Lumumba
: méditation sur le symbole dune parole osée

Jean-Pierre
Mbelu
Vendredi 8 Janvier 2010
Lumumba
: méditation sur le symbole dune parole osée

La
magie de lInternet nous permet de réentendre le discours de Patrice
Emery Lumumba ayant jetée de lhuile sur le feu de ses bourreaux.
Il arrive, quà peu près cinq décennies après
sa mort, nous entendions les propos du genre : « Lumumba était un
immature politique ; il lui manquait du réalisme politique ; etc. »
Avec la magie de lInternet, quand nous visualisons le passage entre le discours
du Roi Baudouin et celui de Lumumba, nous nous rendons compte que ce dernier ose
une parole vraie à contretemps. Il improvise un discours dont le contenu
met à nu des pratiques odieuses cachées derrière le mot «
civilisation ».
Oser une parole à contretemps, cest enfreindre
les règles convenues : celles qui vous confèrent un statut et une
place dont vous ne devez, dans lentendement de vos « maîtres
» vous départir. Dans ce contexte, le manque de réalisme signifie
le refus de la langue de bois. Un refus fondé sur un nationalisme incontrôlable
et un courage « sorcier », soutiens dune lutte ardente et idéaliste.
Oser
une parole à contretemps attire toujours les foudres des « maîtres
du monde ». Depuis la nuit des temps. Un Socrate, un Jésus, un Martin
Luther King, un Gandhi, un Kambala ka Mudimbi, un Kataliko en ont payé
le prix. Heureusement, ces « maîtres du monde » narrivent
pas à supprimer, une fois pour toutes, la parole osée. Quand ses
porteurs sont tués, elle rebondit.
Les cinquante premières années
de notre indépendance nous ont appris à approcher leur méthode
: ils ourdissent un complot pour tuer le porteur de la parole osée. Ils
trouvent des motifs bien bricolés. Mettre fin au péril communiste
pour lAfrique en éliminant « le petit Satan Congolais »
était un motif valable pour quils sen prennent à la
vie de Lumumba. Les motifs inventés (ou créés), ils cherchent
les complices dans lentourage même du porteur de la parole osée.
Ensemble,
ils exécutent leur basse besogne. Ensuite, ils renient leur responsabilité
ou confectionnent une explication plus ou moins valable. Enfin, les langues commencent
à se délier.. Quand ils finissent par reconnaître cette responsabilité,
ils évoquent le contexte (la guerre froide par exemple), demandent pardon
(ou même pas) et exigent que la page noire de notre histoire commune soit
tournée.
Il arrive quau moment où « les maîtres
du monde » invitent au pardon et à loubli du passé,
ils commettent dautres forfaits du même genre. Ils ne peuvent saffirmer
quen propageant la mort. Ils ont terriblement peur de la parole osée.
Ils ont terriblement peur de tout ce quils ne maîtrisent pas. La parole
osée à contretemps les prend au dépourvu. Elle déconstruit
leurs faux discours et dévoile « les intentions secrètes »
de leurs curs.
Souvent, la parole osée à contretemps, quand
elle est vraie, détricote les faits et met à nu la merde cachée
derrière les beaux principes de civilisation, de respect des droits humains
ou de démocratie.
Aujourdhui, plus ou moins cinq décennies
après la mort de notre Héros National, une méditation sur
sa parole osée et vraie révèle que de son sang versé
dautres Lumumba sont nés et cela à travers le monde entier.
Sa
parole osée va être honorée par un Collectif Mémoires
Coloniales dans le pays dont « les maîtres du monde » se sont
servi pour leffacer de la surface de la terre. « Le 17 janvier 2010,
pour rendre hommage à Patrice Lumumba assassiné le 17 janvier 1961,
le collectif Mémoires Coloniales organise une cérémonie de
commémoration à Ostende, sur un bateau réservé pour
loccasion, pouvons-nous lire sur le site Internet de Congoforum. Dans le
cadre du cinquantenaire de lindépendance du Congo, cette cérémonie
dénoncera le rôle de la Belgique dans lassassinat de Patrice
Lumumba ainsi que ses responsabilités historiques vis-à-vis du peuple
Congolais. »
Il nous semble quil y a, dans cette commémoration,
quelque chose de formidable à percevoir : « un petit reste métissé
» sengage à refonder nos relations bilatérales sur des
bases éthiques autrefois sapées par lesprit de lucre et un
paternalisme néo-colonial. « Ce petit reste métissé
» est représenté par deux Belges (Guy De Boeck et Pauline
Imbach et dun Congolais (Antoine Tshitungu Kongolo). Dans ce trio, lâge
de Pauline Imbach interpelle. Elle a 27 ans. Elle fait partie du Cadtm (comité
pour lannulation de la dette du tiers-monde). Elle est représentative
de cette jeune génération de Belges ayant décidé de
rompre avec la langue de bois de leurs « papas » sur lhistoire
du Congo. Pauline Imbach et ses amis Renaud Vivien, Virginie de Ramonet, etc.
étudient la question congolaise en convoquant la dette odieuse de notre
pays et en essayant dindiquer des pistes porteuses davenir pour nous
en évoquant le respect de nos droits économiques, sociaux et culturels.
Disons
que le trio du Collectif est composé dun Belge, Guy De Boeck (une
référence recommandable au sujet de notre histoire), dun Congolais
(une plume congolaise de grande facture) et dune jeune Belge représentant
une approche renouvelée de la question Congolaise.
Tout en honorant
la parole osée de Lumumba, ce trio trace (ou retrace) lune des lignes
de conduite à tenir pour sortir notre pays du bourbier où il se
retrouve depuis la mort de Lumumba : lattention à accorder au métissage
des intelligences transfrontalières assumé par « les petits
restes ». Ceux-ci jouent, chez tous les peuples, le rôle du levain
dans la pâte.
Espérons que ces « petits restes » puissent
initier un jour un procès contre les bourreaux de Lumumba, même à
titre posthume. Pourquoi ? Tant que les bourreaux des symboles des « paroles
vraies et osées » ne seront pas jugés, la crédibilité
de la justice dite internationale en souffrira et la dignité des peuples
appelés à sautodéterminer en prendra toujours le coup.
Le monde sera une jungle où les criminels économiques et fabricants
darmes (et leurs sous-traitants) assassineront toujours ces symboles au
nom dune croyance hypocrite dans les valeurs démocratiques. Heureusement
! Une parole osée et vraie ne meurt jamais. Ceux et celles dont les curs
et les esprits ont été envoûtés par le pouvoir ensorceleur
du capitalisme sauvage lignorent. A leurs dépens !http://www.cadtm.org
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