HONDURAS

10 Août et 14 Août :




Voici 6 semaines déjà, le dimanche 28 juin, le président du Honduras Manuel Zelaya a été séquestré puis expulsé du pays par les militaires. Le CADTM a condamné ce coup d’état orchestré par les secteurs réactionnaires de la société (l’armée, l’oligarchie, l’Eglise, le pouvoir judiciaire, les médias dominants) et le Pentagone. Ce coup vise à mettre fin brutalement aux aspirations de changements du peuple hondurien, investi dans le lancement d’une consultation populaire pour ouvrir la voie à un processus d’Assemblée constituante.


Afin de participer au soutien à la lutte de résistance du peuple hondurien, le CADTM a décidé (en concertation avec la coordination internationale de soutien à la lutte au Honduras) d’envoyer une mission de deux personnes sur place. Il s’agit d’accompagner les manifestants, de faire connaître à l’étranger leurs actions et leur opinion. Ils’agit aussi de leur amener une aide financière.



Voici les deux premiers messages que Cécile Lamarque nous a fait parvenir depuis le 8 août.

Suivent 2 articles de présentation du contexte dans lequel le coup d’Etat a été perpétré.







Premier message de Cécile L. depuis le Honduras, envoyé le 8 août :



« Je suis bien arrivée à Tegucigalpa hier, pas de problème. Je pensais trouver l'aéroport et la zone autour (l'hôtel est près de l'aéroport, je ne suis pas encore allée dans le centre de Tegucigalpa) ultra militarisée, mais ce n'est pas le cas, on ne voit quasiment rien qui évoque le coup, si ce n'est les écriteaux sur les murs, "fuera golpistas" (=putschistes ), etc.

D'entrée dans le taxi qui m'a conduit à l'hôtel, j'ai pu prendre le pouls de la situation : je suis tombée sur un taximan favorable au maintien des golpistes au pouvoir! J'ai fait celle qui n'était pas vraiment au fait de la situation politique, il m'a donc raconté tout ça, voilà rapidement sa version, à croire que les médias remplissent parfaitement leur rôle de désinformation! : Lui (le taximan) a voté pour Zelaya aux élections en 2006, mais Zelaya n'a pas respecté ses engagements et s'est tourné vers Chavez, a pris des mesures qui allaient à l'encontre de son gouvernement et des entreprises privées, qu'il faut respecter car ce sont elles qui donnent du travail ici. Le taximan est pour le maintien des golpistes car le peuple hondurien veut la paix, la liberté, et ne veut pas d'une société socialiste ou communiste. D'après lui, les manifestants sont une minorité qui ne comprend rien. Voilà en gros ces propos.


Vers 16 h, Tom Loudon et les autres membres de la délégation, tous des américains, sont rentrés à l'hôtel. On est ensuite parti ensemble au Syndicat des travailleurs des boissons (Sindicato de trabajadores de Bebidas y similares, STIBYS), pour une rencontre avec 2 membres du Front des Avocats contre le Coup. Les locaux du STIBYS sont apparemment le lieu où se réunissent souvent le Front de Résistance contre le Coup et d'autres groupes.


Les deux représentants du Front des Avocats étaient Nestari Rostezo(?) et Manuel Bonilla. Le Front a été crée il y a deux semaines pour apporter son appui aux personnes détenues qui n'ont personne pour les réprésenter et pour constater les violations des DH. Il compte plus de 100 avocats à travers le pays, qui ont pour la plupart cessé leurs activités pour se consacrer exclusivement à la protection des civils.
Les avocats sont réunis au sein du Colegio de Abogados, dont le président, proche ou issu du Parti Nacional, appuie le coup, donc certains avocats se sont réunis et ont dans un premier temps émis un CP pour dire que le président ne reflétait pas la position de tous les avocats et ont ensuite crée le Frente de Abogados.


Alors que la plupart des CP des missions parlaient de 9 morts, eux reportent 24 morts, et 400/500 personnes arrêtées. Les familles des personnes assassinées, par peur des représailles, préfèrent parfois ne rien signaler.


Une autre violation des DH : la désinformation et le contrôle médiatique. Sur environ 50 médias, seuls 2 transmettent des infos 'vrais' sur la situation : Radio Globo, qui fait face actuellement à un processus pour être fermée, et Canal 36, apparemment sous mesure préventive de l'ONU pour éviter sa fermeture.


Les golpistes ne s'attendaient pas à cette réponse de la part de la population, secteur défavorisé et classes moyennes ensemble. La conscientisation de la population s'accroît. Ils ont rappelé qu'ils ont peu de moyens et que ça rend la mobilisation sur place de plus en plus difficile, face aux golpistes qui sont financés par les McDonald, Burgers King et autres multinationales. Par ex, ces derniers jours, les avocats n'ont pas pu se rendre à l'intérieur du pays pour assurer la protection de personnes détenues faute de moyens. La lutte est donc très difficile.


Il y a une frustration de la part de la population du fait de la lenteur de l'ONU et de l'OEA à apporter une réponse au Coup. Ils ont rappelé la participation directe des USA au coup.
Ils sont déterminés à poursuivre la lutte et maintiennent les mêmes revendications : retour de Zelaya + Assemblée Constituante. Ils disent qu'avec le retour de Zelaya, la tâche sera d'autant plus difficile puisqu'il s'agira de faire juger les golpistes. Le Frente de Abogados est en train de porter une demande devant la CPI contre les golpistes. Voilà en gros..


La délégation US s'est entretenue à deux reprises avec Hugo Llorens, l'ambassadeur US au Honduras. Evidemment ils n'en ont rien retiré... »







Deuxième message de Cécile L. depuis le Honduras, envoyé le 9 août 2009



« Aujourd'hui il n'y a pas de manifestation, la population se réunit au parc national. J'irai donc là bas auj'. Désolée d'avoir tardé à donner des nouvelles, ces deux journées sont passées très vite...Quelques news donc des journées d'hier et d'aujourd'hui.

Je commence par la lecture du journal du matin, car c'est assez aberrant de lire la propagande putschiste... Hier 8 août, le journal hondurien El Heraldo (sous-titré "La vérité est entre vos mains!"), affichait en « une » le dernier exercice rhétorique du président Barack Obama : « Je ne peux pas appuyer sur un bouton et réinstaller Zelaya ». Sans doute Obama eût-il été davantage crédible en manifestant la difficulté d'un retour en arrière une fois le bouton enclenché! En dessous, la reproduction des propos d'Obama feignant le changement d'attitude de l'administration américaine et sa 'non-ingérence' : « Le Président dit que c'est ironique que certains qui ont critiqué l'ingérence des Etats-Unis en Amérique latine se plaignent aujourd'hui qu'il n'interfère pas davantage ». La suite en page 10.

Je ne vais pas m'attarder sur toute l'édition du jour, même si au fil des pages il y a vraiment de nombreux points qui mériteraient d'être soulevés! De l'autosuggestion sans doute, car le régime putschiste et l'administration américaine peinent de plus en plus à confondre le peuple hondurien sur le coup « made in Washington ». Ici il y a aussi une alerte à la grippe H1N1, largement relayée par la presse. Quelques cas ont en effet été reportés. Beaucoup y voit une manière de détourner l'attention du Coup d'état.


Dans ce climat de désinformation et de contrôle médiatique, les murs font office de tribunes populaires et affichent des slogans contre les putschistes, pour Zelaya, contre le système en place...
Hier samedi, il n'y avait pas de manifestation mais un rassemblement culturel à l'initiative des Artistes en Résistance contre le Coup d'Etat, qui se tenait au parc national de Tegucigalpa, au cœur de la ville (dominée par les icônes omniprésentes de la culture commerciale: Burger King, Mc Donald, etc, qui apparemment apportent leur soutien financier aux putschiste). On appelait d'ailleurs à prêter plus d'attention aux écriteaux qu'aux titres de la presse nationale. Au rythme des percussions batucadas du Front de Resistance contre le Coup d'Etat, cette journée, appelée « Gritos de paraiso », la 3ème depuis le Coup d'Etat du 28 juin, a vu se succéder des artistes honduriens venus chanter des chants qui ont marqué les mobilisations, joué des scénettes burlesques mettant en scène et dénonçant le coup d'état, la répression et ses principaux protagonistes. Ont également pris la parole quelques mouvements sociaux et syndicats. J'ai interviewé Samuel Trigueros, écrivain et peintre hondurien, parmi les fondateurs du Frente Nacional. Je vous envoie ça demain.


Le Frente Nacional de Resistencia Contra el Golpe de Estado a appelé les Honduriens à participer à une Marche nationale qui a débuté le 5 août et qui se terminera le 11 août à Tegucigalpa et San Pedro Sula. La population est donc en marche, peut-être ira-t- on à la rencontre de ceux qui vont entrer à Tegucigalpa mardi matin, car la police et les militaires seront sans doute également sur place pour les accueillir... Le gouvernement de facto aurait déjà annoncé qu'il allait recourir à davantage de répression...
Aujourd'hui dimanche on s'est rendu à l'Assemblée du Front contre le coup qui se tenait dans les locaux du syndicat STIBYS, et où ont pris la parole différents leaders du mouvement ainsi que des Latino-américains et autres internationaux venus marquer leur soutien : syndicalistes uruguayens, étudiants costaricains, les citoyens US de la mission à laquelle le CADTM est associé, etc. Après 43 jours la lutte semble désormais dans une phase cruciale, déterminante pour le retour, ou pas, à la démocratie : dès demain les mobilisations vont s'intensifier, et certains pensent que si l'on arrive à rien cette semaine, si Zelaya n'est pas réintroduit comme président, etc., les choses n'iront alors sans doute pas en s'arrangeant. On s'est ensuite entretenue avec Rafael Alegria, de Via Campesina, et Juan Barahona, coordination du Frente. Normalement c'est dans la « boîte », je retranscrirai cela, ça vaut le coup de diffuser.

On a ensuite rencontré un homme qui travaille à la Fiscalia del Estado, accompagné d'un avocat du Front des Avocats contre le coup, qui ont démontré tous les arguments légaux, en décortiquant la constitution, pour appuyer le fait que c'est un coup d'état. Il ne m'en fallait pas tant pour être persuadée qu'il s'agit bien d'un coup!! Mais bon, c'est vrai qu'ici, d'autant plus avec la campagne de désinformation qui règne dans la presse écrite et radio, on sent quand même, malheureusement, une polarisation entre ceux qui se positionnent clairement contre les putschistes, et ceux qui n'y voient finalement rien de mauvais ou d'illégal… et certains Américains ici semblent aussi encore se poser la question..


Demain matin on rejoint le Frente à l'Université Pedagogica, journée de mobilisation. Je pars vers 13h à l'aéroport chercher l’autre délégué du CADTM quiarrive d’Europe Je m'arrête là pour ce soir... »




Analyse du coup




Le réveil de l’oligarchie

Le coup d’Etat du Honduras impose un devoir de mémoire pour mieux en percevoir les enjeux


1er août par Jérome Duval

http://www.cadtm.org/spip.php?article4655

Dimanche 28 juin 2009, l’armée fait irruption au domicile du président Manuel Zelaya, le sort du lit et l’expulse du pays manu militari alors qu’il est encore en pyjamas. Le choc du coup d’Etat fait immédiatement penser aux sombres années des dictatures latino-américaines des années 1970-80. Citons le renversement de présidents tels le progressiste brésilien Joao Goulart en 1964, le socialiste chilien Allende le 11 septembre 1973, l’argentine Isabel Perón le 24 mars 1976 ou le militaire de gauche bolivien Juan José Torres le 21 août 1971 (la liste est trop longue pour l’énumérer ici), pour installer de sanguinaires dictatures. Les dictatures militaires du Brésil, de Videla en Argentine, d’Hugo Banzer en Bolivie, de Juan Maria Borbaderry en Uruguay, de Alfredo Stroessner au Paraguay, de Pinochet au Chili avaient, avec l’aide de la CIA, semé la persécution des idées et des hommes de gauche : le fameux Plan Condor… C’était il y a plus de trente ans et, hormis le coup d’Etat avorté grâce à l’héroïque résistance citoyenne du Venezuela en avril 2002, on espérait presque avoir tourné la page.

Décryptage médiatique

Tout d’abord, il faut rectifier, encore une fois, l’information qui s’est répandue sur le Honduras depuis un mois. Dans la diffusion de l’information, les mots sont importants et leur répétition, encore plus. C’est en effet par la répétition de fausses affirmations que se forge un imaginaire collectif, anesthésiant tout doute possible.
On a ainsi pu lire régulièrement différents adjectifs tel « déchu » (cf Reuters, Le Monde, RFI, etc.) attribué à Manuel Zelaya, tout comme on continue d’entendre « gouvernement provisoire » pour le gouvernement dictatorial de Micheletti au fil des communiqués de presse.
Rectifions, s’il vous plait.
Zelaya n’est pas un président « déchu » mais un président légitime, démocratiquement élu en novembre 2005, qui a subitement et brutalement été écarté du pouvoir par la force. « Déchu » (du latin cadere, « tomber ») a une connotation péjorative.
Il n’y a pas de « gouvernement intérimaire » mais une dictature qui a pris le pouvoir par un coup d’Etat. Il est de la responsabilité des médias de se cantonner aux faits et de ne pas reconnaître un gouvernement illégitime au regard du droit international, comme le sous-entendent ces qualificatifs. Le président Zelaya a d’ailleurs adressé des critiques le 28 juillet à l’égard de la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton, lui reprochant de ne plus employer le terme de "coup d’Etat" pour qualifier sa destitution.
Enfin, j’insiste sur ce point, la quatrième urne que voulait proposer le gouvernement le 28 juin, jour du coup d’Etat, pour les élections prévues en novembre prochain, n’avait pas pour but de prolonger le mandat de Zelaya, comme l’affirment ouvertement nos journalistes, mais de proposer par référendum la convocation et l’élection d’une assemblée constituante. (1)
La question sur le bulletin de vote prévu pour cette consultation était : « Êtes-vous d’accord qu’aux prochaines élections générales de 2009, une 4e urne soit installée pour permettre au peuple de se prononcer sur la convocation (création) d’une assemblée nationale constituante ? OUI ou NON » (2)
Pour rendre illimité le nombre de mandats successifs que pourrait briguer le président, il aurait fallu que l’Assemblée Constituante soit élue, se prononce favorablement en ce sens et qu’ensuite seulement cette nouvelle constitution soit validée par un nouveau referendum. Rappelons qu’en Angleterre ou au Canada et dans bien d’autres pays dit démocratiques, il n’y a pas de limitation au nombre de mandats consécutifs et bien peu de référendums pour tout changement constitutionnel. Les médias avaient usé du même artifice avec le Venezuela…
Gouvernements et médias sont passés de la condamnation à l’équilibre entre les deux parties, jusqu’à considérer Zelaya comme un provocateur, responsable de possibles violences.





Le continent se crispe

Plus que toute autre considération, l’idée qu’il puisse y avoir une assemblée élue par le peuple qui modifie la constitution afin de rendre la démocratie hondurienne plus participative, a effrayé l’oligarchie. Il faut ajouter que le président du Honduras, M. Manuel Zelaya, avait signé en août 2008 à Tegucigalpa le document d’adhésion à l’ALBA (l’Alternative bolivarienne pour les Amériques), en présence des délégations des Etats membres de l’ALBA et de plusieurs milliers de travailleurs, syndicalistes, étudiants et paysans. Ce qui n’était pas pour plaire à l’oligarchie. « Nous luttons pour aller de l’avant. Si vous aviez peur de cette lutte, chers amis, adversaires et critiques, vous avez déjà perdu », avait alors souligné le président Manuel Zelaya, sous-estimant donc la force de ces adversaires. Cette nouvelle adhésion marque sans doute le virage à gauche du président hondurien, la proposition d’une assemblée constituante le confirme.
Moins d’un an après l’adhésion à l’Alba, le coup d’Etat stoppe net un processus de consultation démocratique pour cette nouvelle assemblée constituante à peine mis en branle.

Il faut reconnaître qu’il y a là un bras de fer entre deux visions politiques opposées. D’un côté Cuba, le Venezuela, la Bolivie, l’Equateur, le Paraguay, le Nicaragua et le Honduras, ce dernier tentant de rejoindre le club, et de l’autre côté, l’oligarchie continentale représentée entre autres par le gouvernement colombien, le gouvernement péruvien et les secteurs conservateurs américains de l’obédience au président Bush. Alvaro Uribe a reçu secrètement une délégation du pouvoir putschiste dirigée par Micheletti le 20 juillet (3). A noter que la Colombie vient de donner son feu vert à l’installation en territoire colombien de quatre nouvelles bases militaires étasuniennes au moment même où celle de Manta en Equateur prend fin suite à son non renouvellement comme promis par Rafael Correa. (4)
Les relations diplomatiques entre Quito et Bogota sont rompues depuis le 1er mars 2008, jour de l’intervention de l’armée colombienne sur le territoire de l’Equateur sans doute alors appuyée par la base américaine de Manta et le Venezuela vient de rappeler, pour la troisième fois, son ambassadeur en poste en Colombie.
Il y a fort à parier que les Etats-Unis pèseront de tout leur poids aux prochaines élections colombiennes pour garder la mainmise sur ce pays stratégique…

L’ambiguïté du langage diplomatique

Dans un premier temps, la communauté internationale rejette le coup d’Etat mais, dans les faits, les sanctions se font attendre : 21 jours après le coup, le 20 juillet, la présidence suédoise de l’Union européenne annonce le gel de ses 65,5 millions d’euros d’aide budgétaire au Honduras ainsi que la restriction des « contacts au niveau politique avec les représentants du gouvernement ’de facto’" du Honduras "jusqu’à ce qu’une solution négociée soit trouvée ». (5)
De son côté, le 21 juillet, le président de facto exige le départ de l’ambassade du Venezuela dans les 72 heures. Celui-ci restera en place malgré tout.

