiques avaient déjà obtenu une expulsion des juifs en 1306,
qui fut ensuite révoquée, avant d'être confirmée en
1394. L'Angleterre avait déjà procédé à l'expulsion
en 1290. En 1496, le Portugal imite son puissant voisin en expulsant à
son tour les juifs de son territoire. 1493
- Le premier indien d'Amérique au paradis Lorsque
Christophe Colomb, qui a pris soin d'emmener un moine dans ses bagages, arrive
en Amérique, il rencontre des indiens, qui, écrira-t-il, sont des
gens amicaux et serviables. Sans doute pour leur montrer comment l'Europe chrétienne
traite les étrangers amicaux et serviables, il enlève 12 d'entre
eux qu'il amène en Espagne. A l'arrivée, l'un d'entre eux tombe
malade : avant sa mort, il est baptisé en vitesse, ce qui permet à
la cour des Rois Très Catholiques d'exulter, car un indigène du
Nouveau Monde a pu entrer au paradis chrétien. Cette triste histoire marquera
le début de la tragique christianisation des indiens d'Amérique,
dont l'épisode
des réductions du Paraguay et les persécutions
des indiens Pueblo ne seront que deux épisodes parmi les plus tragiques. 1499

C'est
en cette année qu'a lieu le plus grand autodafé ("acte de foi")
que l'histoire espagnole ait enregistré : en un seul autodafé, l'inquisiteur
Diego Rodrigues Lucero brûle vifs pas moins de 107 juifs convertis au christianisme
à Cordoue. XVI
siècle Le
drame des castrats. L'église ayant décidé que les
femmes ne peuvent entrer dans le choeur des églises, un problème
tragique se pose : comment ne pas torturer les oreilles des pieux prélats
du Christ en les privant des voix hautes, si importantes dans les choeurs pour
louer l'amour de dieu ? Une solution barbare est trouvée : l'on privera
d'organes sexuels de jeunes garçons dont la voix aura été
reconnue comme belle. Les choeurs de la Sainte Eglise Catholique ne manqueront
ainsi jamais de soprani et de contralti. Cette
pratique barbare ne cessera qu'en 1878, sur ordre du Pape Léon XIII. La
pratique est encore très répandue pendant le 19è siècle,
au point que Rossini, lorsqu'il compose sa "Petite Messe Molennelle" écrit,
tout naturellement, qu'il suffira, pour exécuter celle-ci, "d'un piano
et d'une douzaine de chanteurs des 3 sexes, hommes, femmes et castrats".[Référence
:il s'agit ici d'une page Web] 1506
Le Pogrom de Lisbonne

Un
nombre important de juifs expulsés d'Espagne en 1492 avaient trouvé
refuge au Portugal. Les historiens citent des chiffres allant de 90'000 à
150'000. Ce fut une chance inouïe pour ce pays, car ces réfugiés
étaient en bonne partie des personnes instruites, médecins, banquiers,
commerçants, et certains arrivèrent au Portugal avec une partie
de leur fortune. Les sentiments à leur égard de la population étaient
donc au départ plutôt positifs. Mais cette population nouvelle déplaît
à une partie du clergé, et suscite les convoitises de l'inquistion
espagnole. Cette dernière soudoie donc des prélats portugais pour
répandre l'antisémitisme. En quelques années, un succès
important est obtenu : à Lisbonne, au cours d'une journée de folie
meurtrière qui passera à l'histoire sous le nom de Pogrom de Lisbonne,
3'000 juifs sont tués par de pieux catholiques excités par les prélats.
Mais le clergé portugais ne s'arrète pas en si bon chemin. Il demande
la création d'une inquisition portugaise, sur le modèle de celle
qu'ont la chance d'avoir leurs voisins espagnols. 1536 marque la date officielle
de la création de l'inquisition portugaise. Dans ce pays où il fait
bon vivre, l'inquisition entre lentement en action, et le premier Autodafé
n'est célébré que en 1540. De 1540 à 1580 (date de
l'invasion du Portugal par l'Espagne), l'inquisition portugaise célèbrera
environ 40 Autodafés, avec un total de 2500 condamnations dont 170 au bûcher.
L'arrivée de Philippe II, roi d'Espagne, au pouvoir en 1580 accélère
enfin les choses : les autodafés se multiplient, et en 20 ans il y aura
3200 condamnations dont 160 au bûcher, soit une augmentation du ritme annuel
de près de 100%. |
|
XVI
siècle Jules
II Della Rovere pape. Habile chef militaire, il porte l'armure pendant
une messe, lorsqu'un moine insolent lui fait remarquer que l'habit n'est pas approprié.
"Quand il s'agit de conquérir des terres, Dieu ne regarde pas l'habit,
mais la foi de son serviteur", lui répond-il, et passe ainsi à l'histoire.
Dieu lui permet effectivement de conquérir Bologna, qui est, comme il se
doit, mise à sac.
1521
Inspiré
par l'Esprit Saint, qui n'avait apparemment rien d'autre à faire, un moine
allemand, Martin Luther traduit le "Nouveau Testament" en quelques
semaines. Le diable vient le tenter pendant qu'il travaille : Luther ne trouve
rien de mieux à faire que de lui lancer un encrier qui tache le mur ! La
tache est depuis religieusement préservée pour les touristes (château
de Wartburg), dans le Land de Thüringen. L'événement
pourrait sembler insignifiant. Il n'en est rien, car il inaugure le plus grand
schisme de la chrétienté : dans les siècles qui suivront
les chrétiens se massacreront entre eux avec encore plus d'enthousiasme
qu'ils n'ont massacré et brûlé les non-chrétiens, les
hérétiques, les sorcières, les juifs et musulmans convertis,
etc. Luther
écrira et dira à plusieurs reprises qu'il faudrait brûler
les synagogues et chasser les juifs des villes : il se situe ainsi dans la tradition
initiée par les pères
de l'église catholique, et qui sera perpétrée jusqu'au
19è siècle
par l'inquisition, et même
jusqu'au 20è par ses imitateurs en chemise brune. En
1543, ce bon moine publie un pamphlet antisémite intitulé "Les juifs
et leurs mensonges". Les brèves citations ci-dessous donnent une impression
générale du niveau d'amour pour le prochain pratiqué par
Luther : "Leur
[des juifs, note de traduction] haleine pue de l'or et de l'argent des païens;
car il n'y a jamais eu sous le soleil, et il n'y a pas et il n'y aura jamais plus
avare qu'eux, comme cela peut être contstaté dans leur usure malhonnète.
Donc sachez, mes chers chrétiens, que, après le diable, vous n'avez
point plus venimeux, plus véhément et plus ennemi qu'un véritable
juif qui désire sincèrement être un juif ... Est-ce que leur
Talmud et leurs rabbins n'enseignent-ils pas que ce n'est pas un péché
que de tuer si un juif tue un païen, mais que c'est par contre un péché
si il tue un frêre en Israel ? Ce n'est pas un péché pour
lui de ne pas tenir une promesse envers un païen. Donc, voler - comme ils
le font en prêtant de l'argent - d'un païen est un service divin ...maintenant,
qu'allons-nous faire avec ces juifs, rejettés et condamnés ?" Luther
donne son conseil sincère sur quoi faire avec les juifs : Brûler
leurs synagogues, écoles, enterrer et couvrir avec de la saleté
tout ce qui ne brûle pas (...) Je recommande de raser et détruire
leurs maisons (...) Je recommande qu'on leur prenne leurs livres de prière,
qui contiennent de telles idolâtries, mensonges, insultes et blasphèmes
(...) Que l'on interdise à leurs rabbins d'enseigner sous peine de mort
(...) Que l'on leur prenne leurs trésors d'or et d'argent (...) Mais si
les autorités civiles sont réticentes à user de la force
pour restreindre leur vice diabolique, alors les juifs devraient êtres expulsés
de leur pays et renvoyés à Jérusalem ou ils pourront mentir,
injurier, diffâmer, assassiner, voler, pratiquer l'usure et la moquerie,
et se laisser aller à toutes ces infâmes abominations qu'ils pratiquent
parmis nous. [Traduit
de l'anglais par le soussigné : je n'ai pas réussi à me procurer
une version allemande ou française du livre] Il
faut préciser que les églises protestantes allemandes continuent
à ce jours à considérer Luther comme un grand homme, à
utiliser sa traduction de la bible, et à se référer à
ses écrits. 1524
- Une année ordinaire de chasse aux sorcières 
|

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Sans
doute pour battre le record détenu par Bamberg de 600 sorcières
brûlées en un an, l'on met à mort dans la province de
Côme pas moins de 1000 sorcières en un an. Ensuite, pendant
plusieurs années, l'on continue à en brûler un peu plus
d'une centaine par année dans cette charmante petite ville. Ces chiffres
peuvent impressionner, mais il faut se souvenir que à l'époque
Cologne brûlait régulièrement environ 300 sorcières
par an, et plusieurs villes européennes arrivent à maintenir
un rythme tout à fait honorable de 200 exécutions de sorcières
par an. | 1527
 Sac
de Rome : des soldats protestants massacrent la totalité de la
population de Rome, soit environ 40'000 personnes, et pillent la ville. Le Pape
est sauvé par les gardes suisses. Il s'enferme avec eux à Castel
Sant'Angelo pendant que la population est massacrée. Lui-même s'en
tire avec une grosse frayeur. Les Suisses catholiques y gagnent un débouché
professionnel à l'étranger, qui se perpétue aujourd'hui. 
1547
- La Limpieza - Des lois racistes d'inspiration religieuse
On
a vu que l'Espagne fut, sous la domination Maure, un société multiculturelle
où les trois monothéismes méditérranéens coexistaient.
Lorsque les chrétiens reprirent le pouvoir dans la péninsule ibérique,
ils eurent hâte de mettre fin à cette coexistence pacifique par une
série de mesures poussant Maures et Juifs à se convertir. Mais cela
ne suffisait pas au prélats catholiques, car ils suspectaient toujours
que sous tout converti, et même sous tout descendant de converti, se cache
en fait un faux chrétien qui continuait a pratiquer sa religion d'origine
en cachette. Les ecclésiastiques catholiques inventent donc la notion de
Limpieza, ou pureté raciale. Peu à peu des voix montent du clergé
pour que les charges ecclésiastiques et étatiques soient réservées
à ceux qui sont descendants de chrétiens et non de Maures ou de
conversos. D'abord, l'Athénée (la future université) de Salamanque
commence à exiger un certificat de limpieza de ses étudiants. Ces
certificats sont délivrés par l'inquisition. Puis, en 1547, l'Archevèque
de Tolède, Juan Martinez Siliceo, fait accepter un Statut de Limpieza pour
tous les ecclésiastiques de la cathédrale. Le mouvement s'étend
rapidement. A partir de 1560, après avoir pendant longtemps fourni les
certificats de Limpieza demandés par d'autres instances, l'Inquisition
décide de l'exiger aussi de ses propres employés. La Limpieza sera
aussi exigée pour toutes les charges d'état, et même pour
certaines professions qui avaient étés traditionellement exercées
par les juifs. Il
faudra attendre 1835 pour l'abolition des Statuts de Limpieza, mais le certificat
de limpieza continuera à être exigé aux aspirants officiers
de l'armée et aux candidats à certaines hautes charges de l'état
jusqu'en 1865. Moins d'un siècle sépare la fin de la pratique
de la Limpieza espagnole des lois nazies de Nurenberg. 1553

Calvin,
qui condamne les excès de l'Eglise Catholique, fait décapiter le
libre penseur et médecin Michel Servet, qui avait découvert la circulation
du sang. Il n'est jamais que l'un des plus de 15 hérétiques que
le réformateur fait exécuter pendant sa dictature sur Genève. Calvin
joue un rôle très actif dans l'arrestation, puis la condamnation
à mort de Michel Servet. Il échangea d'abord une correspondance
avec lui, puis, lorsque, fuyant l'inquisition, Servet arriva à Genève,
Calvin le fit arrêter. Calvin avait dit à son ami le réformateur
Farel que si Michel Servet devait venir à Genève, il ne le laisserait
pas repartir vivant. Il tient donc sa promesse en intervenant personnellement
au procès en plaidant pour l'exécution. La seule clémence
qu'il veut bien concéder à Servet est l'exécution par décapitation
plutôt que par le bûcher. Après l'exécution, le corps
de Michel Servet est brûlé, avec un exemplaire de l'un de ses livres. 1559

