Les morts de Côte d'Ivoire et de Libye
créent le Nouvel Ordre Mondial

 

En 1945 L’Organisation des Nations-Unies s’est créée après le choc de la deuxième Guerre Mondiale. Aujourd’hui, le nouvel ordre mondial est en train de se mettre en place après le lourd sacrifice de l’Afrique, après le choc des milliers de morts de côte d’Ivoire dont les 1200 villageois de Duékoué et des dizaines de milliers de morts Libyens, même si l’Otan a décidé d’insulter notre intelligence en parlant de zero mort et ce, après 26.323 sorties, 9.658 raids de bombardement, 7.700 bombes et missiles tirés par l’OTAN sur la Libye, avec la complicité des Nation-Unies qui étaient censées les protéger. L’ONG britannique Stop the War Coalition a certifié l’utilisation par l’OTAN des armes de destruction massive en Libye à travers les bombes et missiles contenant le fameux DU (depleted uranium), c’est de l’uranium appauvri, pour tuer le plus de personnes possibles. Daniele Cardetta dans le journal italien Articolo3, avance le chiffre de 60.000 morts.

C’est le journal italien Nibiru2012 qui conclut que 60.000 morts sur une population libyenne de 6 millions sont 1% de la population décimée par l’Otan en Libye et que cela équivaudrait en proportion à 3 millions d’américains que des puissances étrangères viendraient décimer avec des bombes non conventionnelles. Et au lieu de mener la moindre enquête, l’Onu a tourné la tête ailleurs, vers Abidjan pour le méchant désigné le Président Gbagbo. C’est contre tout cela que la Chine a décidé de prendre les devants et de mettre sur pied un nouvel ordre mondial. Voici comment :

Jean Paul Pougala
Jeudi 29 Décembre 2011


 

Les morts de Côte d'Ivoire et de Libye créent le Nouvel Ordre Mondial


1- LE YUAN CHINOIS REMPLACE LE DOLLAR

La Chine ne peut pas prétendre diriger un nouvel ordre mondial crédible sans être la première puissance du monde. Il y a des spécialistes qui disent qu’il y a longtemps que la Chine est devenue première puissance mondiale. C’est vrai, mais ce qu’ils ne savent pas c’est que le seul fait que les Etats-Unis d’Amérique peuvent imprimer leur monnaie le Dollar pour servir toute la planète qui n’attend que cela pour payer leurs échanges, offre de facto un avantage financier inouï aux USA sur tout potentiel concurrent à son trône. Et au delà de son vrai poids économique, le positionnement stratégique de sa monnaie place ce pays au trône inconditionnel de la première puissance mondiale. La perversité potentielle du levier financier était sous-estimée par beaucoup depuis des années. Mais un élément est venu bouleverser la donne et ce sont les deux crises Ivoirienne et Libyenne alors quand les USA et leurs Alliés Européens ont joué sur le levier monétaire pour plier leurs ennemis du moment. En violant toutes les règles du droit international, ils ont unilatéralement gelé les avoirs bancaires de la Côte d’Ivoire d’abord et de la Libye ensuite que ces deux pays détenaient en Occident, allant jusqu’à fermer les succursales des banques privées européennes en Côte d’Ivoire, contre l’avis même du gouvernement en place. C’est cette technique de guerre inaugurée par les Occidentaux et testée deux fois en Afrique qui a alarmé la Chine qui a dès lors compris qu’elle ne pouvait plus attendre longtemps pour créer et guider le nouvel ordre mondial et que pour y parvenir, il fallait tout simplement signer la fin du Dollar américain comme monnaie de référence au niveau mondial. C’est en pleine guerre de l’Occident contre la Libye qu’elle réussit en Juin 2011 à convaincre la Russie de se passer du dollar et d’utiliser désormais la monnaie chinoise pour leurs échanges. Ce sera la même chose avec les pays africains où pour la plupart, après l’assassinat du Guide Libyen et le retardement de la monnaie commune africaine initialement prévue pour 2016, le Yuan chinois qui reste inconvertible, est en train de devenir la monnaie de change avec la Chine qui est depuis 2010, le premier partenaire économique du continent africain. En Amérique Latine, l’initiative chinoise est accueillie avec euphorie pour des pays qui n’en pouvaient plus de l’arrogance de leur puissant voisin du nord. Au Venezuela, c’est le président Hugo Chavez qui ira plus loin en vidant tout simplement les coffres des pays occidentaux de la réserve d’or que son pays y détenaient depuis la gouvernance de ses prédécesseurs. Mais le plus difficile restait à venir : convaincre un pays encore sous occupation militaire américaine depuis plus de 60 ans de rejoindre le nouvel ordre mondial que la Chine a décidé de créer. C’est finalement le jour de Noël, le 25/12/2011 durant la visite du Premier Ministre Japonais à Pékin qu’un accord est trouvé pour se passer du Dollar, c’est-à-dire que la deuxième et la troisième puissance économique du monde la Chine et le Japon vont désormais utiliser la monnaie chinoise pour leurs échanges. Le revirement de Tokyo s’explique par la faiblesse militaire de l’Occident mise à nu par la cacophonie et les difficultés surtout financières rencontrées lors de sa tentative pour faire plier Kadhafi pendant 7 longs mois. Ce qui a fait comprendre au Japon qu’en cas de conflit armé avec la Chine, les USA ne sont tout simplement pas en mesure de les aider, autant faire la paix tout de suite et se mettre sous l’ombrelle de Pékin. La Corée du Sud et l’Inde vont très bientôt rejoindre le Brésil pour faire partie de ce nouveau directoire. Après le vote de l’Afrique du Sud et du Nigeria en faveur d’une résolution des Nations Unies pour aller faire la guerre à un pays africain, ces deux pays sont-ils suffisamment crédibles pour faire partie de ce directoire mondial qui se forme sous le guide de la Chine ?



