Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 00:10

Libye

Les démons et les ombres
du «Printemps arabe»


(Le Soir.be, 22 août 2011)

 

Photos-illustration-2-3280.JPG
 
  

                                                                                                 ©  photo Pierre PICCININ (août 2011)

 

On est bien loin, en Libye, sur le terrain, de l’image virtuelle et simplifiée, véhiculée par la plupart des médias européens, d’une rébellion populaire renversant la dictature féroce du gouvernement de Mouammar Kadhafi.

 

La société libyenne, en effet, se structure en un ensemble de tribus, dont les intérêts divergent ; organisées en fonction de liens de parenté solides, elles sont elles-mêmes segmentées en plusieurs clans, plus ou moins rivaux, dont les alliances se recomposent en permanence, en fonction des circonstances et d’intérêts sur le très court terme.

 

Ainsi, s’il est vrai que, au début des événements, le 17 février 2011 et durant les jours qui ont suivi, on a pu voir l’émergence d’une société civile s’exprimant lors de manifestations hostiles au colonel Kadhafi, ces mouvements sont néanmoins restés très limités et ont rapidement servi de prétexte aux soulèvements de chefs de clans, auxquels ils ont cédé la place, et lesquels ont plongé la Libye dans le chaos. De même, croyant leur heure arrivée, plusieurs mastodontes du régime se sont dressés contre leur ancien maître et ont pris le contrôle d’une partie de la rébellion.

 

Qui sont ces rebelles que l’Occident, la France en tête, a pris le parti de financer, d’armer, d’appuyer par un soutien logistique et militaire inconditionnel, bien au-delà du mandat onusien qui appelait à la protection des populations civiles, mais en aucun cas au renversement du chef de cet État pétrolier ?

 

Qui sont les leaders de cette insurrection qui s’est opposée au gouvernement de Mouammar Kadhafi et l’accuse d’avoir massacré sa propre population ? Quels sont leurs objectifs et quelle en est la légitimité ?

 

Comment faut-il qualifier ce conflit qui, prétendu soulèvement de « civils désarmés » à l’origine, s’est rapidement révélé sous les traits d’une guerre franche ?

 

Guerre tribale ? Guerre des clans ? Guerre des chefs ? Guerre de succession au trône ? Guerre civile ? Ou bien guerre du gaz et du pétrole ?

 

Pour tenter d’appréhender les réalités du désastre qui ravage la Libye aujourd’hui, nous nous sommes rendus au cœur de la rébellion, dans son fief de Benghazi. Nous avons suivi les rebelles dans leurs déplacements ; nous avons interrogé leurs chefs ; nous avons accompagné leurs milices dans les combats qui les opposaient aux troupes restées loyales au gouvernement.

 

Éléments de réponse…

 

par Pierre PICCININ, en Libye (août 2011)

 

 

  Photos-illustration-2-3326---Copie

 
Loin de constituer une force politiquement organisée avec l’objectif d’instaurer une démocratie laïque en Libye et plus loin encore de former un ensemble uni sous la conduite du Conseil national de Transition (CNT), qui se présente comme le nouveau gouvernement légitime, la rébellion a été menée par une tripotée de chefs de guerre, qui se disputent régulièrement le contrôle de telle ou telle parcelle de territoire, avec en toile de fond la répartition des champs pétrolifères, mais aussi de l’eau, et n’obéissent que ponctuellement aux injonctions du CNT, qui, en définitive, autoproclamé, ne représente que lui-même.
 

Plus justement, il ne faudrait donc pas parler de « la » rébellion, mais « des » rébellions. Et cette configuration de la scène libyenne, à laquelle Européens et États-uniens ne s’attendaient pas, a provoqué l’embarras de l’OTAN : si, par le déploiement de moyens considérables, l’alliance atlantique a réussi, péniblement, à faire progresser les rebelles vers la capitale, dans l’objectif avoué de destituer Mouammar Kadhafi, c’est le contrôle du pays qui pose désormais problème…

 