L'invention
de l'imprimerie permettant à un nombre croissant de personnes de s'informer,
l'église réagit en publiant l'Index (Index Additus
Librorum Prohibitorum). Pour que cette publication soit tenue à jours avec
soin, la Congrégation Spéciale de l'Index est fondée par
le pape Saint Pie V en 1571. Cette institution édite régulièrement
une liste de livres interdits. Dès l'institution de l'Index, des centaines
d'imprimeurs italiens s'enfuient en Suisse et en Allemagne. La dernière
édition de l'Index est publiée en 1961. Parmis les milliers de livres
qui prirent place dans cette liste infâme, on citera le cas de l'Encyclopédie,
publiée entre 1751 et 1765 : l'Encyclopédie est non seulement mise
à l'index, mais toute personne qui la lira sera passible d'excommunication
automatique. 1566
-1572

Pie
V pape. Ce Saint de l'Eglise catholique se vante publiquement plusieurs
fois d'avoir, pendant sa carrière d'inquisiteur, allumé de ses propres
mains plus de 100 bûchers d'hérétiques qu'il avait lui-même
accusés, confondus et condamnés. En
1569, il ordonne l'expulsion des juifs de l'Etat de l'église. Toutefois,
avec un pragmatisme tout catholique, il permettra à certains commerçants
juifs de rester à Rome et à Ancône, dans des conditions humiliantes.
[Référence] Les
juifs romains sont désormais enfermés dans un ghetto, et en plus,
une coutume, qui restera en vigueur jusqu'à la chute de l'Etat de l'Eglise
est instaurée : pour humilier publiquement les juifs, chaque nouveau pape
passe devant le ghetto, où le Grand Rabbin de Rome lui tend une copie du
Pentateuque (une partie de l'Ancien Testament). Après quoi le pape lui
restitue le texte accompagné de plusieurs pièces d'or, en déclarant
que, si il respecte la loi de Moïse, il désapprouve le coeur dur des
juifs. Cette cérémonie voulait marquer la conviction chrétienne
que les juifs devraient reconnaître leur erreur et se convertir au christianisme. Pie
V publie aussi une nouvelle édition du catéchisme officiel de l'église,
dans lequel l'amour du prochain et la miséricorde ont bien sûr une
place importante. A
la fin de sa vie, ce pieux dominicain dira regretter surtout d'avoir été
trop indulgent. 1568
- Le premier ordre de génocide des Temps Modernes

Le
16 février 1568, le Saint
pape Pie V signe le premier ordre de génocide des Temps Modernes. Depuis
quelques années, les habitants des Pays-Bas ont adhéré en
majorité aux doctrines de Luther.
Plus grave encore pour Saint Pie V, il semble que des actes d'iconoclastie se
soient produits. Le Saint pape donne donc l'ordre à Philippe II, Roi d'Espagne
et des Pays-Bas, de procéder à l'extermination de l'ensemble de
la population, soit environ 3 millions d'habitants, saufs quelques personnes qu'ils
nomme expressément dans son ordre. Le pieux Philippe II demande 10 jours
plus tard au Duc D'Albe d'exécuter la sentence. Cet habile général
est, depuis l'été 1567, au Pays-Bas, avec une petite armée
de 10'000 fantassins, 1'200 cavaliers et pas moins de 2'000 courtisanes. Il se
met vite à la tâche, malgré ses moyens limités. Dans
une lettre à Philippe II il affirme avoir déjà éliminé
"800 têtes" au cours de la seule Semaine Sainte de l'an 1568. Rapidement,
la population se révolte en arme contre la petite armée chargée
de l'exterminer. Combien de personnes mourront suite à la sentence papale
? Il est difficile de l'estimer. Selon le Duc D'Albe lui-même, il parviendra
à exterminer 18'600 personnes en 6 ans de génocide. Après
avoir échoué dans sa tentative de génocide aux Pays-Bas,
le Duc sera rappellé en Espagne, et, après une brêve période
de disgrâce, il se verra confier de nouvelles missions lors de l'invasion
du Portugal. Il mourra finalement dans son lit, sans jamais regretter aucun de
ses gestes aux Pays-Bas. 1547-1593 Guerres
de religion en France Les
sous-sectes chrétiennes se livrent en France à une guerre civile
sans merci, interrompue par plusieurs paix et trêves temporaires. Pendant
une de celles-ci a lieu le massacre de 20'000 protestants, hommes, femmes et enfants,
en une nuit (Nuit de la Saint-Barthélemy, 1572). En apprennant la bonne
nouvelle du massacre, le pape Grégoire XIII est pris d'enthousiasme. Des
festivités sont organisés à Rome, et il charge son peintre
favori, Vasari, de préparer une grande fresque intitulée "L'élimination
des hugenots".
1591
- Une 2è série d'Autodafés en Espagne
Ayant
pris le pouvoir au Portugal en 1580, Philippe II, pieux souverain catholique espagnol,
a assuré aux juifs et conversos de ce pays qu'ils pourraient désormais
librement se déplacer en Espagne et Portugal. Hélas, de nombreux
juifs et conversos, voyant le nouvel activisme de l'inquisition depuis l'arrivée
de Philippe II au Portugal, pensent qu'ils seront plus tranquilles en Espagne.
Mal leur en prend ! Les inquisiteurs espagnols, qui n'ont eu, depuis des décennies,
pratiquement que des sorcières et quelques blasphémateurs à
se mettre sous la dent, voient cette arrivée de juifs et conversos comme
une manne tombée du ciel. Immédiatement les dénonciations
s'accumulent chez les inquisiteurs, qui saisissent l'opportunité de relancer
leurs activités. En 1591, le premier autodafé de conversos, "nouvelle
série", a lieu à Tolède : un seul malheureux monte sur le
bûcher, alors qu'une trentaines de condamnés voient leurs biens saisis
et doivent, pour certains, finir leur existence en prison, et pour d'autres entreprendre
de périlleux pèlerinages en portant le Sanbenito. De nombreux Autodafés
se succèdent, mais ici encore on remarque que le nombre de bûchers
est faible par rapport à celui des condamnations à la prisons à
vie. Cette retenue de l'inquision disparaîtra à la mort de Philippe
II en 1598, et les choses ne se calmeront pour les conversos en Espagne que à
partir de l'expulsion des Maures en 1609. Fin
du XVIè - début du XVIIIè siècle La
conversion forcée des Indiens Pueblo.

Remontant
depuis la côte du Golfe du Mexique, les explorateurs Espagnols, toujours
accompagnés de moines et de prêtres, entrent en 1598 en contact avec
les Indiens "Pueblo" dans le territoire qui est aujourd'hui l'état US du
Nouveau Mexique : différents des indiens nomades des plaines du Nord, et
aussi des indiens plus combatifs que les Espagnols ont rencontré au Mexique
et en Amérique du Sud, les Indiens Pueblo vivent dans des villages (les
"Pueblos") de maisons de brique à 2-3 étages, sont pacifiques et
pratiquent l'agriculture. Ils pratiquent une religion dans laquelle ils vénèrent
le "Père Ciel" et la "Terre Mère", craignent des démons (les
Skinnwalkers) qui marchent au soleil couchant sur la crête des montagnes,
vénèrent les corbeaux comme étant des réincarnations
de leurs ancêtres. Ils ont aussi un riche panthéon de dieux assez
semblables aux dieux grecs, leur dieu principal étant la femme-araignée.
Les cérémonies sont célébrées dans des petites
églises familiales, les Kivas. Ces agriculteurs pacifiques deviennent immédiatement
l'objet de l'attention des prêtres Espagnols, impatients de remplacer le
culte de Père Ciel et Terre Mère par celui du dieu
dont on boit le sang au cours des cérémonies : les chamanes
indiens sont accusés de "sorcellerie" et exécutés. Les Kivas
sont détruites par les militaires espagnols. Les cérémonies
religieuses traditionnelles sont interdites, sous peine de mutilations. Les indiens
surpris en train de célébrer une cérémonie traditionnelle
auront un bras ou un pied coupé. Malgré tout, des indiens continuerons
à pratiquer leurs cérémonies, en cachette, la nuit. Les prêtres
catholiques utiliseront ce fait dans des sermons, que les indiens Pueblo citent
encore aujourd'hui avec amertume : les prêtres déclareront que la
religion indienne est celle des ténèbres, puisque les cérémonies
se font de nuit, alors que le christianisme est la religion de la lumière,
puisque l'on mange la chair et l'on boit le sang du dieu chrétien en plein
jour. Plusieurs révoltes sanglantes jalonnent l'histoire de la christianisation
des Pueblos. La persécution religieuse des indiens Pueblos ne cessera qu'après
l'annexion du territoire par les USA en 1847. 1600

Giordano
Bruno est brûlé vif à Rome, condamné pour
hérésie. Il avait osé définir l'univers comme étant
"infini", et émis l'hypothèse de l'existence de formes de vie hors
de la terre. C'en était trop pour l'église. Au bout de 8 ans de
procès, au cours duquel des aveux lui sont arrachés par la torture,
il est condamné à mort comme "hérétique obstiné
et impénitent". Il se défend en essayant de montrer que ses idées
ne sont pas en contradiction avec les doctrines chrétiennes, en vain. Il
est brûlé en public à Rome, au Campo dei Fiori. On aura soin
de le bâillonner avant de l'amener au lieu d'exécution, pour éviter
tout risque que ses paroles ne troublent la foule venue assister au spectacle.
Son principal accusateur, le Cardinal Bellarmin, un pieux et docte Jésuite,
qui donnera tous ses biens aux pauvres, sera plus tard canonisé, et, en
1930, proclamé "Docteur de l'église". [Référence] Il
est intéressant de noter que, si, dans le cas de Galilée, l'église
catholique exprimera quelques regrets à la fin du XXè siècle,
et le réhabilitera même partiellement en 1992, elle ne se repentira
jamais de l'exécution de Bruno. Bien au contraire, elle s'opposera avec
véhémence à l'installation d'une statue de Giordano Bruno
à Rome en 1889. En 1929, le pape demandera à Mussolini de détruire
cette statue, avant de canoniser, puis de nommer "Docteur de l'Eglise" le Cardinal
Roberto Bellarmino, accusateur de Giordano Bruno. Plus récemment, en février
2000, lorsque se tient à la faculté théologique de Naples
une conférence sur Giordano Bruno, le Saint Siège fait envoyer au
président de la conférence un "message", signé par le Cardinal
Angelo Sodano, secrétaire d'état au Vatican, ou il est écrit
que "Le cheminement de sa pensée [de Giordano Bruno, note de l'éditeur]
(...) l'a porté à des choix intellectuels qui se révélèrent
progressivement, sur certains points décisifs, incompatibles avec la doctrine
chrétienne.". Le message attribue ensuite "l'issue violente" au "pouvoir
civil" : autrement dit la faute n'est pas du commanditaire, l'inquisition, mais
du pouvoir civil, qui exécuta la sentence demandée par l'inquisition
(on rappelle que c'était le "bras séculier" qui exécutait
les sentences de l'inquisition). Pour apprécier à sa juste valeur
ce subtil dinstiguo des prélats de l'an 2000 défendant leurs collègues
de 1600, il faut se souvenir que Rome était en 1600 une monarchie absolue
ayant à sa tête le Pape, soit le chef de l'église catholique.
Le document du Vatican continue sur le même ton en affirmant que "Ce qui
émerge historiquement laisse penser que les juges du penseur étaient
animés par le désir de servir la vérité et de promouvoir
le bien commun, tout en faisant ce qui était possible pour lui sauver la
vie". Il faut bien prendre conscience de ce fait que ce texte est une communication
officielle et publique du Vatican datée du 17 février 2000, disponible
sur Internet au site Vatican.va, et pas un
obscur texte moyen-âgeux. 1609

Expulsion
des Maures d'Espagne Après
l'expulsion des juifs d'Espagne, l'inquisition s'ennuyait un peu dans ce beau
pays. Elle lance donc la chasse aux Morescos, les arabes convertis au christianisme.
Sont suspectés d'être des faux convertis et exécutés
tous ceux qui refusent de boire du vin ou de manger du porc, ou qui sont trop
propres : en effet, l'Islam, contrairement au christianisme, prescrit des lavages
périodiques. La propreté n'a jamais été aussi dangereuse
qu'au XVI siècle en Espagne ! Enfin, en 1609, craignant sans doute d'avoir
raté des "Faux convertis", l'inquisition obtient du roi l'expulsion des
Morescos vers l'Afrique du Nord. Le nombre d'expulsés est mal connu : les
estimations varient entre 300'000 et 3 millions. Des régions rurales furent
dépeuplées. Les expulsés arrivent en terre islamique, et
l'Islam prévoit la peine de mort pour toute personne qui renie l'Islam.[Référence] L'inquisiteur
général Diego de Spinoza proclama après l'expulsion que "L'Espagne
respire enfin avec soulagement", et salua l'opération comme le triomphe
"de la propreté sur la pourriture". 1619