Les négociations entre les deux partis entamées par Oscar Arias au Costa Rica sous la supervision des Etats-Unis tournent court face à l’intransigeance des putschistes et, le lendemain des négociations, le 24 juillet, après 25 jours d’absence, Manuel Zelaya accompagné de plusieurs centaines de militants de Managua au Nicaragua, passe la frontière de son pays à Las Manos. Sa femme, Xiomara Castro, ses deux enfants ainsi que plusieurs centaines de sympathisants ne peuvent le rejoindre en raison d’un état d’urgence décrété dans cette zone frontalière. L’appel de Zelaya à l’insoumission contre Romeo Vazquez Velazquez, chef d’état-major de l’armée du Honduras, n’ayant sans doute pas suffisamment porté ses fruits et afin d’éviter tout affrontement, le président légitime du Honduras préférera retourner à la frontière côté nicaraguayen pour y établir un campement avec plusieurs centaines de personnes plutôt que d’aller à Washington pour négocier. D’autres citoyens honduriens traversent la forêt par petits groupes, pour mieux éviter les patrouilles de police et tentent de rejoindre leur président légitime en traversant la frontière.
Alors que la secrétaire d’Etat, Hilllary Clinton juge « imprudente » la tentative de retour au Honduras du président Zelaya, les Etats-Unis qui souhaitent officiellement le retour de Manuel Zelaya dans ses fonctions, n’avaient toujours pas pris d’engagement en matière de durcissement des sanctions à la date du 28 juillet, un mois après le coup d’Etat.
"La position de la secrétaire d’Etat Clinton était ferme au départ. Désormais, j’ai le sentiment qu’elle ne dénonce plus vraiment le coup d’Etat et qu’elle ne s’oppose plus fermement à la répression que subit le Honduras", a dit Zelaya. Peu de temps après, les Etats-Unis annulent les visas diplomatiques de quatre représentants du gouvernement de facto. (6)
Le 27 juillet, la Commission Interaméricaine des Droits de l’Homme (CIDH) dénonce l’assassinat de Pedro Madriel Muñoz Alvarado, 23 ans, présentant des signes de torture, lors de la répression du vendredi 24 juillet contre les manifestants qui se dirigeaient vers la frontière pour soutenir Manuel Zelaya. La Commission condamne fermement cet acte, demande une investigation et des sanctions envers les responsables.
Tom Kucharz de Ecologista en Accion, membre de la Mission internationale de Solidarité, Observation et Accompagnement au Honduras, dont font entre autres partie les Mères de la place de mai d’Argentine, explique que "plus de 22 articles de la Constitution sont violés" par le régime putschiste de Micheletti.
Sacrifiant leur vie normale, les citoyens démocrates pro Zelaya restent mobilisés, dans des conditions parfois très difficiles, lors d’actions pacifiques quotidiennes et résistent contre les constantes agressions du gouvernement putschiste. La répression qui a eu lieu le 30 juillet a été particulièrement dure. Malgré cela, les médias internationaux sont restés muets. L’attitude des Etats-Unis consiste à appuyer les négociations d’Oscar Arias ce qui joue en faveur des putschistes en laissant filer le temps.

Afin d’appuyer et d’accompagner la résistance des paysans, des ouvriers et du peuple en général, le CADTM international a décidé, en concertation avec d’autres mouvements de solidarité, d’envoyer au mois d’août une délégation.



Notes

1. Pour une explication de la quatrième urne, lire le communiqué de presse du CADTM : http://www.cadtm.org/spip.php ?article4537
2. voir http://img20.imageshack.us/img20/2605/encuestan.jpg
3.http://www.diariocolombia.es/__n804833__Presidente_Uribe_recibe_a_emisarios_de_Micheletti.html
4. voir http://www.latinreporters.com/colombiepol17072009.html
5.voir http://www.laprensagrafica.com/internacionales/mundo/47899-union-europea-suspende-ayuda-financiera-a-honduras-.html
6. Il s’agit de Roberto Micheletti, du commissaire national des Droits Hummain, Ramón Custodio López, du dirigeant des forces armées du Honduras, le général Romeo Vásquez Velásquez, et du nouveau titulaire du Congrès du gouvernement illégal, José Alfredo Saavedra.
http://www.europapress.es/internacional/noticia-honduras-washington-cancela-visados-diplomaticos-cuatro-miembros-gobierno-facto-20090728193834.html







1er juillet par CADTM



Dimanche 28 juin, le président du Honduras Manuel Zelaya a été séquestré puis expulsé du pays par les militaires. Le CADTM condamne ce coup d’état orchestré par les secteurs réactionnaires de la société (l’armée, l’oligarchie, l’Eglise, le pouvoir judiciaire, les médias dominants) et le Pentagone. Ce coup vise à mettre fin brutalement aux aspirations de changements du peuple hondurien, investi dans le lancement d’une consultation populaire pour ouvrir la voie à un processus d’Assemblée constituante.


En effet, le président avait appelé ce même jour les Honduriens à se prononcer sur la mise en place d’une « quatrième urne », lors des élections générales qui se tiendront en novembre 2009, pour élire une Assemblée nationale constituante chargée d’élaborer une nouvelle Constitution. Les trois premières urnes sont réservées respectivement à l’élection du président, des députés et des maires. Pour justifier l’injustifiable auprès de l’opinion publique internationale, le Congrès et la Cour Suprême ont jugé ce scrutin illégal. Or, celui-ci s’inscrit dans le cadre de la loi sur la participation sociale |1| votée au Congrès le 27 janvier 2006, et se fonde plus largement sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, inscrit dans des textes juridiques majeurs comme la Charte des Nations unies. En outre, pour avaliser ce coup de force et désigner un nouveau gouvernement de facto, ses opposants ont fait valoir l’existence d’une présumée lettre de démission de M. Zelaya, que le président affirme n’avoir jamais signée.

Par ailleurs, contrairement à ce qu’avancent les principaux médias, Manuel Zelaya ne cherchait pas, via cette consultation populaire, à reconduire son mandat présidentiel lors des prochaines élections. En effet, celles-ci se tiendront dans le cadre de l’actuelle Constitution qui prévoit des mandats présidentiels de quatre ans non renouvelables.
En réalité, un bras de fer s’est installé entre l’oligarchie hondurienne et le président Zelaya, pourtant issu de l’oligarchie et membre du Parti Libéral, mais qui a opéré un virage à gauche en rejoignant ALBA (l’Alliance bolivarienne pour les peuples d’Amérique) et en prenant une série de mesures progressistes en faveur des classes populaires (par exemple l’instauration d’un salaire minimum). La proposition de convoquer une Assemblée constituante en vue de modifier la Constitution actuelle, peu propice à des transformations sociales en profondeur, a manifestement fait déborder le vase. En effet, les classes dominantes craignent de perdre leurs privilèges, comme ce fut le cas en Bolivie, en Équateur et au Venezuela, où des assemblées constituantes ont conduit à l’adoption de nouvelles Constitutions progressistes dans plusieurs domaines : contrôle des ressources naturelles, respect du droit des minorités et des peuples indigènes, mesures relatives à l’endettement...

Avec le coup des militaires, le peuple s’est ainsi vu ravir la possibilité de déterminer son avenir par les manœuvres illégales et criminelles des classes dominantes honduriennes, bastion traditionnel de l’orthodoxie néolibérale et du Consensus de Washington, décidées coûte que coûte à empêcher les réformes sociales nécessaires et à faire perdurer l’ordre néolibéral générateur de pauvreté et d’inégalités.

Heureusement la résistance populaire et le soutien apporté par de nombreux présidents latino-américains au président Zelaya commencent à produire des divisions dans l’armée des putschistes. Espérons que la combinaison entre les protestations intérieures et la solidarité internationale ramènera au pouvoir le président Zelaya.

Le CADTM tient à exprimer son entière solidarité avec la population hondurienne qui rejette catégoriquement le coup d’état, et exige la fin de la répression qui s’abat sur les manifestants et les leaders de mouvement sociaux et syndicaux.

Le CADTM soutient la résistance du peuple qui se mobilise pour organiser des vigiles et une grève générale pour exiger le retour du président Zelaya élu démocratiquement et le rétablissement de l’ordre constitutionnel.

Enfin, le CADTM s’associe au peuple hondurien pour exiger la convocation d’un nouvel appel au référendum sur le processus d’Assemblée constituante. Il s’agit là de la seule manière de permettre aux Honduriens comme aux autres peuples du Nord et du Sud de décider enfin de leur propre avenir.

Pour le CADTM, la solidarité des citoyens et des mouvements sociaux est indispensable. Elle doit se transformer en vaste mouvement populaire destiné à mettre à bas la logique néolibérale mortifère pour la remplacer par une logique radicalement autre, basée sur la garantie des droits humains fondamentaux. Dans ce but, l’annulation totale et sans condition de la dette de tous les pays du Sud, est une première nécessaire.
Notes

|1| "ley de participación ciudadana"




2e bulletin spécial sur la résistance au Honduras (14 août 2009) » Au 46ème jour de résistance populaire, la répression à l'encontre des opposants au régime putschiste s'intensifie


par Jérôme Duval, Cécile Lamarque et Sabine Masson[1]


Au 46ème jour de lutte du peuple hondurien contre le Coup d'Etat et le gouvernement de facto, la Police et les Forces Armées ont une nouvelle fois fait preuve d'une extrême brutalité et d'une répression féroce à l'égard des manifestants. En dépit de la répression de la nuit dernière, une nouvelle manifestation qui a réuni des dizaines de milliers de personnes, pacifiques et déterminées, est partie de l'Université pédagogique. Elle allait se rendre au Palais présidentiel, mais à l'annonce de la loi votée par le Congrès National visant à rendre le service militaire obligatoire en cas de crise, les opposants au régime putschiste ont décidé de marcher vers le Congrès.
Alors que les manifestants avançaient vers le Congrès, le centre de la ville s'est vu encerclé par des centaines de militaires et de policiers en armes, empêchant la population de circuler librement et d'exercer son droit à manifester. Les manifestants ont alors subi de plein fouet la violence policière : gaz lacrymogènes, coups aux manifestants pris de panique, arrestations arbitraires, etc.
Suite à cette provocation des forces putschistes se déroule une confrontation devant le Congrès : la police lance des gaz contre les manifestants démunis, qui répondent par des jets de pierres. Après avoir gazé toute la place autour du congrès et le Parque central, les policiers et militaires pourchassent les manifestants qui essayent de fuir en se dispersant dans les rues, frappent les personnes qu'ils arrêtent. Des femmes ont subi des agressions sexuelles.
A 14h30 devant le Congrès, alors qu'une vingtaine de personnes ont déjà été arrêtées, nous sommes témoins de l'arrestation d'une dizaine d'autres, dont nous avons pu noter les identités afin de les communiquer aux associations qui assurent le suivi juridique des personnes détenues, la COFADEH (Comité des Familles de Détenus Disparus au Honduras[2]) principalement. Les militaires et policiers s'en sont pris sans distinction et sans motif aux hommes, femmes et enfants. L'action collective sur la place devant l'édifice du Congrès a permis d'éviter la détention d'un mineur de quatorze ans, tandis que dans la cour du Congrès, on assistait impuissant à l'arrestation d'une professeur, Mabel Carolina Lopez, violemment maintenue au sol pendant près d'une demi heure par les militaires. Les éléments des forces armées qui étaient devant le Congrès élevaient leurs boucliers afin d'empêcher les journalistes de filmer, de prendre des photos. On bloque le passage à la délégation des droits humains, seule une procureur de COFADEH est reçue. Peu après, certains détenus sont apparemment transférés vers une caserne militaire tandis que d'autres sont amenés dans les sous-sols de l'édifice du Congrès. Un journaliste hondurien a également été agressé , les militaires lui ont arraché sa caméra. La répression était semblable voire plus cinglante en d'autres points du centre ville, ainsi qu'a San Pedro Sula, principale ville du Nord du pays.
Le régime putschiste a notamment utilisé le 'Poste 21' composé de militaires des forces spéciales Cobra, forces tristement célèbres pour les tortures qui y ont été perpétrées dans les années 1980. Y ont été enfermées de façon tout à fait illégale 26 personnes, dont on apprend par le Front des Avocats contre le Coup d'Etat qu'elles ont été torturées, frappées, humiliées. Toujours détenues, le régime putchiste veut les inculper d'actes terroristes!
En tant que « Mission d'Observation », nous nous sommes rendus à l'Hôpital Viera où se trouvait le député du parti Unificacion Democratica (UD) Marvin Ponce, blessé par balles au pied, afin de recueillir son témoignage. Impossible d'entrer dans l'hôpital, le gardien avait reçu l'ordre de ne pas nous laisser rentrer!
Dans un même temps, l'Université pédagogique nationale Francisco Morazán (UPNFM), le point de convergence de la résistance hondurienne, a été transformée en forteresse militaire. Une quarantaine de personnes qui étaient à l'intérieur – professeurs, étudiants, syndicalistes, etc - ont été séquestrées plus de huit heures. Ils et elles ont été forcés à se rassembler au centre du terrain de basket, où les militaires les ont maintenus, l'arme pointée en leur direction. Il s'agit d'une détention illégale, réalisée par des forces militaires dans un lieu d'éducation supérieure publique dont l'autonomie est garantie par la Constitution.
Nous nous sommes rendus sur les lieux, accompagnés de deux avocates de la COFADEH afin de pousser à la libération des personnes détenues. Non sans mal, une journaliste de la Cofadeh parvient à rentrer, un avocat du Front des Avocats contre le Coup d'Etat était sur place. Le chef de police, Mr. Cerrato, déclare à la presse que les personnes retenues à l'intérieur font l'objet d'une enquête et doivent donner leur déclaration au sujet d'explosifs que la police et l'armée auraient trouvés à l'intérieur l'Université et attribuent aux opposants. Or, les personnes séquestrées expliquent que ces prétendues « preuves » sont du matériel utilisé par des infiltrés, des déchets de balles et de bombes lacrymogènes tirées la veille par la police contre l'Université.
Aujourd'hui 13 août, on reporte de nombreux blessés à l'Hôpital Escuela, le Consejo Civico de Organizaciones Populares e Indigenas de Honduras (COPINH) déclare que 5 personnes de cette organisation sont portées disparues depuis hier. Les chiffres concernant le nombre de détenus varient selon les sources (police et ministère public). On craint que de nombreuses personnes demeurent disparues.
Cette nouvelle démonstration de force de la part du gouvernement illégitime de Roberto Michelleti et l'établissement d'un régime autoritaire restreignant chaque jour davantage les libertés fondamentales du peuple hondurien font ressurgir le spectre des dictatures latino-américaines des années 1970-1980. Face à l'escalade de violences et de répression, aux violations graves des droits humains, civils et politiques, la solidarité des citoyens et des mouvements sociaux est indispensable. Entre autres revendications, le Front contre le coup d'Etat appelle à faire pression sur les gouvernements du Nord afin qu'ils bloquent tout soutien financier au régime de facto.
[1] Jerome Duval et Cécile Lamarque sont membres du Comité pour l'Annulation de la dette du Tiers monde (CADTM). Sabine Masson est chercheuse à l'Institut des Hautes Etudes Internationales et du développement à Genève. Tous trois participent à la Mission internationale d'Observation et d'Accompagnement des organisations sociales en lutte contre le putsch au Honduras.
[2]Comité de Familiares de Detenidos Desaparecidos en Honduras, www.cofadeh.org/





















Washington face au Honduras :
un numéro d’équilibriste


par Arnold August*

Que pense Washington de ce qui s’est passé au Honduras ? Au premier abord, au nom de la Charte démocratique inter-américaine, les États-Unis dénoncent vigoureusement le renversement du président Zelaya. À y regarder de plus près, ils condamnent le coup d’État, mais ils soutiennent leurs amis putschistes. Arnold August analyse un festival d’hypocrisie embarrassée : les déclarations officielles du département d’État et de la Maison-Blanche.

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Le « président » « civil » Roberto Micheletti.