Ces chefs de guerre, désorganisés, indisciplinés, ont ainsi profité du désordre ambiant pour accroître leur influence, sans toujours beaucoup se soucier du front que le CNT a tenté de maintenir face à l’armée fidèle à Tripoli, la capitale, siège du gouvernement du colonel Kadhafi : sans aucune vision nationale, leur but n’est pas de conquérir des régions traditionnellement sous le contrôle d’autres tribus et, dès lors, ils se sont montrés peu enclins à aller se battre contre les troupes gouvernementales. Ces bandes armées opèrent donc quelques sorties, qui se négocient entre eux et le CNT au coup par coup, au gré de l’humeur de leurs chefs. Les gars, souvent ivres, d’alcool ou de hachich, vident quelques caisses de cartouches et rentrent ensuite à leur bivouac pour y faire la fête. Tout le monde danse, tire en l’air des rafales entières ; la moitié des munitions se perd ainsi… Les projectiles retombent… et font des victimes.

 

Photos-illustration-2-3281.JPG

                                                                                        ©  photo Pierre PICCININ (août 2011)

 

Parfois, à la surprise générale, certains clans ont changé de camp, généralement au détriment de Tripoli : imitant leurs voisins, s’ils y trouvaient intérêt, ils se sont libérés de la tutelle du gouvernement pour « rejoindre l’opposition ». Et c’est en grande partie de cette manière que « la rébellion a progressé ».

 

Autrement dit, sans l’interventionnisme armé de l’OTAN, l’armée régulière, en grande partie loyale au gouvernement libyen, aurait remis de l’ordre dans le pays, rétablissant l’autorité de Mouammar Kadhafi qui avait réussi, durant plus de quarante ans, à gérer les rivalités tribales et à forger un semblant de cohésion dans cette région instable, mais riche en pétrole et en gaz.

 


 


Photos-illustration-2-3777.JPG  

L’OTAN a non seulement empêché le gouvernement libyen d’utiliser son aviation, mais, après avoir anéanti la couverture aérienne de l’armée gouvernementale, il a fourni la sienne aux rebelles : les frappes des avions de l’OTAN n’ont pas seulement détruit les chars du gouvernement libyen, mais ont aussi attaqué les véhicules qui transportaient les soldats, y compris ceux qui se repliaient, comme ici, sur la route qui mène de Benghazi à Brega, laquelle est jonchée sur toute sa longueur de carcasses de camions et d’automobiles.

 

  photo Pierre PICCININ - août 2011)

 

Mais qui, à présent, parviendra à remettre au pas tous ces chefs de guerre, qui se sont surarmés à l’occasion du pillage des casernes, s’organisent déjà pour garder le contrôle de leur territoire et renforcent leurs milices ? Qui saura restaurer l’unité de l’État libyen ? Qui pourra représenter la Libye et en maîtriser les ressources ?

 

Il faut bien comprendre aussi et insister sur le fait que la partie n’est pas finie : seuls les clans du nord-est se sont soulevés contre Mouammar Kadhafi, c’est-à-dire dans la région de Cyrénaïque, dont les principaux fiefs sont Benghazi et Tobrouk. Les tribus du Fezzan (tout le grand sud), de Tripolitaine (région de la capitale, au nord-ouest) et de Syrte (au centre de la façade maritime libyenne) ont en revanche soutenu le chef de l’État libyen et combattu pour lui, mobilisant à cet effet leurs réseaux tribaux extrêmement ramifiés, et qui couvrent la plus grande partie du pays. Ce sont aujourd’hui les grands perdants de la « révolution ». À l’ouest, uniquement les clans de Misrata et Zlitan et, juste au sud de la capitale, les Berbères du Djebel Nefoussa ont rejoint la rébellion.

 

Le soulèvement des Berbères et les rébellions de Misrata et Zlitan ont permis l’encerclement de la capitale. Mais la prise de Tripoli ne signifie pas nécessairement la fin de la guerre civile : la capitale, dans cette antithèse de l’État-nation qu’est la Libye, ne constitue pas un enjeu déterminant. Et la guerre, la guérilla, pourrait perdurer des années durant et ruiner le pays : l’armée se confond avec la population ; les civils s’arment ; chaque homme, chaque adolescent membre du clan, de la tribu, est un guerrier potentiel ; une fois encore, la structure de la société libyenne invalide les prévisions atlantistes.