Le
philosophe italien Lucilio Vanini est brûlé vif
par l'inquisition. Ses fautes : il a donné des explications "naturelles"
à des miracles, et émis l'hypothèse que l'homme pourrait
descendre des grands singes, et, encore plus grave, il aurait nié l'immortalité
de l'âme. Il doit fuir l'Italie, mais l'inquisition le rattrape à
Toulouse. Il comparaît devant le Tribunal Ecclésiastique où
il est reconnu coupable d'athéisme, et condamné à avoir la
langue coupée avant d'être brûlé vif. 1615 Les
protestants à la chasse des sorcières L'on
croit souvent que la chasse aux sorcière serait une spécialité
catholique. Hélas, les protestants partagent, dès la Réforme,
cette passion de leurs frères catholiques. Il est difficile d'évaluer
le nombre total de personnes brûlées vives pour sorcellerie par les
protestants car il n'y a pas, pour les multiples églises protestantes,
de fichier central bien ordonné comparable à celui du Saint Office
de l'Inquisition (aujourd'hui Congrégation pour la doctrine de la foi)
des catholiques. Or, les protestants intensifient la chasse aux sorcières
que les catholiques avaient commencé avant eux. Sont en particuliers accusés
de sorcellerie les personnes qui, en pays catholique, sont considérés
comme douées de dons divins particuliers, comme les exorcistes et d'autres
guérisseurs. Par exemple, à Genève, la folie meurtrière
des clercs protestants porte à l'éxécution de 21 sorcières
au cours du seul mois de mai 1571. Pour
donner une idée de l'étendue, sur la durée, de la chasse
aux sorcières pratiquée par les protestants, en absence de chiffre
globaux, nous prendrons l'exemple du Pays de Vaud, colonie Bernoise en Suisse
Romande, dont le territoire correspond approximativement à l'actuel canton
de Vaud en Suisse. Dans cette province rurale, la chasse aux sorcières
tue, dans les 200 ans qui suivent la Réforme, 2000 personnes, soit presque
une personne par mois. Le 90% des accusés sont condamnés à
la peine capitale - exécutée sur le bûcher. En 1615, la folie
de la chasse aux sorcières s'abat sur le petit village de Golion (Vaud)
: de ses 200 habitants, 25 seront brûlés vifs pour "sorcellerie"
sur une période de 16 ans, à compter de 1615. Un à un, chaque
accusé avoue avoir rencontré un diable, avoir signé avec
lui un pacte, puis avoir accompli sur son ordre divers méfaits tels que
l'empoisonnement de bétail ou le jet de mauvais sorts. Des marques diaboliques,
qui peuvent être un simple mélanome ou une cicatrice, sont découverts
sur le corps de chaque accusé. Chaque accusé avoue aussi le nom
d'autres sorciers et sorcières. Il
y a parmis les victimes des hommes et des femmes de tous âges et toutes
conditions, à l'exception des nobles et des clercs de l'église réformée,
car les nobles sont souvent les exécutants de cette chasse initiée
par les pasteurs protestants.
Comme cela est usuel en pays protestant,
les aveux sont obtenus par la corde : l'accusé a les bras liés derrières
le dos, après quoi le bourreau le soulève par la corde qui lui tient
les bras, et diverses fractures en résultent. Si l'accusé est récalcitrant
et hésite à passer aux aveux, l'on utilise la corde avec les poids
: des poids sont attachés au pieds de l'accusé, puis l'on procède
à de nouveaux levages, jusqu'aux aveux. Comme les aveux ne sont considérés
complets que si l'accusé a dénoncé d'autres sorcières,
l'alimentation du système répressif protestant en matériel
humain à torturer puis à brûler est assurée, et les
fréquentes exécutions permettent de maintenir dans la population
une saine crainte des diables. Il faudra attendre le siècle des lumières
pour que la chasse aux sorcières cesse enfin en Suisse. 1633

BarBar
Barberini
Procès
à Galilée. Pour avoir douté de la théorie
géocentrique de Ptolémée (qui, soit dit en passant, n'était
pas chrétien !) , Galileo Galilei est forcé à se rétracter
: on lui montre les instruments de torture, qui seraient employés si il
insiste. Ses
oeuvres avaient déjà été mises à l'index en
1616. Il passera le reste de sa vie confiné dans sa villa (arrêts
domiciliaires). Sa réputation internationale de scientifique lui permet
d'éviter des conséquences plus graves, et seule sa rétractation
lui évite la torture. L'Eglise
catolique sera très lente à admettre le fait que la Terre tourne
bien autour du soleil. Jusqu'en 1757, la Congrétation de l'Index interdira
la parution d'ouvrages "traitant du mouvement de la terre". Les oeuvres de Galilée
et de Copernic resteront inscrites à l'Index jusqu'en 1835. Il
faudra attendre le pape Jean-Paul II pour que l'église catholique reparle
de Galilée. En 1979, il promet la formation d'une commission de l'Académie
pontificale des sciences, chargée d'aprofondir "l'examen du cas Galilée
(...) dans une reconnaissance loyale des torts de quelque côté qu'ils
viennent". La commission est effectivement mise en place en 1981. En 1992, elle
rendra ses conlusions au pape, qui émet de nombreuses réserves :
tout en admettant les erreurs de juges de l'époque, le pape indique que
ni Galilée, ni ses juges, ne surent faire la distinction qui s'impose entre
"l'approche scientifique de phénomènes naturels" et "la réfléxion
sur la nature de l'ordre philosophique". Galilée aurait, d'après
le pape, fait une grave erreur en refusant la suggestion qui lui était
faite de "présenter comme hypothèse le système de Copernic,
tant qu'il n'était pas confirmé par des preuves irréfutables".
La commission et le pape s'accordent pour laisser une large part de responsabilité
à Galilée, car celui-ci a commis aussi une autre erreur : il avait
cru que les marées étaient la preuve irréfutable du mouvement
de la terre. L'église absout donc finalement Galilée, tout en insistant
sur le fait qu'il est au moins aussi responsable qu'elle-même de sa condamnation.
1618
à 1648 Guerre
des 30 ans. Les très catholiques souverains Habsbourg forcent
à la conversion leurs sujets protestants de Bohème, déclenchant
la plus grande guerre que le continent européen ait connu jusqu'alors.
La population de l'Allemagne est réduite de moitié. De nombreuses
villes sont dévastées. Des épidémies de peste dévastent
toute l'Europe centrale, de la Lombardie à la Prusse. Il
s'agit bien d'une guerre de religion, même si les églises ont par
la suite essayé de faire croire qu'il s'agissait d'un conflit politique
: la guerre est déclenchée par un conflit religieux, par la suite
des rois étrangers, comme Gustave II de Suède, interviennent sur
la base de leurs convictions religieuses. Le cas de Gustave II de Suède
est particulièrement significatif. il oblige ses soldats à chanter
des cantiques chrétiens chaque soir, mais ceux-ci sont d'autre part de
redoutables pilleurs : l'armée suédoise se verra conférer
le titre de "Schrecken des Krieges" par la population allemande, qui craint les
pillages (c'est à dire les cas où une armée entre dans une
ville, égorge les hommes adultes, viole femmes et enfants avant d'égorger
aussi tout ou partie de ces derniers et de mettre le feu à la ville) suédois
encore plus que ceux de l'armée Habsbourg. [Référence]. Lorsque
les négociations de paix s'ouvrent enfin en Westphalie en 1644, le légat
du Pape, Fabio Chigi, ancien Grand Inquisiteur de Malte et futur Pape Alexandre
VII, a pour instruction de faire en sorte que le conflit entre puissances catholiques
(France contre Espagne et Empire) cesse, et que par contre la guerre continue
contre les protestants. Chigi échoue : épuisés par la guerre,
l'Empire conclut la paix avec les protestants. Le pape Innocent X condamne alors
la paix, la déclarant nulle et non avenue dans la bulle Zelo Domus
Dei (1648). Heureusement pour ce qui reste de la population allemande,
la bulle est ignorée par tous les signataires, et la guerre des 30 ans
sera la dernière grande guerre de religion en Allemagne. 1650 L'archevêque
d'Irlande James Ussher utilise la Bible pour calculer l'âge de la terre
: celle-ci a été crée le dimanche 23 octobre de l'an 4004
avant Jésus-Christ. Cela peut faire sourire aujourd'hui. Mais il faut tout
de même rappeler que un an avant (1649), Blaise Pascal construisait la première
machine à calculer : on est en pleins temps modernes du point de vue scientifique
et technique, mais l'église catholique persiste à rechercher la
vérité sur les questions scientifiques dans la bible. Le calcul
de Ussher est d'ailleurs toujours utilisé aujourd'hui par les créationistes
américains, qui s'obstinent à nier tout ce qui a plus de 6000 ans
d'âge : dérives des continents, fossiles anciens, etc. sont, encore
aujourd'hui, pour ces individus, des "oeuvres du démon" destinées
à nous tromper. 1652
- La dernière sorcière exécutée à Genève Il
faut le reconnaître, l'Esprit de Genève, cet esprit tant vanté
des nombreux maîtres du monde qui ont négocié des paix et
des accords de désarmement à Genève, puise ses racines loin
dans l'histoire. Genève cesse en effet les exécutions de sorcières
des décennies avant les autres grandes villes européennes. La dernière
malheureuse à mourir à Genève pour cause de pacte avec le
diable est une dénommée Michée Chauderon, lavandière
de son état, originaire de Boège en Faucigny. L'accusation provient
d'une femme hystérique, qui se prétend possédée par
le diable. Traditionnellement à Genève, le tribunal demandait un
rapport médical, qui fournissait des preuves sous la forme de marques diaboliques
sur le corps : une cicatrice, un grain de beauté, un mélanome, étaient
vite reconnus comme tels, et l'on peut dire qu'à cette époque le
cancer de la peau pouvait tuer très vite, indirectement. Mais en 1652 le
corps médical se rebiffe : les deux experts médicaux déposent,
avec un courage qui force l'admiration, un rapport disculpant la malheureuse.
Poussé par des théologiens, le tribunal demanda un second rapport
médical. Comme l'on ne trouvait pas à Genève de médecins
disposés à contredire leurs confrères, on alla chercher à
Nyon des médecins plus malléables : des médecins de cette
petite ville des bords du la Léman consentirent, eux, à trouver
sur le corps de la lavandière des marques diaboliques, et le 6 avril 1652,
Michée Chauderon est brûlée sur la place publique pour le
plus grand plaisir des théologiens calvinistes. 1664

Première
exécution de sorcières dans le nouveau monde. Les européens
exportent cette tradition si importante pour les chrétiens. En Amérique,
cette tradition culminera en 1692, par l'affaire des sorcières de Salem,
qui se termine par l'exécution de 19 personnes (18 femmes, un homme), accusées
d'être en liaison avec le diable. XVIIIè
siècle - L'Espagne et le Siècle des Lumières Alors
que l'Europe sort lentement de l'oscurantisme, en Espagne, l'inquisition termine
son travail d'éradication des conversos. Il est difficile d'estimer le
nombre de victimes au cours de tout le siècle, mais l'on sait que, au cours
du seul règne de Philippe V (1700-1746), l'on célèbrera environ
60 Autodafés, avec un total d'environ 1000 condamnés, parmis lesquels
100 furent exécutés et plusieurs centaines finirent leur vie en
prison. Les condamnés ne sont pas seulement des conversos, mais aussi des
blasphémateurs, des possédés et des sorciers et sorcières. 1750-1767 "Affaire
des réductions" au Paraguay. Le cas est particulièrement
intéressant, car ici les catholiques se massacrent et s'excommunient entre
eux. Les Jésuites, arrivés au Paraguay en 1604, avaient établi
au XVIIè un petit empire privé, fait de "réductions", c'est
à dire des petits villages fortifiés dans la forêt, ou vivent
des indiens convertis au catholicisme. A partir de 1640, ces indiens sont munis
d'armes fournies par les Jésuites, qui sont, dans ces village, tout à
la fois curés, maires et administrateurs. Hélas, une correction
de la frontière porte plusieurs de ces réductions dans le territoire
portugais : or le Portugal, pays chrétien et catholique, perpétue
à l'époque la tradition de l'esclavage
: les portugais pensent prendre aux Jésuites leurs indiens pour les vendre
comme esclaves. Le
pape intervient, excommunie les Jésuites des "réductions". Puis
une armée, dont les canons et épées sont bénis par
les prêtres de service, attaque les réductions. La guerre se prolongera
: en 1756, les indiens obtiennent même une victoire décisive contre
les portugais. La guerre se terminera en 1767 : une armée commune des portugais
et des espagnols massacre les Jésuites et prend les indiens comme esclaves.
Un Te Deum est célébré pour la victoire, comme il se doit,
et les Jésuites sont expulsés des territoires espagnols. [Référence] Peu
après, en 1773, le pape Clément XIV interdira l'ordre des Jésuites,
coupable d'être trop intelligent et rationnel, et surtout de n'avoir pas
assez loyalement servis la famille de Bourbon, rois de France et d'Espagne, monarques
absolus et grands amis de l'église catholique. Il fait emprisonner le Père
Général des Jésuites, qui mourra prisonnier au Château
Saint-Ange à Rome. 1766