2- L’ALLIANCE STRATEGIQUE AVEC LA RUSSIE

On ne peut pas conduire le monde sans une alliance militaire forte. Il y a plusieurs années que les spécialistes parlaient d’une nouvelle gouvernance mondiale portée par les USA et la Chine dénommée G2. Pour l’Occident, c’était une solution de compromis qui aurait signifié qu’il n’avait pas perdu le train des bouleversements du 21ème siècle, puisque représenté dans ce G2 par l’un des leurs, les USA.

Et patatras. A cause d’une guerre des plus maladroites contre la Libye tout cela est terminé. Cette guerre a permis la création du G2 oui, mais un nouveau G2 que personne n’avait prévu, un G2 militaire en construction entre la Chine et la Russie. Ces deux pays ont en effet, à cause de ce qu’ils appellent une agression injustifiée contre la Libye, décidé de renforcer leur collaboration dans toute une série de secteurs dits stratégiques avec l’objectif affiché de stopper l’Occident belliqueux ;

La célébration des 10 ans d’amitié nouvelle entre les deux pays à Moscou du 16 au 18 juin 2011 dernier s’est transformée en Conseil de guerre pour le lancement du nouveau G2. L’Occident qui espérait s’emparer des ressources énergétiques africaines à commencer par celles libyennes pour tenter un diktat sur la politique économique chinoise devra revoir ses plans, puisque le nouveau G2 y a déjà trouvé une parade. Ainsi la Russie deviendra le premier fournisseur des produits énergétiques à la Chine, ceci permettant à cette dernière de relativiser le risque et le poids de l’Afrique dans ses approvisionnements et pour la Russie de pouvoir se passer de son plus gros client, l’Europe sans laquelle elle était incapable de disposer de ressources financières suffisantes pour son développement. Ainsi, la guerre contre la Libye est devenue pour l’Europe un vrai boomerang reçu à la figure : elle pensait utiliser des manœuvres souterraines inavouées pour contrôler à terme le pétrole et le gaz africain, elle se trouve au contraire sous le coup d’un chantage russe pour ses approvisionnements avec un robinet qui risque d’être fermé à tout début d’hiver par Moscou si elle n’est pas suffisamment docile. Les nouveaux accords avec la Chine permettent à Moscou de tenir ce robinet fermé pendant des mois sans que sa caisse en pâtisse outre mesure. Comme les autorités le répètent à volonté à Moscou, « avec les Chinois nous aurons le nécessaire pour nous émanciper de l’Europe » Par ailleurs après le nouvel accord signé par le président Chinois lors de cette visite, le premier consommateur des produits énergétiques des prochains 20-30 ans devient un concurrent incommode pour l’Europe qui désormais ne pourra plus négocier ses prix avec la Russie comme auparavant, elle doit donc se préparer à payer plus cher son gaz. Et après les accords récemment stipulés entre la Russie et l’Algérie, pour former un cartel du gaz, on peut s’attendre à un doublement des prix du gaz russe pompé vers l’Europe occidentale. On était parti pour voler le pétrole Libyen, on se retrouve à perdre le gaz russe, 100 fois plus important que la mise libyenne. Ils sont de vrais génies ces dirigeants européens ! Si nos éclaireurs européens ont fourni le même type de conseils aux dirigeants africains, on peut dès lors se demander pourquoi s’étonner qu’après 50 ans d’indépendance nourris de tels conseils, on ait fait du surplace en Afrique ou qu’on soit allé à reculons.