 

Photos-illustration-2-3317

                                                                                           ©  photo Pierre PICCININ (août 2011)

 

 

Concernant le CNT, ensuite, autre acteur de la pièce, on ne peut que souligner sa faiblesse et ses divisions. En outre, il serait difficile de qualifier ses leaders autoproclamés de démocrates représentatifs des aspirations du « peuple libyen » : composé d’une poignée d’anciens ministres du régime qui sont à peu près parvenus à s’entendre sur ce que pourrait être le partage du pouvoir dans un hypothétique après-Kadhafi, le CNT ressemble davantage à un repère de brigands, le couteau entre les dents, et de mafieux, s’adonnant à tous les trafics, qu’au rassemblement d’une opposition démocratique comme on a pu en rencontrer, par exemple, en Égypte ou en Tunisie. Et les quelques militants des droits de l’homme qui y siègent, mis en minorité, lui servent difficilement de caution…

 

Le président du CNT, ainsi, Mustapha Mohammed Abud al-Jalil, était jusqu’il y a peu ministre de la justice de Kadhafi, dénoncé en décembre 2010 par Amnesty International comme l’un « des plus effroyables responsables de violations des droits humains en Afrique du nord » ; c’est lui qui avait condamné à mort les cinq infirmières bulgares, dans l’affaire que l’on sait. Aux affaires étrangères, on trouve l’ancien ministre de l’économie, Ali Abdel-Aziz al-Essaoui. Quant au commandant des opérations militaires, également ministre de l’intérieur, il s’agit d’Omar al-Hariri, de retour d’exil, que lui avait valu sa tentative de coup d’État en 1975. Il partageait le commandement avec le général Abdul Fatah Younis, ancien chef de la police politique de Kadhafi, chargé de la répression de l’opposition au régime.

 

Ce dernier a cependant été assassiné en juillet pour des raisons encore inconnues, mais qui semblent tenir, notamment, aux rivalités internes au CNT : trop influent sur les quelques troupes régulières qui ont fait défection à Tripoli et constituent la seule force disciplinée à disposition du CNT, il menaçait le pouvoir de ses partenaires.

 

Bref, ce sera à qui mangera l’autre, s’ils parviennent à s’imposer par-delà les rivalités tribales et claniques.

 

Troisième composante qui apparaît de plus en plus au grand jour, le mouvement islamiste : on connaissait quelques chefs de bande salafistes et islamistes de la tendance dure (Groupe islamique de combat libyen et filières d’al-Qaïda), qui s’étaient mêlés aux rebelles. Par contre, aucun observateur n’avait vu venir les mercenaires qui se réveillent à présent, apparemment financés par le Qatar (étrangement très impliqué en Libye) et dont le nombre impressionne, au point d’inquiéter le CNT qui n’a aucun contrôle sur ces groupes armés, lesquels poursuivent leurs propres objectifs ; c’est toute une structure parallèle et autonome inconnue qui se révèle.

 

Au sein du CNT, certains, même, montrent du doigt le président al-Jalil, l’accusant d’avoir partie liée avec le Qatar et les islamistes et d’avoir donné son accord à l’assassinat du général Younis, qui s’était déclaré catégoriquement opposé à l’idée d’un État islamique en Libye (c’est lui qui, en 1996, aurait supervisé l’exécution de plus de mille deux-cents prisonniers, parmi lesquels de nombreux islamistes, enfermés dans la prison d’Abou Salim à Tripoli). L’assassinat de Younis s’apparenterait à « un véritable coup d’État », comme nous l’a confié un haut responsable du comité politique du CNT…

 

De plus, depuis l’annonce de l’assaut sur Tripoli, l’imam Ali Sallabi, leader islamiste libyen en exil à Doha, propulsé sur le devant de la scène par la chaîne de télévision satellitaire qatari al-Jazeera, exhorte les Libyens à renvoyer chez eux les Occidentaux et les forces de l’OTAN et à se lever tous au nom d’Allah.

 

Photos-illustration-2-3557.JPG

                                                                                        ©  photo Pierre PICCININ (août 2011)

 

Enfin, comment réagiront les dix à vingt mille mercenaires de Kadhafi, pour la plupart des Tchadiens dont leur pays ne veut plus et qui n’ont d’autre choix que de se battre jusqu’à la mort, dont beaucoup ont déjà rejoint la région du Fezzan ?