En
plein siècle des lumières, un jeune homme de 19 ans, le Chevalier
de la Barre passe "à vingt pas d'une procession sans ôter
son chapeau". Il est arrèté, soumis à la torture. Enfin,
il est décapité, après qu'on lui ait coupé la langue.
Son corps est alors placé sur un bûcher et brûlé ensemble
avec un exemplaire du "Dictionnaire Philosophique" de Voltaire devant une foule
enthousiaste. [Référence] 1788 Dans
le canton de Glaris, en Suisse, la dernière sorcière est
brûlée. Cette
exécution n'est pas la dernière de l'inquisition,
qui continuera à brûler des hérétiques jusqu'en 1826. 1793

Kant,
professeur de philosophie à Königsberg et "star" internationale de
la philosophie moderne depuis la publication de "Kritik der reinen Vernunft" publie
"Die Religion innerhalb der Grenzen der bloßen Vernuft" ("La religion dans
les limites de la seule raison"), où il met les doctrines chrétiennes
à l'épreuve de la raison et du "kategorische Imperativ". C'en est
trop pour le pieux roi de Prusse. Poussé par des prélats protestants,
il intervient et Kant est forcé de se rétracter publiquement sous
peine de licenciement immédiat de son poste de professeur de l'université
de Königsberg. Un à un, les autres professeurs de l'université
doivent signer, sous peine de licenciement immédiat, un document où
ils s'engagent à ne pas citer dans leur enseignement des écrits
de Kant ayant trait à la religion. Comme dans le cas de Galilée,
la renommée internationale de Kant le sauve de conséquences plus
sévères. Kant songera à s'exiler, mais il est en cette fin
de siècle peu de cieux cléments pour les penseurs qui osent critiquer
des aspects de l'idéologie chrétienne : il finira donc la vie à
Königsberg. 1826 Le
dernier hérétique est brûlé vif par l'inquisition
en Espagne. Une riche tradition chrétienne prend fin. Désormais,
l'église recourrera à des moyens plus subtiles pour tuer, comme
par exemple en interdisant l'assistance aux femmes qui doivent avorter, en sabotant
la planification familiale dans les pays pauvres, en interdisant le préservatif
comme moyen d'endiguer l'épidémie du SIDA, etc. 1832
- la liberté de conscience condamnée En
1830, l'Europe entière est secouée par des mouvements révolutionnaires
: les peuples supportent mal la chape absolutiste imposée par la restauration
de 1815. En France, le roi est chassé et remplacé par Louis-Philippe,
qui se proclame Roi-Citoyen. Ces progrès de la liberté horrifient
l'église catholique, au point que le pape Grégoire XVI publie une
encyclique, Mirari Vos, où ils condamne formellement
la liberté de conscience : De cette source empoisonnée
de l'indifférentisme, découle cette maxime fausse et absurde ou
plutôt ce délire : qu'on doit procurer et garantir à
chacun la liberté de conscience ; erreur des plus contagieuses, à
laquelle aplanit la voie cette liberté absolue et sans frein des opinions
qui, pour la ruine de l'Église et de l'État, va se répandant
de toutes parts, et que certains hommes, par un excès d'impudence, ne craignent
pas de représenter comme avantageuse à la religion. Eh ! " quelle
mort plus funeste pour les âmes, que la liberté de l'erreur ! "
disait saint Augustin (S. Aug. Ep. CLXVI). Le
pontife condamne également nommément la liberté de la presse,
la liberté d'association, la liberté d'enseignement, la souveraineté
du peuple et le suffrage universel. Dans la lutte entre progrès et réaction,
entre liberté et obscurantisme, l'église catholique choisit ainsi
clairement son camp. Elle ne le choisit pas, elle l'a installé. 1847 Guerre
du Sonderbund : la Suisse est déchirée par une guerre
de religion. Les cantons catholiques, dont les gouvernements sont fortement influencés
par des conseillers jésuites, fondent une alliance militaire spéciale
(Sonderbund), qui réclame l'annexion aux cantons catholiques des régions
catholiques des cantons majoritairement protestants. Ils appellent les monarques
catholiques d'Autriche à leur aide, puis engagent les hostilités.
Seule la victoire rapide des troupes fédérales/protestantes permet
d'éviter une intervention autrichienne, qui aurait provoqué une
extension du conflit à l'échelle européenne. Les
protestants se livrent pour leur part à des féroces "Chasses aux
catholiques" dans les campagnes genevoises. Les
Jésuites, considérés comme responsables de la guerre, sont
expulsés de Suisse, et leur expulsion restera en vigueur jusqu'aux années
1970'. 1848 La
population de Rome se révolte contre la dictature papale. Le pape Pie IX
est chassé. Une république est proclamée et les murs du ghetto
de Rome sont abattus. Le Pape sera est remis au pouvoir en 1849 par les troupes
françaises dépêchées sur place par Louis - Napoléon
Bonaparte, président de la république française. Les opposants
sont fusillés. L'Etat de l'Eglise redevient une monarchie absolue dont
le souverain est le pape. Le ghetto est refermé : les juifs de Rome devront
attendre la chute du régime papal en 1871 pour pouvoir enfin circuler librement
dans la ville éternelle. En 1849, à l'occasion d'un débat
au parlement français, Victor Hugo décrira de manière poignante
la réalité de l'Etat de l'Eglise catholique : "Pour toute législation,
un chaos de lois féodales et monacales, qui produit la barbarie des juges
criminels et la vénalité des juges civils. Quatorze tribunaux d'exception
qui fonctionnent en permanence; devant ces tribunaux, aucune garantie. Les débats
sont secrets. La défense orale est interdite. Des juges ecclésiastiques
jugent les causes et les personnes laïques. Les juifs sont parqués
et enfermés tous les soirs comme au XVè siècle; le clergé
est mêlé à tout, même à la police. Les gens de
finance ne rendent compte qu'à Dieu, Deux censures pèsent sur la
pensée : la censure politique et la censure cléricale. L'une garrotte
l'opinion, l'autre bâillonne la conscience. On vient en outre de rétablir
l'inquisition". Le
pape Pie IX sera béatifié en septembre 2000. 1858 La
police pontificale enlève un enfant juif sur ordre du Pape : Une
bonne (catholique) a fait secrètement baptiser un enfant juif dont elle
avait la garde. Sa motivation était que l'enfant était malade, et
il fallait le sauver avant qu'il n'aille aux enfers en mourant. Hélas,
cela se passe dans les états de l'Eglise : dès qu'elle est informée
du baptême, la police pontificale enlève de force l'enfant à
la famille. L'enfant, Edgardo Mortara, est adopté par le bienheureux Pape
Pie IX (béatifié par Jean-Paul II en septembre 2'000), qui l'élève
pour qu'il devienne un prêtre. 1863 Le
bienheureux Pape Pie IX publie le Syllabus. Ce document est un
recensement des "erreurs" de la pensée moderne, que le pape condamne sans
appel. Sont entre autres condamnées : Le
mariage civil, la tolérance en pays catholique de rites d'autres religions,
la liberté de religion, le panthéisme, le libéralisme, le
socialisme, la rébellion contre un souverain "légitime", la critique
au pouvoir temporel du pape, la possibilité de progresser par la raison,
la non-intervention du religieux dans les sciences et la philosophie. En 1870,
il fera voter par le concile Vatican I l'infallibilité
du pape avec effet rétroactif, pour s'assurer que ses condamnations
ne soient plus remises en question. 1871 Le
pape, qui
est officiellement infaillible avec effet rétroactif depuis 1870, excommunie
toute personne qui participerait à une quelconque élection de l'état
italien, qui est défini comme étant "diabolique", car il avait privé
les papes de leur état séculier. Cette sentence d'excommunication
automatique n'empêchera pas le pape de bénir quelques années
après un nouvellement fondé "Partito popolare", d'inspiration catholique,
fondé et dirigé par un prêtre. 1881 Les
Pogroms russes commencent. Excités par des prélats orthodoxes,
qui répandent une fausse rumeur comme quoi le Tzar Alexandre II aurait
été assassiné par un juif, des foules se rassemblent dans
plus de 200 villes russes, et détruisent les biens des juifs. Les Pogroms
deviendront communs dans la pieuse Russie tzariste, surtout entre 1900 et 1907.
Le plus violent d'entre eux à lieu à Kishinev en 1903 : les autorités
civiles et religieuses de la ville excitent la foule, qui s'en prend violemment
au juifs : pendant deux jours, la foule tue 45 juifs, en blesse environ 600, et
pille 1'500 maisons. Bien sûr, les responsables (Popes et politiciens) ne
seront jamais inquiétés par la justice. 1881-1882 Civiltà
Cattolica, journal romain contrôlé par des Jésuites, qui continuera
à publier des articles sur la culpabilité de Dreyfuss des années
après la réhabilitation de ce dernier, publie une série d'articles
accusant les juifs de crucifier des enfants chrétiens.
Le père Giuseppe Oreglia de San Stefano, Jésuite, remet sur la place
publique une viellie accusation : les juifs pratiqueraient des meurtres rituels
d'enfants chrétiens. Cela est trop fréquent, écrit le bon
père jésuite. En Europe de l'Est, dit savoir le bon père,
l'emploi de sang chrétien est une loi générale pesant sur
la conscience de tous les hébreux. Chaque année, poursuit-il, les
juifs crucifient un enfant chrétien en le faisant mourrir dans les tourments.
Le ton et le contenu de ces articles sont malheureusement assez typiques pour
la presse catholique de l'époque. La Croix, en France, publie des articles
de nature semblable à la même époque. Pour
évaluer à sa juste mesure le poid de ces mots, il faut rappeller
que ces articles paraissent alors que les personnes qui seront au pouvoir dans
les années 30-40 du 20è siècle (dont le pape Pie XII) sont
alors des enfants : ils grandiront baignés dans la haine des juifs, et
pourront mettre en pratique au cours de la 2è guerre mondiale ce qu'ils
auront appris comme enfants. 1889 Dans
une Rome libérée du joug papal, le 9 juin, est inaugurée
une statue de Giordano Bruno
au Campo dei Fiori, le lieu même où le penseur fut exécuté.
Le Pape Léon XIII, très peiné, passera la journée
entière en jeune aux pieds de la statue de Saint Pierre. La presse catholique
se déchaîne : elle parlera d'"orgie satanique" en décrivant
la manifestation d'inauguration, de "triomphe de la synagogue, des archimbandrites
(') de la maçonnerie, des chefs du libéralisme démagogique",
de "tintamarre de l'ignorance et de la malignité anticléricale".
Au XXè siècle,
l'église déploiera toute son influence pour faire
abattre la statue. 1918-1945 Le
parti pris pour les dictatures. L'église soutient activement la
montée des totalitarismes en Europe, puis défend leurs crimes dans
plusieurs cas, et renonce à les dénoncer dans d'autres. En
Autriche, le soutient de l'église catholique pour l'Austrofascisme
est total. [Référence] En
Italie, le Vatican signe avec le régime fasciste un concordat,
qui fait du catholicisme la religion d'état : les italiens peuvent à
nouveau voter sans être excommuniés, dommage que cela serve peu en
période de dictature. L'église sacrifie en grande partie ses propres
associations : toutes, sauf l'Action Catholique, doivent intégrer des organisations
fascistes. Le Vatican promet à Mussolini de faire en sorte que l'Action
Catholique ne se laisse pas tenter par des actions antifascistes. [Référence] En
1929, Mussolini ayant signé le concordat dit "Patti Lateranensi", il est
qualifié par le pape d'homme de la providence ("Uomo della provvidenza").
En '32, l'Action Catholique ayant été remise au pas par la hiérarchie
ecclésiastique, conformément aux voeux du dictateur, Mussolini reçoit
des mains du Pape l'Ordre de l'éperon d'or, qui est la plus haute distinction
que l'Etat du Vatican accorde. [Référence] Cette
belle harmonie résistera même à un moment de tension causée
par la statue de Giordano
Bruno . Le pape profite du concordat pour demander à son ami dictateur
de détruire la statue de cette célèbre victime de l'inquisition,
érigée en 1889 par le gouvernement libéral. Le dictateur,
dont un des fils se prénomme Bruno, en honneur du penseur victime de l'inquisition,
prend la défense, une fois n'est pas coutume, du libre penseur, et déclarera
