Hugo
Chavez

Qui est Hugo Chavez ?Par
Noël Blandin, le lundi 16 février
2009.Hugo
Rafael Chavez Frias, que Fidel Castro présente comme son "fils spirituel", est
né le 28 juillet 1954 à Sabaneta (Venezuela). Ses parents, Hugo de los Reyes Chavez
et Elena Frias de Chavez, sont tous les deux instituteurs. Il suit d'abord des
études de Sciences et Arts militaires à l'Académie Militaire du Venezuela puis
de Sciences politiques à l'Université de Caracas.

Dans les années '70 il intègre l'armée vénézuélienne où il devient Lieutenant-Colonel
et professeur d'Histoire. En 1983, inspiré par la lutte et les idées du général
Libertador Simon Bolivar (libérateur au XIXe siècle des colonies espagnoles
d'Amérique du Sud), il fonde un réseau socialiste clandestin au sein de l'armée,
le Mouvement Révolutionnaire Bolivarien (MBR-200). Le 04 février 1992 Hugo Chavez
tente de renverser le président corrompu Carlos Andres Perez. Le coup d'Etat échoue,
il est arrêté, condamné et emprisonné. Un deuxième putsch, de nouveau raté, a
lieu le 27 novembre 1992 après son appel à l'insurrection diffusé via une vidéocassette
enregistrée depuis sa cellule de prison.

En 1994, le président Rafael Caldera arrive au pouvoir et gracie Hugo Chavez qui
crée alors un parti politique légal, le Mouvement de la Cinquième République (MVR),
version civile du MBR. Sur la base d'un programme anticorruption et soutenu par
une coalition des forces de gauche, il remporte avec 56% des suffrages l'élection
présidentielle de décembre 1998. En 1999, une nouvelle Constitution est massivement
approuvée par les vénézuéliens et il renomme la République du Venezuela en République
Bolivarienne du Venezuela.

Lors des élections générales de juillet 2000 Hugo Chavez est réélu président pour
six ans avec 59,5% des voix. Soutenu par la population, il lance une vague de
nationalisations et remercie de hauts fonctionnaires et cadres dirigeants des
anciennes compagnies nationales, notamment dans le secteur de l'énergie qui voit
les grandes entreprises américaines littéralement piller les ressources pétrolières
du pays. Ce programme anticapitaliste entraîne une réaction de certains milieux
patronaux néoconservateurs et néolibéraux proche des Etats-Unis qui lancent des
campagnes médiatiques anti-Chavez. Une tentative de coup d'Etat est fomentée contre
lui en avril 2002 par Carlos Andres Perez et la CIA, puis une grève générale est
lancée pendant l'hiver 2002-2003, largement couverte par des chaînes de télévision
privées qui attisent la contestation politique et les troubles sociaux. S'appuyant
sur les droits de la nouvelle Constitution, l'opposition organise également en
août 2004 un référendum pour le révoquer mais Hugo Chavez remporte haut la main
le scrutin avec 59,25 % des voix, renforçant ainsi sa légimité. La même année,
il porte plainte contre les États-Unis auprès de l'Organisation des États américains
(OEA) pour le putsch orchestré contre lui en 2002 par l'administration Bush. En
2005, la gauche chaviste remporte 70% des sièges aux élections municipales. Lors
de l'élection présidentielle de décembre 2006, Hugo Chavez est réélu triomphalement
avec près de 63 % des voix.

En 2007, Hugo Chavez poursuit activement sa politique de réformes politiques,
économiques et sociales en faveur des classes défavorisées du pays. À cette date,
trois millions d'hectares de terre (où la culture des OGM est formellement interdite)
ont déjà été distribués aux paysans et plusieurs milliers d'écoles et de dispensaires
médicaux gratuits ont été installés dans les quartiers défavorisés, éradiquant
l'analphabétisme et les maladies infectieuses. Des systèmes de microcrédits ont
également été mis en place afin de faciliter le développement des petites entreprises
n'ayant pas accès au crédit bancaire. La durée de travail hebdomadaire est passée
de 44 heures à 36 heures et le salaire minimum est devenu le plus élevé des pays
d'Amérique latine après le Costa Rica. Globalement, la pauvreté a baissé de 5%,
passant de 42,8% à 37,9%, et le Venezuela connaît une période de forte croissance
économique (12% en moyenne par an).

