|
Note
de Roland (Dazibaoueb) : On parle beaucoup des roms mais peu de gens savent qui
ils sont. Cet article retrace l'histoire des roms, depuis plus de 1000 ans.
L'auteur
Hélène Larrivé m'a aussi signalé ceci : «
Les tziganes dans mon village subissent une véritable répression
digne de "scènes de chasse en Bavière" même parmi des gens
dits "de gauche", d'où un blog http://tziganes2.blogspot.com
, et le rajout sur un autre, (un blog-livre) http://aujourlejour2.blogspot.com
ainsi que la suite (suivre les liens, aujourlejour4, aujourlejour5 etc...)
Il s'agit à partir d'une histoire exemplaire, de la chronique d'un village
occitan, une sorte d'autopsie un vivo de la France des "bonnes gens"... dit sans
ironie. » Je
vous recommande d'au moins parcourir ce livre-blog. Vous verrez c'est hallucinant
! --
Roland - Webmaster de http://www.dazibaoueb.fr
|
|
Ces
derniers temps, les médias ont régulièrement traités
des immigrés Roms de Roumanie. Bien souvent, ces reportages se font dans
une optique raciste ou misérabiliste. Nous retraçons donc ici, dans
les grandes lignes, l'histoire de ce peuple, comme les indiens et les kurdes,
génocidé dans le silence général.

L'esclavage
en Valachie et MoldavieLes
roms sont deux tribus qui partent du nord de l'Inde au 9ème siècle
peut-être à la suite de massacres de castes dont nous savons peu.
Ils arrivent d'abord en Grèce où ils se réunissent sous le
mont Gyps, d'où le terme qui leur sera attribué, gitans
ou gypsi, qui a fautivement donné égyptiens. Ils parlent le sanskrit
qui demeure à la racine de leur langue -la langue indo iranienne la plus
ancienne, en voie de disparition, qu'il importerait de préserver à
travers eux- mais considérablement modifiée au hasard de leurs établissements
dans différents pays. Leur long séjour en Bohême a donné
le terme de bohémiens -leur laisser-passer portait souvent cette origine-
et le mot "rom" devenu romanichel qui les désigne aussi, le seul qu'ils
acceptent veut dire homme, et ne provient pas de Roumanie comme on le croit.
Donc
partis d'Inde entre l'an 800 et 950, les Roms arrivent dans le sud-est de l'Europe
dans le dernier quart du 13ème siècle. Arrivés comme des
hommes libres dans la principauté de Valachie, ils apportent avec eux des
savoirs-faire artisanaux (en particulier dans le travail du fer) d'Inde et de
l'Europe byzantine. Cette venue de travailleurs qualifiés est alors une
bénédiction pour les seigneurs valaches et moldaves qui ont besoin
d'une force de travail.

Les
seigneurs féodaux, tout d'abord en dehors de toute base légale,
commencent à les réduire en esclavage. Des mesures de plus en plus
sévères sont alors prises par les propriétaires terriens,
les seigneurs et les monastères pour les obliger à rester sur place
car face à l'esclavage, des Roms ont tenté de fuir vers l'Allemagne
ou la Pologne, où à cause de leur teint mat, on les considérait
comme des " musulmans "! Devant les cruautés qu'on leur infligeait, ils
sont partis se cacher vers les montagnes des Carpates, où ils sont retombés
entre les mains des esclavagistes. Les premières traces écrites
de cet esclavage date du règne de Rudolf IV en 1331-1355, où les
Roms sont décrits comme étant la propriété de monastères
et de propriétaires terriens. Mais ce n'est que sous le règne de
Basile le Loup de Moldavie (1634-1654) qu'est instituée une loi en quarante
points concernant les esclaves Roms. A partir de 1500 d'ailleurs, le terme roumain
tsigan devient synonyme d'esclave.