 

La question n’est donc plus de savoir ce qu’il adviendra du régime de Mouammar Kadhafi, mais de savoir quel sera l’avenir d’un pays tiraillé de toutes parts : c’est maintenant que la guerre civile pourrait vraiment commencer.

 

Photos-illustration-2-3171.JPG Soutenu par les amis britanniques et états-uniens, le coup de poker mal inspiré (par le philosophe Bernard-Henri Lévy, s’il faut en croire certaines sources…) et joué trop rapidement par Nicolas Sarkozy se solde par un fiasco.

 

L’actuelle équipe gouvernementale française avait reconnu sans attendre le CNT comme nouveau partenaire, espérant ainsi retirer de succulents profits de cette alliance. Sa politique a plongé la Libye dans la guerre civile, sur la voie de l’État failli, de la « somalisation »…

 

D’autres États sont aussi intervenus, en fonction d’intérêts divers, et ont rendu la situation plus complexe encore : tandis que le Tchad et le Nigéria ont soutenu Tripoli en lui envoyant mercenaires et armement, de même que l’Algérie, qui a ravitaillé le Fezzan voisin en carburant et en eau, le Qatar expédiait des chars d’assaut aux rebelles...

 

Certains gouvernements, qui s’étaient gaillardement engagés aux côtés des franco-britannico-états-uniens dans cette opération, baptisée « Unified Protector » par les propagandistes atlantistes, sans trop savoir dans quoi ils mettaient les pieds (en réalité, seulement six des vingt-huit États membres de l’OTAN participent effectivement aux opérations), pourraient bien commencer à regretter la main de fer de Kadhafi, qui assurait l’ordre en Libye et l’approvisionnement régulier des centres pétroliers et gaziers.

 

Les compagnies pétrolières elles-mêmes semblent désormais s’alarmer également, elles qui avaient espéré augmenter leurs parts de bénéfice en diminuant celle de l’État libyen, que Kadhafi avait accrue pour financer le développement du pays (on oublie trop vite que l’analphabétisme, à titre d’exemple, est passé, sous son gouvernement, de 72% de la population en 1969 à moins de 5% aujourd’hui).

 

Photos-illustration-2-3538.JPG

                                                                                        ©  photo Pierre PICCININ (août 2011)

 

Une solution acceptable serait une « période de transition » vers un État fédéral où toutes les régions prendraient plus ou moins leur sort en main. Une autre option serait d’admettre la partition du pays en deux États. Mais ces hypothèse ne plaisent ni à l’OTAN, ni aux pétroliers, car elles multiplieraient le nombre des intermédiaires politiques, ni non plus à ceux des Libyens qui, situés dans la « mauvaise partie », se verraient priver de la manne pétrolière et des réserves en eaux…

 

Quoi qu’il en soit, l’intervention, empêtrée dans ce chaos imprévu, risque de tourner au conflit de guérilla sur le très long terme. À moins que l’OTAN, comme en ex-Yougoslavie ou en Afghanistan, ne s’érige en gendarme de la région.

 

Mais quelles seraient alors les réactions du reste du monde ? Rappelons en effet que les États engagés en Libye sont tous occidentaux : ni la Chine, ni la Russie, ni le Brésil, ni l’Inde, autant de géants qui siégeaient au Conseil de sécurité lors du vote de la résolution 1973, n’a donné son aval en faveur de l’ingérence.

 

Car c’est peut-être là le plus important : le conflit Libyen, la reconnaissance du CNT par certains États et l’implication militaire de l’OTAN constituent un pas supplémentaire, après la guerre d’Irak de 2003 ou l’affaire du Kosovo, vers l’abandon des principes westphaliens du droit international, vers l’imposition par l’Occident au reste du monde des nouveaux concepts « d’ingérence humanitaire » et de « gouvernance ». Un nouveau coup de boutoir, significatif, à l’encontre du droit international tel qu’il s’était progressivement construit de puis le XVIIème siècle.

 

L’Union africaine avait déjà sévèrement dénoncé la tournure prise par les événements, condamnant le glissement des objectifs : au départ, il s’agissait d’empêcher l’utilisation de l’aviation et de protéger les civils en bombardant les troupes en mouvement vers les zones menacées ; ensuite, il s’est agi du renversement du chef de l’État, en ciblant ses résidences et celles de sa famille.

