19
avril 2010
Marinaleda :
un modèle
dauto-gestion unique en Europe Andrea DUFFOUR

Depuis
lalerte google Alternatives au capitalisme jai récemment découvert
lexistence de MARINALEDA, une commune de 2645 habitants en Andalousie «
où Marx vivrait sil était encore en vie, avec zéro
chômage, zéro policier et des habitations à 15 euros par mois
» (1). Une alternative au capitalisme réalisée à moins
de 2000 km de chez nous et qui fonctionne depuis plus de 30 ans sans que je nen
aie jamais entendu parler ? A la première occasion, cest donc sac
à dos, train, bus et autostop que jirai pour vérifier si cette
belle utopie existe vraiment
Comme
cest Pâques, je tombe en pleine Semana Santa. Au village voisin on
mavertit : « Leur maire est un fou, quand nous autres, Espagnols,
faisons des processions religieuses, eux ils font la fête pendant 5 jours
» Japprends
que la fête de la paix qui tombe durant la Semaine Sainte y est effectivement
une tradition depuis plusieurs années et beaucoup de jeunes de Sevilla,
Granada ou Madrid ont rejoint les villageois. Des lectures, des films ou une conférence,
en solidarité avec la Palestine, ainsi qu un appel au boycott des produits
israéliens ouvrent les soirées de concerts et de fête. Pour
les nuits, limmense complexe poly-sportif reste ouvert pour loger les visiteurs
de lextérieur. Une première auberge est en construction. En
tant que membre de lassociation de solidarité Suisse-Cuba, je métais
déplacée pour voir sil existait effectivement une expérience
socialiste un peu similaire à la révolution cubaine ici en Europe
et jen ai eu pour mon compte. Le
droit à la terre et au travail A
Marinaleda aussi, il a fallu dabord passer par une réforme agraire.
« La lutte révolutionnaire du peuple cubain a été une
lumière pour tous les peuples du monde et nous avons une grande admiration
pour ses acquis », mexplique Juan Manuel Sanchez Gordillo, maire communiste,
réélu depuis 31 ans. Il était le plus jeune édile
dEspagne en 1979. En 1986, après 12 ans de luttes et doccupations
où les femmes ont joué le rôle principal, ce village a réussi
à obtenir 1200 ha de terre dun grand latifundiaire, terre qui a aussitôt
été redistribuée et transformée en coopérative
agricole de laquelle vit aujourdhui presque tout le village. « La
terre nappartient à personne, la terre ne sachète pas,
la terre appartient à tous ! ». A
la ferme de la coopérative, EL HUMOSO, les associés travaillent
6.5h par jour, du lundi au samedi, ce qui donne des semaines de 39 h. Tout le
monde a le même salaire, indépendant de la fonction. 400 personnes
du village les rejoignent pendant les mois de novembre à janvier (olives),
et 500 en avril (habas, haricots de Lima). La
récolte (huile dolive extra vierge, artichauts, poivrons, etc.,)
est mise artisanalement en boite ou en bocal dans la petite fabrique HUMAR MARINALEDA
au milieu du village où travaillent env. 60 femmes et 4-5 hommes en bavardant
dans une ambiance décontractée. Le tout est vendu principalement
en Espagne. Une partie de lhuile dolive part pour lItalie qui
change létiquette et la revend sous un autre nom. « Nous avons
la meilleure qualité, mais malheureusement, cest eux qui ont les
canaux pour la commercialisation » mexplique un travailleur de la
ferme. Avis donc aux magasins alternatifs de chez nous pour leur proposer un marché
direct
Les
bénéfices de la coopérative ne sont pas distribués,
mais réinvestis pour créer du travail. Ça a lair si
simple, mais cest pour cela que le village est connu pour ne pas souffrir
du chômage. En discutant avec la population, jai pourtant appris quà
certaines époques de lannée, il ny a pas assez de travail
dans lagriculture pour tous, mais que les salaires sont tout de même
versés. Comme à Cuba, lhabitation, le travail, la culture,
léducation et la santé sont considérées comme
un droit. Une place à la crèche avec tous les repas compris coûte
12 euros par mois. A nouveau, ça rappelle Cuba où léducation
est gratuite, depuis la crèche jusquà luniversité. Les
maisons auto-construites Plus
de 350 maisons ont déjà été construites par les habitants
eux-mêmes. Il ny a pas de discrimination et lunique condition
pour une attribution est de ne pas déjà disposer dun logement.