Les
esclaves sont alors divisés en tsigani de ogor, esclaves des champs,
et tsigani de casali, esclaves de maison, ces derniers se subdivisant
en sclavi domnesti, les esclaves des nobles, sclavi curte, esclaves
de la cour, sclavi monastivesti, esclaves de l'Eglise etc... Les esclaves
sont alors soumis à différents travaux, comme laboureurs, chercheurs
d'or, forgerons, serviteurs, cuisiniers, montreurs d'ours ou musiciens. Il est
à noter que, si certains Roms étaient utilisés comme musiciens,
il était interdit à ceux qui avaient un autre travail de posséder
des instruments de musique!

Le passage de la Moldavie et de la Valachie sous administration turque au 16ème
siècle (qui conserva une autonomie relative), puis sous domination ottomane
directe au 18ème siècle, ne change pas grand chose pour les esclaves
romani.Au 19ème, le code de Basile le Loup est oublié, si bien que
de nouvelles réglementations apparaissent. Ainsi, en 1818, le code pénal
de Valachie inclut les articles suivants: "les tsiganes naissent esclaves,
tout enfant né d'une mère esclave est esclave, tout propriétaire
a le droit de vendre ou de donner ses esclaves, tout tsigane sans propriétaire
est la propriété du Prince.." Quant au code pénal moldave
de 1833, il précise: "des mariages légaux ne peuvent avoir lieu
entre des personnes libres et des esclaves. Les mariages entre esclaves ne peuvent
avoir lieu sans le consentement de leurs propriétaires. Le prix d'un esclave
doit être fixé par le tribunal, selon son age, sa condition et sa
profession." Les roms sont donc vendus et achetés à des foires
aux esclaves, le prix, au 19ème étant généralement
d'une pièce d'or par kilo, sans égard pour les liens familiaux qui
unissent des Roms entre eux; malgré une loi de 1757 qui interdit de vendre
les enfants séparément de leurs parents, le plus souvent " par lot
".

A
ce propos, Kogalniceanu, tsiganologue roumain du 19ème siècle, écrit:
"Quand j'étais jeune, je voyais dans les rues de Iassy des êtres
humains aux mains et pieds enchaînés, certains même portant
des anneaux de fer autour du cou et de la tête. Des peines cruelles de fouet,
de privation de nourriture, d'enfumage, de maintien nus dans la neige ou dans
la rivière gelée, tels étaient les traitements infligés
aux Gitans. La sainteté de leurs mariages et de leurs liens familiaux n'étaient
pas respectés. On arrachait la femme à son mari, la fille était
séparée de force de sa mère, on arrachait les enfants des
bras de leurs parents, on les séparait et on les vendait aux quatre coins
de la Roumanie. Ni les hommes, ni les lois n'avaient pitié de ces malheureux
êtres humains." Les
"mariages" entre roms sont le plus souvent arrangés entre les propriétaires
pour de simples questions de reproduction, un prêtre officialisant l'union
avant qu'on les force à se reproduire. Si le code de Basile le Loup prévoit
que " un tsigane qui viole une blanche doit être brûlé vif
", les propriétaires ne se gênent pas pour violer des esclaves, si
bien qu'au 19ème siècle, le journaliste français Félix
Colson note que de nombreux esclaves roms sont blonds. Pour avoir une idée
des conditions de vie des esclaves de maison, Félix Colson, en visite chez
un baron roumain, indique dans ses mémoires que "la misère se
lit tellement sur leurs corps qu'à les regarder, on risque de perdre l'appétit".
Il est à noter que si la loi n'autorisait pas un baron à tuer son
esclave, cette pratique était néanmoins courante (la loi n'interdisant
pas de toute façon les châtiments corporels qui pouvaient se terminer
par la mort de l'esclave).