 

Début juillet, L’Union africaine avait en outre appelé ses États membres à refuser de collaborer avec la Cours pénale internationale, qui avait lancé un mandat d’arrêt contre Mouammar Kadhafi pour crime de guerre. L’Union africaine s’est expliquée en accusant la CPI de discrimination, lorsqu’elle entend poursuivre les responsables de crimes commis en Afrique, mais se tait en ce qui concerne les criminels occidentaux qui massacrent des civils en Irak et en Afghanistan, notamment.

 

De même, la Ligue arabe a renoncé à cautionner les bombardements, par l’intermédiaire de son président, l’Égyptien Amr Moussa, qui a publiquement regretté d’avoir, à l’origine, soutenu le projet d’une intervention occidentale.

 

Reste aussi l’épineuse question du rôle singulier joué par la France dans cette affaire. Mais peut-être en apprendra-t-on d’avantage à ce sujet, si Mouammar Kadhafi est pris vivant et bénéficie d’un vrai procès public, devant la Cour pénale internationale, au lieu de finir pendu après un jugement expéditif comme Saddam Hussein ou de trépasser dans sa cellule, comme Slobodan Milosevic…






Vendredi 26 août 2011 5 26 /08 /Août /2011 00:15





Le trio
alliance atlantique-Paris-Washington
a délibérément entravé
toutes les solutions politiques











Le but de l’Otan
est-il d’assassiner Kadhafi ?




L’Otan pouvait depuis longtemps faire cesser la guerre en Libye, mais ne l’a pas fait. Kadhafi avait donné le feu vert à l’Union africaine pour trouver une solution qui conviendrait à toutes les parties. Le diplomate algérien Ramtane Laâmamra, responsable du département paix et sécurité au sein de l’UA, avait mis au point une « feuille de route » inclusive aux belligérants, qui a été d’abord, acceptés,
mais tout à coup refusée,
sur instigation de Paris.




Ne se décourageant pas pour autant, Ramtane Laâmamra est parti pour Washington défendre la proposition algérienne et la solution africaine à la crise en Libye, laquelle doit « provenir des Libyens eux-mêmes » et « il n’appartient à personne de fixer des conditions préalables », a déclaré le Commissaire pour la Paix et la Sécurité auprès de l’Union africaine (UA), Ramtane Laâmamra lors d’un périple à Washington. Laâmamra prit aussi part à la Réunion de haut niveau États-Unis- Union africaine qui s’est tenue à Washington.

La délégation africaine à cette rencontre était conduite par le président de la Commission de l’UA lui-même, Jean Ping. Cette réunion avait permis de présenter la feuille de route africaine sur la crise en Libye à la secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton. Le plan africain appelait notamment à la cessation immédiate des hostilités, à l’acheminement de l’assistance humanitaire et à un dialogue entre les parties libyennes.

Puis, les jours suivants, l’Otan narguait carrément l’UA.

À chaque fois que celle-ci diffusait un communiqué pour appeler au calme et re-inviter les belligérants à la table des négociations, l’Otan redoublait de férocité. En fait, les conciliabules entre Paris, Londres et Washington ont fait avorter de manière délibérée la solution proposée par l’Afrique, seule entité en qui Kadhafi faisait confiance.

Il y a quelques jours, un haut responsable américain, qui prend part aux frappes de l’Otan sur Tripoli, à déclaré à CNN que « la résolution 1970 donnait droit à l’Alliance atlantique de détruire la force de frappe de Kadhafi, et qu’étant donné que celui-ci est le centre de la décision militaire et politique en Libye, l’Otan était aussi en droit de le neutraliser et d’en faire une cible principale ».

Suite à quoi, le journaliste de CNN lui pose cette question crûment :
« Avez-vous pour mission d’assassiner Kadhafi ? ».
L’officier supérieur américain ne répond pas à la question mais fait un large sourire qui en disait long sur les dispositions non pas uniquement belliqueuses de l’Otan, mais aussi et surtout carrément criminelles.

La suite des événements confirma à quoi pensait le militaire au large sourire…

Des sources militaires affirment que l’Otan a tenté une vingtaine de fois de tuer Kadhafi par des missiles, mais en vain. Mais, le plus jeune des fils de Kadhafi a été tué avec sa famille dans un bombardement sur Tripoli.