à la chambre des députés "La statue de Giordano Bruno, mélancolique
comme le destin de ce moine, restera où elle est. J'ai l'impression que
ce serait s'acharner contre ce philosophe qui, s'il s'est trompé et a persisté
dans l'erreur, a cependant payé". Pour montrer qu'elle ne regrette rien,
l'église canonisera alors Roberto Bellarmino, accusateur de Giordano
Bruno, et le nommera même "Docteur de l'Eglise". Jamais l'église
ne reconnaîtra une quelconque erreur de sa part concernant Bruno, ou n'exprimera
une quelconque intention de le réhabiliter.
 En
Allemagne, en janvier 1933, le Zentrum, parti catholique, dont le leader
est un prélat catholique (Prälat Kaas), vote les pleins pouvoirs à
Hitler : ce dernier peut ainsi atteindre la majorité des 2/3 au Reichstag
pour suspendre les droits garantis par la constitution. Avec une charité
toute chrétienne, le bon prélat et ses ouailles du Zentrum accepte
aussi de fermer un oeil sur les détails procéduriers discutables
des nazis, comme l'arrestation des députés communistes avant le
vote. Puis l'église commence à négocier un nouveau concordat
avec l'Allemagne : dans ce cadre, elle "sacrifie" le Zentrum, alors seul
parti significatif que les nazis n'ont pas interdit : en effet, il les a aidés
à arriver au pouvoir. Le 5 juillet 1933, le Zentrum s'autodissous sur demande
de la hiérarchie catholique, laissant le champ libre au NSDAP de Hitler,
désormais parti unique. [Référence]
Le prélat Kaas laisse les compatriotes se débrouiller avec la dictature
qu'il a aidé à installer, et s'installe au Vatican, ou il entame
une nouvelle carrière : alors que le monde s'embrase, Monseigneur Kaas,
désormais évèque, dirigera des fouilles sous la Basilique
de Saint Pierre qui aboutiront à la découverte du 2è crâne
de Saint Pierre. Hitler
se proclame catholique dans "Mein Kampf", l'ouvrage où il annonce son programme
politique. Il y affirme aussi qu'il est convaincu qu'il est un "instrument de
Dieu". L'Eglise catholique ne mettra jamais "Mein Kampf" à l'Index, même
avant l'accession de Hitler au pouvoir. Il faut croire que le programme antisémite
du futur chancelier ne déplaisait pas à l'église. Hitler
montrera sa reconnaissance en rendant obligatoire la prière à Jésus
dans l'école publique allemande, et en réintroduisant la phrase
"Gott mit uns" sur les uniformes de l'armée allemande. En
1938, les SS et SA organisent la "Nuit de Cristal" : déguisés
en civils, les miliciens nazis attaquent synagogues et magasins appartenant à
des juifs. La population allemande est à la fois horrifiée et terrifiée.
L'évêque de Freiburg, Monseigneur Gröber, déclare
alors, en réponse à des questions sur les lois raciales et les pogroms
de la nuit de cristal : « On ne peut refuser à quiconque le droit
de sauvegarder la pureté de sa race et d'élaborer les mesures nécessaires
à cette fin.» En
Espagne, la république est établie en avril 1931, suite
à la faillite de la dictature conservatrice de Miguel Primo de Riviera.
Tout de suite, l'église catholique déclare la guerre à la
démocratie : le 7 mai 1931, l'archevêque de Toledo, le Cardinal Pedro
Segura publie une pastorale invitant les fidèles à prendre les armes
contre la république. En réaction à cet appel public à
la guerre civile, le 11 mai, des foules furieuses incendient plusieurs églises,
et l'Eglise catholique accède ainsi au rang de "martyr" de la république,
ce qui lui permettra de justifier son rôle dans la guerre civile. En effet,
en 1935, un quarteron de généraux conservateurs tentent un coup
d'état militaire, qui échoue et dégénère en
guerre civile. L'église soutient la rébellion, prêtres et
évêques bénissent les canons des insurgés dirigés
par Franco, célèbrent en grande pompe des Te Deum pour ses victoires
contre les forces du gouvernement républicain légitime. La guerre
fait plus d'un million de morts, et Franco fait fusiller les prisonniers. On estime
que au moins 200'000 personnes sont fusillées pendant la guerre, et 200'000
après. L'église soutient non seulement la guerre, mais aussi les
exécutions de prisonniers. A quelques mois du début du conflit l'aviation
allemande et nationaliste détruit Guernica. face à ce massacre,
certains catholiques commencent à douter de la sainteté de la cause
nationaliste. L'église vient donc au secours de Franco : non seulement
elle justifie encore une fois la guerre, mais la hiérarchie catholique
prend position officiellement pour les exécutions de prisonniers
: une lettre, signée par deux cardinaux, six archevêques, 35 évêques
et 5 vicaires généraux (la quasi-totalité de l'épiscopat
espagnol), est adressée "à tous les évêques du monde".
Elle définit la guerre civile comme étant une croisade et un plébiscite
armé. Les signataires se réjouissent des exécutions de prisonniers
car au moment de l'exécution, l'exécuté se réconcilie
avec Dieu. Le 28 septembre 36, le Primat d'Espagne, l'archevêque de Toledo
Isidro Gomà, lance un message de soutient aux nationalistes qui combattent
à Toledo. Il les encouragent, dit-il, car ils se battent contre "ces maudits
fils de Moscou, les juifs et les francs-maçons, les sociétés
occultes contrôlées par l'internationale sémitique". Dans
le monde entier, l'église catholique se mobilise pour soutenir Franco contre
la république. Les évêques allemands publient le 19 août
1936 une pastorale collective qui approuve l'aide apportée par Hitler à
Franco. Aux USA, les catholiques réussissent à bloquer toute aide
à la république. Roosevelt renonce à soutenir la république
pour ne pas perdre les votes des catholiques. Le Pape proclame officiellement
"martyr" toute personne tuée par les républicains, et reconnaît
Franco dès 1937 (la guerre est alors en cours, et se prolongera jusqu'en
1939), en envoyant un délégué apostolique auprès de
Franco, puis le 18 mai 1938 en nommant l'archevêque Gaetano Cicognani Nonce
Apostolique, alors que Franco envoie un ambassadeur au Vatican. L'archevêque
de Westmister écrit à Franco en 1938 "Vous êtes à mes
yeux le plus grand défenseur de la vraie Espagne, le pays du catholicisme".
Le Pape Pie XII salue la victoire finale de Franco en publiant un message intitulé
"Avec immense joie". Franco
se montrera reconnaissant envers ses pieux alliés, en confiant l'éducation
nationale à l'église catholique. Chaque citoyen est muni d'un "livret",
où sont annotés ses options politiques et religieuses : il se crée
un système avec deux classes de citoyens, et l'église a le mot de
la fin quand à la classe de chacun. Puis, Franco nomme plusieurs membres
de l'Opus Dei au gouvernement. L'influence de l'Opus Dei croîtra, au cours
de la dictature Franquiste, au point où, dans le dernier gouvernement Franquiste,
plus de la moitié des ministres seront membres de cette vénérable
institution catholique. Beaucoup
plus tard, en mars 2001, le pape Jean-Paul II béatifiera 233 religieux
martyrs des la guerre civile espagnole, en les présentants comme des victimes
du terrorisme, faisant un parallèle explicite entre le gouvernement Espagnol
de 1936-1939 et l'ETA de l'an 2001. En
France, l'église déclare dès 1940 que "Pétain,
c'est la France" : elle préfère en effet le Travail-Famille-Patrie
de l'Etat Français aux Liberté-Egalité-Fraternité
de la République, qui l'ont toujours horrifiée. Au
cours de la 2è guerre mondiale, le Vatican est au courant des
exterminations de juifs par les nazis. On saura après la guerre que le
pape a hésité à lancer un appel public, à plusieurs
reprises, mais s'est finalement abstenu de le faire, essentiellement car il est
communistophobe, et pense qu'une victoire russe serait "pire". En 1942, il pleure
par contre parmi les ruines de Rome bombardée et condamne les bombardements
alliés. Hélas, il oublie de mentionner que son allié politique
Mussolini avait sollicité auprès d'Hitler "l'honneur de participer
aux bombardements sur Londres" - il est vrai que le pape n'habite pas à
Londres ... En
avril 1941, les allemands envahissent la Yougoslavie. Un fanatique catholique,
Ante Pavelic, proclame l'indépendance de la Croatie, avec
le but avoué d'en faire un état catholique modèle, selon
l'enseignement de l'Eglise. Il reçoit immédiatement la bénédiction
de l'Archvèque de Zagreb, Monseigneur Stepinac, . Pendant toute la guerre,
Ante Pavelic, que Hitler et Mussolini méprisaient car ils le trouvaient
trop violent à leur goût, enverra des rapports régulier au
Pape Pie XII sur la progression de la catholicisation de la Croatie. Le chiffres
sur les conversions (plus de 300'000 au cours de la guerre !) obtenues de gré
ou de force que l'on trouve dans ces rapports au Saint Siège sont fournis
par l'Archevèque Stepinac, qui sera béatifié par Jean-Paul
II à la fin des guerres de Yougoslavie des années 1990. Dans les
semaines qui suivent son arrivée au pouvoir, Pavelic fait ouvrir des camps
de concentration pour les othodoxes. Beaucoup des gardiens et des bourreaux des
camps de concentrations seront des frêres franciscains. L'un d'eux, Frêre
Mirosav Filipovic, sera même le commandant du camp de Jasenovac où
plus de 40'000 hommes, femmes et enfants trouvent la mort. Dans toute la Croatie,
des conversions forcées de masse ont lieu. Quelques fois, les prélats
et les Oustachis célèbrent ces "conversions" avec le sang au lieu
de l'eau, pour reprendre un bon mot Oustachi. Le clergé participe activement
aussi à ces tueries. Par exemple, le père Ivan Raguz lance un appel
public demandant de tuer tous les Serbes (Orthodoxes), y compris les enfants,
"afin que même la semence de ces bêtes ne reste".. Le génocides
d'orthodoxes par le régime théocratique des Oustachis tue environ
400'000 personnes. En
été 1941, lorsque les armées de l'Axe progressent dans les
steppes russes, le Vatican demande officiellement au commandement de la Wehrmacht
de pouvoir envoyer des missionnaires dans le sillage des troupes allemandes pour
convertir au catholicismes les paysans russes orthodoxes. Hitler refusera, non
pour des motifs idéologiques, mais pour des motifs purement logistiques
et pratiques : avec l'humour parfois caustique propre aux dictateurs, il dira
à ses conseillers qui le pressent d'accepter "Si on laisse les catholiques
y aller, il faudra le permettre aussi aux autres églises, et bientôt
nous auront dans nos arrières des missionnaires des différentes
sectes chrétiennes qui se battront à coup de crucifix". [Référence] Il
faut préciser que le pape persiste dans son parti-pris pour les nazis très
longtemps pendant la guerre. En septembre 1943, suite à la capitulation
de l'Italie face aux alliés, les allemands occupent Rome, et les rafles
de juifs romains commencent. Le gouvernement allemand est inquiet des réactions
possibles du Pape, et envoie à Rome le secrétaire d'état
von Weitzsäcker pour examiner la situation.. Le 28 octobre 1943, il communique
au ministère des affaires étrangères : "Malgré les
pressions exercées sur lui de plusieurs côtés, le Pape ne
s'est laissé pousser à faire aucune déclaration de protestation
contre la déportation des juifs de Rome". Ensuite, le Pape prend
ouvertement parti pour l'occupant contre les résistants : le 12
mars 1944, pendant la fête de son ascension sur le trône, il lance
un appel contre l'insurrection populaire contre l'occupant. Le 23 mars 1944, alors
que l'on entend, la nuit, dans le lointain, les artilleries alliées qui
pilonent les lignes allemandes, des résistants tuent 32 soldats allemands.
Le lendemain, 335 italiens sont exécutés : des prisonniers politiques,
de droit commun et aussi des civils. L'exécution a lieu dans le plus grand
secret, dans une grotte dont on dynamite ensuite l'entrée. Lorsque, le
lendemain, le massacre est connu et les cadavres sont découverts, les allemands
répandent le bruit qu'ils avaient offert aux résistants de se livrer
pour éviter le massacre. Cela est faux, bien sûr (l'exécution
des 335 civils a eu lieu le lendemain de l'attentat, entourée du plus grand