Vers
la Desrrobireja (émancipation)? Bien
souvent, l'histoire d'un peuple opprimé n'est écrite que comme la
succession des oppressions qu'il subit, sans qu'il soit question de résistance.
Cette façon d'écrire l'histoire, même si cela est fait dans
un but progressiste, peut toutefois suggérer que les opprimés seraient
"naturellement " soumis. Il est donc important de souligner que tous les Roms
ne subissaient pas l'esclavage passivement. C'est ainsi que dans les Carpates,
des Roms affranchis ou évadés, parfois liés aussi à
des gadjé, ont formé des communautés semi-nomades,
les Netoci. Considérés par l'idéologie dominante
comme "les plus dépravés" des Roms, accusés de cannibalisme,
ils sont vus comme des héros par le peuple romani soumis à l'esclavage.
D'ailleurs, lorsque au début du 19ème, les barons tentent de les
réduire à nouveau en esclavage, les Netoci se lancent dans
une guerre de guérilla qui ne cessera qu'avec l'abolition de l'esclavage.
De nombreux soulèvements d'esclaves contre leurs propriétaires ont
également eu lieu.

Dans
la société roumaine aussi, les idées progressistes se développent
et des voix commencent à se faire entendre pour dénoncer l'esclavagisme.
C'est ainsi que Kogalniceanu écrit en 1837: "Les Européens organisent
des sociétés philanthropiques pour l'abolition de l'esclavage en
Amérique, alors que sur leur propre continent 400.000 Tsiganes sont maintenus
en esclavage". De surcroît, le passage du mode de production féodal
au mode de production capitaliste rend l'esclavage de plus en plus dépassé.
Des propriétaires terriens et l'Eglise commencent à affranchir leurs
esclaves, préférant une force de travail salarié. C'est ainsi
qu'en 1844, l'Eglise Moldave libère ses esclaves, imités en 1847
par l'Eglise de Valachie.

La
révolution démocratique-bourgeoise de 1848 est menée contre
l'empire ottoman par les "bonjouristes", des patriotes radicaux. Les leaders révolutionnaires
proclament que "Le peuple roumain rejette la pratique inhumaine et barbare
de la possession d'esclaves, et annonce la libération immédiate
de tous les tsiganes appartenant à des propriétaires privés".
Mais, dès 1849, les forces turques au sud et russes au nord réoccupent
les deux principautés, et réintroduisent les anciennes lois, dont
l'esclavage. Les barons arrivent sans trop de peine à récupérer
leurs anciens esclaves. Cependant, malgré la réaction, la lutte
pour l'abolition de l'esclavage continue, et l'esclavage devient illégal
le 23 décembre 1855 en Moldavie et le 8 février 1856 en Valachie.En
1856, le traité de Paris reconnaît l'autonomie des deux provinces
roumaines dans le cadre de l'empire ottoman. Le nouveau dirigeant des provinces
qui s'appellent Roumanie à partir de 1861, le Prince Ioan Alexandru Couza,
instaure à nouveau l'esclavage pour les Roms et le servage pour les paysans.
Ce n'est qu'en 1864, suite au coup d'Etat mené par Koglniceanu, que l'esclavage
et le servage sont définitivement abolis en Roumanie. Représentant
de l'aile la plus radicale de la bourgeoisie, Koglniceanu prévoit même
une réforme agraire qui, en théorie, devrait profiter aux serfs
et esclaves libérés. Mais les fractions les plus réactionnaires
de la bourgeoisie et les barons complotent pour donner en février 1866
le pouvoir au roi Charles 1er de Hohenzollern. De plus, malgré l'autonomie,
la Roumanie reste très dépendante de l'empire ottoman et de ses
structures féodales.