La municipalité met à disposition gratuitement la terre et les conseils
dun architecte, Sevilla fait un prêt des matériaux. Les maisons
ont 90m2, deux salles deau et une cour individuelle de 100m2 où on
peut planter ses légumes, faire ses barbecues, mettre son garage ou agrandir
en cas de besoin. Comme dans certaines régions à Cuba, un groupe
de futurs voisins construisent ensemble pendant une année une rangée
de maisons mitoyennes sans savoir encore laquelle sera la leur. Une fois le logement
attribué, les finitions, lemplacement des portes, les ouvertures
peuvent être individualisées par chaque famille. Le loyer se décide
en réunion du collectif. Il a été arrêté fixé
à moins de 16 euros par mois. Les constructeurs deviennent ainsi propriétaires
de leur maison, mais elle ne pourra jamais être revendue. (En dehors de
lauto-construction, jai rencontré une famille qui loue à
24 euros par mois ainsi que la seule ouvrière de la fabrique Humar Marinaleda
qui vient de lextérieur et qui paye, elle, 300 euros pour son logement.
Les personnes qui souhaitent vivre à Marinaleda doivent y passer deux ans
daccoutumance avant une décision définitive). Le
coiffeur, qui fait plutôt partie de la minorité de lopposition,
est propriétaire de sa maison et se plaint de devoir travailler quand même.
A ma question, pourquoi il ne vend pas sa maison à une des nombreuses familles
espagnoles qui aimeraient venir rejoindre ce village, il dit quil y a tout
de même aussi des avantages de rester ici. (Lopposition serait financée
par le PSOE, Partido socialisto obrero espagnol, selon certaines sources). URL
de cet article http://www.legrandsoir.info/Marinaleda-un-modele-d-auto-gestion-unique-en-Europe.html |
|  MARINALEDA
- http://www.npa2009.org
Ce
samedi de Pâques, les intéressé-e-s sont invités à
la mairie pour une petite conférence. Le maire nous explique son point
de vue sur différents points avant de répondre à nos questions.
En voici quelques extraits ou résumés : Sorganiser «
Il faut lutter unis. Au niveau international, nous sommes connectés avec
Via campesina, puis nous nous sommes organisés syndicalement et politiquement
», nous communique le maire. Esperanza, 30 ans, éducatrice de profession,
conseillère sociale bénévole de la municipalité, mavait
déjà expliqué ceci la veille au « syndicat »,
bar et lieu de rencontres municipal : « Ici, nous avons fait les changements
depuis le bas, avec le SAT, syndicat de travailleurs dAndalousie, anciennement
SOC, syndicat fondé en 76, juste après Franco, et avec la CUT, collectif
unitaire de travailleurs, parti anticapitaliste ». Pas
de gendarme «
Nous navons pas de gendarmes ici - ça serait un gaspillage inutile
» Les gens nont pas envie de vandaliser leur propre village. «
Nous navons pas de curé non plus gracias à Dios ! »
plaisante le maire. La liberté de pratiquer sa religion est pourtant garantie
et une petite procession religieuse timide défile discrètement,
sans spectateurs, dans le village en évitant la place de fête. Le
capitalisme «
La crise ? Le système capitaliste a toujours été un échec,
la crise ne date pas daujourdhui. Lavantage de la crise : le
mythe du marché est tombé (...) Les réalités sont
toujours les mêmes : quelque 2% détiennent 50% de la terre (
).
Ceux qui veulent réformer le capitalisme veulent tout changer pour que
rien ne change ! Dans le capitalisme, on a des syndicats de régime et non
pas des syndicats de classe, il y a beaucoup dinstruments daliénation,
pas de liberté dexpression, seulement la liberté dacquisition
(...) A Marinaleda, nous serons les premiers quand il sagit de lutter et
les derniers à lheure des bénéfices. » Démocratie «
Nous pratiquons une démocratie participative, on décide de tout,
des impôts aux dépenses publiques, dans des grandes assemblées.