Presqu’immédiatement après le coup d’État du 28 juin 2009, les grands médias n’ont pu s’empêcher de remarquer que Washington faisait face à un problème. Le 30 juin, on pouvait lire en gros titre dans le quotidien USA Today : « La journée d’Obama : la corde raide présidentielle. » L’article se poursuivait ainsi : « Bon matin depuis le Bureau ovale [Maison-Blanche]. Lors de cette même journée, en 1859, un acrobate français nommé Charles Blondin a marché sur une corde raide au-dessus des eaux torrentielles des Chutes Niagara. Exactement 150 ans plus tard, le président Barack Obama doit sans doute comprendre ce qu’il ressentait… [par rapport à] l’Amérique latine. Obama essaie de résoudre le coup militaire au Honduras malgré la charge de méfiance de l’Amérique latine face aux États-Unis. » [1]

La même journée, le Washington Post titrait : « Sur les questions de politique étrangère, Obama avance à pas comptés. » Le texte se poursuivait ainsi : « Le président Obama est arrivé au pouvoir en promettant des changements audacieux sur de nombreux fronts, mais sa politique étrangère se fait souvent en demi-teintes. Que ce soit en Iran, en Chine ou en Corée du Nord, y a-t-il des moments où l’on ne puisse pas dire que l’administration Obama « manœuvre prudemment » ou « avance à pas comptés » à l’étranger ? Le dernier exemple en lice est le Honduras, dont la Maison-Blanche, hier, a critiqué le coup d’État qui a renversé Manuel Zelaya, sans toutefois signifier sa désapprobation totale. ‘Mais tout en condamnant le renversement, les officiels américains n’ont pas exigé la réinstallation de Zelaya’, écrit le Times de Los Angeles. » [2]

Nous aborderons plus loin les différences apparentes ou véritables entre le président Obama et le département d’État, dirigé par Hillary Clinton. Mais pour l’instant, continuons de traiter le sujet initial. Le correspondant de l’AP, Nestor Ikeda, titrait ainsi son article repris le 6 juillet par plusieurs grands médias internationaux ou états-uniens : « Obama joue le rôle de l’équilibriste dans le drame hondurien ». M. Ikeda atteint sa cible en plein cœur lorsqu’il écrit : « Étant donné qu’Obama avait promis aux gouvernements sud-américains que nous allions désormais privilégier le dialogue dans la recherche de solutions diplomatiques, il semble que pour la première fois, il ait adopté un nouveau rôle face au coup d’État militaire au Honduras : celui de l’équilibriste. » [3]

Par ailleurs, le numéro du 7 juillet du Christian Science Monitor annonçait en manchette : « Hilary Clinton sur la corde raide face au Honduras » pour introduire un article soulignant que : « L’administration Obama s’est attaquée plus profondément à la crise au Honduras, mardi, dans la hâte que se résolve le dernier conflit de l’hémisphère sud. Cependant, elle a bien pris garde de ne pas apparaître comme la puissance hégémonique d’antan qui imposait sa volonté à ses plus petits voisins. » [4]

Dans le même ordre d’idée, le magazine Time écrivait le 8 juillet que : « Depuis le coup d’État, la Maison-Blanche a dû manœuvrer délicatement pour cultiver une nouvelle image moins interventionniste des États-Unis —qui ont trop souvent appuyé les coups d’État en Amérique latine— tout en « répondant aux désirs de l’hémisphère occidental qui leur demande d’être au premier plan dans la défense des normes démocratiques », affirme Vicki Grass, associée dirigeante pour les droits et le développement au Bureau indépendant sur l’Amérique latine à Washington. » [5]

Le dilemme auquel Washington fait face avait été prévu par le sympathisant médiatique le plus endurci du régime issu du coup d’État, soit le El Heraldo du Honduras. En effet, le 19 janvier, après l’inauguration d’Obama, le quotidien constatait : « Il sait qu’il n’a pas le droit de décevoir ses partisans. » […] Parlant de son discours inaugural, on a rapporté que « Ce sera comme si Obama marchait sur la corde raide ». Cela concernait la crise économique, mais pourrait également s’appliquer à la situation internationale. [6]

Le journal El Heraldo savait que l’oligarchie devait faire basculer l’équilibre en sa propre faveur.

Quels sont les deux côtés en bas de cette corde raide ?

Dans l’important discours prononcé par Hillary Clinton, le 15 juillet, au Council on Foreign Relations, elle affirmait que :

« […] La question qui se pose est non pas de savoir si notre pays peut ou doit donner l’exemple, mais comment il le fera au XXIe siècle. Les idéologies rigides et les vieilles formules n’ont pas lieu d’être. Nous avons besoin de considérer [les choses] sous un angle entièrement nouveau […] À ces ennemis actuels et éventuels, permettez-moi de dire que l’importance que nous accordons à la diplomatie et au développement ne remplace pas notre arsenal sécuritaire national. Notre volonté de dialogue n’est pas un signe de faiblesse à exploiter. Nous n’hésiterons pas à défendre vigoureusement nos alliés, nos intérêts et, avant tout, notre peuple, en ayant recours si besoin est à la plus puissante armée du monde. Ce n’est ni une solution que nous rechercherons ni une menace ; c’est une promesse faite à tous les États-uniens. […] [Sur la question du financement accru à USAID] De même que nous ne refuserions pas des munitions à des soldats US en route pour le champ de bataille, nous ne pouvons pas déployer notre personnel civil sur le terrain sans l’équipement nécessaire. […] Pour instaurer un système de coopération mondiale, nous devons définir des mesures adéquates et nous servir d’outils adéquats. Je fais souvent référence à la notion de « pouvoir intelligent » (smart power) car elle est au cœur même de nos réflexions et de nos processus de décision. Elle se définit par l’usage intelligent de tous les moyens à notre disposition, y compris notre capacité à rassembler et à nouer des liens. Elle se définit par notre puissance économique et militaire ; notre capacité à créer des entreprises et à innover ; et les qualifications et la crédibilité de notre nouveau président et de son équipe. Cette notion consiste également à faire preuve d’un bon sens traditionnel lors de la formulation de la politique. Elle allie à la fois principes et pragmatisme. […] » [7]

À présent, prenons note de certaines notions dont l’équilibriste doit tenir compte pour réussir son numéro :

- 1. Washington sera le leader du monde, tel que l’avait formulé mot à mot le président Bush. Le problème, toutefois, c’est que l’orientation de sa politique étrangère s’est avérée un échec, et par conséquent, a menacé l’objectif états-unien de domination et de contrôle. Alors comment doit-on gouverner sans laisser transparaître que nos politiques ne font qu’imiter celles de l’époque de Bush ? C’est ici qu’Hillary Clinton intervient pour affirmer qu’il faut une nouvelle façon de voir les choses (mindset).

- 2. Washington souhaite employer la diplomatie, c’est-à-dire favoriser les pourparlers et inviter les autres pays à dialoguer. En même temps, l’autre côté de la corde raide —que Washington doit éviter— comprend en outre le recours à la force. Mais qu’y a-t-il de nouveau dans cette façon de voir les choses (mindset) ? Mme Clinton prévient ses interlocuteurs que la volonté états-unienne de parlementer n’exclut pas « vigoureusement […] et lorsque nécessaire, [le recours à] l’armée la plus puissante au monde. » En tenant compte de la situation actuelle au Honduras, quelle place et quelle importance tiennent réellement ces intentions pacifiques en regard du recours à la force militaire ?

- 3. « Un mélange de principes et de pragmatisme ». Le principe prédominant, on le suppose, est que les États-Unis doivent « continuer de prendre les devants » (mais avec succès, c’est-à-dire sans provoquer la hargne des peuples et des gouvernements du monde à leur endroit). Le pragmatisme dont il est question signifie sans doute le besoin d’éviter un recours injuste à l’armée aux dépens des propositions de paix, comme cela se passait à l’époque de Bush et des autres administrations avant la sienne. Cela s’avère un véritable défi lorsque l’on considère, d’une part, l’opposition pacifique et continue du peuple hondurien et de son président légitime Manuel Zelaya, et d’autre part, les instigateurs du coup d’État, lequel est à présent doublé d’une répression brutale soutenue par la base militaire états-unien au Honduras. La lutte constante et courageuse du peuple hondurien pour mettre fin au régime issu du coup d’État peut mettre en péril le numéro des équilibristes les plus expérimentés, tels qu’on les retrouve à Washington.

Examinons, si vous le voulez bien, la façon dont le Département d’État tente de composer avec la situation, puisque cela comporte plusieurs leçons pour les populations de l’Amérique du Sud.

Le numéro d’équilibriste du département d’État

Le 28 juin, la journée du coup d’État, Hillary Clinton affirmait : « Les gestes perpétrés contre le président hondurien Mel Zelaya violent les préceptes de la Charte démocratique interaméricaine et par conséquent, devraient être condamnés à l’unanimité. Nous exhortons toutes les parties au Honduras à respecter l’ordre constitutionnel et la primauté du droit, à réaffirmer leur vocation démocratique et à s’engager à résoudre les conflits politiques de façon paisible, à travers le dialogue. Le Honduras doit embrasser les principes mêmes de la démocratie que nous avons réaffirmés lors de l’assemblée de l’OEA, laquelle s’est déroulée au Honduras il y a moins d’un mois. » [8]

Le département d’État a refusé de dire qu’il s’agissait d’un coup d’État, et il ne fait aucune mention du violent enlèvement et de l’expulsion forcée dont le président Zelaya a été victime, réduisant tout cela au simple terme « gestes ». Puis, il poursuit son délicat numéro d’équilibriste en plaçant les putschistes et le gouvernement Zelaya, élu constitutionnellement, sur un pied d’égalité : « Nous exhortons toutes les parties au Honduras […] à résoudre les conflits politiques de façon paisible et à travers le dialogue. » Si l’on pense que les États-Unis savaient que quelque chose se tramait avant même que se produise le coup d’État du 28 juin, alors qu’en est-il du pragmatisme « peace and love » dont parle Hillary Clinton ? Ou encore, se peut-il que les États-Unis aient effectivement été impliqués dans le coup d’État ? Le principe du recours à la force armée revendiqué par Hillary Clinton, tel que citée plus haut dans son discours au Council on Foreign Relations, pourrait très bien vouloir dire que les États-Unis l’utiliseront pour freiner la tendance montante des gouvernements et des peuples d’Amérique du Sud à bâtir leurs propre avenir anti-néolibéral et à s’opposer à la domination états-unienne chez eux. [9]

Le lendemain, 29 juin, Mme Clinton a déclaré : « Les États-Unis ont travaillé avec nos partenaires de l’OEA afin de créer un fort consensus pour condamner la détention et l’expulsion du Président Zelaya et pour demander la restauration totale de l’ordre démocratique au Honduras. Notre priorité immédiate est de rétablir complètement l’ordre démocratique et constitutionnel de ce pays.
Selon moi, la sagesse de notre approche fut évidente, hier, lorsque nous nous sommes fondés sur l’OEA et sur la Charte démocratique interaméricaine pour réagir au coup d’État
. » [10]

Mme Clinton se tournait-elle davantage du côté de la diplomatie, distançant le département d’État des instigateurs du coup d’État appuyés par l’armée ? Après tout, elle affirme « condamner la détention et l’expulsion du président Zelaya ». Néanmoins, afin de prendre part à la résolution ferme de l’OEA [11] contre le coup d’État et pour le rétablissement de Zelaya dans ses fonctions légitimes de président, les États-Unis ont dû faire quelques concessions. Il est à noter que Mme Clinton ne parle pas du retour de Zelaya chez lui, mais qu’elle évoque plutôt, de manière générale, « la restauration totale de l’ordre démocratique au Honduras ».

C’est ainsi que le porte-parole du département d’État, Ian Kelly, a dû monter à son tour sur la corde raide. Tout juste après que Mme Clinton eût fait la déclaration rapportée ci-dessus, le 29 juin, il a répondu aux questions des journalistes sur le Honduras lors du point de presse habituel qui se déroule presque tous les jours sur différents sujets. Selon les extraits cités dans la transcription suivante, il semble évident que les États-Unis ont dû adhérer à l’orientation de l’OEA afin de sauver la face —et de combiner principes et pragmatisme, comme le dirait Hillary Clinton—. Cela semblait avoir été fait à contrecœur, tel que le reflètent les réponses de M. Kelly (les États-unis ont « adhéré » à la résolution de l’OEA). L’échange transcrit plus bas révèle un autre sujet de prédilection, soit la première d’une longue série de questions de journalistes et de réponses ambigües fournies par le département d’État. Cet échange s’est étendu sur une période de six semaines. De quel enjeu fut-il question pendant tout ce temps ? Réponse : déterminer si les États-Unis jugeaient qu’il s’agit effectivement d’un coup d’État militaire au regard des normes juridiques. Ce jugement aurait signifié la suspension de toute l’aide militaire et autres formes de secours à leurs alliés au Honduras.

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Ian Kelly (© Xinhua)

« — Question : Donc, Ian —je suis désolé, c’est seulement pour confirmer— donc vous ne dites pas qu’il s’agit d’un coup d’État, c’est bien cela ?
— M. Kelly : Eh bien je crois que vous avez tous entendu la déclaration de l’OEA hier soir, affirmant qu’il s’agissait bien d’un coup d’État, et que vous avez entendu ce que vient d’affirmer la Secrétaire d'État. Ceci étant dit, nous sommes très conscients des détails de la loi états-unienne à ce sujet. Nous vous reparlerons donc plus tard de la question de la définition légale. Vous comprenez, je ne voudrais pas nécessairement inventer de politiques au moment où l’on se parle.
— Question : Puis-je poursuivre là-dessus ? Car enfin, je ne comprends pas vraiment ce que vous souhaitez au juste, puisque vous ne réclamez pas la restauration. Soit, vous demandez que celle-ci se fasse selon l’ordre démocratique de la constitution, mais vous ne demandez pas à ce que le président —qui est à votre avis le président élu démocratiquement— puisse rentrer au pays. Ainsi, est-ce que vous…
— M. Kelly : Oui, nous le demandons.
— Question : – La Secrétaire Hilary Clinton vient tout juste de dire – non, la Secrétaire vient tout juste de dire qu’elle ne sait pas ce que réclament les États-Unis…
— M. Kelly : Nous – que dis-je, nous avons souscrit à la déclaration très ferme du Conseil permanent de l’OEA qui exige que le Président Zelaya soit rétabli dans ses fonctions de Président légitime.
 » [12]

Le lendemain, 30 juin, Ian Kelly dût affronter les journalistes au sujet de la même question, à savoir si les États-Unis jugeaient qu’un coup d’État avait été perpétré au Honduras en vertu de la loi.

« — Question : Honduras.
— M. Kelly : Elise, oui.
— Question : Pourriez-vous nous parler de la révision de l’aide accordée au Honduras à la suite du coup d’État – du président Zelaya ?
— M. Kelly : Oui. Comme nous en avons discuté hier, il existe une disposition dans la section –il s’agit de la section 7008, je crois- de la loi sur les opérations étrangères qui nous oblige à faire une évaluation légale des faits sur le terrain afin de déterminer si la disposition sur la suspension des fonds s’applique aux circonstances en question. Ce processus se déroule au moment où l’on se parle dans notre Bureau du conseiller juridique.
— Question : - - sans vouloir être simpliste – et je comprends qu’il y ait des questions légales à respecter – mais si vous êtes témoin qu’un Président a été évincé et que des troupes sont au pouvoir sans avoir été élues de façon constitutionnelle, je me – […]
— M. Kelly : Eh bien, oui.
— Question : - - me demande ce qu’il peut y avoir de compliqué là-dedans.
— M. Kelly : Eh bien, d’accord. Vous avez entendu ce qu’a dit la Secrétaire, hier. Elle a dit qu’il s’agissait d’un coup d’État.
— Question : Oui, mais –
— M. Kelly : Le président a dit que c’était un coup d’État.
— Question : D’accord.
— M. Kelly : Nous sommes témoins de certains faits, bien sûr, et ceux-ci nous disent que l’ordre constitutionnel au Honduras a été renversé. Mais il y a également un – il y a un processus à suivre, et nous le suivons présentement. Et c’est une question légale. Et comme vous le savez tous, lorsque l’on – lorsqu’il s’agit de questions légales, il est préférable de consulter ses avocats, c’est donc ce que nous faisons. [….]
— M. Kelly : Eh bien je crois que notre message sera le même que celui que nous avons exprimé publiquement, c’est-à-dire, ce que la Secrétaire Hillary Clinton a affirmé hier et ce que le président Obama a dit – que nous croyons que le président Zelaya est le président constitutionnel du Honduras élu démocratiquement, et qu’il devrait pouvoir terminer son mandat. En outre, nous adhérons de très près aux procédures de l’Organisation des États américains, et nous croyons que ce qui s’est produit au Honduras ne respecte pas les principes de la Charte interaméricaine, et que nous devons nous attaquer à cela de façon multilatérale. Entre-temps, à l’ONU, il y a d’autres événements qui se précipitent. Ainsi, je crois qu’il s’agit là d’une occasion de manifester notre soutien au président élu présidentiellement – pardon, je voulais dire démocratiquement – au Honduras, et également de lui parler de la façon dont nous nous sommes coordonnés avec nos alliés, dont certains se trouvent à l’OEA.
— Question : Croyez-vous que ce soit une bonne idée qu’il rentre au pays jeudi comme il souhaite le faire ?
— M. Kelly : Je ne vais pas – je vais seulement – je crois que c’est une bonne idée qu’il soit rétabli dans ses fonctions de président du Honduras.
— Question : Les États-unis sont-ils prêts à lui fournir des mesures de sécurité s’il retourne au Honduras jeudi ?
— M. Kelly : Voilà une question à laquelle je ne suis tout simplement pas prêt à répondre, en fait.
Oui, Jill.
— Question : Oui, Ian, pour en revenir au sujet – je regrette, mais je crois devoir te poser une autre question légale.
— M. Kelly : Oui.
— Question : Mais seulement – vous dites constitutionnel – vous les connaissez, les faits. L’ordre constitutionnel a été renversé.
— M. Kelly : En effet.
— Question : D’accord. Alors est-ce cela l’élément déclencheur ? Est-ce suffisant pour suspendre l’aide ? Parce qu’ensuite, vous avez dit qu’il y aurait un processus légal à suivre.
— M. Kelly : Oui.
— Question : En d’autres termes, avez-vous défini – est-ce l’élément déclencheur que nous avons – vous savez, renverser l’ordre constitutionnel, par conséquent, nous avons le droit de suspendre notre aide ?
— M. Kelly : Eh bien, nous – comme je le disais, il y a un processus. Nous voulons nous assurer que M. Harold Koh, le Conseiller juridique au département d’État nouvellement entré en fonction, ainsi que son équipe, ait eu le temps voulu de prendre une décision à ce sujet.
— Question : D’accord. Ainsi - -
— M. Kelly : Voilà donc ce qui se passe maintenant.
— Question : D’accord. Donc, ce n’est pas suffisant pour suspendre l’aide ? Le renversement de l’ordre constitutionnel n’est pas suffisant sur le plan légal pour que vous puissiez suspendre votre aide ?
— M. Kelly : Nous avons besoin que nos experts juridiques consultent la loi, constatent les faits sur le terrain et qu’ils prennent une décision.
— Question : Et combien de temps cela prendra-t-il ?
— M. Kelly : Oh, ce ne sera pas long. Je ne peux vous dire avec exactitude combien de temps cela prendra, mais je présume que ce ne sera pas très long.
 » [13]

Encore une fois, on peut observer que M. Kelly retarde son engagement à émettre un quelconque jugement pour déterminer s’il s’agit oui ou non d’un coup d’État selon la perspective et les lois états-uniennes. Pour l’armée, qui se consacrait (et se consacre encore), tous les jours, à réprimer la résistance montante et à entraver son avancée au Honduras, cela se traduit par du temps supplémentaire et la possibilité quotidienne de se régénérer. L’armée et la police s’efforçaient et s’efforcent toujours, par tous les moyens, de dissimuler et d’entraver sérieusement la couverture médiatique locale et internationale concernant la situation véritable qui se déroule au Honduras.