Ainsi,
même libérés de l'esclavage, les Roms continuent de vivre
dans des conditions dramatiques. Nombreux d'ailleurs fuient le pays, craignant
un retour à l'esclavage, d'abord dans les pays voisins, puis jusqu'en Scandinavie
ou en Europe de l'Ouest, voire en Amérique. Les Roms qui ne quittent pas
la Roumanie restent le plus souvent dans les villages où ils vivaient quand
ils étaient esclaves, près des monastères. Tous les reportages
de l'époque parlent de la misère dans laquelle ils vivent : habillés
de guenilles, soumis à la faim. La liberté offre aux Roms un statut
guère plus enviable que celui qu'ils connaissaient esclaves. En plus de
la pauvreté, les Roms doivent subir le racisme à leur encontre.
C'est ainsi par exemple que deux voyageurs américains, au début
du 20ème siècle, racontent comment, alors qu'ils offraient du chocolat
à deux petits mendiants roms, les deux enfants se sauvent en criant "Moarte!
Moarte !" (Mort !). En effet, à de nombreuses reprises après
leur " émancipation ", les Roms se sont vus offrir de la nourriture empoisonnée,
un moyen utilisé pour se débarrasser d'eux, si bien qu'une des premières
leçons qu'apprennent les enfants roms à cette époque est
de ne jamais accepter de nourriture d'un étranger.A partir de la fin du
19ème, des Roms, essentiellement ceux qui ont réussit à faire
des études, commencent à s'organiser pour exiger l'égalité
avec les gadjés.
 En
Turquie, les mariages inter ethnies avec les kurdes sont fréquents La
dictature d'Antonescu et la déportation en TransnistrieC'est
dans cette atmosphère de misère et de racisme que les Roms traversent
l'histoire de la Roumanie, son indépendance, reconnue par le congrès
de Berlin en 1878, la participation de la Roumanie à la première
guerre mondiale de 1916 à 1918 aux côtés des alliés,
puis le rattachement à la Roumanie de la Bucovine et de la Transylvanie
(prises à la Hongrie) ainsi que de la Bessarabie (prise à la Russie).

Face
à la crise mondiale de 1929 et aux grèves ouvrières qui ripostent
à la misère (notamment les grèves des chemins de fer et des
ouvriers de l'industrie pétrolière), le parti de la " Garde de Fer
", groupe fasciste créé dans les années 20 par Horia Sima
(et où on trouve notamment Ionesco, Mircea Eliane ou Cioran) est soutenu
par une fraction croissante de la bourgeoisie. Pogroms fréquents en Moldavie
et en Bessarabie à l'encontre des juifs et des roms par le biais de l'influence
du nazisme et des thèses de Ritter, le racisme anti-rom se construit un
corpus idéologique "scientifique". Il ne s'agit plus seulement de décrire
les Roms comme des "voleurs" et leurs femmes comme des "débauchées",
mais aussi, comme Ion Facaoaru, le principal théoricien roumain du racisme
anti-rom, de lutter contre "le péril tsigane d'appauvrissement génétique
du peuple roumain". Dès 1938, un Commissariat Général
aux Minorités est créé, chargé particulièrement,
de la "question tsigane". Les universités, et en particulier celle de Cluj,
se tournent vers l'étude de l'anthropologie eugéniste. L'idéologie
du "sang pur" de la "race roumaine" menacée par "l'impureté tsigane"
se développe.
|
| En
1940, le roi Carol II abdique en faveur de son fils Michel I, qui appelle au pouvoir
le fasciste Antonescu, soutenu par la Garde de Fer, et qui se proclame Conductator
de la Roumanie, tandis que l'URSS, dans le cadre du pacte germano-soviétique
occupe la Bessarabie et la Bucovine, et que la Hongrie du fasciste Horty annexe
le nord de la Transylvanie. La Roumanie devient un Etat " National-Légionnaire
" et s'allie avec l'Allemagne nazie. En 1940, le ministère de l'intérieur
interdit aux Roms "nomades" de "rôder pendant l'hiver".

