Le
vice-président Al Gore s'empara de l'affaire. Il s'était forgé, à tort ou à raison,
l'image d'un milliardaire qui s'était engagé à équiper son pays « d'autoroutes
de l'information » (c'est-à-dire de réseaux de communication donnant
notamment accès à Internet). Il installa à la Maison-Blanche un Conseil présidentiel
pour l'adaptation de l'année 2000 (President's Y2K Conversion Council) [1].
La direction en fut confiée à Josh Koskinen, jusque-là chargé d'élaborer la politique
fiscale à l'égard de l'industrie de l'informatique. La dénomination du Conseil
utilise un mot ambigu « Conversion » (que j'ai traduit par
« adaptation »). Dans le contexte de l'an 2000, il évoque
aussi la nécessaire conversion que les chrétiens fondamentalistes doivent opérer
pour conjurer la fin des temps.
Simultanément,
le Sénat décida de créer une commission parlementaire temporaire sur les problèmes
techniques de l'année 2000 [2].
Le
Conseil de la Maison-Blanche exigea de chaque agence fédérale et de chaque département
ministériel qu'il nomme un responsable de l'adaptation à l'an 2000. Surtout, il
œuvra à sensibiliser le Conseil économique et social de l'ONU jusqu'à ce que son
président, l'ambassadeur du Pakistan Ahmed Kamal, dépose une motion devant l'Assemblée
générale des Nations Unies. Ce texte, qui aurait inquiété s'il avait été proposé
directement par Washington, fut adopté en séance plénière le 26 juin 1998 [3].
La chose fut facilitée par la création, toujours à l'initiative de la Maison-Blanche,
d'un fonds spécial de la Banque mondiale pour l'adaptation à l'an 2000. En d'autres
termes, en s'associant à cette résolution, les États les plus sceptiques sur le
« bogue du millénaire » n'avaient rien à perdre et postulaient
pour des subventions de la Banque mondiale destinées à moderniser leurs systèmes
informatiques.
Affichant
leur leadership, le président Bill Clinton et le vice-président Al Gore délivrèrent
le 14 juillet 1998 un message alarmiste au monde, lors d'une séance solennelle
à l'Académie nationale des Sciences à Washington.
Une
première réunion de contact, organisée à l'ONU par l'ambassadeur Ahmed Kamal,
réunit 120 délégations. Il fut décidé de créer une agence temporaire des Nations
Unies, l'IY2KCC, dont le budget fut initialement abondé par les seuls États-Unis,
soit indirectement via la Banque mondiale, soit en prenant en charge des dépenses.
Contrairement aux habitudes, il n'y eut pas de discussion sur le lieu où siègerait
cette agence, ni sur le choix de ses fonctionnaires. Le personnel étant fournit
par Washington, la Maison-Blanche désigna son directeur, Bruce W. McConnell, qui
était jusque-là chargé de la sécurité informatique de l'administration Clinton.
Il était secondé par Art Warman, un ancien responsable de l'USAID.
Le
succès de l'IY2KCC fut tel, que ce furent en définitive 170 États qui y adhérèrent.
Chacun désigna ses experts. Chaque délégation ayant intérêt à participer aux travaux
à la fois pour s'informer et pour ramasser des subsides de la Banque mondiale,
l'assemblée de l'IY2KCC dégagea un consensus établissant le danger du « bogue
du millénaire ».
Il
n'est pas nécessaire de poursuivre plus loin. Ce rappel historique visait juste
à montrer qu'un consensus de personnalités scientifiques au sein d'une assemblée
politique, est un consensus d'intérêts politiques et n'a rien à voir avec la science.
Le mobile
Quelques
années plus tard, l'ONU et le gouvernement US ont fait disparaître les sites internet
consacrés à l'an 2000. Mais on peut toujours consulter en bibliothèque les montagnes
de rapports officiels sur le « bogue du millénaire ». Presque
tous les États et toutes les organisations intergouvernementales en ont publiés.
Et au 1er janvier 2000 au matin, chacun pouvait savoir qu'ils étaient nuls et
non avenus, que le danger du millénaire était une chimère.
En
réalité l'affaire avait été patiemment montée. Le sénateur Bob Bennett est aussi
un contact connu de la CIA, pour laquelle il a travaillé durant sa jeunesse. Bruce
W. McConnell est également lié aux services de renseignement. Il vient d'ailleurs
d'être nommé par le président Obama pour superviser les questions de sécurité
des systèmes de communication au département de Sécurité de la patrie. Son ex-adjoint,
Art Warman, dirige aujourd'hui Vega, une structure permettant à la CIA d'infiltrer
les ONG US et offrant des programmes de « développement vert »
dans le tiers-monde.
Le
canular de l'an 2000 a permis à Washington d'imposer une harmonisation mondiale
des logiciels et de créer un réseau global de communication entre États. De l'avis
des administrations concernées, ce sont les efforts de l'IY2KCC qui ont permis
de coordonner la lutte anti-terroriste après le 11-Septembre. En outre, cette
harmonisation a permis aux États-Unis d'imposer leurs propres logiciels et de
faire, entre autres, la fortune de Bill Gates. Ces logiciels sont tous validés
par la National Security Agency, c'est-à-dire perméables aux intrusions des services
de renseignement US.
Pour
les naïfs qui se sont fait manipuler, cette opération a coûté selon les sources
entre 300 et 600 milliards de dollars, dont moins de 40 ont été supportés par
les États-Unis. Belle arnaque !
Al Gore, le GIEC et Copenhague
La
presse n'ayant pas de mémoire, personne n'a demandé au Prix Nobel de la paix Al
Gore si ses alertes au réchauffement climatique étaient plus sincères que ses
alertes à l'an 2000. Personne non plus n'a questionné le GIEC (co-lauréat du Prix
Nobel de la paix) sur sa nature. La présence de quelques centaines de climatologues
au milieu d'une cohorte de diplomates ne faisant pas de cette assemblée politique
une académie scientifique.
[1]
Presidential Order 13073 : « Year 2000 Conversion »,
4 février 1998.
[2]
Le Special Committee on the Year 2000 Technology Problem fut bien sûr présidé
par Bob Bennett, assisté de Christopher Dodd. En furent membres John Kyl, Susan
Collins, Gordon Smith, Daniel Patrick Moynihan, Jeff Bingaman et Ted Stevens.
Plus le doyen Robert Byrd ex officio.
[3]
88e session, Résolution 52/233.