M. Kelly tente également de dévier l’attention portée sur la responsabilité états-unienne en s’empressant d’insister sur le besoin de diplomatie et de médiation par l’OEA. Vous remarquerez, ci-dessus, ce qu’affirme M. Kelly : « nous nous sommes coordonnés avec nos alliés, dont certains se trouvent à l’OEA ». Cela soulève la question à savoir qui sont les alliés de Washington ? Le Costa Rica, La Colombie, le Canada ? D’une part, les États-Unis louangent l’OEA, mais du même souffle, ils se réservent le droit de négocier de manière bilatérale avec certains gouvernements de leur choix. Washington a besoin de temps pour s’organiser avec ses alliés, et pour donner le feu vert aux putschistes afin qu’ils puissent faire de même avec l’oligarchie de droite de l’Amérique du Sud et de Miami. Cela représente une tentative à peine voilée de diviser les forces au sein de l’OEA. La résolution juste et bonne de l’OEA ne devient plus qu’une opération de camouflage qui sert à n’importe quoi sauf à la réinstallation du président Zelaya.

M. Kelly a également refusé de répondre à la question à savoir si les États-Unis allaient fournir des mesures de sécurité au président Zelaya s’il essayait de revenir chez lui. Ce numéro d’équilibriste est très révélateur, parce que lorsque M. Zelaya a déclaré publiquement qu’il allait effectivement tenter de rentrer chez lui par voie terrestre, le 24 juin, en passant par la frontière du Nicaragua, les États-Unis ont tenté de persuader M. Zelaya du contraire avec la dernière énergie, comme on le verra plus bas. Cela fut fait de manière à ce que tout incident qui puisse découler du retour de Zelaya soit perçu comme étant sa faute par les États-Unis. Cette position est la même que celle revendiquée par les instigateurs du coup d’État.

Lors du point de presse suivant, soit le 1er juillet, M. Kelly, répondant à la même question – à savoir quand les États-Unis auraient finalement déterminé s’il s’agissait d’un coup d’État au regard de la loi – M Kelly, donc, a déclaré qu’il ne pourrait acquiescer à aucun « adverbe de temps ». Il a d’ailleurs ajouté – ce qui semble être une excuse pour des délais ultérieurs – que les États-Unis prennent « [leurs] obligations légales très au sérieux ». C’est tout de même curieux de voir que la loi portant sur les résolutions adoptées par l’OEA ne semble pas relever du fait de prendre « [leurs] obligations légales très au sérieux. »

« — Question : Pour commencer avec le Honduras : hier, vous nous avez dit que le Bureau du Conseiller juridique avait entrepris son examen officiel pour savoir si le gouvernement états-unien considérait cela comme un coup d’État.
— M. Kelly : Effectivement.
— Question : Et par conséquent, si cela entraîne la suspension de l’aide.
— M. Kelly : Oui.
— Question : Avez-vous terminé cet examen ? Vous avez également dit que vous pensiez que ce ne serait pas long.
— M. Kelly : Oui.
— Question : Est-ce terminé, et avez-vous pris une décision ?
— M. Kelly : Oui. Il est toujours risqué d’adjoindre un adverbe de temps, peu importe lequel, à une quelconque déclaration. En fait, nous n’avons pas fini d’étudier la question. Néanmoins, comme je l’ai dit hier, nos conseillers juridiques sont présentement en train d’évaluer activement les faits et la loi en question, que nous prenons très au sérieux. Nous prenons nos obligations légales très au sérieux. Et puis, bien évidemment, je vous en informerait sitôt que cette décision sera prise.
 » [14]

Voici maintenant en quoi consistait la partie du point de presse du 2 juillet portant sur le Honduras, en réponse aux questions du même journaliste :

« — M. Kelly : Eh bien, évidemment, notre objectif est la restauration constitutionnelle – de l’ordre constitutionnel à Tegucigalpa, ce qui veut dire la réinstallation du président Zelaya. Un processus mené par l’OEA est en cours actuellement. Nous croyons qu’il faudrait permettre à ce processus de se dérouler pleinement, et nous aurions tendance à dissuader qui que ce soit de poser des gestes pouvant entraver le déroulement de ce processus jusqu’au résultat souhaité, c’est-à-dire, évidemment, la réinstallation de Mel Zelaya au pouvoir.
— Question : Donc – simplement pour clarifier – êtes-vous en train de sous-entendre que son retour prématuré puisse être une entrave ?
— M. Kelly : C’est possible. Je pense que ce sur quoi nous devrions tous nous concentrer présentement, c’est la mission de l’OEA mandatée par son Assemblée générale extraordinaire. Évidemment, je ne peux parler au nom du président Zelaya, mais je crois comprendre qu’il ait prévu de retarder son retour au pays.
— Question : Avez-vous des nouvelles concernant la révision de l’aide accordée au Honduras et de la possibilité qu’elle soit suspendue ?
— M. Kelly : Oui, j’ai effectivement une mise à jour pour vous là-dessus, si vous voulez bien m’accorder quelques instants. La révision légale a présentement cours. Nous sommes en train d’essayer de trancher pour déterminer si la section 7008 de la Loi sur l’assistance aux pays étrangers doit être appliquée. Entre-temps, nous avons pris des mesures pour interrompre, comment dire, les programmes d’assistance que nous serions tenus par la loi de suspendre si effectivement l’on considère – si les événements du 28 juin sont considérés comme, tels que définis – ça y est, je commence à avoir l’air d’un avocat – tels que définis dans la section 7008 de la Loi sur l’assistance aux pays étrangers, s’ils sont définis comme étant un coup d’État.
 » [15]

Et tandis que cela se déroule à Washington, la répression contre la résistance héroïque du peuple hondurien se poursuit sans relâche.

Était-ce un coup d’État militaire ou non ? Le Département d’État a-t-il pris une décision ?

Pas encore ! Le 6 juillet, le numéro d’équilibriste se poursuivait ainsi :

« — Question : D’accord. Mais avez-vous pris une décision quant à – une décision à savoir s’il s’agit en effet d’un coup d’État militaire, et si par conséquent l’aide fournie par les États-Unis devrait être suspendue ?
— M. Kelly : Eh bien, comme je l’ai dit jeudi, nous avons décidé que toute aide suspendue en vertu de cette loi – qu’aucune aide de cet ordre ne doit parvenir actuellement au régime de facto. Nous sommes encore plongés dans le processus qui déterminera si cette loi s’applique. Néanmoins, nous préférons nous abstenir de prendre une décision statutaire pendant que ces initiatives diplomatiques sont en cours.
— M. Kelly : Bon, voici quelques faits. L’un d’eux est qu’il y a – la plupart de nos activités sont exclues en vertu de cette section spécifique de la loi, et il s’agit de l’aide humanitaire et de l’aide fournie pour soutenir les programmes qui visent à établir la démocratie.
Les fonds que nous avons décidé de couper sont ceux versés aux programmes qui pourraient être considérés comme ayant – directement aidé le gouvernement ou le – ce que nous appelons le régime de facto au Honduras. Il s’agit d’un processus compliqué, mais nous admettons que nous pourrions décider de suspendre notre aide, et c’est pourquoi tous les programmes qui pourraient être considérés comme un soutien au gouvernement ont été – aucune de cette aide n’est en route actuellement.
 » [16]

Il est à noter que M. Kelly s’inquiète de ce que l’aide envoyée au régime de facto soit « considérée » comme un soutien au gouvernement ; il utilise d’ailleurs ce terme deux fois dans le même paragraphe. Cela me rappelle l’importante déclaration de principe que Mme Clinton a faite le 15 juillet, tel que rapportée plus haut, alors qu’elle évoquait « les compétences et la crédibilité de notre nouveau président et de son équipe. […] cela signifie également se servir du bon vieux sens commun dans l’élaboration de nos politiques. Bref, c’est un mélange de principes et de pragmatisme […] » Ainsi, ce qui semble préoccuper le département d’État en tout premier lieu, c’est de rebâtir l’image et la crédibilité des États-Unis, tandis que ceux-ci tentent de « prendre les devants » d’une manière nouvelle et efficace. Accorder temps et soutien au régime de facto contribue au principe énoncé plus haut sur l’objectif impérialiste de domination états-unienne, ou comme on le dit à Washington, « prendre les devants ». Cette intention est censée se mêler au pragmatisme : dans le cas du Honduras, cela veut dire s’abstenir d’appuyer effrontément le régime soutenu par l’armée, comme cela aurait été le cas avec les politiques de Bush, lesquelles n’ont fait que contribuer à encourager les grands mouvements de masse latino-américains contre l’impérialisme états-unien et les politiques néolibérales. La défaite rapide du coup d’État contre Chavez organisé par les États-Unis ne fait que démontrer à son tour la futilité de ces politiques, que Washington essaie maintenant d’éviter. Et c’est en dissimulant la véritable cible des États-Unis sous des notions de dialogue et de diplomatie que ce pragmatisme se manifeste.

La portée de cet article ne me permet pas d'aborder certaines notions ou niveaux juridiques subtils quant aux différentes formes d’aide fournies par les États-Unis, entre autres dans le cadre de la « promotion de la démocratie », dans les domaines militaire, économique, humanitaire. Je me limiterai ici à traiter de la politique états-unienne actuelle, qui consiste à ne pas vouloir se prononcer clairement sur la nature juridique du coup d’État. Quelles seraient, pour les politiques états-uniennes relatives au Honduras, les conséquences d'une définition juridique claire du coup d'État comme étant un coup d’État militaire ? Les deux plus récents articles d’Eva Golinger fournissent des révélations et des analyses détaillées sur les différentes formes de l’aide états-unienne [17] :

Dans le point de presse du 7 juillet, M. Kelly a répondu à une question concernant le rétablissement de M. Zelaya dans ses fonctions de Président :

« — M. Kelly : Oui. Eh bien, je crois – si vous regardez le discours du président Obama à Moscou aujourd’hui, ce qu’il a dit, c’est que nous avions été témoins d’une situation où un président élu démocratiquement a été renversé et forcé à s’exiler. Et nous voulons adhérer au principe voulant que l’on ne puisse traiter ce genre de conflits sans égard à la constitution. Voilà le principe que nous souhaitons voir respecter. Nous voulons voir le – cet ordre démocratique et constitutionnel restauré.
— Question : Il semble que vous ayez ouvert la porte à une autre solution en devançant probablement les élections - -
— M. Kelly : À présent, c’est ce qu’on va voir. C’est-à-dire, maintenant – c’est-à-dire que nous soutenons depuis le début que (a) nous voulons que ces conflits soient résolus à travers le dialogue et (b) nous avons perçu cela comme un problème pour l’Organisation des États Américains et pour le – pour le forum du Forum Interaméricain. À présent, un processus remarquable est en cours où le président du Costa Rica joue le rôle de médiateur. Évidemment, ce processus ne fait que commencer. Et comme l’a dit la Secrétaire, nous ne voulons pas présumer de la façon dont il se déroulera, mais à présent, un dialogue a été établi.
 » [18]

M. Kelly veut que la médiation du président du Costa Rica, M. Arias, puisse « se dérouler pleinement » pendant qu’au Honduras, la lutte se poursuit entre le régime militaire et la Résistance populaire. Il semble que le département d’État souhaite vivement que la Résistance du peuple hondurien s’estompe avec le temps. Néanmoins, au moment d’écrire ces lignes, on ne trouve aucun signe de découragement en dépit de la répression et des conditions extrêmement difficiles.

Le 10 juillet, en réponse aux journalistes, le secrétaire d’État adjoint, M. Philip J. Crowley, a affirmé que les « […] négociations [menée par Arias] sont le meilleur moyen de résoudre la crise de manière pacifique […] » [19]. Ce n’est que lorsqu’un journaliste a insisté pour savoir si cela supposait le retour de Zelaya au pouvoir que Crowley a confirmé ceci – à tout le moins verbalement.

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Hillary Clinton reçoit Manuel Zelaya (© State Departement).

La médiation menée par le Président Arias est-elle un processus états-unien ?

À mesure que la réponse à cette question prenait davantage le devant de la scène, on a demandé à M. Kelly, le 13 juillet, si la médiation menée par M. Arias constituait ou non un processus états-unien.

« — M. Kelly : Oui, eh bien ce n’est pas un processus américain. C’est un processus où nous mettons tous nos – c’est un processus mené par le président du Costa Rica, Oscar Arias, auquel nous donnons tout notre appui. Et…
— Question : À mes yeux, cela ressemble drôlement à un processus américain. (Rires)
— M. Kelly : Nous appuyons ce processus mené par Arias. Il n’est pas américain ce…
— Question : Quel pays se trouve dans quelle partie du monde ?
— M. Kelly : Ce n’est pas un processus qui est mené par les États-Unis d’Amérique. (Rires) Et devons simplement donner – nous devons donner le temps à ce processus de fonctionner. Et je vais simplement – nous – nous allons – comme je le disais, nous appuyons fermement le président Arias. Vers la fin de la semaine dernière, il a dit qu’il s’attendait à s’asseoir de nouveau avec les deux parties, et j’espère qu’il s’agira du type de propositions dont les deux protagonistes seront prêts à discuter.
 » [20]

Puis, le 14 juillet :

« —Question : Le président Zelaya a donné un – ce que les gens ont appelé un ultimatum. Il affirme que si les pourparlers dont le président Arias est le médiateur ne le réinstallent pas ou ne le remettent pas au pouvoir lors de la prochaine session, qu’ils auront échoué et que d’autres mesures pourraient devoir – d’autres mesures devront être adoptées.
— M. Kelly : Oui.
— Question : Quel – est-ce là la position qu’ont adoptée les États-Unis ?
— M. Kelly : Eh bien, je pense que vous savez quelle est notre position – qui est que nous croyons que tous les intervenants dans ces pourparlers devraient donner du temps à ce processus, ne pas donner de dates butoir artificielles, ne pas faire de – ne pas dire que si un résultat « x » ne se produit pas dans tel délai, que les pourparlers seront clos. Nous devons laisser ce processus faire ses preuves et appuyer le travail du président Arias.
— Question : Alors, allez-vous considérer qu’ils ont échoué si la prochaine session ne provoque pas le retour de Zelaya ?
— M. Kelly : Eh bien écoutez, comme je viens de le dire, nous ne voulons pas fixer de date butoir artificielle.
— Question : Alors, voilà qui est – êtes-vous en train de nous dire que la réponse est « non », que vous n’êtes pas d’accord avec Zelaya quand il dit qu’il s’agira d’un échec s’ils - -
— M. Kelly : Je crois que nous devrions donner une chance au Président Arias […]
 » [21]

L’équilibriste change, mais la précarité demeure

Le 17 juillet, M. Robert Wood, un autre porte-parole du département d’État, s’adressait ainsi aux journalistes :

« — M. Wood : Et puis écoutez, les pourparlers de paix dirigés par Arias n’ont pas été – voyez-vous, cette initiative est récente. Nous devons lui donner du temps. Comme je l’ai déjà dit, il s’est engagé dans ce processus, nous le sommes aussi, et d’autres dans l’hémisphère occidental le sont. Nous devons donner la chance à [ce processus] de faire ses preuves. Nous devons lui permettre d’évoluer. Ainsi, nous allons continuer d’encourager les intervenants à l’appuyer dans ce processus, parce que nous croyons que c’est la meilleure manière de revenir au point où nous voulions nous trouver. _ Warren. _ — Question : Pour poursuivre là-dessus, le gouvernement états-unien a-t-il spécifiquement demandé au président Zelaya, ou l’a-t-il exhorté à ne pas faire une autre tentative contestée de revenir au Honduras ?
— M. Wood : Je ne voudrais pas aborder des discussions que nous pourrions avoir eues ou ne pas avoir eues avec le président Zelaya sur une foule de sujets. Disons simplement que nous ne voulons pas – comme je l’ai dit plus tôt, nous ne voulons pas que quiconque prenne de mesures qui puissent entrer en conflit, de quelque manière que ce soit, ou ne pas contribuer de manière bénéfique au processus de médiation.
— Question : Donc, son retour ne serait pas bénéfique ? Est-ce ce que vous dites ?
— M. Wood : Je n’ai rien à ajouter à ce que je viens de vous dire […]
 » [22]

Qu’est-ce que Hillary Clinton a dit à Micheletti ?