En
1941, Hitler offre la Transnistrie à la Roumanie, en compensation de la
Transylvanie. C'est cette même année que la stérilisation
des femmes roms est instituée. En mai 1942, Antonescu ordonne un recensement
général de la population rom, 208.700 Roms sont recensés
dans le pays. Le 1er juin, commence la déportation de "nomades et semi-nomades"
en Transnistrie. Le 11 août, l'Inspecteur Général du Recensement
déclare que 84% des Roms "nomades et semi-nomades" ont traversé
le Dniestr. Les ordres précisent de n'informer en rien les déportés
sur leur destination. Une fois en Bessarabie, ils doivent changer leur argent
en Reichsmarks et sont ensuite assignés à une localité. Un
maire de village publie en 1945 ses souvenirs sur cette période : "Fin
août 1942 commencèrent à arriver à Trihai, sur le fleuve
Bug, des Roms. Ils furent répartis dans les fermes environnantes; en une
semaine, ils furent quinze milles Roms à arriver. Ils étaient dans
un état incroyable de misère. Il y avait beaucoup de vieillards,
certains étaient nus".
A
partir du 12 septembre 1942, commence la déportation des Roms sédentaires.
Ils sont déportés en train, y compris les enfants non accompagnés.
Ils ne sont autorisés à prendre qu'un seul bagage à main,
tout le reste (terrains, maisons, animaux, etc.) étant confisqué.
La rafle des roms sédentaire dure huit jours. Les seuls Roms qui évitent
la déportation sont ceux des familles de soldats, une mesure prise à
la suite de mutineries de soldats roms sur le front lorsqu'ils apprenaient la
déportation de leur famille.

En Transnistrie, les conditions
de vie sont dramatiques : famine, froid, et typhus, sans compter ceux qui sont
abattus parce qu'ils tentent de s'évader. Certains, y compris l'hiver,
étaient nus. La famine est telle que certains Roms mangent des chevaux,
alors que pour la majorité d'entre eux le cheval est tabou. Entre 1941
et 1943, trois cent mille juifs furent également déportés
en Transnistrie. Dès fin 1943, Antonescu comprenant que l'Allemagne ne
gagnera pas la guerre, les déportations cessent, le roi Michel dissout
le gouvernement Antonescu le 23 août 1944, puis déclare la guerre
à l'Allemagne. De 1941 à 1943, on estime à 36.000 le nombre
de Roms morts en déportation en Transnistrie. Le
stalinismeL'armistice
est signé le 13 septembre 1944, et le ministre de l'intérieur exhorte
alors les Roms à reprendre leurs activités traditionnelles en Roumanie.
En 1948, la Roumanie devient une démocratie populaire, sous le joug de
l'URSS stalinienne. De nombreux assassinats, tortures, arrestations arbitraires,
etc.... sont organisés pour permettre à un PC qui ne regroupait
que quelques centaines d'adhérents en 1945 de prendre le pouvoir. Il ne
semble pas que sous le pouvoir de Gheorghiu Dej, alors secrétaire du PCR,
une différence existe entre le sort réservé aux Roms et ceux
des autres citoyens de Roumanie, les discriminations racistes s'exerçant
plus particulièrement à l'encontre de Hongrois, de Serbes ou de
Croates. Les Roms restent néanmoins essentiellement utilisé comme
main d'œuvre non-qualifiée de l'industrie et de l'agriculture.

En
1965, Nicolae Ceausescu prend la tête du PC. La Roumanie connaît la
plus forte croissance économique de tous les pays d'Europe, et prend ses
distances avec l'URSS. Seul pays du pacte de Varsovie qui n'envoie pas ses chars
à Prague en 1968, la Roumanie de Ceausescu devient le plus convenable des
pays de l'Est pour l'Occident. De Gaulle, en voyage officiel en Roumanie en 1968,
proclame " La Roumanie aux Roumains ".