L’histoire démarre le 18 Novembre 2009 lorsque l’agence de Presse russe Novotni écrit triomphalement ces quelques mots de titre : NIET, NIET, NIET ! pour décrire le « Non » chinois à la proposition Américaine formulée par monsieur Obama lors de sa première visite dans l’empire du Milieu de former avec la Chine ce fameux G2 pour répondre ensemble aux défis de la gouvernance des problèmes du 21ème siècle. Déjà alors, la Chine avait fait remarquer que sa vision du monde était diamétralement opposée à celle des États-Unis d’Amérique et qu’elle ne voyait aucune convergence de vue entre ces 2 pays sur plusieurs dossiers brûlants, de la crise avec l’Iran au problème avec la Corée du Nord. Pour les Américains, les bombes étaient les meilleurs remèdes aux problèmes de la planète alors que pour les Chinois, les bombes étaient la démonstration de la faillite de l’intelligence humaine à résoudre ses problèmes aussi compliqués qu’ils soient. La guerre en Libye nous a ainsi donné l’épilogue de cette réorganisation du monde pour le nouvel ordre mondial qui tarde à venir. La Chine et la Russie ont ainsi décidé de se concerter régulièrement et avoir une position commune sur tous les sujets importants de l’actualité mondiale privilégiant toujours et toujours le dialogue, encore le dialogue et toujours le dialogue. La guerre de l’Occident contre la Libye a définitivement tourné la page du 20ème siècle, le siècle des guerres cycliques de l’occident, le siècle des guerres coloniales en Afrique et en Asie et impérialistes en Amérique du Sud. Le double veto de la Chine et de la Russie aux Nations-Unies sur la crise Syrienne témoigne du sérieux de ce nouveau G2 à devenir un vrai contrepoids aux ambitions souvent suicidaires de l’Occident. Et le monde ne peut que s’en féliciter.