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L'armée hondurienne protège le putschiste Micheletti (© Getty Images, photo transmise par l'auteur).


Revenons à M. Crowley, lors du 20 juillet :

« — M. Crowley : Et hier, depuis New Delhi, la Secrétaire a eu une conversation téléphonique avec le leader du régime de facto, M. Micheletti. Et elle a exposé durant cet appel – l’a encouragé à continuer de se concentrer sur ces négociations, et l’a également aidé à comprendre les conséquences qui pourraient s’ensuivre s’il laissait passer cette occasion de médiation.
— Question : En fait, c’est la première fois qu’elle – que qui que ce soit, je crois, parle à Micheletti ?
— M. Crowley : Voilà une bonne question. Je ne – nous avons été en contact avec des représentants des deux parties, mais de toute évidence, c’est là son premier contact avec lui.
— Question : Donc ce n’était pas concernant…
— Question : Avez-vous une transcription qui démontre son niveau de fermeté dans sa conversation avec Micheletti ?
— M. Crowley : Je crois qu’elle… […]
— Question : …a-t-elle signifié très clairement à M. Micheletti que les États-Unis ne reconnaissent pas le gouvernement de facto, et que peu importe ses objections durant les pourparlers de ce week-end, il devra se préparer à se retirer afin de laisser le président élu reprendre sa place ?
— M. Crowley : Je crois que cet appel téléphonique a été très ferme. Néanmoins, je pense qu’il a été – elle a clarifié à savoir si le régime de facto avait besoin qu’on lui rappelle que nous voulons la restauration de l’ordre démocratique et constitutionnel, donc une résolution pacifique. Nous croyons que personne ne devrait prendre la moindre mesure qui puisse attiser le risque de violence au Honduras, et nous appuyons totalement la médiation en cours menée par Arias.
— Question : Donc, vous avez prévenu M. Zelaya de rester pour l’instant au Nicaragua, ou dans le pays qui lui donne refuge, si cela pourrait faire diminuer les tensions ?
— M. Crowley : Je crois que nous avons aussi signifié clairement au président Zelaya qu’à notre avis, la médiation est la voie à suivre.
Oui.
— Question : Pouvez-vous – des mesures plus sévères, des déclarations que vous êtes prêts à faire s’ils – le régime de facto ne change pas sa conduite…
— M. Crowley : Vous savez, nous disposons d’alternatives s’ils ne le font pas – également des obligations légales si les négociations échouent. […]
— Question : P.J., je voudrais simplement clarifier. Vous avez affirmé avoir dit à Zelaya que la médiation était la voie à suivre. Mais lui avez-vous dit spécifiquement : « Ne rentrez pas car c’est dangereux et cela pourrait engendrer des tensions et de la violence » ?
— M. Crowley : Oui.
— Question : C’est ce que vous lui avez dit, directement ?
— M. Crowley : Oui.
— Question : D’accord.
 » [23]

Cette conversation téléphonique entre Mme Clinton et Micheletti n’a pas été divulguée au public. Néanmoins, je crois que Mme Clinton s’est effectivement montrée très « ferme » face à son interlocuteur, tel que son porte-parole et secrétaire du département d’État l’a indiqué plus haut. Mais pourquoi donc ? Les instigateurs du coup d’État ne peuvent même pas se mettre d’accord sur une proposition – qui pourtant les favorise grandement – issue de la médiation, tandis que la résistance se poursuit dans les rues du Honduras : quelle image cela donne-t-il de la nouvelle politique étrangère que Washington voudrait transmettre à travers le globe ? De quoi cela a-t-il l’air aux yeux de la population états-unienne elle-même, qui a démontré qu’elle était de plus en plus opposée aux politiques d’affrontement sur la scène internationale ?

M. Zelaya, pour sa part, n’a pas eu le privilège d’être averti en privé. Comme le département d’État l’indique plus haut : « Ne rentrez pas car c’est dangereux et cela pourrait engendrer des tensions et de la violence. » En affirmant cela publiquement, ne démontre-t-on pas ouvertement aux putschistes qu’ils ont le droit de s’en prendre à Zelaya et que Washington ne lui portera pas secours ? Si nous comparons cela à la conversation téléphonique secrète avec M. Micheletti, semble-t-elle aussi ferme que les paroles adressées à M. Zelaya ?

La décision de Washington quant à la classification légale du coup d’État, en vertu des normes états-uniennes, n’avait pas encore été prise. Ce jugement éventuel allait déterminer si les États-Unis suspendraient ou non la totalité de leur aide militaire et économique, de façon permanente, aussi longtemps que les instigateurs du coup d’État resteraient au pouvoir, couperaient toute aide militaire, économique et politique ainsi que la reconnaissance diplomatique.

Le régime est totalement dépendant des secours états-uniens de toutes sortes pour assurer sa survie. Au moment du point de presse mentionné ci-dessus (le 20 juillet), le département d’État affirmait avoir simplement fait une interruption temporaire dans le cas de certains programmes. Or, plus tard au cours de ce même point de presse, en réponse à la question suivante : « Avez-vous décidé s’il s’agissait d’un coup d’État sur le plan légal […] » M. Crowley a dit : « non ». [24]

De l’ambigüité au cœur de l’ambigüité ! Cela veut-il dire que les États-Unis avaient finalement jugé que le coup d’État n’était pas légal, ou qu’ils n’avaient pas encore pris leur décision ? En fait, cette clarification n’aura lieu que plus d’une semaine plus tard, soit le 29 juillet.

Lors du point de presse suivant, le 21 juillet, le porte-parole adjoint du département d’État, M. Robert Wood, a répondu à une question en ces termes : « Nous sommes en contact constant avec un certain nombre de pays de l’hémisphère au sujet de la situation au Honduras. Et nous croyons que la médiation menée par Arias constitue la voie à suivre […] » En réponse à une autre question, à savoir ce que Wood voulait dire par « agir maintenant », il a affirmé : « ce que je veux dire par ‘agir maintenant’, c’est que nous disposons d’un processus que nous avons mis en œuvre et qui est mené par le président Arias ». [25]

Il semble évident que la médiation contribue à donner du temps aux États-Unis pour leur permettre de former des alliances en Amérique du Sud. Celles-ci sont dirigées non seulement contre Zelaya, mais également contre tous les gouvernements sud-américains, y compris ceux des Caraïbes, qui persistent à appuyer son retour inconditionnel, tel que les résolutions de l’OEA et de l’ONU l’exigeaient. La situation doit être très frustrante dans les rues de nombreuses villes du Honduras, où des milliers de personnes défient l’armée entraînée et parrainée par les États-Unis : en effet, tandis que le peuple persiste à défendre ses revendications malgré la violente répression, « agir maintenant », selon les États-Unis, s’applique uniquement aux forces sociales qui s’opposent aux instigateurs du coup d’État, mais ne concerne pas le régime putschiste. Sur la liste des priorités états-uniennes, les propositions de paix se retrouvent tout en bas, bien enfouies sous le matériel militaire.

Imprudent, prématuré et téméraire ?

Le lendemain, 23 juillet, en réponse à une autre question concernant les délais de la médiation, le secrétaire d’État adjoint, M. Philip Crowley, a affirmé qu’il ne devrait pas y avoir « d’échéance ». Puis, rétorquant à un autre journaliste qui voulait savoir si Zelaya prévoyait retourner au Honduras, il a qualifié ce retour « d’imprudent ». [26]

Le 24 juillet, la lutte s’intensifiait dans les rues du Honduras ainsi que dans les zones proches de la frontière nicaraguayenne, où M. Zelaya préparait son retour. Ce jour-là, la vidéo officielle du département d’État n’a pu dissimuler la réaction du secrétaire d’État adjoint M. Philip Crowley, lorsqu’une fois de plus, on lui a posé une question au sujet du retour de M. Zelaya. La frustration se lisait partout sur son visage. Il a semblé soupirer d’exaspération, puis, il a serré la vis un peu plus fort à M. Zelaya et à ses sympathisants, affirmant maintenant que son retour serait « prématuré ». [27]

Il n’y avait peut-être pas de grande différence entre « imprudent » et « prématuré », mais la même journée, le 24 juillet, Mme Clinton est apparue dans un point de presse avec le Premier ministre iraquien Nour al-Maliki, après leur rencontre au département d’État. Elle a affirmé de son propre chef, sans qu’il s’agisse d’une réponse à la question d’un journaliste, qu’elle considérait le retour de Zelaya comme étant «  téméraire  » [28]. Il n’y a aucun doute, cela consiste à serrer la vis. Et en outre, n’est-ce pas là une façon d’encourager M. Micheletti à prendre une position rude envers Zelaya ? La « fermeté » de l’appel téléphonique de Mme Clinton devait être bien loin dans l’esprit de Micheletti lorsqu’il l’a entendue prévenir publiquement M. Zelaya.

Le duo Clinton- Micheletti

À partir du vendredi 24 jusqu’au dimanche 26 juillet, l’armée s’est essayée (et dans une certaine mesure, a réussi) à réprimer par la force brutale le grand mouvement d’appui absolument indéniable et héroïque du peuple hondurien, qui voulait accueillir le président Zelaya à la frontière. En dépit de cela, le lundi 27 juillet, M. Kelly a corroboré l’opinion de Mme Clinton au sujet du retour de Zelaya, le qualifiant de « téméraire, effectivement ». Il a également ajouté que le département d’État appuyait le retour de Zelaya dans la mesure où ce soit fait « d’un commun accord ». En réponse à une question concernant la demande de sanctions qu’avait faite M. Zelaya contre le régime de facto le 27 juillet, M. Kelly a évité la question en affirmant qu’ils « appuyaient le président Arias ». [29]

 




Comment peut-il y avoir un « commun accord » alors que les putschistes refusent que Zelaya soit rétabli dans ses fonctions de président, que ce soit par des moyens diplomatiques vagues et douteux (les propositions du président Arias) ou par un retour pacifique via la frontière ? Dans le contexte de la situation tendue qui prévaut le long de la frontière Nicaragua-Honduras, « appuyer M. Arias » suppose de plus en plus chaque jour que cette médiation parrainée par les États-Unis est conçue pour fournir au régime militariste le temps nécessaire pour s’organiser au niveau national et international. En effet, M. Micheletti est en train d’établir ses contacts au niveau international, et entre-temps, il utilise la force brutale contre la population : le temps joue en faveur du statu quo. Le département d’État, le président Arias et M. Micheletti font tout ce qu’ils peuvent pour démoraliser et décourager les mouvements sociaux au pays, tout en s’efforçant de provoquer des divisions et des désertions au niveau international.

En parlant de donner du temps au régime de Micheletti, le 27 juillet, le Wall Street Journal lui a fourni l’occasion d’exprimer son opinion sur sa page éditoriale. Micheletti a littéralement fait l’éloge du terme « téméraire » choisi par Mme Clinton pour qualifier le retour de Zelaya, affirmant qu’il s’agissait là d’un qualificatif « approprié ». Il a poursuivi en faisant ainsi appel à l’extrême-droite et aux éléments belliqueux de l’oligarchie états-unienne : « […] plutôt que d’imposer des sanctions, les États-Unis devraient poursuivre les sages politiques de Mme Clinton. Elle appuie les efforts du Président Arias dans sa médiation concernant ces questions. » [30]

Il doit y avoir beaucoup de pression sur la nouvelle administration à Washington pour maintenir la domination militaire pro-états-unienne sur le Honduras, peu importe ce qu’il en coûtera à l’administration Obama. Le Wall Street Journal témoigne de cette coercition.

Le Wall Street Journal et la droite états-unienne

Dans un récent article de l’avocate, auteure et journaliste états-unienne d’origine vénézuélienne Eva Golinger, publié dans Cubadebate, elle écrivait que

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Roberto Micheletti

« Le Wall Street Journal fait partie de l’agence de presse Dow Jones News Corporation. Son propriétaire est le puissant multimillionnaire Rupert Murdoch. Celui-ci, grâce au monopole de News Corporation, contrôle des centaines de journaux, magazines, chaînes de télévision et stations de radio à travers le globe. Murdoch est bien connu pour sa chaîne American Fox News, laquelle favorise la vision impérialiste et néoconservatrice des États-Unis. Certaines de ses autres entreprises médiatiques comprennent le National Geographic Channel, The Film Zone, tous les canaux et studios de FOX, Cine Canal, MySpace (internet) Harper Collins (édition), New York Post (quotidien), The Sunday Times (RU), The Sun (RU), et bien d'autres encore.
Le
Wall Street Journal est un quotidien qui jouit d’un tirage de plus de deux millions d'exemplaires par jour sur l'échelle mondiale et de 931 000 lecteurs sur internet. L'éditorial du dictateur Roberto Micheletti a été rédigé et diffusé par son lobbyiste aux États-Unis, le procureur Lanny Davis, ami intime et avocat de l'ancien président Bill Clinton et de son épouse Hillary, la secrétaire d'État du Président Obama. Le Wall Street Journal a plaidé d’emblée en faveur du coup d’État au Honduras, et il a même publié une série d'articles tentant d'accuser le Venezuela et le président Hugo Chavez d'avoir causé la crise dans ce pays centroaméricain. » [31]

Le réseau de contacts commence à se dévoiler, tel qu’en témoigne le texte ci-dessus. Il devient de plus en plus difficile pour le fildefériste de conserver son équilibre. Inévitablement et sous les yeux de tous, il semble être en train de basculer du côté de la puissance militaire, aux dépends du cheval de Troie que représente le « dialogue et la diplomatie » situé de l’autre côté du fil. Il faudrait tout un acrobate pour maintenir la position chancelante de cet équilibriste.

« Je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus »

La première fois que les journalistes ont demandé au département d’État si le coup d’État avait été jugé légal ou non, c’était le 29 juin, soit le lendemain du renversement militaire. M. Kelley avait répondu, tel que cité plus haut : « Je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus. » Le 28 juillet – je répète volontairement – le 28 juillet, c’est-à-dire un mois plus tard :

« — Question : Et une… une autre sur le Honduras. Je suis bien conscient que le Bureau du conseiller juridique était à l’œuvre pour déterminer si les événements au Honduras correspondaient techniquement à la définition légale d’un coup d’État, ce qui par conséquent aurait entraîné la suspension de l’aide – qui a déjà été suspendue, comme je le constate.
— M. Kelley : Oui.
— Question : Avez-vous enfin pris une décision sur cette question ?
— M. Kelley : Je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus.
— M. Kelley : Ian ?
— Question : Cela veut-il dire que vous avez pris votre décision ou que cet examen achève ?
— M. Kelley : Je – comme je viens de le dire, je vais devoir – je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus.
 » [32]

Ce qui est encore plus révélateur que les transcriptions, c’est le langage corporel qu’exhibait M. Kelley et qui est bien visible sur la vidéo officielle. On aurait dit qu’il s’était passé une éternité avant qu’il ne donne sa dernière réponse : « Je – comme je viens de le dire, je vais devoir – je n’ai pas encore de mise à jour là-dessus ». Il ne cessait de gigoter. Par ailleurs, les journalistes n’avaient plus de questions. Pas un seul d’entre eux n’a souligné que le département d’État avait dit la même chose il y a un mois ! Si ce n’était de la situation profondément grave et critique que vit le peuple hondurien, et au demeurant toute l’Amérique du sud dans le contexte historique du coup d’État, alors le cirque du Département d’État aurait dû être anéanti sous nos moqueries.

Mais le show continue : est-ce, oui ou non, un coup militaire ?

Le 1er août :

« — Question : Est-ce que le fait que vous n'avez pas encore condamné ce gouvernement signifie que vous l’appuyez d'une façon ou d'une autre ?
— M. Crowley : Pendant environ un mois, nous avons fermement condamné l'action du régime de facto et le renvoi du président Zelaya.
— Question : Reconnaissez-vous qu'il s'agissait d'un coup d'État, d'un coup d'État militaire ?
— M. Crowley : Eh bien, il y a certaines questions juridiques dans ce cas que nous avons décidé de ne pas traiter à cette étape. Mais nous avons dit clairement, et sous tous les tons possibles, que ce qui est arrivé au Honduras constitue une violation de la Charte de l'OÉA. C'est pour cela que nous avons pris des mesures contre le Honduras. Il s'agit d'une violation de la Charte démocratique interaméricaine, et nous poursuivrons intensivement nos efforts pour essayer de résoudre cette situation.
 » [33]

Le 6 août, un journaliste a insisté sur la question de la définition juridique à donner au coup d'État :

« — M. Wood : [...] Mais un coup d'État a eu lieu dans ce pays, et [...]
— Question : Eh bien, vous n'avez pas encore déclaré officiellement qu'il s'agit, sur le plan juridique, d'un coup d'État.
— M. Wood : Nous l’avons qualifié de coup d'État. Ce que nous avons dit c’est que, sur le plan juridique, nous ne pouvons pas le qualifier comme étant un coup d'État militaire. Une analyse est toujours en cours.
— Question : Pourquoi faut-il tant de temps pour établir s'il s'agit ou non d'un coup d'État militaire ?
— M. Wood : Eh bien, regardez, ce cas comporte un grand nombre de questions juridiques qui doivent être examinées attentivement avant que nous puissions nous prononcer, et, pour le faire, nous devons échanger des informations avec un certain nombre de parties. Nous devons examiner ces informations et prendre la meilleure décision juridique qui soit possible sur si oui ou non…
— Question : Cela prend beaucoup de temps, semble-t-il.
— M. Wood : Eh bien, lorsqu'on traite de questions juridiques aussi délicates, les choses prennent du temps. Nous voulons donc faire en sorte que…
— Question : Avez-vous pris une décision sur la nécessité d'imposer des sanctions supplémentaires contre le gouvernement « de facto » ?
— M. Wood : Aucune décision n'a été prise pour le moment, à part celle d'appuyer les Accords de San José et le processus de médiation.
— Question : [...] Ma question était la suivante : avez-vous oui ou non pris la décision de ne pas imposer de nouvelles sanctions contre le Honduras ?
— M. Wood : Et ce que je vous réponds c'est que nous nous concentrons en ce moment sur l'appui à ce processus et que nous essayons d'obtenir des deux parties qu'elles en viennent à une sorte d'entente politique. Mais je n'ai rien d'autre à ajouter sur cette question.
 » [34]

À ce point, ce que l'on ne peut lire sur la transcription mais que l'on peut voir très clairement sur la vidéo c'est que M. Wood était visiblement agacé. Il a interrompu le journaliste très persistant en pointant du doigt un autre journaliste. Or le peuple hondurien sait qu'il s'agit d'un coup d'État militaire. Il est en train d'unir ses forces et de s’organiser davantage pour intensifier sa lutte contre les militaires et contre la police. Le peuple est en train de se mobiliser malgré l'intensification de la répression. Celle-ci est déjà responsable d'au moins six assassinats, de centaines d'arrestations et de cas de blessures.