Souhaitant inscrire le Socialisme dans la Constitution du pays et abolir la limite
au nombre de mandats pouvant être effectués par un président -- ce que ses opposants
dénoncent comme une tentative de garder le pouvoir à vie --, il organise un référendum
populaire en décembre 2007. L'administration Bush apporte plus de 8 millions de
dollars à ses opposants. "El presidente" fait l'objet d'une campagne internationale
haineuse lorsqu'il refuse de renouveler la license de la chaîne de télévision
privée anti-chaviste RCTV, propriété d'un magnat américain proche de la
CIA qui a activement soutenu le coup d'État de 2002 contre lui. Hugo Chavez perd
la consultation, l'électorat vénézuelien rejettant son projet de réforme à une
courte majorité de 50,7% des voix.
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Tout en nationalisant des pans entiers de l'économie du pays (Banques, Télécoms,
Électricité, Compagnies pétrolières, aciéries, firmes agro-alimentaires, etc...)
afin de consacrer les revenus des grandes entreprises au financement des programmes
sociaux, Hugo Chavez se montre aussi très actif sur le plan international. Le
Vénézuela étant le troisième exportateur mondial de pétrole et le deuxième fournisseur
de pétrole des Etats-Unis, il tient la dragée haute à George W. Bush qu'il ne
manque jamais de brocarder et de ridiculiser, y compris aux tribunes des grandes
institutions internationales comme l'ONU. Sa personnalité charismatique haute
en couleurs et ses critiques virulentes de la mondialisation néolibérale scandalisent
souvent l'establishment politique des capitales occidentales. Virulent détracteur
de l'impérialisme américain et porte-drapeau de la révolution socialiste bolivarienne,
il multiplie les accords stratégiques et économiques avec les autres pays d'Amérique
du Sud -- notamment le Brésil de Lula, la Bolivie d'Evo Morales, l'Argentine des
Kirchner, le Nicaragua de Daniel Ortega et bien entendu le Cuba de Fidel Castro,
son plus fidèle ami et allié -- ainsi qu'avec des pays anti-américains comme l'Iran,
la Chine, la Russie, la Corée du Nord, la Syrie, etc. Il fait campagne pour que
le Vénézuela dispose d'un siège (non-permanent) au Conseil de sécurité de l'ONU,
prône la suppression du Fonds Monétaire International (FMI) et soutient l'Iran
dans sa volonté de se doter de l'énergie nucléaire. Sur le continent latino-américain
Hugo Chavez a un sérieux différent politico-militaire avec le président colombien
pro-américain Alvaro Uribe. Ce dernier l'accuse de soutenir la guérilla des Forces
Armées Révolutionnaires de Colombie (FARC) qui se réfugierait à la frontière du
Vénézuela. Mais, seul médiateur reconnu par les FARC, il s'implique dans l'opération
de libération des otages détenus par les FARC -- dont la franco-colombienne Ingrid
Betancourt -- et parvient a faire libérer le 10 janvier 2008 les deux colombiennes
Consuelo Gonzales et Clara Rojas. À la suite d'un raid de l'armée colombienne
contre un camp des rebelles colombiens en territoire équatorien, qui a entrainé
la rupture des relations diplomatiques entre les deux pays, Hugo Chavez et Luiz
Inacio Lula da Silva ont pris l'initiative de fédérer les pays du continent à
travers un Conseil de Sécurité sud-américain, sorte d'OTAN du Sud destiné à prévenir
d'éventuelles crises inter-régionales et à mettre en place une politique de défense
commune.

Lors des élections régionales de novembre 2008 destinées à élire les gouverneurs,
maires et présidents de conseils régionaux, les candidats de son Parti Socialiste
Uni du Venezuela (PSUV) remportent une écrasante victoire dans 17 des 22 régions
du pays, avec un taux de participation record de 65,45%. Trois régions jusqu'alors
dissidentes reviennent au sein du giron présidentiel. L'opposition "sociale-démocrate"
capitaliste qui avait fait de ce scrutin un test national ne remporte quant à
elle que la capitale, Caracas, et les régions les plus riches encore sous contrôle
des multinationales privées. Dans un discours, Hugo Chavez se félicite de la victoire
du PSUV et déclare que "La voie du socialisme étant approuvée (...) nous allons
maintenant nous atteler à la tâche d'approfondir notre projet".

En février 2009, lors d'un nouveau référendum portant sur l'amendement de cinq
articles de la Constitution -- dont un permettant aux élus (maires, députés, gouverneurs...
et président) de se représenter au-delà de deux mandats consécutifs -- les Vénézuéliens
renouvellent leur confiance à Hugo Chavez en votant "Oui" à 54,4% des suffrages
(6,3 millions de voix) avec un taux de participation de plus de 67%. "C'est une
victoire nette du peuple et de la révolution [...]. La vérité a triomphé sur le
mensonge, la dignité de la patrie l'a emporté sur ceux qui la nient, la constance
a gagné", déclare-t-il à l'issue du scrutin, avant de lire un message de son ami
Fidel Castro le félicitant pour cette brillante victoire. La nouvelle Constitution
lui permettra de briguer un troisième mandat lors des élections présidentielles
de décembre 2012.

Hugo Chavez est souvent accusé de populisme, d'autoritarisme et d'antisémitisme
par les grands médias des capitales occidentales, Washington et Paris en tête.
D'intenses campagnes de dénigrement et de désinformation sont régulièrement lancées
contre lui par la presse occidentale dite "de référence", largement acquise à
la propagande de certaines officines israélo-américaines néo-conservatrices (National
Endowment for Democracy, Freedom House, etc). Une véritable fatwa a
même été lancée par le célèbre télévangéliste américain Pat Robertson, un sioniste
chrétien qui voit en lui le nouveau Satan et appelle tous les croyants d'Occident
à l'assassiner.

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© Noël Blandin / La
République des Lettres, lundi 16 février 2009
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