3- LA GUERRE EN LIBYE A POUSSE AU REARMEMENT DE LA RUSSIE

4 jours seulement après le déclenchement des bombardements contre la Libye, c’est par la voix du premier Ministre Russe Vladimir Poutine, que l’Occident a été informé le 23 Mars 2011 de la fin des accords du désarmement stratégiques à peine conclus entre les États-Unis et la Russie. Ce dernier s’indignait de ce qu’il avait décrit comme une « agression de type médiévale » en concluant que cela était en train de devenir une tendance de la politique extérieure de Washington : les bombes tirées par centaines en une seule nuit sur l’ennemi désigné du moment. Le pire vient toujours de la bouche du premier Ministre russe qui nous informe que les Américains ont utilisé des avions d’attaque nucléaire (même si avec des armes non-nucléaires) comme les bombardiers furtifs Stealth B-2 Spirit qui ont frappé des objectifs civils en Libye, un pays ami qui avait pourtant signé tous les accords internationaux voulus par Washington pour abandonner tout programme nucléaire, civil ou militaire ; une véritable lâcheté : on s’assure que tu sois sans défense avant de venir t’assommer ; et M. Poutine de conclure : « Cela confirme que la Russie fait bien de renforcer ses capacités de défense ». Le lendemain, c’est le Ministre de la défense russe qui nous annonçait lui aussi la mort des accords de désarmement à peine signés un an auparavant avec Washington. Ainsi, pour la période 2011-2020 la Russie dope son armement d’un budget de 665 milliards de dollars pour construire : 5 véhicules spatiaux, 21 systèmes de défense missilistiques, 35 bombardiers, 109 hélicoptères de combat, 3 sous-marins nucléaires pouvant lancer des missiles nucléaires à 10.000 km de distance. Ainsi, dès 2012, l’armée russe sera équipée de nouveaux missiles intercontinentaux et bénéficiera d’un investissement de 2,6 milliards de dollars pour en développer de nouveaux types plus sophistiqués d’ici 2013. Et comme nous confirme le journaliste Italien Manlio Dinucci, avec la première bombe lancée sur Tripoli l’après midi du 19 mars 2011, l’Occident a mis le stop à la nouvelle ère de l’entente cordiale entre la Russie et les États-Unis d’Amérique symbolisée le 8 Avril 2010 à Prague par la signature de ce fameux accord du désarment d’armes stratégiques et offensives dites START. Pourquoi ceci est une vraie mauvaise nouvelle pour l’Occident, parce qu’elle n’a plus d’argent. Le moindre dollar dépensé par Washington pour s’armer lui coûte en vérité le double puisqu’il doit l’emprunter sur les marchés et comme rien n’est prévu pour rembourser le capital, les seuls intérêts au bout de quelques années feront que ce 1 dollar coûtera en vérité 4 ou 5 alors que les 665 milliards de dollars de la Russie sont de l’argent frais de sa vente du gaz ou du pétrole.



4- UNE EUROPE ENCORE PLUS HORS JEU

La décision la plus déraisonnée des leaders politiques de l’Union Européenne de ces 5 dernières années a été celle de tourner le dos à la Russie et de pousser cette dernière dans la nouvelle alliance avec la Chine. La Russie a clairement exprimé son opposition à la guerre contre la Libye, elle a dénoncé le projet d’assassinat du Guide Libyen, mais l’Europe l’a ignorée et a mis en sourdine ses préoccupations et les solutions qu’elle proposait pour la résolution de la crise libyenne, préférant l’alliance de fortune avec son ancien allié d’hier, mais son vrai ennemi aujourd’hui notamment sur les questions financières et monétaires. A partir du moment où pour apporter la paix en Europe, la Russie avait dissout le Pacte de Varsovie et n’avait opposé aucun veto pour l’entrée dans l’Union Européens de certains de ses anciens pays satellites, la sagesse aurait dû guider les actions des dirigeants Européens en les amenant à exiger et obtenir des Américains la dissolution de l’OTAN, pour passer à la mise sur pied d’une vraie armée européenne inclusive de la Russie. Au lieu de cela, ils se sont contentés d’humilier la Russie et la contraindre à chercher plus à l’est de nouveaux partenariats où elle y a trouvé la Chine. La nouvelle alliance de ces deux géants fragilise encore un peu plus l’Europe qui est déjà un nain politique. La maladresse de la guerre en Libye a fait le reste. Ce ne sera pas la maigre consolation fêtée sur tous les médias européens d’une poignée de manifestants à Moscou qui changera le cours de l’histoire qui est en train de s’écrire sans l’Europe. L’autre consolation de séquestrer un président africain en exercice, Laurent Gbagbo de Côte d’Ivoire et l’exposer à l’humiliation populaire dans un cirque européen dénommé Cour Pénale Internationale, n’offrira en rien à l’Europe le sérieux nécessaire pour faire partie du directoire du nouveau monde parce qu’elle est fortement restée prisonnière d’une conception vétuste et dépassée d’un monde qui a déjà son barycentre déplacé vers l’Asie. Ce n’est pas pour rien que la Russie est en train de mettre une importance stratégique renouvelée à sa ville plus à l’est : Vladivostok.