Le même jour, le 6 août, un article de l'agence de presse Reuters montre que le Département d'État est même allé encore plus loin :
« ‘Notre position politique et stratégique d'engagement n'est pas fondée sur un appui quelconque à un politicien ou à une personne en particulier. Elle est plutôt fondée sur la décision de mieux servir la population hondurienne et de répondre à ses aspirations démocratiques’ », a écrit Richard Verma, secrétaire d'État adjoint aux affaires législatives. « ‘Nous avons rejeté le recours à des sanctions économiques écrasantes et nous avons rendu clair que tous les États devaient essayer de contribuer à l'adoption d'une solution sans recourir à la violence et en respectant le principe de non-intervention’ » a-t-il déclaré. La lettre a été obtenue par l'intermédiaire du service des nouvelles de l'agence Reuters. » [35]

Deux points importants sont à souligner :
- 1. En ce qui concerne la soi-disant position d'appui à Zelaya et d'opposition à Micheletti, le département d'État (voir citation ci-dessus) celle-ci « n'est pas fondée sur un appui quelconque à un politicien ou à une personne en particulier ». Cela veut dire que le département d'État est neutre maintenant ! Mais cela montre que la position soi-disant si modérée que le département d'État affirme adopter n'est en vérité pas si modérée. Elle est en réalité favorable au régime « de facto ». Maintenir le statu quo signifie appuyer Micheletti.
- 2. Quand le représentant du département d'État, Richard Verma, affirme, ci-dessus, « [...] nous avons rejeté le recours à des sanctions économiques écrasantes [...] » n'explique-t-il pas ainsi, sans le vouloir, la raison pour laquelle les États-Unis d'Amérique n'ont pas qualifié juridiquement le coup d'État comme étant un coup d'État militaire ?

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Barack Obama et Hilary Clinton (© White House).



Obama : victime ou complice ?

Jusqu’ici, nous avons analysé en profondeur les déclarations du département d’État et de Mme Clinton, mais nous n’avons rien dit sur le président Obama. Néanmoins, il est difficile d’éviter le sujet quand on pense que, jusqu’ici, M. Obama ne s’est presque pas prononcé sur la question. Depuis le début de la crise, soit le 28 juin, et au moment d’écrire ces lignes, le président Obama et son secrétaire de presse ont émis six commentaires au total :

Le 29 juin, lors d’un point de presse à la Maison-Blanche avec le président de la Colombie (Uribe), Obama affirme : « Nous croyons que le coup n’est pas légal et que le président Zelaya demeure le président du Honduras, le président élu démocratiquement là-bas. Là-dessus, nous avons rejoint tous les pays de la région, y compris la Colombie et l’Organisation des États Américains. » [36]

Le 29 juin, le secrétaire de presse de la Maison-Blanche Monsieur Robert Gibbs fait son numéro pour les journalistes :

« — Question : […] toujours au sujet du Honduras, pour essayer de voir clair dans les intentions des États-Unis. L’administration considère-t-elle le retrait de son ambassadeur, comme l’ont fait les gouvernements latino-américains de gauche, ou même la suspension potentielle de son aide ?
— M. Gibbs : Eh bien, encore une fois, je crois qu’il y aura de cela dans le prochain… dans le cadre des prochaines étapes de l’évaluation de cette situation. Seulement, pour l’instant, je préférerais ne pas trop préciser.
— Question : Les États-Unis savaient-ils d’avance ou avaient-ils entendu dire qu’un coup d’État était prévu ? Avaient-ils pris des mesures quelconques pour essayer de le bloquer ? Et que révèle l’incapacité de l’administration à empêcher le coup d’État sur sa crédibilité en Amérique latine ?
— M. Gibbs : Bon, alors comme je l’ai dit il y a une minute, je crois que l’administration, notre gouvernement, en collaboration avec des partenaires, essayaient de prévenir le genre de troubles que nous avons vu se produire durant les dernières 24 heures. Ils s’y sont penché au cours des quelques derniers jours. Et nous allons continuer de travailler à restaurer l’ordre démocratique au Honduras.
— Question : L’administration avait-t-elle prévenu le président Zelaya que cela se préparait ?
— M. Gibbs : Je n’en sais rien.
 » [37]

Si l’on considère cet extrait, est-ce vraiment différent du numéro d’équilibriste du département d’État ?

On ne le dirait pas.

Le 1er juillet, le secrétaire de presse de la Maison-Blanche répondait aux journalistes :

« — Question : Mais avec le Pentagone qui suspend les opérations militaires conjointes, à quel point l’effet est-il considérable et songe-t-on également à prendre d’autres mesures ?
— M. Gibbs : Eh bien, nous continuons de surveiller la situation et nous allons réagir de manière appropriée à mesure que les événements vont se produire. Mais encore une fois, comme je l’ai déjà dit, nous surveillons de près ce qui se passe.
 » [38]

Tandis que le département d’État semblait de plus en plus aux prises avec un scénario vague et incertain concernant le retour du président Zelaya, le président Obama, en visite à Moscou, a fait un commentaire sur le Honduras pour répondre à des questions qu’on lui posait sur le sujet. Ainsi, le 7 juillet, le correspondant en chef à la Maison-Blanche de la chaîne ABC M. Jack Tapper, qui n’a pas la réputation d’être conservateur – et ABC n’étant certes pas aussi à droite que Fox News –, écrivait de Moscou, d’où il citait le président Obama : « ‘Les États-Unis appuient dès maintenant la réinstallation du président du Honduras élu démocratiquement, même s’il s’est fermement opposé aux politiques américaines […]’ »

M. Tapper, s’appuyant sur sa longue expérience dans le domaine politique à la Maison-Blanche, écrivait : « Le président Obama, qu’on a critiqué pour avoir appuyé le « mauvais côté » lors du récent coup d’État au Honduras, a essayé d’expliquer, mardi, [7 juillet] son plaidoyer en faveur du président expulsé Manuel Zelaya […] Mais les conservateurs ont critiqué le président et blâmé Zelaya pour ce qui lui arrive. » Pour donner des exemples de la pression exercée par les conservateurs, M. Tapper a cité les activistes floridiennes de droite anti-Venezuela, anti-Cuba et des représentantes républicaines au Congrès, Mmes Ileana Ros-Lehtinen et Connie Mack. [39]

Si nous tenons compte de la déclaration de M. Obama citée plus haut, alors effectivement, en surface, il semble y avoir un désaccord sinon un conflit entre le président Obama et le département d’État. Or, le département d’État est plus effrontément lié à l’armée et aux forces de droite de l’époque de Bush (comme nous l’avons vu plus haut à de nombreuses occasions, et plus récemment dans l’article du Wall Street Journal de M. Micheletti).

Le 7 août, selon l'agence Reuters, Obama a déclaré aux journalistes qu'il continuait à appuyer le retour de Zelaya au pouvoir. Il a cependant ajouté : « ‘Je ne peux appuyer sur un bouton et rétablir soudain M. Zelaya à son poste’ ». Obama a dit : « ‘Il est important de noter combien il est ironique que ceux qui se plaignaient de l’ingérence des États-Unis en Amérique latine se plaignent maintenant que nous ne nous sommes pas assez ingérés.’ » [40]

On pourrait, ici aussi, croire que la position du président diffère beaucoup de celle du département d'État. Alors que le département d'État a déclaré le 6 août (voir la citation ci-dessus) que sa politique n'est pas fondée sur un appui quelconque à un politicien ou à une personne en particulier, Obama a affirmé le jour suivant, le 7 août, qu'il appuyait encore le retour de Zelaya au pouvoir. Mais, se servant de son talent oratoire, Obama a fait allusion aux conditions dans lesquelles il se trouve en affirmant qu'il ne peut rétablir Zelaya au pouvoir en appuyant sur un bouton. Veut-il dire qu'il subit trop de pressions des oligarchies de droite des États-Unis, de l'Amérique latine et même du département d'État pour agir ? Ou utilise-t-il tout simplement d'autres mots et images pour appuyer la politique du département d'État, qui consiste à gagner du temps et à donner de l'oxygène au gouvernement de facto pour maintenir ce dernier au pouvoir ?

Qu'en est-il de la remarque d’Obama sur le fait « ironique », selon lui, que ceux qui s'opposent d'habitude à l'ingérence des États-Unis l'exigent maintenant ? En fait le Honduras a, sur son territoire, une importante base militaire des États-Unis, massivement financée par les États-Unis, fournie en forces armées et équipée de matériel des États-Unis. La fermeture complète de la base, le retrait immédiat des troupes états-uniennes et du matériel militaire et l'arrêt complet de tout entraînement militaire ne serait nullement un acte d'ingérence des États-Unis dans les affaires intérieures du Honduras. Les bases militaires, au Honduras, en Colombie ou ailleurs, constituent en fait un prolongement de la puissance militaire des États-Unis dans d'autres pays.

À ce sujet, dans un autre contexte et dans d'autres conditions juridiques et historiques, ceux de Cuba, qui se plaindrait de l’ingérence étrangère dans les affaires de ce pays si Washington fermait la base de Guantanamo, se retirait complètement de l'île et restituait cette partie du territoire cubain au peuple cubain ? Et au Honduras, qui, à part Micheletti, se plaindrait d'une ingérence, si Obama décidait aujourd'hui, en tant que président, de retirer l'ambassadeur des États-Unis de ce pays et de rompre les relations diplomatiques jusqu'au retour de Zelaya ? Tels sont les boutons sur lesquels le président devrait appuyer.

Le 10 août, selon l'AP, au Forum des leaders de l’Amérique du Nord, Obama, a repris un thème déjà mentionné, en déclarant ceci : « ‘Les personnes qui nous critiquent en affirmant que les États-Unis n'ont pas intervenu suffisamment au Honduras, sont celles qui disent aussi que nous sommes toujours en train d'intervenir en Amérique latine, et que les Yankees doivent sortir de la région’ ». « ‘Les gens qui nous critiquent pensent qu'il est approprié que nous agissions soudainement selon des façons qu'elles jugent inappropriées dans tous les autres contextes. Je pense que cela démontre peut-être une certaine hypocrisie dans leur façon de voir les relations entre les États-Unis et l’Amérique latine’ » a poursuivi M. Obama. [41]

Voici une partie de la déclaration finale du Sommet :

« Nous avons discuté à fond sur le coup au Honduras et nous réaffirmons notre appui à l’Accord de San José et aux efforts continu de l'OÉA pour parvenir à une solution pacifique de la crise politique. C'est une décision qui restitue la gouvernance démocratique et la primauté du droit, et qui respecte les droits de tous les Honduriens (...) » [42]

Qu’est-ce que cela nous révèle au sujet d’Obama ?

Mais d’abord, quel est le lien juridique et constitutionnel entre le président des États-Unis, l’armée états-unienne et le département d’État ? Voici ce que nous en dit le site web de la Maison-Blanche :

« Le pouvoir de la branche exécutive est conféré au président des États-Unis, qui agit également à titre de chef d’État et de commandant en chef des forces armées […]
Le département d’État joue le rôle principal dans le développement et la mise en œuvre de la politique étrangère du président. Ses responsabilités principales consistent à représenter les États-Unis à l’étranger, fournir de l’aide aux pays étrangers, offrir des programmes d’entraînement militaires à l’étranger,
[…] » [43]

Et la Constitution états-unienne :
Article II, Section 2
«  Le président sera commandant en chef de l'armée et de la marine des États-Unis.  » [44]

Le 29 juin 2009, l’analyste politique Thierry Meyssan écrivait, sous le titre suivant :

« Le SouthCom prend le pouvoir dans un État membre de l’ALBA »
« …la petite armée hondurienne est entièrement équipée, formée et encadrée par les États-Unis. Elle obéit certes à son chef, le président de la République, puis à son chef d’état-major. Mais en pratique, elle est largement contrôlée par le SouthCom depuis Soto Cano et Miami.
Précisément, le Pentagone a précipitamment installé le nouveau commandant du SouthCom, le général Douglas M. Fraser, jeudi dernier [25 juin 2009], pour suivre le coup….
Le SouthCom est installé à Miami, mais a une antenne à Soto Cano et des sites avancés à Comalapa (Salvador), Manta (Équateur) et sur les îles d’Aruba et de Curaçao (Antilles néerlandaises).
 » [45]

Le président Obama doit donc prendre ses responsabilités. Est-il en train de laisser le département d’État se charger de sa basse besogne tandis qu’il demeure relativement distant, cherchant désespérément à s’accrocher à son image de « changement » pour le bénéfice de sa propre administration ? Le quotidien pro-coup d’État au Honduras, El Heraldo, tel que cité plus haut, avait remarqué dès le 19 janvier 2009 que l’extrême-droite au Honduras, en Amérique du sud et aux États-Unis devait continuer de faire pression : « Il sait qu’il n’a pas le droit de décevoir ses partisans […] ». Obama semble être pris, d’une part, entre « ses partisans », c’est-à-dire l’électorat et la branche du cercle des dirigeants qui ont appuyé son accession à la présidence, et d’autre part, ses déclarations électoralistes sur le changement, qui peuvent être perçues comme de bonnes intentions. Se joindra-t-il au numéro de cirque des équilibristes ? Est-il déjà en train de prendre part au spectacle ?

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Répression au Honduras (© Getty Images, photo transmise par l'auteur).

Obama a-t-il les pieds sur terre ?

Le El Heraldo avait tout à fait raison, il y a six mois, lorsqu’il a remarqué la contradiction entre les paroles et les gestes d’Obama et la façon la droite doit manœuvrer dans cette situation. Déjà, des sondages indiquent qu’Obama est en train de perdre beaucoup de « ses partisans ».

Le 22 juillet, les résultats du sondage d’AP-GfK annonçaient : « Les grands espoirs pour Obama se dissolvent dans la réalité. » L’article lui-même expliquait : « Comme ce fut rapide. L’espoir et l’optimisme qui ont balayé le pays pendant les premiers mois de la présidence de Barack Obama cèdent place à la dure réalité […] ; la confiance de voir les troupes se retirer d’Irak et d’augmenter le respect envers les États-Unis à travers le globe, en baisse de 15 points […] » [46]

Le 6 août, le réseau de nouvelles CNN a réalisé un sondage montrant que seulement 41 % des États-uniens sont favorables à la guerre en Afghanistan, ce qui constitue une baisse de neuf points depuis le mois de mai. [47]

Obama est-il conscient de ce qui se passe ? On dirait que ses voyages à l’étranger – en Europe, en Russie, au Caire et en Afrique – lui ont monté à la tête. Le 23 juillet, le quotidien Chicago Tribune rapportait qu’Obama était en visite à Chicago, ce jour-là, pour deux levées de fonds destinées au Parti démocrate. (Il en coûtait 15 200 $ par personne et l’objectif était d’amasser deux millions en une soirée.) Le président a répondu à la question d’un journaliste concernant le prestige de son administration sur la scène internationale. Pendant que le courageux peuple hondurien affrontait l’armée (soutenue par les États-Unis) pour la quatrième semaine consécutive, Obama affirmait, tel que cité : « L’anti-américanisme n’est plus à la mode. » [48]

En effet, l’anti-américanisme n’a jamais été à la mode dans les hautes sphères du Parti démocrate. Il est possible que le président Obama trouve, ou qu’il croit avoir trouvé, des alliés à l’échelle mondiale, mais demandez au peuple du Honduras ce qu’il en pense, lui qui déclare bravement à Obama : « Nous aussi, nous avons un rêve ! » Demandez-le aux peuples de l’Amérique du sud. Demandez à la grande majorité des gouvernements de l’Amérique latine, de l’Amérique centrale et des Caraïbes quelle est leur opinion de la domination, de l’interférence et du contrôle états-uniens dans leur Amérique ? Au Honduras la crise se poursuit. Washington, ou du moins certains secteurs de l'oligarchie de droite, semble ainsi maintenir des politiques qui suscitent l’"anti-américanisme". Le 4 août, un journaliste suédois basé en Amérique du Sud a rapporté que, selon des militants qui luttent pour les droits de la personne au Honduras, des commandos de l’armée israélienne donnent maintenant de l'entraînement en matière de répression aux militaires et policiers honduriens.