L’Alliance atlantique déclarait avoir visé un centre de commandement militaire et non des individus. Kadhafi et son épouse, qui se trouvaient également sur les lieux du bombardement, s’en sont sortis sains et saufs. Evidemment, la nouvelle a été célébrée par un concert de klaxon et des tirs de joie à Benghazi, le fief des rebelles libyens. Officiellement investie des missions de porter secours aux populations civiles, l’Otan a enfin affiché
sa véritable fonction,
de bras armé de Washington.

L’Otan a délibérément tué
des milliers de civils

– dont une famille algérienne, une maman et ses deux fils, originaires de Djelfa-, détruit des infrastructures non-militaires, destinées aux populations, ciblé des responsables, ravagé des centres de transmissions audiovisuelles –TV et radios locales-, fait une extrapolation des résolutions de l’Onu et interprété la 1970 à sa manière, ou à celle de Paris et Washington. Dur, très dur d’être dans le camp opposé à la coalition occidentale…

Algérie 360




Vendredi 26 août 2011 5 26 /08


Les excuses
d'un citoyen français
au Peuple Libyen.


Sachez que Mr Sarkozy n'est pas la France,
qu'il ne représente plus désormais que des marchands d'armes et des faiseurs d'opinion.

Sachez que le peuple français est attaqué par ses propres médias, ses dirigeants et élites,
cachant et crachant sur les possibilités de l'énergie libre
et les traitements anti-cancer depuis des décennies.
Et ces crimes là, ne sont pas l'oeuvre de Mr Kadhafi.

Que Mr Fillon, pense sauver l'économie de notre pays
en misant sur Mickey, le cowboy de Marlboro et Coca-Cola...
faisant fi de nos solutions et besoins vitaux en continuant d'alimenter un système
basé sur la corruption des institutions
et du verrouillage des postes clés pour en affaiblir notre République.
Ils traqueront la jeunesse pour un bout de cannabis,
tout en faisant la promotion des drogues dures chimiques pour occuper nos Policiers,
afin de supprimer tous nos espoirs.

Sachez que Mr Guéant n'a pas l'allure d'un Ministre de l'Intérieur
mais d'un dealer d'armes de guerre.
Ils nous ont trahi et cachent tant de vérités...

A un tel point que j'ai pensé certains les crimes dont ils affublent Mr Kadhafi,
et qui pourtant sont les leurs.
J'en suis désolé, attristé et blessé.

Mais nous les poursuivrons sans relâche pour les crimes dont ils se sont rendus coupables.
Parce que les mots Liberté Egalité Fraternité,
nous y croyons bien plus que les Franc-maçons qui en ont subtilisé toute l'essence
en se disant libre penseur et défenseur de la conscience,
et par derrière s'acharnent sur tout ceux souhaitant s'émanciper des pratiques anthropophages.

Alors, non, ils ne sont pas la France.

Car la France est avec vous,
vous qui leur résistez
parce qu'ici trop peu ont eu la capacité de se relever.

Créer c'est Résister, Résister c'est Créer !

Thomas






Fonds souverains libyens :


les « rebelles » réclament 2,5 milliards cash

en dollars




parFrancesco Piccioni

contribution Marie Ange Patrizio

 

La guerre a été faite pour des raisons purement humanitaires et gare à vous si vous en doutez.

Les plus malveillants
iront aussi penser que le pétrole (production : 1,6 millions de barils par jour, en conditions normales) y est pour quelque chose, mais rien de plus.
Ensuite, les « rebelles » se réunissent à Doha, dans le Golfe persique,
pour essayer de débloquer les « fonds souverains libyens » qui circulent de par le monde.
Ou bien au moins 2,5 milliards de dollars cash, pour payer immédiatement « les salaires »
du gouvernement in pectore (ceux qui s’y croient déjà, NdT)
et diverses autres dépenses dans un pays ravagé par les bombardements.