secret), mais cela n'empêche pas le journal officiel du Saint Siège,
l'Osservatore Romano, de publier un éditorial (non signé), intitulé
Carità civile ("charité civile"), qui attribue
textuellement la responsabilité des 335 personnes assassinées par
les SS allemands aux résistants.
L'article en appelle ensuite
aux "irresponsables" dirigeants de la résistance, leur demandant de ne
plus sacrifier de vies humaines, et lance un vague appel de modération
aux "responsables de l'ordre public" (les autorités fascistes et national-socialistes). Les
églises protestantes européenes ne se comportent guère mieux
que l'église catholique face à la persécution des juifs par
les nazis. Seules des rares voix s'élèvent, pas pour défendre
les juifs, mais seulement les juifs convertis au christiansime. En 1942, l'église
protestante néerlandaise menace les nazis de protester plus bruyamment
si les juifs convertis au protestantisme continuent à être inquiétés.
Les nazis proposent alors aux prélats néerlandais un pacte véritablement
diabolique : en échange de son silence, l'église protestante néerlandaise
obtient des nazis qu'ils renoncent à déporter les juifs qui se sont
convertis au protestantisme avant 1941. Il va sans dire que ceux qui se sont convertis
après 1941, ou qui ont commis l'erreur de se convertir au catholicisme,
ne sont pas épargnés. 1948 Le
pape déclare que toute personne qui voterait communiste, ou qui aiderait
ce parti de quelque manière que ce soit, sera automatiquement excommuniée.
La mesure divise des familles, provoque des exclusions socialement intolérables
pour beaucoup, contraint à clandestinité nombre de communistes
de zones rurales. Les
curés italiens s'empressent de traduire cette décision dans les
faits, et appellent leurs ouailles à voter pour le grand parti anticommuniste
(DC - Democrazia Cristiana). Le régime DC s'effondrera ensuite dans la
corruption généralisée au milieu des années 1990'. 1961 Dernière
édition de l'index (Index
Additus Librorum Prohibitorum), qui cite comme auteurs dont l'ensemble de l'oeuvre
est interdite de lecture pour les catholiques, entre autres : Jean-Paul Sartre,
Alberto Moravia, André Gide. Ce n'est que en 1966 que l'index sera officiellement
abrogé par l'église catholique. Années
1980' Après
une période d'apparente libéralisation, le pape Jean-Paul II arrive
à la tête de la plus grande secte du monde et renoue avec les traditions
les plus terribles de l'église. Sa
condamnation du préservatif comme moyen d'endiguer la lutte contre le Sida
provoque un nombre de morts difficile à estimer. Il pratique une politique
active de sabotage des mesures de contrôle des naissances dans le tiers
monde : les conséquences de cette action sont difficiles à chiffrer,
mais se mesurent en terme de famine, misère, manque de soins médicaux
aux niveau des continents les plus pauvres (Amérique du Sud, Afrique). Dans
la chasse aux hérétiques, il suspend "A Divinis" deux théologiens
allemands qui avaient osé douter, l'un de l'infallibilité papale,
l'autre de l'immaculée conception de Marie. 1985
: La Théologie de la Libération face au Saint Office Au
début des années 1980, des théologiens catholiques brésiliens
développent le concept de théologie de la libération : il
affirment que le christianisme est censé être un défenseur
des pauvres et des opprimés, et que l'église devrait défendre
les droits de l'homme. Cette interprétation des évangiles ne plaît
pas, bien sûr, aux instances dirigeantes de l'église catholique,
mais elle est plus ou moins tolérée jusqu'au jour ou l'un de ces
théologiens, le père franciscain Leonardo Boff, se permets d'écrire
que l'Eglise devrait elle aussi respecter les droits de l'homme. La
réaction ne se fait point attendre. La Congrégation pour la doctrine
de la foi (le nouveau nom, depuis Vatican II, du Saint Office), convoque Leonardo
Boff a Rome. La congrégation tient ses procès dans la même
pièce qu'elle utilisait lorsqu'elle s'appelait Saint Office pour l'inquisition.
Leonardo Boff a ainsi le privilège de s'asseoir sur le même siège
où furent assis Galileo et Giordano Bruno. Leonardo Boff racontera plus
tard qu'il a fait une révérence à cette chaise en entrant,
avant de remercier le chef du Saint Office pour l'honneur qui lui était
fait en lui permettant de s'asseoir dessus. Le résultat est que Boff est
interdit de publication. Il peut rester prêtre, mais n'a plus le droit de
rien publier. Comme il reste actif au sein de l'église brésilienne,
participant à colloques et conférences diverses, il reçoit
l'ordre de Rome de quitter le Brésil, pour au choix, un monastère
aux Philippines ou un en Corée, et de se retirer complètement de
tout contact avec l'extérieur. Il doit choisir entre quitter la prêtrise
et l'exil cloîtré : il choisit finalement de quitter la prêtrise. L'histoire
est intéressante, car elle montre que l'église, et son Saint Office,
continuent à opérer avec la même dureté que par le
passé. Si Boff n'a pas été menacé de torture comme
Galilée, cela est dû uniquement au fait que l'église n'en
avait point la possibilité. Elle avait par contre la possibilité
de le faire taire ou de le forcer à quitter sa profession, et elle a fait
plein usage de cette possibilité. Elle montre aussi que le concept que
le christianisme serait compatible avec les droits de l'hommes, tels que nous
les comprenons depuis la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen,
est faux et officiellement, activement, combattu par l'église catholique.
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Ce
souriant personnage est le Cardinal Ratzinger, président de la Congrégation
pour la doctrine de la foi (ex Inquisition) depuis 1987, responsable de
bien des excommunications et suspensions. | 1987
- Le combat contre la procréation médicalement assistée Les
années 1980 voient des progrès importants en matière de procréation
médicalement assistée. Les couples sans enfants peuvent désormais
recourir a l'insémination par sperme de donneur et à la fécondation
In-Vitro (FIV). Las, ces méthodes sont de nature à diminuer la souffrance
- dans ce cas, des couples stériles - et ne peuvent donc plaire à
l'église, qui sait malheur
et désespoir sont des terreaux fertiles pour le christianisme, religion
escathologique qui promet le bonnheur après la mort à ceux
qui souffrent dans la vie.
La Congrégation pour la doctrine
de la foi (ex Inquisition) publie donc une Instruction, approuvée par le
pape, intitulée Donum Vitae, qui condamne, pèle mêle, toute
les nouvelles méthodes de procréation médicalement assistées.
Avec des arguments obscurs résultant d'interprétations des paroles
de prophètes-bédouins que l'on trouve dans la Bible, écrites
à une époque où même l'insémination artificielle
des chameaux était inconcevable, l'église jette l'opprobre sur la
FIV et l'insémination artificielle par sperme de donneur. L'on pourrait
rire de cet anathème lancé en l'an 1987 par une secte qui se base
sur des textes de bédouins d'il y a 3000 ans, mais hélas, non seulement
des catholiques suivent les instructions de leur secte et assument les souffrances
qui en résultent, mais surtout l'église catholique dispose en 1987
dans de nombreux pays européens de partis démocrate-chrétiens.
Dans les pays où ces partis sont les plus forts, Suisse et Allemagne, l'église
n'arrive pas à interdire complètement la procréation assistée
mais obtient tout de même que des législations très restrictives
soient adoptée : le diagnostic pré-implantatoire (qui permet aux
couples porteurs de gènes de maladies héréditaires graves
comme la mucoviscidose) d'avoir des enfants sains) est interdit. L'insémination
par sperme de donneur est entourée de tant d'interdits qu'elle est peu
utilisée. Pour la FIV, l'église obtient l'interdiction de la congélation
d'embryons, ce qui diminue les chances de succès de la procédure. La
combat contre la procréation assistée devient un des grands combats
de l'église à la fin du 20è siècle. Elle se bat, généralement
avec succès, pour que l'insémination avec sperme de donneurs soit
interdites aux couples de femmes homosexuelles. En Suisse, elle obtient que la
FIV ne soit pas remboursée par les assurances-maladie et des associations
catholiques soutiennent en 2000 une initiative populaire visant à interdire
la FIV. Le combat continue à l'heure ou j'écris ces lignes : au
Sud des Alpes, l'église catholique s'agite pour obtenir en Italie aussi
une loi restrictive sur la FIV, sur le "modèle" allemand. Années
1990' : Guerres de religion en Yougoslavie La
Yougoslavie était dans les années '80 de notre siècle une
des terres favorites de vacances balnéaires pour les européens.
Les publicités yougoslaves de l'époque vendent le caractère
multireligieux du pays comme argument touristique, car il est vrai que l'on peut
voir à Mostar et beaucoup d'autres charmants villages la mosquée
et l'église d'un même coup d'oeil. Hélas, le pays s'effondre
dans une série de guerres civiles que l'on se plaît à décrire
comme "ethniques" alors qu'il s'agit en fait de guerres de religion. Le cas de
la guerre de Croatie est le plus flagrant. Serbes et Croates partagent la même
origine ethnique, et aussi la même langue, le Serbo-Croate, que l'on appelle
Croato-Serbe quand il est écrit en caractères latins. Le plus ironique
est que le "Serbo-Croate écrit en caractères latin", c'est à
dire le Croato-Serbe, est aujourd'hui encore la langue officielle de l'armée
Yougoslave, qui se bat contre l'OTAN au Kosovo, après s'être battue
contre les Croates au début des années '90. Hélas,
la religion sépare Croates et Serbes : les "Croates" ont étés
christianisés par Rome, et sont catholiques. Les Serbes, qui écrivent
le Serbo-Croate en caractères cyrilliques, ont étés christianisés
par les Byzantins et sont donc orthodoxes. Lorsque Milosevitch, le dictateur serbe,
commence à agiter le spectre de la "Grande Serbie", la Croatie déclare
son indépendance. Aussitôt, le Vatican et la RFA (dont le chancelier
de l'époque se proclame "überzeugter Katholik" - catholique convaincu)
reconnaissent la Croatie catholique comme état indépendant. Le Vatican
dépêchera ses nonces dans tout l'Occident pour obtenir la reconnaissance
du nouvel état catholique. Le pape multiplie appels, prières et
messes pour l'indépendance de la Croatie. Pendant ce temps, le dictateur
de la Croatie, ancien officier supérieur sous le régime communiste
et catholique très observant, fait licencier tous les fonctionnaires orthodoxes,
soit "Serbes". Il choisit comme drapeau national l'ancienne bannière des
Oustachis qui, entre '40 et '44, avaient fait un génocide d'environ 600'000
serbes. La guerre civile est déclenchée. La
guerre finie, le Pape béatifiera le Cardinal Stepinac, qui avait qualifié
Ante Palevitc, le dictateur Oustachi de '40-'44, de "Don de dieu" pour la Croatie
et l'avait soutenu activement. La
guerre de Yougoslavie continue ensuite en Bosnie, où les membres des 3
groupes religieux (catholiques, orthodoxes, musulmans) s'affrontent dans une série
de combats triangulaires dont les populations civiles sont les principales victimes.
A l'heure ou j'écris ces lignes, la guerre est encore en cours au Kosovo,
province agricole sans intérêt stratégique, avec velléités
d'autonomie, que Belgrade ne veut pas lâcher car il s'y trouve nombre de
monastères orthodoxes. Il va de soi que l'église orthodoxe s'active
pour soutenir par prières et sermons la lutte des serbes contre les Kosovars
musulmans. Les
guerres de Yougoslavie sont un cas emblématique de la catastrophe de l'intolérance
qui est inhérente aux religions "révélées" : des communautés
religieuses s'affrontent, au 20è siècle, au nom de religions qu'elles
ont reçu aux hasards de l'expansions de divers empires (Romain, Byzantin,
Ottoman) au moyen-âge. 1994
- Sexe, mensonges et répression L'église
catholique oblige depuis le moyen-âge ses prêtres à renoncer
à toute vie sexuelle au moment de leur ordination. Et, de tout temps, elle