CONCLUSION

L’Afrique doit-elle se réjouir de cette réorganisation du monde ? Lorsqu’on est couché par terre, on ne peut plus avoir peur de tomber. Dans le système résultant de l’organisation du monde de la fin de la seconde guerre mondiale, l’Afrique alors sous occupation européenne n’a cessé de l’être malgré les opérations de maquillage ici et là portant le nom tout aussi provocateur et mensonger : indépendance. L’Afrique n’a rien à perdre dans cette nouvelle configuration du monde. Il faut espérer que le plus grand financeur des différents projets de l’Union Africaine, l’Algérie rejoigne très bientôt ce nouveau cercle afin que l’un de nous puisse véritablement porter la voie de plus d’1 milliard d’africains pour exiger et faire finalement respecter la souveraineté de notre continent. Selon les croyances ancestrales africaines, les morts ne sont pas morts. Ils deviennent tous des divinités. Nos morts de Abidjan, de Bouake, de Duékoué, de Sirtes, de Tripoli de Bani Walid, de Zliten etc. sont des dieux qui veillent sur nous. Leur sacrifice est en train d’offrir au monde entier un nouveau visage, une nouvelle gouvernance. La route est encore longue, mais le pas est déjà emboitée. Tant de douleur et de pleurs ont suivi et accompagné nos morts en 2011 vers leur place actuelle de divinité. Ce qui nous a donné la lucidité pour nous poser les bonnes questions sur nos partenariats et en déduire qui sont nos vrais amis qui sont fort heureusement ceux qui réorganisent le monde. Saurons-nous être suffisamment unis pour compter dans ce nouveau départ ? La jeunesse africaine est-elle suffisamment formée et avertie pour s’insérer demain la tête haute dans cette nouvelle donne qui se renforce toujours plus? 2011 qui se termine a été une année tragique pour l’Afrique, mais les événements, aussi détestables soient-ils ont eu le mérite de réveiller beaucoup d’Africains qui ronflaient encore de leur long sommeil dogmatique, tellement les mensonges de l’Occident étaient gros comme un éléphant.

Source: pougala.org
(*) Jean-Paul Pougala est un Camerounais, Directeur de l'Institut d'Etudes Géostratégiques de Genève en Suisse.




































































L’Union Eurasiatique,

projections et potentialité d’un nouveau pôle géopolitique

par Francesca Malizia pour la revue EURASIA

jeudi 29 décembre 2011

« Chercher à restaurer ou à copier ce qui est confiné dans le passé est de la naïveté, mais une intégration, mais une étroite intégration sur des bases économiques et de nouvelles valeurs est un impératif des temps » c’est ainsi, commente Francesca Malizia, que Vladimir Poutine aborde le sujet de l’Union Eurasiatique, un des piliers de sa campagne électorale et de son prochain mandat présidentiel. L’intention de l’actuel premier ministre semble toujours davantage celle de bâtir un grand projet, au travers duquel la Fédération de Russie puisse retrouver son rôle dans les relations internationales, conforme à l’esprit qui depuis toujours distingue les leaders et l’histoire russes. Cette volonté d’être les protagonistes de l’histoire s’est figée dans le passé au lendemain de l’écroulement de l’URSS. M. Poutine a su la récupérer grâce à une attitude ambitieuse et en même temps réaliste.

Cette Union Eurasiatique représente le dernier des instruments de coopération internationale que la Russie projette de créer pour n’être pas marginalisée par la prépondérance états-unienne qui tente d’exercer sa puissance d’attraction sur le reste de la région eurasiatique, tout autant que par la puissance économique de Pékin, laquelle, ce n’est pas par hasard, est déjà liée par l’Organisation de Coopération de Shanghai. Il semble toutefois erroné d’étiqueter ce projet de Poutine comme une tentative de restaurer l’Union Soviétique. Née comme une union douanière entre la Russie, le Kazakhstan et la Biélorussie, qui en janvier prochain, se transformera en un unique espace commercial, l’Union Eurasiatique est un projet soutenu par les Etats indépendants et sur lequel chacun projette des attentes et des stratégies en partie différentes.

