Manuel
Zelaya : En ce moment, ils ont plus de problèmes quauparavant : ils
ont fait prendre conscience, non seulement au peuple hondurien mais aussi aux
peuples dAmérique Latine, de la menace que représente lambition
économique pour les démocraties. Avec cette attaque, ils ont réussi
à accélérer les processus de transformation à travers
lesquels sont nées de nouvelles forces dopposition.
Linfluence
des grandes multinationales sétend à la politique étrangère
des Etats Unis, preuve que l'administration dObama - de même que celle
de son prédécesseur - est tombée dans leffrayante erreur
dappuyer le terrorisme dÉtat. Ils ont recommencé à
faire des coups dÉtat, méthode pratiquée déjà
dans le passé par une extrême droite acharnée à semer
la barbarie à travers le monde.
Manola
Romalo : Quoique les putschistes, parrainés par Washington, essayèrent
de maquiller en démocratie les élections présidentielles
de novembre 2009, une grande partie de la communauté internationale na
pas reconnu la légitimité du gouvernement en place. Quelles transformations
démocratiques veut le peuple hondurien?
Manuel
Zelaya : J'ai présenté un plan de réconciliation en 6 points
qui passent par le respect des Droits Humains et la fin de limpunité.
C'est le chemin correct pour annuler le putsch et retourner à lEtat
de droit.
Avec leur position inflexible et extrémiste de laisser impuni
ce putsch au Honduras, les États-Unis et leurs alliés créoles
n'appuient pas ce plan et naident en rien la réconciliation du peuple
hondurien.
Contrairement à ce que nous avons espéré, avec
ses déclarations, le Département dÉtat ignore le crime
quil condamna antérieurement et nomme « crise politique»
des faits quil occulte : l`'mmunité et les privilèges des
putschistes.
Manola
Romalo : Le Ministère allemand des Affaires Extérieures informe
sur son site Internet , qu « après le coup d`État »,
le gouvernement allemand ne reprendra pas de nouveaux projets daide pour
le Honduras, mettant également court aux « consultances gouvernementales
». Quelle est la situation économique du pays?
Manuel
Zelaya : Les chiffres sont plus éloquents que les mots. En trois ans nous
avions réalisé les meilleurs indices de croissance de lhistoire
du Honduras : 6,5 et 6, 7 %. Pour la première fois en trente ans, la pauvreté
avait été réduite à plus de 10 %.
Par contre,
depuis le coup d'État, le pays est entré dans une récession
économique, le nombre de pauvres a augmenté, les investissements
de lEtat et ceux des particuliers ont été réduits de
façon significative. Les dommages causés par le coup d'État
dans le processus de développement économique du pays vont durer
au moins dix ans avant dêtre réparés.
Manola
Romalo : Ce 28 juin, il y aura de grandes manifestations dans tout le pays, le
peuple va débattre les principaux articles de la Déclaration Souveraine.
La Résistance veut « refondre le Honduras ». Quelles sont les
étapes nécessaires ?
Manuel
Zelaya : Nous devons vaincre le coup d'État, l'impunité et la terreur.
L'Assemblée National Constituante, avec la participation de tous les secteurs,
est linstrument légitime pour reconstruire la démocratie,
lordre constitutionnel et lEtat de droit.
Lorganisation,
la conscience et la mobilisation sont nécessaires pour renforcer le Front
National de Résistance Populaire (FNRP) qui est la force sociale et politique
de la Résistance contre le coup dÉtat. Nous avons la responsabilité
de la reconstruction, le peuple doit reprendre les affaires en cours pour transformer
le pays.
Manola
Romalo: Monsieur le Président, dans le contexte politique du Honduras,
le peuple réclame énergiquement votre retour. Quels sont vos projets
?
Manuel
Zelaya: Le futur n'est pas très loin. Toutefois je fais des projets pour
le présent : je veux réussir à vaincre les espaces d'impunité
avec lesquels les putschistes prétendent couvrir les crimes contre la démocratie
et contre l'humanité.
Mon retour devra être immédiat,
il n´existe aucun prétexte ni justification qui expliquerait l'absence
absolue de garanties pour mon retour. Il nest pas possible que quelquun
prétende voir les victimes soumises à la justice de leurs bourreaux.
Mon
retour est lié à la reprise de lEtat de droit au Honduras.
Le propre président Porfirio Lobo affirme être menacé, ajoutant
en même temps quil garantit ma sécurité.
Évidemment,
ils utilisent les Honduriens comme des cobayes, les putschistes font de ce pays
un laboratoire de violence. Ils recourent aux castes militaires pour réprimer
le peuple et créer le chaos afin de maintenir le contrôle sur la
société. Peu leur importent les conséquences du processus
d'intégration régionale et la confrontation, doublement éprouvés,
avec les organismes multilatéraux.
Les preuves sont sous nos yeux :
ils ont créé un nouveau régime de terreur et de persécution.
Et les Etats Unis ont beaucoup perdu de leur prestige en Amérique Latine.