entretien des monastères de femmes, où vivent des nonnes qui ont
elles aussi renoncé à toute vie sexuelle et se déclarent
épouses du Christ. Les contacts entre prêtres et religieuses sont
inévitables, entres autres car les prêtres confessent régulièrement
les religieuses. De cette situation explosive naissent inévitablement des
problèmes. La gravité du problème potentiel et ses causes
sont connus depuis des lustres, mais l'église catholique s'acharne longtemps
à le nier et aucune étude n'est faite sur la fréquence et
l'extension du problème. Cette situation de je ne vois pas - je ne n'entend
pas - je ne sais pas -- commence à s'effriter en 1994 : une religieuse,
qui est aussi médecin, soeur Maura O'Donohue, chargée de la coordination
de la campagne contre le SIDA d'une organisation basée en Angleterre, remet
un rapport qui recense des cas d'abus sexuels et de viols répétés
de la part de prêtres sur des religieuses dans pas moins de 23 pays. La
plupart des cas concernent l'Afrique, mais sont aussi cités des cas de
viols et abus sexuels au Brésil, en Colombie, aux Philippines aux USA,
en Irlande et en Italie. Le rapport est accablant. Parmi les cas les plus choquant
qu'il cite, il y a celui d'une mère supérieure, relevée de
ses fonction parce qu'elle avait signalé à son évêque
la grossesse simultanée de 29 de ses soeurs, et le cas d'un prêtre
qui a célébré la messe de requiem d'une religieuse qu'il
avait contrainte à avorter après qu'elle fut devenue enceinte de
lui, et qui est morte au cours de l'opération. La méthode que l'église
catholique utilise pour "résoudre" ce genre de cas est exposée :
généralement, la soeur enceinte est chassée du couvent, alors
que le prêtre reste bien sûr en fonction. D'après
l'auteur du rapport, 2 raisons expliquent l'ampleur du phénomène
en Afrique : d'une part, les prêtres considèrent les religieuses
comme des partenaires "sûres", alors qu'ils craignent de contracter le SIDA
auprès des prostituées. D'autre part, relève Maura O'Donohue,
en Afrique, "il est impossible à une femme de dire non à
un homme, spécialement à un ancien et à un prêtre". Bien
sûr, l'église garde le rapport dans le plus grand secret, et une
partie de son contenu ne sera révélé au public que en mars
2001 par un journal catholique américain, le National Catholic Reporter. Le
rapport de Maura O'Donohue n'est pas le seul que la Vatican reçoit dénonçant
le phénomène, son ampleur, et la couverture par la hiérarchie
catholique des coupables. En 1998, une autre religieuse et médecin, Marie
McDonald, supérieure des Missions de Notre Dame d'Afrique, allait dans
le même sens et dénonçait "l'absence d'inspection et la conspiration
du silence". Au cours du synode des évêques d'Océanie, qui
s'était tenu à Rome en 1998, l'évêque de Sidney, Goeffroy
Robinson, affirme que "les abus sexuels de la part de prêtres sont devenus
le principal obstacle à la prédication de l'évangile en Océanie". Le
Vatican niera en bloc tout problème jusqu'à la publication du National
Catholic Reporter. Ne pouvant plus nier, il s'emploie à minimiser, et son
porte-parole déclare suite à cette publication qu'il ne faut pas
oublier "la foi souvent héroïque manifestée par la grande majorité
des hommes et des femmes des ordres religieux et du clergé". Il ne précise
pas si l'héroïsme manifesté par les religieuses violées
acceptant de garder le silence une fois chassées de leur communauté
fait partie de cet héroïsme à admirer. On
retrouve ainsi, en 2001, les méthodes que l'église emploie depuis
toujours. L'abus des faibles par les forts - dans ces cas les prêtres -
est toléré, les victimes sont punies - dans ce cas par expulsion
du monastère ou par des pressions pour avorter - et ceux qui osent dénoncer
l'affaire, même à l'intérieur de la hiérarchie de l'église,
sont également punis durement, comme la Mère supérieure qui
fut relevée de ses fonction pour avoir signalé à son évêque
la grossesse simultanée de 29 de ses soeurs. 1994
- Assistance aux génocidiares du Rwanda A
tout seigneur tout honneur, il faut reconnaître à l'église
catholique le mérite de savoir pardonner à ceux qui ont fait du
mal à autrui (surtout si ce sont des membres de son clergé qui ont
fait le mal), et de savoir tendre la main au prochain dans le besoin, de préférence
si le prochain est à la fois un criminel et un religieux. En 1994, l'Eglise
catholique met un place un vaste réseau d'aide aux religieux accusés
de participation au génocide du Rwanda. On
estime à 800'000 le nombre de Tutsi et Hutus modérés massacrés
par les partisans du parti Hutu Power dès avril 1994. Les religieux catholiques,
semble-t-ils, ne se comportent pas différemment que le reste de la population
: certains religieux participent aux massacres, d'autres au contraire essayent
de cacher ou défendre des victimes. En juillet, les troupes du FRP Front
Populaire pour le Rwanda (Tutsi) entre à Kigali et met fin au massacre.
Les génocidaires fuient en masse vers le pays voisins. Les conditions de
vie de ces réfugiés sont très dures. C'est
donc avec une charité bien comprise commençant par soi-même
que l'église catholique met un place un vaste réseau pour permettre
à ses membres qui ont participé au génocide de retrouver
des cieux plus clément et d'échapper à la justice internationale.
L'affaire ne deviendra publique qu'en avril 2001, lorsque l'Europe stupéfiée
découvre sur ses écrans de télévision deux religieuses
Rwandaises accusées de participation à un génocide devant
un tribunal belge. Soeur Gertrude et soeur Kisito étaient en avril 1994
respectivement Mère supérieure et Intendante de leur couvent lorsque
des centaines de réfugiés cachés dans un hangar près
de leur couvent et dans leur couvent sont massacrés
et en partie brûlés vifs. Les deux soeurs auraient livré les
réfugiés cachés dans leur couvent aux génocidaires,
et apporté elles-mêmes des bidons d'essence pour enflammer le hangar
plein de réfugiés. Soeur Kisito aurait même alimenté
les flammes avec de l'herbe sèche. La cours reconnaîtra d'ailleurs
la culpabilité des deux bonnes soeurs et les condamnera à de lourdes
peines de prison. Dès août 1994, l'église catholique donne
refuge aux deux soeurs dans un couvent au Sud de la Belgique. Le public européen
découvre avec stupéfaction que le cas des deux soeurs n'est pas
isolé. En Belgique, mais aussi dans d'autres pays européens, l'on
trouve maints prêtres et religieux accusés de participation au génocide
qui coulent des jours paisibles loin des tribunaux Rwandais et internationaux,
grâce à l'aide de l'église catholique. Par exemple, le public
découvre début 2001 que l'abbé Emmanuel Rukondo, prêtre
officiant dans la paisible paroisse de Granges-Canal à Genève, figure
sur une liste du gouvernement Rwandais de personnes mise en cause dans le génocide.
Ce brave prêtre avait pu quitter le Rwanda après le génocide
grâce à une bourse offerte par la Vatican. Après des études
à l'Université Pontificale, nous le retrouvons aumônier à
l'hôpital cantonal de Genève, où son expérience de
la mort a dû sans doute lui être utile. Bien sûr, l'église
catholique défend son prêtre : nul ne doute que si il est coupable
de ce dont on l'accuse, son dieu l'a pardonné et donc l'église,
en manque chronique de prêtre, le défend : dans le calendrier de
la semaine sainte de Pâques 2001 de la paroisse de l'accusé de génocide,
l'on trouve ainsi un étonnant communiqué intitulé "Rumeur
infamante", et ce communiqué a été lu aux messes des 24 et
25 mars qui condamne fermement ceux qui ont osé dire que le prêtre
est officiellement recherché par le Tribunal International pour le Rwanda.
. Dans la meilleure tradition, l'église catholique se considère
au-dessus des lois - y compris des lois internationales dans ce cas.[Référence]
Quand enfin la police arrête le prêtre en juillet 2001, son supérieur
hiérarchique, l'évêque de Lausanne-Genève-Fribourg
Monseigneur Genoud ose affirmer à la télévision Suisse Romande
qui l'interroge qu'il ne savait rien et que pour lui "c'est la consternation". Comme
d'habitude, l'Eglise nie l'évidence jusqu'au bout. Le cas des deux soeurs
avait déjà été dénoncé par l'organisation
des Droits de l'homme Africa Watch en 1995. [Référence]. 1996
- Autodafés de préservatifs Le
31 août 1996, le cardinal de Nairobi, Monseigneur le Cardinal Maurice Otunga,
remet au goût du jours une vénérable tradition chrétienne
: l'Autodafé. Mais le Cardinal est un homme de son temps. L'Afrique étant
ravagée par l'épidémie du SIDA, le saint homme ne livre pas
aux flammes des hérétiques, mais des boîtes de préservatifs
et des petits livres sur le SIDA et comment s'en protéger. Une petite foule
de 250 fidèles assiste à cette cérémonie. Mais
le Cardinal n'en est pas à son coup d'essai. Un an avant, il avait déjà
fait preuve d'un esprit oecuménique peu banal en procédant à
un premier Autodafé de préservatifs en compagnie de l'Imam de la
mosquée de Jamia en août 1995. Le
Cardinal Maurice Otunga n'est pas un personnage insignifiant dans l'église
catholique : il était considéré comme un papable à
l'époque de l'élection du pape Jean-Paul II, et ses Autodafés
ne lui attirent aucun reproche du Vatican. Les oeuvres que le Cardinal jette
aux flammes ne sont pas de banals manuels sur l'usage du préservatifs,
mais des livrets développés par des ONG locales au cours d'un long
travail sur deux ans financé par le Programme for Appropriate Technology
in Health du Kenya. Ces livrets proposaient L'ABC de la protection contre
le SIDA : "A for abstinence, B for being faithful and C for condom use".
Le C ayant eu l'heur de déplaire aux prélats catholiques, les livres
finirent dans les flammes. D'autres évèques Africains participent
aussi à la lutte contre le préservatif. Par exemple Monseigneur
Jean-Marie Untaoni Compaoré, archevêque de Ougadougou au Burkina-Faso
lance en 1996 le slogan : "Pour combattre le sida, luttons d'abord contre le préservatif
car celui-ci empêche d'avoir une conception globale de la relation sexuelle". Pour
saisir toute la gravité du geste du Cardinal kenyan, il faut rappeler que,
au moment de l'Autodafé de 1996, l'on estimait que 1 million de Kenyans
(sur un total de 26 millions) étaient porteurs du virus HIV. L'église
catholique étant très respectée au Kenya, les ONG qui avaient
imprimé les livres brûlés n'osèrent pas attaquer de
front la secte des incendiaires. 1999
- Contre les victimes de viols collectifs En
1999, la situation depuis longtemps tendue au Kosovo, province de la Serbie orthodoxe
dont la population est à majorité musulmane, dégénère
en guerre civile. A l'intervention militaire de l'OTAN, les milices serbes répliquent
en chassant de leurs habitations les musulmans. Nombre de femmes qui parviennent
à atteindre les frontières du Kosovo affirment avoir été
victimes d'odieux viols collectifs de la part de miliciens. Les agences d'aides
des Nations Unies et des Croix-Rouges des pays de l'OTAN distribuent alors à
celles de ces femmes qui le demandent des pilules du lendemain. La
réaction de l'église, qui voit là une opportunité
unique de s'en prendre à des personnes en détresse, est immédiate
: le 13 avril 1999, le théologien moraliste du Vatican, Mgr Elio Sgreccia,
vice-président de l'Académie pontificale pour la vie, condamne publiquement
la distribution de pilules du lendemain aux femmes et aux jeunes filles violées
au Kosovo. Le prélat souligne que cette pilule a une action abortive et
donc elle est inacceptable pour la morale catholique. 2001
- Prêtres pervers et petits enfants Depuis
un millénaire, l'église catholique impose le célibat à
ses prêtres. Cette obligation attire bien sûr les personnes à
sexualité "déviante", dont les pédophiles. Il suivent souvent
inconsciemment - et seulement spirituellement - le mot de Jésus, qui avait
dit qu'il y en a qui se font eunuques pour le royaume. Hélas,
l'église catholique fait de grands efforts pour endoctriner les enfants,
et les prêtres sont impliqués dans ces actions de propapagande pour
