Pour une Poignée de Minarets…



La Suisse a voté par référendum.


L’enjeu en était une poignée de minarets, puisqu’il n’y en a que quatre de construits, actuellement …


Ce vote ne m’a ni surpris, ni « choqué », pour reprendre le mot d’un Kouchner…


Loin de le trouver « honteux », je le respecte du fait qu’il émane d’une majorité. D’autant plus qu’il traduit, au-delà de la Suisse au cœur de l’Europe, une réalité profonde de notre monde occidental.


Depuis des siècles la confédération suisse a vécu dans des particularismes régionaux, ethniques, bien tranchés. Comme d’autres pays européens, avec leurs guerres civiles, de religions, de royaumes, de duchés, de provinces …


Parfois d’une vallée à l’autre : la Suisse alémanique, d’expression germanophone, riche de ses industries chimiques et pharmaceutiques, méprisant la Suisse romande, d’expression francophone. Réputée fainéante, campagnarde et sous-développée…


Suisse romande qui a comblé son retard, sur le plan du PIB, en se spécialisant dans les transactions financières, sur fond de « secret bancaire » et de paradis fiscal.


Dès lors, de riches francophones de Genève tiennent dans le plus complet mépris les français frontaliers venant chaque jour travailler en Suisse. Considérant en « racaille » les français en provenance, par exemple, d’Annemasse (1) …


Les deux « Suisse » méprisant, à leur tour, la « Suisse italienne », limitrophe de l’Italie qualifiée « d’archaïque », peuplée de « sauvages ». Objet longtemps d’un racisme interne à la confédération, jusque dans les années 1970…


Il faut voir, ou revoir, le formidable film de Franco Brusati, « Pain et Chocolat », avec Nino Manfredi et Anna Karina, distribué en 1975, dont le DVD est sorti en 2002, pour comprendre le contexte actuel. (2)


Alors, assister à l’émergence de minarets dans les alpages, il y a de quoi prendre en considération l’émotion du valeureux et riche (enfin, une minorité…) peuple helvète…


Heureusement, beaucoup de Suisses luttent contre cet enclavement, ce repliement, intellectuels. Ils se reconnaîtront dans mon amical salut.


Ce vote, très intéressant par sa symbolique, rejoint le « Débat sur l’identité nationale » lancé par le parti au pouvoir en France, en vue de collecter le vote d’extrême-droite aux prochaines élections régionales. On retrouve, sous différentes formes, les mêmes campagnes dans les différents pays occidentaux, jusqu’en Australie.

 

 

Au fond…


Au-delà des campagnes de propagande islamophobes justifiant les aventures bellicistes et coloniales dans les pays musulmans, de la Palestine à l’Afghanistan. Détournant colère et frustration des opinions occidentales devant les désastres économiques et la prédation de leurs propres castes dirigeantes …


Cela traduit quoi ?…


Le désarroi. Le refus. Le déni.


Face à cette chronique d’une fin annoncée, en ce siècle, de la suprématie du « J-CWW » (Judeo-Christian White Westerner). Traduction : Occidental Judéo-Chrétien de Race Blanche.


Ce que j’étais à ma naissance, et me refuse d’être aujourd’hui.


Car, « l’identité nationale » c’est quoi ?…


On nous dit : « c’est pour lutter contre le communautarisme ! ».





Non.


La découverte du monde, le fait de vivre au milieu de peuples et d’autres civilisations m’a fait, me fait, prendre conscience de la petitesse de notre planète : un village, sur une poussière, perdu dans l’espace.


Nos nations ne sont que des « communautés ». Et, vouloir instrumentaliser une « identité nationale », c’est justement exacerber les communautarismes. C’est refuser d’apprendre à vivre ensemble.


Depuis les Croisades et, surtout à partir du XV° siècle, avec le développement des colonies et grands empires européens, l’Occidental Blanc exerçait la suprématie des armes et, par là pensait-il, celui de la primauté de « sa race ». Indéfiniment…


C’est terminé, il faut en prendre conscience. La Planète n’est la propriété exclusive d’aucune « race supérieure », les autres peuples étant ses esclaves.


Dur, dur… Et, alors ?…


N’est-ce pas plus riche de perspectives ?…


Mon "identité", ne se trouve-t-elle pas dans le partage de « valeurs » ?… Et, non pas celui d’un territoire, d’un saucisson ou d’un camembert ?…


Je me trouve plus solidaire, plus concerné, par la lutte des Boliviens ou des Equatoriens dans la récupération de leur dignité, de leurs patrimoines, que par le sort des banquiers véreux et nuls, qui ont pillé la collectivité française. Pompant des milliards, par un tour de passe-passe complice de nos gouvernants, alors qu’ils étaient en faillite.


Oui, je me sens, en ce moment, furieusement « Bolivien » ou « Equatorien »…


Les valeurs que je veux partager sont celles de la paix et de la prospérité, du respect de La Dignité Humaine.


Non pas de la prédation commise par une minorité, une oligarchie, à l’intérieur de mon pays, incapable de redistribuer son immense richesse nationale : la cinquième mondiale. La caste au pouvoir, une poignée de clans privilégiés, ne cessant de qualifier la France de « pays en faillite », pour ne pas en partager les revenus.


Je ne ressens aucune communauté ou identité de destin, avec ces « Français » aussi cyniques que totalement malhonnêtes. Me sentir « Français », avec eux ?… La nausée, plutôt.


Au prétexte d’être « Français », devrais-je me sentir solidaire d’un gouvernement qui envoie nos soldats bombarder et tuer des Afghans, à des milliers de kilomètres de mon pays ?…


Non, quand j’assiste à ces saloperies, je me sens profondément « Afghan ».


Quand, je vois nos gouvernants (de Giscard à Sarko, en passant par Mitterrand et Chirac…) soutenir militairement les dictatures héréditaires du Togo ou du Gabon, je ne me sens aucunement « Français ». J’ai « honte ». Malgré la couleur blanche de ma peau, je me sens viscéralement « Togolais » ou « Gabonais », qui pleurent de rage devant le pillage de leurs pays.


Je sais, nous l’avons tous compris, « l’identité nationale » pour la nomenklatura au pouvoir, c’est vouloir nous faire peur, face à l’évolution du monde. Nous faire taire devant ses prédations, son incompétence et sa corruption.


On veut nous faire le coup du bon petit patriote décérébré (on s’arrange même pour supprimer les cours d’histoire dans l’enseignement…), face au drapeau, petit doigt sur la couture du pantalon :

« Garde-à-vous ! Travaille et Consomme ! Et, ferme ta gueule ! »


Désolé, je ne suis ni de la génération de Vichy, ni un adepte du culte Pétainiste.


La France n’est que le quartier où je suis né.


Dans ce village, notre Planète, dont je revendique l’identité :

Citoyen du Monde.

 

 


 

(1)  http://www.lepost.fr/article/2009/10/06/1728037_un-parti-politique-suisse-cible-la-racaille-francaise-des-propos-racistes-inacceptables.html

(2)  http://www.dailymotion.com/video/x3znh7_pain-et-chocolat-nino-manfredi_shortfilms

 

 Illustration : Affiche de propagande du gouvernement "collabo" de Vichy, sous l'occupation allemande, représentant le Maréchal Pétain.