Chacun des sujets de droit impliqués, autant les pays membres que ceux qui n’ont pas adhéré, a intérêt en fin de compte à ce que se crée un système de coopération efficace mais « léger », ou plutôt exempte de ces liens idéologiques qui semblent désormais faire partie d’une vision géopolitique dépassée. Le même Poutine, de plus, a toujours marqué son action d’un extrême pragmatisme et l’outil théorético-doctrinaire se révèlerait moins efficient que l’économique ; d’autre part, nonobstant la conscience de la nécessité de relations avec Moscou, l’on ne voit pas pourquoi les Etats nés de l’effondrement de l’URSS, devraient renoncer à jouer le rôle d’interlocuteur actif, qui, il y a à peine plus de vingt ans, leur était refusé.

Entre les trois Etats signataires, la Biélorussie semble peut-être le maillon faible à cause de sa dépendance économique de Moscou, tant au point de vue des flux commerciaux qu’à celui de l’approvisionnement énergétique ; néanmoins ce partage des liens culturels, économiques et politiques pourrait rendre la coopération encore plus avantageuse. La présence de Minsk, en outre, « amarre » le groupe à l’Occident, et peut servir de pont pour attirer les pays d’Europe orientale, l’Ukraine en premier.

Astana, capitale de Kazakhstan, pour sa part, représente pleinement l’esprit des ex-républiques soviétiques : forte de ses propres ressources et de la stabilité interne annexe, la classe dirigeante kazakhe conduite par Nazarbayev a mis en place à temps la réalisation des formes de coopération dans la sphère eurasiatique, grâce auxquelles on dialogue avec Moscou sans tomber dans la subordination. Le président kazakh est le premier partisan de la création d’un espace économique commun dans lequel non seulement est écarté le rôle du dollar dans les transactions, mais aussi sont unifiés les liens énergétiques.

Jadis l’Union douanière avait marqué une modification quantitative et qualitative des échanges : les autres cinquante traités qui en constituent l’ossature prévoient l’adoption de taxes externes communes, l’uniformisation de règles relatives aux contrôles et aux procédures douanières, mais, avant tout, la création d’organes exécutifs comme la Commission pour prendre des décisions, en vérifier le respect et résoudre les controverses qui devraient surgir dans leur application.

Il y a une volonté de créer, en partant de cette structure, un espace dans lequel les marchandises, les capitaux, les travailleurs et les étudiants puissent se déplacer librement, afin d’attirer des investissements et des innovations ; cette zone est désormais l’objet d’un intérêt toujours plus grand de la part des investisseurs étrangers occidentaux et ce n’est pas un secret que le rêve de Moscou serait de pouvoir étendre la coopération économique jusqu’à l’Union Européenne. D’autre part, il s’avère à l’UE que l’Union Eurasiatique semble s’inspirer du développement de ses propres étapes. Face aux échecs de Bruxelles, les élites eurasiatiques, comme l’a déclaré le ministre même de l’économie et du commerce russe, Victor Khristenko, disposent aussi de la possibilité d’intégrer leur politique économique et financière de façon à éviter l’impasse dans laquelle aujourd’hui l’Europe semble piégée.

 





Avec la création de l’espace économique commun (1 janvier 2012) s’enrichit ultérieurement la structure coopérative : entre les Etats, avec un PIB global de 2000 milliards de dollars et un secteur industriel évalué à environ 600 milliards de dollars, s’ils s’associent sur la base du respect des principes d’égalité, de non ingérence dans les affaires intérieures, de la souveraineté et de l’inviolabilité des frontières nationales. L’intégration progressive se manifestera aussi au moyen de la création d’organismes supranationaux opérant par consensus, mais surtout au travers d’initiatives de la part des entreprises, pour lesquelles ce processus représente un grand défi en termes d’adaptation et de compétitivité dans la société civile, le monde scientifique et culturel. Mais l’attention des analystes est moins fixée sur le status quo actuel que sur le fait que l’Union Eurasiatique, une fois institutionnalisée (en 2015, selon les objectifs russes) sera en mesure de figurer dans le contexte international, surtout en ce qui concerne ses perspectives d’élargissement.