Cette situation rappelle le double langage typique d'Israël, qui, d'une part, parle de paix et de dialogue et tend une branche d'olivier, et, d'autre part, brandit l'épée de façon la plus brutale et poursuit le génocide des Palestiniens. Aussi, quand on leur tend ainsi une branche d'olivier, les gouvernements et les peuples d’Amérique du Sud et des Caraïbes doivent prendre garde. [49]

Le 4 août, Washington et la Colombie ont conclu un accord sur l'établissement de sept bases militaires états-uniennes en Colombie, en préparation depuis un certain temps.

Si nous relions les deux faits, le coup d'État militaire du Honduras et la décision de la Colombie de céder des bases militaires, nous nous rendons compte qu'ils constituent une autre offensive contre la hausse de prestige de Cuba, du Venezuela, des autres États-membres de l’ALBA (à laquelle, sous Zelaya, le Honduras a adhéré), des autres pays et de la grande majorité des gouvernements de l'Amérique latine et des Caraïbes.

Les cercles dirigeants états-uniens essaient de leur mieux de mater le soulèvement populaire au Honduras et utilisent, entre autres moyens, le terrorisme médiatique. Les principaux médias basés aux États-Unis d'Amérique, tels que le réseau CNN, de concert avec le département d'État, invoquent tous les arguments possibles et imaginables justifiant le coup d'État, directement ou indirectement. CNN contribue en ne diffusant pas le moindre mot sur la résistance du peuple hondurien contre la répression violente pour essayer de démoraliser ce dernier. Ce réseau essaie de donner à la population hondurienne l'impression que le monde ne sait rien de ce qui se passe dans leur pays. Washington pourra ainsi, plus facilement, poursuivre sa politique hondurienne et même de réprimer davantage le peuple. Les cas de silence médiatique sont nombreux : le 5 août, par exemple, plusieurs agences de nouvelles, dont l’AFP, ont couvert la manifestation de plus de 3 000 étudiants contre le coup d'État, tenue à l’Université nationale autonome du Honduras, à Tegucigalpa, qui a été violemment réprimée. [50]

Pourtant au cours de cette période, le réseau CNN n’a rien rapporté sur le Honduras, et son seul reportage sur l’Amérique du Sud portait sur les critiques du président Chavez du Venezuela contre la Colombie, qui accusait Chavez de fournir des armes aux FARC. Le reportage terminait par de la désinformation sur cette question.

« Le 10 août, plus de 10 000 partisans du président hondurien déchu, Manuel Zelaya, ont répudié le gouvernement de facto et ont averti qu'ils intensifieront leur campagne de protestation contre le coup d'État et pour le retour du président [...]. Cette manifestation pour le retour de Zelaya a été la plus importante depuis celle du 5 juillet. Cette dernière, tenue à l'aéroport de Toncontin, à Tegucigalpa, où le président renversé, qui voyageait à bord d'un avion vénézuélien, voulait atterrir ; mais le gouvernement de facto avait alors empêché l’atterrissage en plaçant des obstacles sur la piste de l'aéroport. La manifestation s'était renforcée avec l'arrivée de foules venues de l'Est et du Nord du pays et avec une colonne venue du Sud. D'autres sont allés à San Pedro Sula (...) » (Texte traduit de l'espagnol par l'auteur) [51]

Cependant, de la part de la CNN – rien.

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Manifestations au Honduras (© Getty Images, photo transmise par l'auteur).

« … C’est le peuple hondurien qui aura le dernier mot »

Les peuples du monde, à mon avis, doivent également continuer de faire pression sur le président Obama et son administration. Lorsqu’il regarde les sondages, il doit être conscient de ce qui se passe. Si la question du Honduras se retourne contre lui, ce qui est fort possible, et que cela attise « l’anti-américanisme », de quoi sa politique étrangère aura-t-elle l’air aux yeux de la population états-unienne – et même pour ceux qui paient 15 200 $ le couvert pour une levée de fonds ? Ces derniers n’ont pas investi ce montant pour inaugurer une autre époque à la Bush où les sentiments anti-états-uniens se répandent à travers le globe. Cependant, Obama doit aussi penser aux élections de 2012 pour lesquelles il semble déjà chercher à remplir les coffres. Ne veut-il pas également gagner la sympathie de l’oligarchie de droite afin d’assurer sa victoire en 2012 ?

Le tourbillon des politiques états-uniennes semblent hisser inévitablement le président Obama sur la corde raide. J’espère que ce n’est pas le cas. Le peuple du Honduras, ainsi que celui de l’Amérique du Sud et la plupart de ses gouvernements sont déterminés à le forcer à prendre position. De quelle façon ? Des actions que devrait prendre le président Obama : Prenant des mesures sérieuses et en imposant des sanctions au régime derrière le coup d’État (plutôt que de parader l’annulation de quelques visas), et en appuyant le rétablissement du président Zelaya dans ses fonctions de manière bien réelle, concrète et inconditionnelle. En tant qu’avocat, M. Obama devrait également être capable de composer avec toute la bureaucratie du gouvernement états-unien (si le problème est là, ce dont je doute), qui six semaines après le coup, n’a toujours pas porté de jugement légal sur le coup d’État !

L’évolution de la situation politique de la nouvelle administration états-unienne soulève elle aussi des questions quant au type de démocratie et d’élections qui se font aux États-Unis, et sur la façon dont ces derniers agissent dans le pays qui est censé donner des leçons (par la diplomatie et la force militaire) à la population mondiale. Si cela s’avère un changement auquel les gens ne peuvent PAS croire, alors certains se demanderont peut-être ce que veulent dire les élections et la démocratie aux États-Unis. (Je traiterai en détail de cette question dans un prochain ouvrage.) Obama devrait respecter le principe de respect mutuel entre pays et envers leurs systèmes politiques respectifs.

Obama, Clinton et leur administration au grand complet sont en train d’être jugés. « […] C’est le peuple hondurien qui aura le dernier mot », avait prédit Fidel Castro le 21 juillet, au beau milieu de la situation la plus complexe que pouvait vivre la population : la médiation appuyée par les États-Unis, combinée avec la répression policière et militaire de la résistance. [52]

À mesure que la situation évolue, la prédiction de Fidel Castro (et sa confiance dans le peuple) s’avère juste. D’ailleurs elle semble être irréversible, peu importe les hauts et les bas qui se présentent. L’un des leaders de la résistance au Honduras, un député au Congrès hondurien, a émis un commentaire des plus profonds au journaliste de la Prensa Latina, Raimundo López. Depuis le Honduras occupé par l’armée, ce dernier n’a cessé de rapporter courageusement et inlassablement les événements sur le terrain. Le 18 juillet, l’activiste hondurien César Lam confiait donc au journaliste, lors d’une entrevue : « Il y a un Honduras d’avant le coup d’État, et un Honduras d’après le coup d’État. » [53]

Cette déclaration reflète bien le mouvement de résistance de toutes les nouvelles forces politiques et sociales.

Même l’équilibriste le plus expérimenté peut être jeté au sol par la force des aspirations au changement exprimées par un peuple. Ainsi, il serait préférable que le président Obama adopte une position qui favorise la justice.



Auteur, journaliste et conférencier spécialiste de Cuba. Livre Democracy in Cuba and the 1997-98 Elections. Chapitre « Socialism and Elections » du livre Cuban Socialism in a New Century : Adversity, Survival, and Renewal, (University Press of Florida, 2004) édité par les professeurs Max Azicri et Elsie Deal. Prochain volume Cuba : démocratie participative et élections au XXIème siècle (automne 2010 en français, anglais, et espagnol). Membre de la Latin American Studies Association (LASA).



Traduit par Marie France Bancel et Arnold August









[1] « Obama’s day : The presidential tightrope », USA Today, 30 juin 2009.

[2] « On Foreign Policy, Obama Treads Carefully », par Ben Pershing, Washington Post, 30 juin 2009.

[3] « Obama juega papel de equilibrista en drama hondureño » , par Nestor Ikeda, Associated Press, 6 juillet 2009.

[4] « Clinton’s high-wire act on Honduras », par Howard LaFranchi, Christian Science Monitor, 7 juillet 2009.

[5] « Clinton Pushes Honduran Foes to Negotiations », par Tim Padgett, Time Magazine, 8 juillet 2009.

[6] « Obama hereda un mundo en crisis », El Heraldo, 19 janvier 2009.

[7] « Discours au Council on Foreign Relations », par Hillary Clinton, Réseau Voltaire, 15 juillet 2009.

[8] « Situation in Honduras », Remarques d'Hillary Clinton, département d'État, 28 juin 2009.

[9] Ibid.

[10] « Remarks at the Top of the Daily Press Briefing », par Hillary Clinton, département d'État, 29 juin 2009.

[11] « Résolution de l’OEA relative à la suspension du Honduras », Réseau Voltaire, 4 juillet 2009.

[12] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 29 juin 2009.

[13] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 30 juin 2009.

[14] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 1er juillet 2009.

[15] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 2 juillet 2009.

[16] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 6 juillet 2009.

[17] « Washington et le coup d'État au Honduras : Voici la preuve », par Eva Golinger, CPML, 15 juillet 2009.

[18] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 7 juillet 2009.

[19] « Daily Press Briefing », par Philip J. Crowley, département d'État, 10 juillet 2009.

[20] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 13 juillet 2009.

[21] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 14 juillet 2009.

[22] « Daily Press Briefing », par Robert Wood, département d'État, 17 juillet 2009.

[23] « Daily Press Briefing », par Philip J. Crowley, département d'État, 20 juillet 2009.

[24] Ibid.

[25] « Daily Press Briefing », par Robert Wood, département d'État, 21 juillet 2009.

[26] « Daily Press Briefing », par Philip J. Crowley, département d'État, 23 juillet 2009.

[27] « Daily Press Briefing », par Philip J. Crowley, département d'État, 24 juillet 2009.

[28] « Remarks With Iraqi Prime Minister Nouri al-Maliki After Their Meeting », par Hillary Rodham Clinton, département d'État, 24 juillet 2009.

[29] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 27 juillet 2009.

[30] « The Path Forward for Honduras. Zelaya’s removal from office was a triumph for the rule of law », par Roberto Micheletti, The Wall Street Journal, 27 juillet2009.

[31] Version française : « Un article d'opinion du dictateur putschiste dans le Wall Street Journal », par Eva Gollinger, PCML, 27 juillet 2009.

[32] « Daily Press Briefing », par Ian Kelly, département d'État, 28 juillet 2009.

[33] « Daily Press Briefing », par Philip J. Crowley, département d'État, 1er août 2009.

[34] « Daily Press Briefing », par Robert Wood, département d'État, 6 août 2009.

[35] « Honduras’s Ousted Leader Calls U.S. Response Tepid », par William Booth, The Washington Post, 6 août 2009.

[36] « Remarks in joint press avaibility », par Barack Obama et Alvaro Uribe, Maison-Blanche, 29 juin 2009.

[37] « Press Briefing », par Robert Gibbs, Maison-Blanche, 29 juin 2009.

[38] « Press Briefing », par Robert Gibbs, Maison-Blanche, 1er juillet 2009.

[39] « In Russia, President Obama Explains His Support for Ousted President of Honduras », par Jake Tapper, ABC News, 7 juillet 2009.

[40] « Obama says no quick way to end Honduras crisis », Reuters, 8 août 2009.

[41] « Obama Knocks "Hypocrisy" of Honduras Critics », par Anna Aulova, CBS News, 10 août 2009.

[42] « Joint Statement by North American Leaders », 10 août 2009.

[43] « The Executive Branch », Site internet de la Maison-Blanche.

[44] « Constitution of the United States »

[45] « Le SouthCom prend le pouvoir dans un État membre de l’ALBA », par Thierry Meyssan, Réseau Voltaire, 29 juin 2009.

[46] « AP-GfK Poll : Great hopes for Obama fade to reality », par Nancy Benac et Trevor Tompson, Associated Press, 22 juillet 2009.

[47] « Support for Afghan war drops, CNN poll finds », CNN, 6 août 2009.

[48] « Obama on health care push : ’I’m from Chicago. I don’t break.’ », Chicago Tribune, 23 juillet 2009.

[49] « Comandos israelitas con experiencias de Palestina y Colombia capacitan a las FF.AA. de Honduras. Entrevista a René Andrés Pavón », Cuba Debate, August 4, 2009.

[50] « Honduran police crackdown on student protests », AFP, 5 août 2009.

[51] « Miles marcharon por Zelaya en la mayor manifestación desde el 5 de julio 7 », Cuba Debate, 11 août 2009.

[52] « Le médiateur Oscar Arias est un fidèle allié des États-Unis », par Fidel Castro, Réseau Voltaire, Agence cubaine de nouvelles, 22 juillet 2009.

[53] « Resistencia del pueblo consolidó las esperanzas de cambio en Honduras », par Raimuno Lopez, Prensa Latina, 18 juillet 2009.























D'Arbenz, 1954, à Zelaya, 2009 : Chiquita en Amérique Latine
(counterpunch)






Nikolas KOZLOFF


Quand l'armée du Honduras a renversé le gouvernement démocratiquement élu de Manuel Zelaya, il y a deux semaines (NDT ; un peu plus maintenant !), il y eut un soupir de soulagement dans les conseils d'entreprise de Chiquita Banana. Un peu plus tôt cette année, la compagnie basée à Cincinatti s'était jointe à Dole [1] pour critiquer le Gouvernement de Tegucigalpa qui avait augmenté le salaire minimum de 60%. Chiquita se plaint que la nouvelle législation rend ses frais plus élevés qu'au Costa Rica et diminue ainsi les profits de la compagnie : pour être exact, 20 centimes de plus pour produire un cageot d'ananas et 10 de plus pour un de bananes. Chiquita se lamente qu'elle perdra plusieurs millions à cause de la réforme de Zelaya puisqu'elle produit environ 8 ou 22 millions de caisses d'ananas ou de bananes par an, respectivement.

Quand le décret sur le salaire minimum a été publié, Chiquita a cherché de l'aide et appelé le Conseil Hondurien de l'Entreprise Privée, connu sous son acronyme Espagnol COHEP. Comme Chiquita, le COHEP était mécontent des mesures de Zelaya sur le salaire minimum. Amilcar Bulnes, le président du COHEP, disait que si cette mesure était appliquée, elle forcerait les patrons à licencier des employés et ferait monter le taux de chômage du pays. Le COHEP, l'organisation d'affaire la plus importante du Honduras, regroupe 60 chambres de métiers et de commerces dans tous les secteurs de l'économie Hondurienne. Selon son propre site Web, le COHEP est le bras politique et technique du secteur privé Hondurien, qui établit les accords de commerce et assure 'un soutien essentiel au système démocratique'.

La communauté internationale ne doit pas prendre de sanctions économiques contre le régime de Tegucigalpa issu du coup d'Etat, dit le COHEP, car cela aggraverait les problèmes sociaux au Honduras. Dans son nouveau rôle de porte-parole des pauvres du Honduras, le COHEP déclare que le Honduras a déjà assez souffert de tremblements de terre, de pluies diluviennes et de la crise financière mondiale. Avant de sanctionner le Honduras à coup de mesures punitives, déclare le COHEP, l'ONU et l'Organisation des Etats Américains devraient envoyer des observateurs au Honduras pour analyser comment ces sanctions pénaliseraient les 70% de Honduriens qui vivent dans la pauvreté. En même temps, Bulnes a apporté son soutien au coup d'Etat de Roberto Micheletti et déclaré que les conditions au Honduras n'étaient pas propices au retour d'exil de Manuel Zelaya.

Chiquita : d'Arbenz au Bananagate

Il n'est pas étonnant que Chiquita recherche et s'allie aux forces politiques et sociales les plus rétrogrades du Honduras. Colsiba, la Coordination Latino-Américaine des Syndicats des Bananeraies, dit que la compagnie fruitière n'a jamais accordé la moindre protection à ses travailleurs et s'est toujours abstenue de signer des conventions collectives de travail, que ce soit au Nicaragua, au Guatemala ou au Honduras.

Colsiba compare les conditions infernales de travail dans les plantations de Chiquita aux camps de concentration. Bien que provocante, cette comparaison contient une part de vérité. Les femmes travaillent dans les plantations de Chiquita de 6 heures du matin à 7 heures du soir, leurs mains brûlant dans des gants de caoutchouc. Certains ouvriers sont âgés de 14 ans. Les travailleurs de la banane d'Amérique Centrale ont poursuivi Chiquita pour avoir été exposés au DBCP (DiBromoChloroPropane), un dangereux pesticide utilisé dans les plantations, et qui provoque la stérilité, des cancers et des malformations à la naissance.

Chiquita, anciennement connu comme la United Fruit Company puis United Brands, a une longue et sordide histoire dans la politique de l'Amérique Centrale [2]. Dirigée par Sam Zemuray ou 'Banana Man', United Fruit entre dans le business de la banane au début du 20ème siècle. En ce temps, Zemuray a émis la célèbre remarque 'Au Honduras, un mulet coûte plus cher qu'un membre du Parlement'. Dans les années 1920, United Fruit contrôle 650.000 acres (environ 250.000 hectares) des meilleures terres du Honduras, à peu près le quart des terres cultivables du pays. En plus, elle contrôle d'importantes routes et voies ferrées.

