On aurait aimé que les médias
traditionnels, France Télévisions, JDD, le Point, le Monde, relayent
avec un peu plus d'insistance -- puisqu'ils en ont tout de même parlé
-- cette autre polémique, bien plus intéressante.
Quel est le problème? Ce fameux
projet né d'un accord international entre la Communauté européenne
de l'énergie atomique (Euratom) et 6 pays (Chine, Inde, Japon, Corée
du Sud, Russie et USA), projet au coût exorbitant qui se chiffre en dizaine
de milliards d'euros, vise normalement à découvrir une nouvelle
forme plus propre et bon marché de générer de l'électricité.
Sauf qu'il semble être géré en dépit du bon sens.
En tout état de cause, la première mauvaise nouvelle, ce que reproche
Charpak et le collège de scientifiques qui s'associent à cette diatribe,
c'est la déduction des sommes investies dans Iter aux autres budgets de
la recherche. En somme, le gouvernement s'amuse à déshabiller
Jacques pour habiller Paul.
Or le succès du programme Iter, est par essence, impossible à prévoir.
Nous sommes dans le domaine de la Recherche et comme le précise
le prix Nobel de physique, la première des difficultés sur les 3
que comptent la fusion nucléaire, ne sera étudiée qu'en 2019
(sic!) Comment alors justifier l'abandon des autres secteurs de la recherche
scientifique au profit d'un seul programme? Une hérésie pure
qui ressemble à s'y méprendre à l'adage « mettre
ses oeufs dans le même panier »
Malheureusement la polémique lancée par ces courageux scientifiques
est retombée aussi sec, les rédactions préférant
se rassasier en plein été de sujets faciles tels que l'insécurité.
Rappelons que le projet Iter a été initié bien avant l'accession
au trône de Nicolas, dans un élan de la communauté scientifique
internationale. Derrière ce projet se cache le lobby nucléaire
qui promettait déjà en 2005 en échange des sommes investies
plus de 4.000
emplois créés dans la zone de Cadarache (Bouches-du-Rhône).
Cadarache haut lieu sismique, l'endroit rêvé pour construire un complexe
de recherche nucléaire...
5 ans après l'octroi du projet -- cadeau empoisonné plutôt
-- à l'Europe, les responsables du projet découvrent à leur
grand étonnement la sismicité des lieux transmutant le coût
initial du réacteur 5,9 milliards à 7,2 milliards d'euros entre
2007 et 2020 (20% à la seule charge de la France).
Dans un monde financier secoué par la crise, en juillet 2010, seul Pierre
Lellouche (député UMP) pouvait s'enorgueillir d'un « Nous
allons trouver les réponses financières à donner » avant d'ajouter humblement « pour trouver la source d'énergie
de la planète à la fin de ce siècle ».
Et
pendant ce temps-là, pendant que la France fait joujou avec ses atomes,
le monde entier se lance dans la conquête de l'ETM ou énergie
thermique des mers ou énergie maréthermique, terme que vous
pouvez retrouver en anglais sous l'acronyme Ocean thermal energy conversion.
Il
consiste « bêtement » à exploiter
la différence de température entre des eaux superficielles et profondes
pour produire de l'électricité. Un concept aussi vieux qu'Hérode
ou presque, puisque déjà le visionnaire Jules Verne en 1869 le mentionnait
déjà par la bouche du Capitaine Némo !
La première industrialisation fut l'invention du fondateur d'Air Liquide,
l'ingénieur français Georges Claude, qui construisit en 1928 un
groupe ETM dans une mine belge
Le
procédé consistait à jouer sur la différence de température
entre l'eau chaude d'un circuit de refroidissement d'un haut fourneau et l'eau
froide de la Meuse. Depuis les scientifiques
du monde entier travaillent de concert dans une véritable lutte pour la
conquête du marché, car au fur et à mesure des années
les obstacles techniques ont été soulevé.
Après avoir validé élément par élément
les différents organes, les scientifiques et industriels passent désormais
aux tests de faisabilité et de fiabilité en eaux profondes, grandeur
nature.
Suite à l'abandon
de la technologie au début des années 80 -- le lobby nucléaire
et pétrolier n'étant pas étranger à ce revirement
-- la France reprend ses recherches depuis 2007 pour tenter de combler son
retard sur les pays étrangers, USA, Japon, Russie. Premiers nouveaux
tests à la Réunion puis en Polynésie Française.
L'objectif final sera de générer de l'hydrogène, à
partir de l'eau et de l'électricité obtenu via l'ETM, plutôt
que via l'énergie fossile. L'hydrogène créé par
électrolyse à partir de ces 2 composés permettra ensuite
de stocker de l'électricité, dans les futurs piles à hydrogène.
Ne reste plus qu'à stocker l'hydrogène sous une forme facilement
exploitable, notamment à basses pressions.
L'ETM semble être une des vraies solutions, complémentaire des autres
sources d'énergie renouvelable, pour commencer à entrevoir un
avenir sans nucléaire. Encore faut-il investir massivement dans cette voie...
Terminons
cet article dédié aux sciences par le récent et
ridicule classement mondial de Shanghaï des universités.
Encore
un classement qui comme chaque année continue le dénigrement des
principes républicains de l'université et qui sert sur un plateau,
classement oblige, des arguments fallacieux aux néoconservateurs
de la pire espèce pour détruire l'université à
la française face au modèle américain avec la fameuse université
privée d'Harvard.
Pourquoi
ridicule?
Simplement parce que, comme s'en émeuvent les enseignants-chercheurs
français, les méthodes de calcul (comme les questions des
sondages du Figaro) sont biaisées !
Ainsi le système se base sur nombre de prix Nobel et du nombres de publications
scientifiques. Or il ne prend pas
en compte véritablement la qualité de la formation et encore moins
la réussite de l'intégration dans le milieu professionnel après
la formation. Pour preuve d'après
le site web de l'ENS
de Lyon, Transversale:
Qualité de l'éducation :
- [point 1] (nombre d'élèves de l'institution qui gagnent un prix
Nobel ou une médaille Fields [récompense en mathématiques]
) : 10% Qualité de
l'institution : - [point
2] (nombre de membres de l'institution qui gagnent un prix Nobel ou une médaille
Fields) : 20% - [point 3] (Les chercheurs
les + cités dans des revues scientifiques reconnues de 21 disciplines,
étude ISI, HiglyCited.com ) : 20% Production Recherche :
- [point 4] (Articles parus dans Nature & Science, sauf pour les shs, pour les
shs les 20% sont répartis sur les autres indicateurs) : 20%
- [point 5] (Articles parus mais dans le Social Science Citation Index de l'ISI
http://scientific.thomson.com/products/ssci/)
: 20% Taille de l'institution
: [- point 6] (performance
académique par rapport à la taille de l'institution) : 10%
Un système bien partiel et partial donc, basé uniquement sur les
apparences souvent trompeuses, les récompenses et autres médailles
Fields ne faisant pas tout.
Quant
aux autres domaines de la recherche scientifique, comme la génétique,
les arrières pensées les plus abjectes prennent le dessus. Rappelez-vous,
le fichage génétique :