Beaucoup de têtes donnent beaucoup didées. Nos gens savent
aussi quon peut travailler pour dautres valeurs quuniquement
pour de largent. Quand nous avons besoin ou envie, nous organisons un dimanche
rouge : par exemple certainement dimanche après cette fête, il y
aura assez de jeunes volontaires qui viendront nettoyer la place ou préparer
un petit déjeuner pour les enfants et tout ceci pour le plaisir dêtre
ensemble et davoir un village propre (
). La démocratie doit
être économique et sociale, pas seulement politique. Quant à
la démocratie politique, la majorité 50%+1 ne sert à rien.
Pour une vraie démocratie, il faut au moins 80-90% dadhérents
à une idée. Dailleurs, toutes nos charges politiques sont
tous sans rémunération ». Luttes
futures et amendes
Le
maire appelle à participer à la grève générale
annoncée par le SA pour ce 14 avril, en solidarité avec les sans
terres en Andalousie qui ne bénéficient pas encore de leur droit
à la terre et aussi pour nos revendications à nous. Il préconise
aussi la nécessité de nationaliser les banques, lénergie,
les transports, etc. Nous devons 20-30 millions de pesetas damendes pour
nos luttes différentes
La
culture, les fêtes «
Nous faisons beaucoup de fêtes avec des repas communs gratuits, et il y
a toujours assez de volontaires pour organiser tout cela. La joie et la fête
doivent être un droit, gratuites et pour tous. Ce nest pas la mayonnaise
des médias qui vont nous dicter ce qui doit nous plaire, nous avons une
culture à nous. » Expérience
sociale unique en Europe Avec
un sol qui nest plus une marchandise, mais devenu un droit pour celui qui
veut le cultiver ou lhabiter, une habitation pour 15 euros par mois, du
sport ou la culture gratuits ou presque (piscine municipale 3 euros pour la saison),
un sens communautaire de bien-être, je pense pouvoir dire que Marinaleda
est une expérience unique en Europe. Chaque samedi dailleurs, le
maire répond également aux questions des villageois présent-e-s
à la maison communale sur la chaîne de la TV locale. Cela nous rappelle
lémission « Alô présidente » de Hugo Chavez,
un autre leader pour lequel Gordillo a exprimé son admiration. La
désinformation Apaga
la TV, enciende tu mente - Eteins la TV, allume ton cerveau, ce premier mural
mavait frappé, il se trouve jusquen face de la TV locale
A ma question en lien avec la désinformation, Juan Miguel Sanchez Gordillo
me fait part de son plan décrire un livre sur « Los prensatenientes
» la demi-douzaine de transnationales qui possèdent les médias
dans le monde. « Pendant que la gauche écrit des pamphlets que personne
ne lit, la droite économique, la grande bourgeoisie, installe chez toi
plein de canaux de télévision racontant tous les mêmes valeurs
et propageant la même propagande mensongère. (
) Au niveau de
linformation, léducation est très importante »
et, en ce qui concerne le programme national de léducation, cela
ne lui convient pas. Jean Manuel Sanchez Gordillo me confie donc quil compte
venir bientôt en Suisse pour étudier notre système déducation
qui est organisé au niveau cantonal... Probablement il pense que nous sommes
une vraie démocratie avec des programmes scolaires indépendants
du pouvoir
Des
expériences alternatives au capitalisme qui font peur Par
rapport aux médias, la question que je me pose à nouveau est la
suivante : Pourquoi lexpérience de Marinaleda est si mal connue en
Espagne ainsi quauprès de nos édiles ? Pourquoi Cuba, cas
décole au niveau mondial en ce qui concerne la désinformation,
mérite un budget annuel de 83 millions de dollars de la part des Etats-Unis,
consacrés uniquement au financement de la désinformation et des
agressions contre ce petit pays ? Y
aurait-il des alternatives au capitalisme qui fonctionnent depuis longtemps et
qui font si peur à certains ? Andrea
Duffour Association Suisse-Cuba http://www.cuba-si.ch
Pour
plus dinformation : http://www.marinaleda.com (1)
Nouveau Parti Anticapitaliste, http://www.npa2009.org, article du 10.1.2010
Autres
articles : http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=1986&lg=frhttp://r-sistons-actu.skynetblogs.be/archive-day/20080309
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