Si l’adhésion du Kirghizistan et du Tagikistan semble déjà proche, une des articulations fondamentales sera de vérifier la capacité de soustraire l’Ukraine à la sphère de Bruxelles. Un des piliers de l’Union sera le marché du gaz et pour Kiev il est d’une importance essentielle de trouver des accords adaptés, come l’ont enseigné les événements des dernières années. Toutefois, sa proximité du front oriental pourrait être dictée aussi par d’autres raisons : dans la population ukrainienne, et pas seulement dans la minorité russe, va croissant le mécontentement contre l’Union Européenne qui a appuyé son détachement de Moscou pour ensuite la laisser seule en subir les conséquences : qu’il suffise de penser aux accords énergétiques bilatéraux avec la Russie patronnés par Berlin, propre aux années dans lesquelles les crises du gaz s’aggravent toujours davantage.

Kiev en définitive se trouvera devoir préférer l’option qui réponde le mieux à ses exigences nationales, étant donné que, d’un côté, le pays est guidé par le président philorusse Yanukovich et que, de l’autre, l’Union Eurasiatique n’a pas l’intention de se mettre en contradiction avec Bruxelles, mais bien au contraire d’offrir une alternative qui n’exclue pas le dialogue et la coopération avec l’Europe. Ce n’est pas par hasard, qu’il y a quelques mois le gouvernement russe a souhaité la création d’une macro zone [macroaera, grand espace] de coopération économique qui aille de Lisbonne à Vladivostok ; idée qui, pour le moment semble prématurée, mais qui, de toute évidence, comme les scénarios auxquels Moscou veut s’opposer ne sont pas à chercher dans le Vieux Continent, mais dans le Nouveau.

Sans sous estimer, en outre, le potentiel d’attraction d’un pays comme le Kazakhstan qui, ces dernières années, a su tisser une riche toile de rapports autant en Occident qu’en Orient. Ainsi, par exemple, entretenir d’excellentes relations avec la Turquie, avec qui la rattache la participation au Parlement des pays turcophones, qui représente une des nombreuses questions irrésolues de l’Union Européenne et qui pourrait de ce fait s’orienter vers un nouveau partenariat.

Astana représente aussi un point de référence pour les « Stan Countries » centrasiatiques, désireux de se mesurer activement avec les puissances régionales, c’est-à-dire en cherchant à maximaliser le potentiel de ses propres ressources (hydrocarbures, positions géographiques, force de travail) sans tomber dans les vieux schémas de l’hégémonie. Sur le front oriental, en revanche, s’intensifient toujours davantage les échanges avec la Chine vers laquelle s’exporte une majorité d’hydrocarbures, surtout à travers le Turkestan oriental et le Xinjiang, zones d’importance géopolitique essentielle. A ce sujet le philosophe et politologue Alexandre Dugin estime fondamental, pour le succès de l’Union Eurasiatique, la possibilité de créer deux axes de coopération, celui de l’UE-Eurasie et de celui de Chine-Eurasie. Ces trois réalités, en fait, représentent trois systèmes politiques et éthiques profondément différents, qui néanmoins pourraient profitablement interagir : pour l’Union Eurasiatique, par exemple, cela signifierait accéder plus facilement à la haute technologie, au savoir-faire industriel, au processus de développement technologique et à un marché aux dimensions importantes.

Dugin, en outre, range l’Union Eurasiatique à l’intérieur d’un schéma multipolaire des relations internationales aussi différent du monde global, caractérisé par l’absence de pôles, que du monde unipolaire, dirigé par l’hégémonie états-unienne. Dans ce nouveau scénario géopolitique le rôle du pôle eurasien serait précisément d’interagir avec l’Europe et la Chine, afin de limiter l’immixtion de Washington, comme la constitution d’un partnership stratégique au détriment des intérêts des acteurs régionaux.

Francesca Malizia pour la revue géopolitique « EURASIA »

Traduction Pierre Dortiguier


Lauréate italienne, titulaire du prix des relations internationales, à sa sortie des Sciences politiques de 2011, Francesca Malizia, a fréquenté le collège fameux de la Sapienza de Rome lequel organisait les 12 et 13 décembre derniers une rencontre universitaire russo-italienne.

La revue géopolitique Eurasia est dirigée par le spécialiste en langues finno-ougriennes, romaniste et latiniste, patriote musulman italien et champion de l’Eurasie, - au patronyme si illustre dans la série des martyrs républicains anti-impérialistes d’Italie victimes du terrorisme -, M. Claudio Mutti.