La Suisse a déjà fait savoir qu’elle est prête ;
il ne lui manque que l’accord du Conseil de sécurité de l’Onu - qui a « congelé » au début de la guerre tous les fonds remontant à Tripoli. Mais à Berne on pense que l’affaire sera vite réglée. Dès qu’arrivera l’accord, les comptes redeviendront actifs et à disposition
des « propriétaires légitimes »,
qui seront entre temps nommés par le « nouveau gouvernement ».
Un édifice assez compliqué, et qui, bien sûr, n’est pas facile à « restituer » sans quelque résistance de la part des « détenteurs ».
Mais Mahmou Jibril (hier, mercredi 24 août, en visite à l’Elysée, aujourd’hui à Rome chez Berlusconi, NdT) président exécutif du Cnt, réclame qu’on trouve la somme minimale nécessaire d’ici la fin du Ramadan, c’est-à-dire dans quelques jours.

Les avoirs de Tripoli qui sont en circulation dans le monde ne sont pas des petits sous : en 2004, Kadhafi avait été effacé de la liste des « Etats voyous » (et c’était l’époque de Bush, un connaisseur). La Libyan Investment Authority (Lia) a eu à gérer un surplus annuel de plus de 30 milliards de dollars provenant des ventes de pétrole, et, très rapidement, la somme destinée aux investissements à l’étranger est devenue réellement conséquente. On parle d’au moins 70 milliards, mais ce doit être beaucoup plus.


En janvier (2011), par exemple, le très peu patriote représentant de la Lia, Mohammed Layas, a - comme le rappellent Wikileaks et Dinucci1- prévenu l’ambassadeur étasunien que son institut venait de verser 32 milliards de dollars dans les banques étasuniennes.
Un mois plus tard ils étaient tous séquestrés.
Un vol tout en souplesse, avant la rapine à main armée qu’on appelle guerre.

45 autres milliards sont sûrement gardés dans des banques européennes : surtout françaises et anglaises (là aussi on pourrait avoir quelque soupçon…),
sans parler des dizaines d’autres investissements dans quasiment le monde entier.
Le cas italien a été au centre de trop de polémiques pour en parler encore de façon diffuse.
La participation libyenne à Unicredit, qui a coûté à Alessandro Profumo son fauteuil de directeur, a un poids de 7,5% dans la banque (plus de 1,5 milliard, à sa valeur d’hier). On trouve des participations importantes aussi chez Finmeccanica (2%), Eni (1%) et, depuis toujours, à la Juventus (7,5), tandis que le départ de chez Fiat (sur pressions de Reagan) remonte à 1986.


Outre la Lia, opère aussi dans le monde la Banque centrale (libyenne, NdT), même si ce n’est pas toujours directement en son nom propre. Par exemple, en Italie, elle détient 60% de Arab banking Corporation, dont le siège est à Milan. Tout aussi forte sa présence chez Tamoil et dans le groupe Olcese. Nombre de ces participations sont cependant difficiles à reconstruire, parce que de petites dimensions, et effectuées par l’intermédiaire de « sociétés vecteurs » en rien transparentes : elles opéraient ainsi à l’époque pour contourner l’embargo étasunien, et ensuite, elles se sont trouvées très bien « dans l’ombre ». Tarak Ben Ammar a dû intervenir plusieurs fois pour redimensionner la participation libyenne à Mediaset (le groupe de presse de S. Berlusconi, NdT).

En France,
la Banque centrale est présente pour 10%
dans Quinta Communications,
mais aussi chez Lagardère, EdF, Alcatel, Bnp Paribas.


Aux Etats-Unis -après la fin de l’embargo- la liste est pratiquement infinie : de la tristement célèbre Halliburton à Xérox, Honeywell, Exxon, Chevron et Pfizer.

En Angleterre les sociétés suivantes ont aussi un sociétaire venant du gouvernement libyen : Glaxo, Shell, Vodafone, British Petroleum.

Mais, pour faire de bonnes affaires, on ne s’est pas laissé distancer non plus ni en Allemagne (Siemens), ni en Russie (Rusal et Norilsk), ni en Espagne (Repsol), et pas non plus, bien sûr, en Suisse (Nestlé).


Le traitement réservé aux fonds souverains libyens ouvre cependant une partie dangereuse avec les autres « fonds souverains » de pays « non totalement démocratiques » opérant sur les marchés du monde entier.

La prudence sera maintenant encore plus grande chez les Chinois, à Singapour (le très puissant Temasek) et, bien entendu, pour tous les fonds -sans aucune exclusion- des pays du Golfe.*


Parce qu’une monarchie, bien que « petro », n’est par définition pas démocratique. Non ?

Edition de jeudi 25 août 2011 de il manifesto