mineurs que l'on nomme le cathéchisme. Une situation explosive est donc
crée : l'on attire, par la possibilité de "se faire eunuque", des
pédophiles, puis on les soumet quotidiennement ou presque à la tentation. Le
problème est ancien, connu. Déjà au Siècle des Lumières,
l'Abbé Bernier, baron d'Holbach, écrivait dans son Dictionnaire
abrégé de la religion chrétienne, en parlant de la "compagnie
de Jésus" :"(...) communément elle n' en veut point aux femmes,
les petits garçons ne s' en tirent pas à si bon marché.".
Mais ce n'est qu'à la fin du 20è siècle que toute la gravité
et l'extension du problème deviennent visibles et médiatisés
par de nombreuses affaires sordides au cours de la 2è moitié des
années 1990. Ce qui frappe le public, dans toute ces affaires, ce n'est
pas tant le délit en soi que la réaction de l'église catholique
: systématiquement, celle ci s'active pour protéger ses clercs des
foudres du bras séculier de la justice. Une première affaire retentissante
de ces années est celle de l'ancien cardinal-archevêque de Vienne,
un ami personnel de Jean-Paul II : l'église catholique lui permet d'aller
passer sa retraite dans un monastère de nonnes en Allemagne, échappant
ainsi à la justice autrichienne. Le 9 avril 1998, alors que plusieurs affaires
de prêtres pédophiles secouent l'opinion publique belge, la justice
traite enfin, pour la première fois de mémoire d'homme, l'église
catholique comme une personne morale soumise aux même lois que le reste
de la société : la 34è chambre du tribunal correctionnel
de Bruxelles non seulement condamne un prêtre pédophile, l'abbé
André Vanderlyn, ancien curé de la paroisse bruxelloise de Jésus
Travailleur à Saint- Gilles, coupable de plusieurs abus sexuels commis
sur plusieurs enfants au catéchisme, à une peine de prison ferme,
mais reconnaît aussi la responsabilité civile du Cardinal Danneels
et son évêque auxiliaire, Mgr Paul Lanneau. Les deux hauts prélats
étaient en effet au courant des agissements du prêtre pédophile,
mais non seulement ils avaient gardé le silence, mais en outre ils n'avaient
pris aucune mesure pour éviter le contact entre le pervers et ses victimes
potentielles. A l'époque, les belges pensent que ce jugement fera jurisprudence,
et que cela portera l'église à refréner les pulsions de ses
prêtres pervers. Tous les regards se tournent vers Gand, où une autre
affaire sordide est jugée : un prêtre a reconnu une relation homosexuelle
avec un jeune paroissien, mais affirme qu'elle n'a commencé que lorsque
la victime était majeure. Faux, accusent les parents de la victime, qui
portent plainte : la 14è chambre correctionnelle du tribunal de Gand juge
le 10 juin 1998 que la relation a bien commencé alors que la victime était
mineure, avec la circonstance aggravante que le prêtre pédophile
a abusé de sa position d'autorité. Le prêtre est condamné,
mais par contre le tribunal refuse de reconnaître la responsabilité
civile de l'évêque, son supérieur direct, au prétexte
que l'autonomie du prêtre dans son travail est supérieure à
celle d'un employé de son supérieur dans une autre société. Les
cas de prêtres pédophiles dénoncés se multipliant,
l'épiscopat français, le dos au mur, proclame début 2001
qu'il ne couvrira plus les agissements des prêtres pédophiles. Hélas,
en mars 2001, une nouvelle affaire de pédophilie d'un prêtre secoue
la francophonie, cette fois en Suisse : à Vevey, l'on apprend que le curé
est sous accusation pénale pour détournement de mineurs : il a eu
des rapports sexuels avec un jeune de 15 ans à l'époque des faits.
Le conseil de paroisse apprend les faits, et, immédiatement, lui pardonne
et décide de cacher l'affaire aux paroissiens qui confient leurs enfants
à cet individu lors du catéchisme. Mais les catholiques sont ainsi,
ils sont toujours très prompts à se pardonner le mal fait à
autrui. L'évêque ordonne de garder le secret sur l'affaire car ...
les faits sont sans doute prescrits : ils datent des années 1980. Hélas
pour l'église, la paroisse où le curé est accusé et
n'échappera à la prison que grâce à la prescription
a un 2è prêtre. Celui-ci s'indigne que l'on n'informe pas les paroissiens,
et il semblerait qu'il ait passé à des tiers un "communiqué"
que le conseil de paroisse avait préparé puis, après le pardon
accordé au pédophile et l'ordre de silence de l'évêque,
prudemment rangé dans un tiroir. Cette-fois-ci, la réaction de l'église
est immédiate : le prêtre dénonciateur est licencié
: comme il avait un statut de fonctionnaire, il n'a pas de droit à l'assurance
chômage, et, en raison de son expérience professionnelle et de son
âge, sa réinsertion professionnelle s'annonce difficile. L'église
justifie sa punition par le fait que non seulement le prêtre a informé
des tiers du passé criminel de son collègue, mais en plus il vit
avec une femme ! Le prêtre pédophile est réconforté
et protégé. La hiérarchie lui confie une nouvelle affectation
pour ne pas lui imposer de devoir soutenir des regards hostiles, et lui renouvelle
sa confiance, justifiée par le fait que les faits reprochés sont
sans doute prescrits. Nous retrouvons donc le schéma classique : le pédophile
est protégé par la hiérarchie et reste prêtre, il continuera
à s'occuper de l'éducation religieuse des enfants, il est "pardonné
pour le moment d'égarement" (par l'église, pas par la victime),
le dénonciateur est, lui, sévèrement puni. Pour
compléter le tableau, le Présidium de la Conférence des évêques
suisses se fend d'un communiqué le 5 avril 2001 : ils y dénonce
... les médias qui ont ébruité l'affaire ! Sans citer nommément
Vevey, le communiqué s'insurge contre le fait que les médias auraient
dit que des prêtres "succomberaient à des pulsions pédophiles,
abusant ainsi de leur autorité face aux enfants". Et le silence ? Il n'y
a pas de silence, dit le communiqué, qui ose : "Peut-être dans certains
cas la communication aura-t-elle mal passé, peut-être le désir
de protéger un présumé innocent ou une probable victime aura-t-il
poussé à ne pas informer suffisamment". Enfin, les évêques
réaffirment leur plein soutien aux prêtres qui seraient accusés,
et concluent " dans les cas d'erreurs [ un abus sexuel d'une enfant est donc une
erreur et non un crime, d'après les évêques, ndr ] commises
par des hommes d'Eglise et prouvées, le devoir des évêques
est d'implorer le pardon des victimes, laissant à la justice la responsabilité
de punir les contrevenants de façon équitable" : autrement dit :
les prêtres pédophiles peuvent compter sur les évêques
pour qu'ils essaient de pousser les victimes à ne pas porter plainte. [Références] Une
fois que la tempète médiatique est enfin retombée, l'évèque
responsable du diocèse où ont eu lieu les faits, Monseigneur Genoud,
évèque de Lausanne-Genève-Fribourg, donne le 19 juin une
conférence de presse pour condamner ... la masturbation ! Du haut de son
autorité morale de protecteur de pédophiles, il explique la gravité
extrème du geste. L'on ne peut qu'en conclure que pour l'évèque,
il est plus grave qu'un adoléscent se masturbe que ne soit abusé
sexuellement par un prêtre. 2001-2002
- La conspiration du silence 10
millions de Dollars ! Telle est la somme que l'archidiocèse de Boston a
investi discrètement entre 1997 et 2001 pour faire taire les victimes d'un
prêtre pédophile actif, qui a agi dans le cadre de ses fonctions
pendant plusieurs décennies, jusqu'en 1998. L'affaire serait restée
secrète si elle n'avait été révélée
par le journal Boston Globe. L'indignation est immense. En effet, en
1992, l'Eglise catholique américaine avait déjà été
secouée par un fait semblable : plus de 100 victimes d'un prêtre
pédophile obsédé, James Porter, du diocèse de Fall
River, dans le Sud-Est du Massachussets, avaient apporté des preuves que
le pervers avait été transféré de paroisse en paroisse
pour le mettre à l'abri de la colère des parents d'enfants abusés,
alors que son obsession et ses abus sur les enfants était connue de ses
supérieurs. L'Eglise Catholique avait alors juré ses grands dieux
que l'on ne l'y reprendrait plus. Elle avait en effet à ce moment là
pris conscience que l'ère de l'impunité de ses clercs était
passé. Déjà en 1985, un rapport confidentiel interne de l'église
mettait en garde l'épiscopat sur le fait que "la confiance que nous pouvions
avoir dans le passé sur les juges et procureurs catholiques pour qu'ils
protègent les clercs du diocèse a disparu". En 1993, l'archevêque
de Boston annonçait la mise en place de directives très sévères
sur la pédophilie, qui prévoyaient entres autre que tout prêtre
suspecté de pédophilie devrait être temporairement éloigné
de l'activité paroissiale. En janvier 2002, c'est le même Archevêque
qui doit expliquer au public indigné pourquoi lui-même a ignoré
les directives qu'il avait annoncé en 1993. Afin de lui permettre d'échapper
à la justice américaine et à la vindicte populaire, l'église
donne à l'archevèque un poste au Vatican en 2003. Cette
nouvelle affaire a un goût de déjà vu. Le prêtre a molesté
plus de 130 enfants en près de 30 ans. Il gardera ses fonctions, et changera
plusieurs fois de poste, jusqu'en 1998, alors que dès 1984 l'archevêque
de Boston, Monseigneur Law, est averti par une lettre de l'obsession du père
Geoghan. En 1985, il est en possession d'un rapport sur le traitement de la pédophilie,
qui met en garde contre les risques très élevés de récidives.
Mais le Monseigneur attend 1989 pour enfin demander au prêtre pervers de
se soumettre à un traitement de 3 mois, après quoi il le renvoie
en paroisse, où il est à nouveau en contact avec des enfants et
fera de nouvelles victimes. Le prêtre s'attaque de préférence
aux enfants de familles pauvres : il gagne la confiance des parents, achète
des glaces aux enfants, après quoi il les abuse sexuellement. Lorsque des
familles portent plainte, l'archevèché achète leur silence. Le
24 juillet 2004, le State Attorney General (ministre de la justice de l'état)
du Massachussets publie un rapport d'enquète sur les abus sexuels d'enfants
par les prêtres dans l'archevèché de Boston : on y apprend
que plus de 1000 enfants auraient étés abusés sexuellement.
Que l'abus d'enfants était accepté et couvert par la hiérarchie
pendant au moins 6 décennies, et que les abus ont étés "tellement
massifs qu'ils sont presque incroyables". Le rapport indique aussi que l'archevèché
n'a pas pris et ne prévoit pas de prendre des mesures adéquates
pour (1) déterminer les "causes systémiques" des abus sexuels par
les prêtres (2) éliminer de l'organisation les prêtres ayantz
commis des actes pédophiles (3) prendre des mesures suite à son
échec à prévenir les abus sexuels d'enfants (4) donner les
informations à la justice civile et (5) prendre des mesures pour prévenir
de futurs cas d'abus sexuels. Il
faut dire que la politique du maintient du secret à tout prix que l'Archidiocèse
de Boston a suivi dans le cas du père Geoghan est conforme aux règles
de l'Eglise Catholique. En effet, dans une lettre datant de 2001, approuvée
par le Pape Jean-Paul II, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi
a instruit la hiérarchie sur la méthode appropriée de traitement
des cas de pédophile : ces cas sont soumis au secret.pontifical et traités
exclusivement par des prêtres, dans des tribunaux ecclésiastiques
dont procureurs, juges et défenseurs sont des prêtres et dont la
procédure est évidemment secrète. A
l'aube du troisième millénaire, l'Eglise Catholique est ainsi encore
un nid de pédophiles : les clercs coupables d'abus sexuels contre des enfants
continuent apparemment à êtres protégés : protégés
de la justice, puisque toute affaire doit être tenue secrète et traitée
uniquement en interne. Et protégés de la vindicte populaire, puisque
l'église reste prête à investir des millions de Dollars pour
imposer le silence aux victimes de chaque clerc pédophile. [Référence]
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