Plutôt
indépendante par rapport à l'URSS, la Roumanie développe
une idéologie ultra-nationaliste. Ceausescu déclare à plusieurs
reprises la supériorité de la race "Dace". En dehors de la campagne
nationale de 1977 qui confisqua tout l'or (bijoux en particulier) appartenant
aux Roms, il existe peu de documents sur la situation particulière des
Roms durant la dictature de Ceausescu, mais un fait est avéré :
sur les 80.000 enfants trouvés dans les orphelinats roumains en
1990 (en fait de véritables mouroirs, 50 et 60% le taux de mortalité
annuelle) 80% étaient des enfants Roms (alors que les roms ne représentent
que 10% à 20% de la population roumaine). On connaît les
conditions de "vie" dans ces orphelinats: des épidémies de sida,
d'hépatites, et de choléra provoquées par du matériel
de transfusion non stérile... etc. "La race des seigneurs de Ceausescu
et la force de travail robotisé des tsiganes", ce nombre incroyablement
élevé d'enfants roms dans ces orphelinats serait le résultat
d'une politique raciste cohérente du régime totalitaire. Au nom
de la supériorité raciale des Daces, il avait fallu transformer
les Roms en un peuple de travailleurs serviles avec un statut proche de celui
de l'esclavage, et ces orphelinats auraient eu pour but d'exterminer le surplus
de main d'œuvre rom.
 De
la " révolution " à nos joursLa
" révolution " roumaine de décembre 1989 n'a finalement été
qu'un coup d'Etat, une clique proche du pouvoir se débarrassant du couple
Ceausescu. La chute du régime est marquée par une atmosphère
de racisme dont les Roms sont les premières victimes. Des rumeurs circulent
comme quoi les Roms auraient tous étaient des agents de la Securitate
ou même que Ceausescu lui-même aurait été un Rom.
La presse ne cesse de publier des articles sur des foules de Roms, sans tickets
mais armés de couteaux, qui sèmeraient la terreur dans le train
Sofia-Bucarest, ou que l'Orient express devra être placé sous surveillance
policière pour éviter les raids romani. Dans cette atmosphère
de haine raciste, de nombreux roumains se rendent en plus compte que la fin du
régime Ceausescu génère pour eux des conditions de vie plus
dramatiques encore. Dès lors, une véritable campagne de pogroms
anti-roms se développe dans toute la Roumanie. Le 24 décembre 1989,
dans le village de Virghie, des villageois assassinent deux Roms et brûlent
leur maison. A Turulung, 36 maisons appartenant à des Roms sont incendiées
le 11 janvier 1990. Le 29 janvier, ce sont cinq maisons qui sont incendiées
à Reghin ainsi que quatre Roms assassinés et six maisons incendiées
à Lunga le 5 février, etc.

Du
13 au 15 juin, des mineurs ont été amenés en train à
Bucarest par le gouvernement pour réprimer des manifestations anti-Illescu
(alors chef du gouvernement). Encadrés par des officiers de police, ces
mineurs se sont aussi dirigés vers les campements roms de la banlieue de
Bucarest... qu'ils détruisent. Des hommes sont battus jusqu'à ce
qu'ils perdent connaissance et des femmes violées. De nombreux Roms ont
alors été emprisonnés et relâchés seulement
quelques semaines plus tard, sans qu'aucune charge ne puisse être retenue
contre eux. A Cuza Voda, 34 maisons appartenant à des roms sont incendiées
et 29 à Catinul Nou le 12 août, etc. De telles violences, quasiment
quotidiennes, ont lieu, parfois accompagnés de lynchages. Il arrive que
la cause officielle de ces flambées de violences racistes soit une simple
rixe à une sortie de bal entre gadjé et roms. Dans ce cas la police
intervient, après les pogroms, pour arrêter les roms qui auraient
participé à la rixe. Après
un tel pogrom dans la nuit du 12 au 13 octobre 1993, une commission gouvernementale
publie un rapport où l'on peut lire que "les évènements n'ont
pas motivations ethniques", puis expliquent que la communauté romani a
sa part de responsabilité puisque elle est un danger pour la stabilité
ethnique du village car ils ont entre cinq et dix enfants par famille, ne sont
pas natifs du village et ne s'y sont installé qu'après 1977, ne
possèdent pas de terre donc "certains vivent du vol"... que leur niveau
culturel est très bas et nombreux sont ceux sont illettrés... qu'ils
appartiennent à la religion orthodoxe mais n'observent pas les rites et
cérémonies traditionnels et contrairement aux Roumains et aux Hongrois,
n'ont pas formé de société agraire. De plus, ils perturbent
l'ordre par des violences verbales, des discussions obscènes, un langage
trivial, volent et commettent parfois des coups et blessures. Ce rapport, véritable
synthèse des préjugés racistes dont sont victimes les Roms
est significatif de la façon dont la police et la justice roumaines traitent
alors ces pogroms meurtriers.
Ce genre de violences de grande
envergure à l'encontre des Roms a perduré pendant toutes les années
90. Depuis, si on en croit le rapport de la Commission Européenne contre
le Racisme et l'Intolérance (rendu public le 23 avril 2002), "les affrontements
violents, comme ceux qui se sont produits durant les années 90 entre les
groupes majoritaires et minoritaires de la population, notamment avec la communauté
rom/tsigane, se sont apaisés". Pourtant, les discriminations subsistent
à tous les niveaux : violences policières régulières,
politiques municipales dont le but est de chasser les Roms, ségrégation
dans les écoles, discriminations à l'embauche (même dans les
ANPE, il arrive que des annonces d'offres d'emplois précisent clairement
qu'elles ne s'adressent pas aux roms), discriminations quant à l'accès
aux soins ou à certaines aides sociales, articles de presse et reportages
télévisés les présentant régulièrement
comme un peuple de délinquants, etc. A cela s'ajoute les partis d'extrême
droite raciste, essentiellement le Parti Romania Mare (Parti de la Grande Roumanie)
et leur propagande anti-rom, antisémite et anti-magyar. La Nouvelle Droite
colle régulièrement des affiches avec pour slogans "Mort aux tsiganes
!" ou "Les roms hors de Roumanie ! "

C'est
ainsi que le 13 mars, une quinzaine d'hommes armés de battes de base-ball
ont attaqué un quartier romani dans le village de Sabolciu; le 8 mai 2002,
environ 200 supporters de foot s'en sont pris à un quartier rom à
Bucarest en criant "les tsiganes hors de Roumanie", les agresseurs tabassant des
Roms, cassant les carreaux des maisons et détruisant les portes pour entrer
dans les habitations. La Desrrobireja des roms reste toujours à conquérir.

___________________________________________ Notes.
Le terme officiel de Roumanie n'apparaît qu'en 1861, après l'unification
des principautés de Valachie et de Moldavie. La Valachie est la région
de Bucarest, tandis que la Moldavie celle de Iasi. Le pays qui aujourd'hui s'appelle
Moldavie est par contre né de l'unité de la Bessarabie et de la
Transnistrie.
"Rom"
signifie "homme" en langage romani, et c'est par ce terme qu'ils se désignent
eux-mêmes. Comme en roumain le terme "tsigan" est devenu synonyme d'esclave,
nous n'employons le mot français "tsigane" que pour traduire des textes
d'esclavagistes et/ou de racistes.Gadjé: pluriel de "gadjo", terme désignant
pour les Roms tous ceux qui ne sont pas originaires des "peuples du voyage".Un
roman de Matéo Maximoff "Le prix de la liberté" traite
justement d'une révolte romani au 19ème siècle en Roumanie
(édition Wallâda).

On
estime à 500.000 le nombre de tsiganes d'Europe victimes du génocide
sous le nazisme, un chiffre qui, en proportion, est équivalent à
celui du génocide juif. Dans la majorité des pays, le sort réservé
au Roms fut semblable à celui des juifs: massacre par des unités
de la SS en URSS, extermination dans les camps de la mort pour les Roms et Sintis
d'Allemagne, d'Autriche et de Pologne, etc.Les Daces étaient le
peuple qui habitait l'actuelle Roumanie avant la conquête romaine l'an 101. 
_____________________________________________________
Quelques
sources : Hancock, "Roma Slavery"..."The Pariah Syndrome" in "Patrin"
Claire Auziaz "Samudaripen, le génocide des tsiganes", Editions
L'esprit Frappeur, Paris 1999Article de HOBOCTb n°10 - décembre 2002.
Pour tout contact: HOBOCTb C/o CESL - BP 121 - 25014 Besançon cedex. E-mail:
solidarite@club-russie.net
Cité
par Joseph Varéa,
que je remercie ici, ainsi qu'Anic Darnault pour son tableau ("l'oeil").
|
|