Au Honduras, les compagnies fruitières étendent leur influence dans tous les domaines, y compris militaires et politiques, ce qui leur a valu le surnom de pieuvre. Ceux qui ne jouaient pas le jeu de ces corporations étaient souvent retrouvés la face contre le sol dans les plantations. En 1904, l'humoriste O. Henry inventa le terme 'Républiques Bananières' pour désigner la célèbre United Fruit Company et ses actions au Honduras.

Au Guatemala en 1954, United Fruit a soutenu le coup d'état militaire fomenté par la CIA contre le Président Jacob Arbenz, un réformateur qui avait mis en train un ensemble de réformes agraires. Le renversement d'Arbenz généra plus de trente ans d'instabilité et de guerre civile au Guatemala. Plus tard en 1961, United Fruit prêta ses bateaux aux exilés Cubains entraînés par la CIA pour renverser Fidel Castro à la Baie des Cochons.

En 1972, United Fruit (alors renommée United Brands) propulse au pouvoir le Général Hondurien Oswaldo López Arellano. Le tristement célèbre scandale du 'Bananagate', pots-de-vin versés par la United Fruit à Arellano, oblige le dictateur à partir. Un grand jury fédéral a accusé United Brands d'avoir soudoyé Arellano avec 1.25 million de dollars, et la promesse d'un second versement identique si le militaire acceptait de réduire les taxes sur les exportations de fruits. Pendant le scandale du Bananagate, le Président de la United Fruit est tombé d'un gratte-ciel de New York, apparemment un suicide.

 




La prospérité des années Clinton et la Colombie

United Fruit a aussi des affaires en Colombie et pendant ses opérations en Amérique du Sud y a développé des façons de faire aussi marquées. En 1928, 3.000 travailleurs se mirent en grève contre la compagnie pour demander de meilleurs salaires et conditions de travail. La firme refuse initialement de négocier, mais cède finalement sur des points mineurs, déclarant les autres revendications 'illégales' ou 'impossibles'. Quand les grévistes ont refusé de cesser le mouvement, l'armée a ouvert le feu, faisant de nombreux morts.

Vous pourriez croire qu'après cela Chiquita aurait revu sa politique envers les travailleurs, mais vers la fin des années 90 la compagnie s'est adjoint des alliés inquiétants, en particulier des paramilitaires d'extrême droite. Chiquita a payé plus d'un million de dollars à ces hommes. Pour sa défense, Chiquita a déclaré qu'elle payait juste les paramilitaires pour sa sécurité.

En 2007, Chiquita a versé 25 millions de dollars d'amende après une enquête du Département de la Justice sur ces paiements. Chiquita fut la première compagnie de l'histoire des USA jugée coupable de liens financiers avec une organisation terroriste.

Dans un procès contre Chiquita, les victimes de la violence paramilitaire ont affirmé que la compagnie avait encouragé des atrocités comme le terrorisme, des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité. Un défenseur des plaignants a dit que les relations de Chiquita avec les paramilitaires 'avaient pour but de s'assurer le contrôle de tous les aspects de la distribution et de la vente des bananes en faisant régner la terreur'.

A Washington D.C., le chef de direction de Chiquita, Charles Linder, s'est occupé de démarcher la Maison-Blanche. Linder a été un grand bailleur de fonds du Parti Républicain avant de couvrir d'argent le Parti Démocrate et Bill Clinton. Clinton dédommagea Linder en soutenant militairement et sans réserves le gouvernement d'Andrés Pastrana (Président de la Colombie de 1998 à 2002) qui régna pendant la période de prolifération des escadrons de la mort d'extrême droite. A cette époque, les USA établissaient leurs programmes de libre échange commerciaux avec leurs 'amis' d'Amériques Latines, sous la supervision stratégique d'un vieil ami d'enfance de Clinton, Thomas McLarty ou 'Mack'. McLarty était secrétaire Général et Envoyé Spécial en Amérique Latine de la Maison-Blanche. C'est un personnage intriguant dont je reparlerais bientôt.

La filière Holder-Chiquita

Etant donné le passé trouble de Chiquita en Amérique Centrale et en Colombie, il n'est pas surprenant que la compagnie ait voulu s'associer à la COHEP au Honduras. En plus de courtiser les milieux d'affaires au Honduras, Chiquita a aussi cultivé les relations avec des puissantes firmes juridiques à Washington. Selon le Center for Responsive Politics (Centre pour une Politique Réactive), Chiquita a déboursé 70.000 dollars en frais de lobbying auprès des compagnies Covington et Burling pendant ces trois dernières années.

Covington est une puissante firme juridique qui conseille les sociétés multinationales. Eric Holder, le Procureur Général actuel, un co-président de la campagne d'Obama et ex-Procureur Général Adjoint sous Bill Clinton, était jusqu'à peu un conseiller de cette firme. Chez Covington, Eric Holder a défendu Chiquita comme conseiller principal dans son procès avec le Ministère de la Justice. De son perchoir au nouveau et élégant siège de la direction de Covington, près de l'immeuble du New York Times à Manhattan, Holder a préparé Fernando Aguirre, le directeur général de Chiquita, pour un entretien avec '60 Minutes' [3] sur les escadrons de la mort Colombiens.

Holder fit plaider la compagnie fruitière coupable sur un point, 'son implication dans des transactions avec une organisation terroriste mondiale reconnue'. Mais le juriste, qui touchait un salaire conséquent à Covington, plus de 2 millions de dollars, négocia un marché de rêves dans lequel Chiquita ne paya que 25 millions de dollars sur cinq ans. Scandaleusement, aucun des six officiels de la compagnie qui avaient approuvé les paiements n'alla en prison.

Le cas curieux de Covington

Creusez un peu et vous trouverez que Covington non seulement représente Chiquita, mais est aussi une sorte de centre névralgique utilisé par la droite dans ses tentatives de promouvoir une politique étrangère déstabilisatrice en Amérique Latine. Covington a mené une alliance stratégique importante avec Kissinger (Chili, fameuse année 1973) et les Associés McLarty (oui, le même Mack McLarty que celui de Bill Clinton), une firme internationale de conseil en stratégie renommée.

De 1974 à 1981 John Bolton à été associé chez Covington. En tant qu'ambassadeur des Etats Unis aux Nations Unies sous George Bush, Bolton fut un critique féroce de la gauche en Amérique Latine, par exemple d'Hugo Chavez au Venezuela. De plus, il y a peu, John Negroponte est devenu le vice-président de Covington. Negroponte est un ancien secrétaire d'Etat Adjoint, directeur du Renseignement National et ambassadeur des USA aux Nations Unies.

Negroponte, en tant qu'ambassadeur des USA au Honduras de 1981 à 1985, a joué un rôle majeur dans l'aide des USA aux rebelles de la Contra qui voulaient renverser les Sandiniste au Nicaragua. Des défenseurs des droits de l'homme ont accusé Negroponte d'ignorer les violations de ces droits commises par les escadrons de la mort du Honduras, qui ont été payés et en partie entraînés par la CIA. Bien sûr, quand Negroponte était ambassadeur, l'immeuble qu'il occupait à Tegucigalpa est devenu un des plus grands centre névralgique de la CIA en Amérique Latine avec un décuplement de son personnel.

Bien qu'il n'y ait aucune preuve reliant Chiquita au coup d'Etat récent au Honduras, il y a une convergence de faits troublants et de politiciens importants impliqués pour exiger une enquête plus poussée. Du COHEP à Covington, en passant par Holder, Negroponte et McLarty, Chiquita a recherché des amis haut placés, amis qui n'ont aucun penchant pour les politiques progressistes sur le travail soutenues par le régime de Zelaya à Tegucigalpa.

NIKOLAS KOZLOFF


ARTICLE ORIGINAL
http://www.counterpunch.org/kozloff...
Counterpunch 17-19 Juillet 2009

Traduction Laurent EMOR pour le Grand Soir http://www.legrandsoir.info

Nikolas Kozloff est l'auteur de Revolution ! South America and the Rise of the New Left (Révolution / L'Amérique du Sud et la montée de la nouvelle gauche) (Palgrave-Macmillan, 2008). Consultez son blog sur senorchichero.blogspot.com.

[1] Historiquement la Dole est la 'Hawaiian Pineapple Company' qui s'installe à Hawaï en 1851 où elle est soupçonnée d'avoir participé à l'éviction de la dernière reine d'Hawaii et aidé les États-Unis à en faire un de ses territoires.

[2] Lire 'Le pape vert' de Miguel Angel Asturias (Albin Michel, 1956)

[3] 60 Minutes, un magazine télévisé d'information américain produit par CBS News et diffusé par CBS est régulièrement en tête des sondages d'audience.

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http://www.legrandsoir.info/D-Arbenz-1954-a-Zelaya-2009-Chiquita-en-Amerique-Latine.html























José FORT
Pour mémoire :

Nicaragua

Anastasio Somoza : la fin du fils d'un « fils de pute »





Anastasio Somoza Garcia dit « Tacho » - tel père, tel fils.



Il y a trente ans, le 19 juillet 1979, les « muchachos » du Front sandiniste de libération nationale (FSLN) libéraient Managua, la capitale du Nicaragua. Un pays ? Plutôt un ranch privé tenu par la famille Somoza, une dictature bestiale en place depuis 1933.

Coïncidences ? Anastasio Somoza Debayle dit « Tachito » est mort comme son père « Tacho ». Les deux ont été exécutés comme il est courant d'éliminer des chefs de bandes : le premier, en septembre 1980, le corps criblé de balles au coin d'une rue d'Asuncion où il avait trouvé refuge chez le dictateur paraguayen Alfredo Stroessner ; le second, fondateur de la « dynastie », abattu dans la ville de Leon - toujours un mois de septembre, mais en 1956 – par un jeune poète Rigoberto Lopez Perez.

La famille Somoza était à la solde des gouvernements nord-américains depuis plus d'un quart de siècle. Cynique, le président US Franklin D. Roosevelt déclara le jour de l'intronisation de Somoza père à la présidence de la République nicaraguayenne : « Somoza est un fils de pute, mais c'est notre fils de pute. »

Le 1er janvier 1933, Washington annonçait le retrait des marines US du Nicaragua où, depuis plus de cinq ans, ils tentaient de mater une insurrection populaire. Composée de mineurs, de dockers, de paysans, d'ouvriers des bananeraies, la « petite armée folle » en lutte pour « l'indépendance et la dignité » était dirigée par Augusto Cesar Sandino. Le « général des hommes libres », comme l'avait surnommé Henri Barbusse.

En mars 1932, le nouveau président Franklin D. Roosevelt qui représentait – déjà - l'espoir des Etats-Unis empêtrés dans une crise - déjà - sans précédent avait promis un « bon voisinage » à l'Amérique latine. Sandino et ses hommes déposèrent leurs armes après le départ des occupants. Ils croyaient en la loyauté de Washington comme aujourd'hui on aimerait croire en celle de Barak Obama sur d'autres points chauds dans le monde. Sandino était tombé dans un piège.

Un plan machiavélique avait été concocté avec comme grand ordonnateur l'ambassadeur des Etats-Unis à Managua, Arthur Bliss Lane, comme bras armé la Garde « nationale » nicaraguayenne formée, équipée et encadrée par des militaires US et comme capo-exécuteur Anastasio Somoza Garcia dit « Tacho ». Objectif : terminer le « travail » en éliminant toute opposition. Le 21 février 1934, dans une embuscade tendue par la Garde « nationale », Sandino et plusieurs de ses compagnons étaient assassinés. Puis vint le temps du massacre systématique des anciens soldats de la petite « armée folle » abattus avec femmes et enfants. « Tuez-les tous » avait hurlé Somoza père avant de lancer les tortionnaires. Un flot de sang coula dans l'indifférence générale.

Somoza père, un vrai « fils de pute », régna vingt ans. Un tueur. Un prédateur. A sa mort, son fils aîné Luis lui succéda et s'employa, de 1957 à 1963, à poursuivre « l'œuvre » de son père avant de mourir officiellement d'une crise cardiaque. Plusieurs sources affirmaient à l'époque que la mort de Luis avait été provoquée par des drogues habilement dispensées par son propre entourage familial.

Après l'intermède gouvernemental de René Schick (1963-1967), un homme de paille du clan, Anastasio Somoza Debayle devenait président de la République. D'entrée, il s'octroyait un tiers des terres cultivables ainsi que le contrôle des principales industries du pays. « Même si j'abandonnais mon titre et mes liens politiques, je serais encore l'homme le plus riche de ce pays », déclarait-il en octobre 1973. C'était un an après le tremblement de terre qui fit dix mille morts et trois cent mille sans-abri à Managua et dans la région. Somoza se chargea personnellement de la gestion de l'aide internationale. A son profit. L'ONU, les Etats-Unis, les pays donateurs ont gardé silence sur le pillage de la solidarité venue du monde entier. Somoza pouvait compter sur ses amis politiques nord-américains aux affaires, ses complices des banques US et européennes. La plupart fonctionnaient à la commission dite des « 10% ».

Comment expliquer que ce gangster se soit maintenu au pouvoir aussi longtemps ? La répression féroce menée par la Garde « nationale » a fait des dizaines de milliers de victimes. Toute opposition était étranglée. On ne comptait plus les expéditions punitives, les assassinats, les centres de torture et les cimetières clandestins. Diplômé de West Point, Somoza entretenait d'excellentes relations, « familiales » soulignait-il, avec les militaires US et des responsables politiques de haut rang comme Nixon, Kissinger, Reagan et quelques autres.

Tacho, le père, avait exploité la guerre froide pour maintenir des relations privilégiées avec Washington en se présentant comme un champion de la « lutte contre le communisme ». Il excellait dans les missions « sales » visant les militants progressistes latino-américains. Tachito, le fils, utilisa la « lutte contre le castrisme », en fait contre la révolution socialiste cubaine. Les bases militaires de la dictature furent ouvertes aux préparatifs des expéditions terroristes contre Cuba. Des documents secrets nord-américains récemment publiés indiquent que plusieurs tentatives d'assassinat visant Fidel Castro furent mises au point dans la résidence personnelle de Somoza lors de soirées où se retrouvaient le gratin de la CIA et des mafieux liés aux officines spécialisées dans les coups tordus agissant, bien entendu, au nom de la « défense de la liberté et de la démocratie ».

Pour Tachito, les ennuis commencèrent sérieusement en 1974. Le 27 décembre de cette année là, un commando du Front Sandiniste de libération nationale (FSLN, né en 1961) effectua un raid spectaculaire au domicile d'un ancien ministre qui donnait une réception en l'honneur de l'ambassadeur des Etats-Unis. Premier coup de gong d'une longue et sanglante épreuve de force entre Somoza, soutenu par sa garde prétorienne et les Etats-Unis et le Front sandiniste de libération dont la stratégie tendait à créer les conditions d'une insurrection populaire généralisée.

Deux erreurs principales précipitèrent la chute de cet homme arrogant, sans scrupules, avide de richesses, mais qui ne manquait pas d'intelligence politique. En perdant tout sens de la mesure, il déclencha l'hostilité d'une bourgeoisie nicaraguayenne mécontente de la trop modeste « part du gâteau » qui lui était réservée ; en faisant tuer, en janvier 1978, le leader conservateur Pedro Joaquin Chamorro, directeur du journal « la Prensa », il donna le signal de la lutte de tout un peuple, toutes classes confondues, contre la dictature.

 




La guérilla menée par le FSLN a duré dix-huit ans. Elle fut marquée par des coups de main audacieux et une répression bestiale. Elle devint une lutte nationale contre la dictature en 1977 après l'assassinat de Pedro Joaquin Chamorro. Grèves et attaques de garnisons se succédèrent. En septembre, le FSLN appela à l'insurrection générale. L'aviation somoziste acheva de ruiner Managua. En mars 1979, les trois tendances du FSLN unifièrent leurs efforts. En juin, le nouvel appel à la grève et à l'insurrection rencontra l'adhésion générale. Le 19 juillet, les combattants avec Daniel Ortega à leur tête entraient dans la capitale. La guerre avait fait 30.000 morts, plusieurs dizaines de milliers de blessés sur une population de 2.500.000 habitants.

Jusqu'au dernier moment, Anastasio Somoza Debayle a cru pouvoir s'en sortir. Depuis son bunker situé sur la Loma, la colline qui domine Managua, il espérait un soutien militaire de ses amis nord-américains. « Ils ne vont pas me laisser tomber, j'en sais trop », confiait-il à ses proches. Washington n'a pas répondu aux appels du fils de son « fils de pute ». Tachito a dû fuir. Les poches pleines. Quant au gros de ses « biens », il avait été prudemment mis à l'abri dans des banques suisses, américaines et dans des sociétés cotées à Wall Street. Une fortune estimée à 1 milliard de dollars.

Toutes les portes se fermaient devant Anastasio Somoza. Même celles de Miami pourtant refuge doré des dictateurs latino-américains en retraite forcée. Il restait un seul individu prêt à l'accueillir : le général Alfredo Stroessner, maître du Paraguay depuis un quart de siècle, un tueur patenté. Entre ces gens là, la solidarité existe aussi surtout lorsque l'invité traîne des valises pleines de dollars. Somoza avait acheté 8000 hectares de terres paraguayennes et s'était installé dans une villa des faubourgs d'Asuncion sous la protection d'une milice privée et de la police secrète locale. Au cours d'une soirée, il avait affirmé à ses visiteurs, selon sa maitresse du moment : « Je sais que certains veulent ma peau. Ici, je suis en sécurité. » Il restait à Tachito un peu plus d'un an à vivre.



La Mercedes de "Tachito" après l'intervention d'un commando

Les tyrans ne doivent pas toujours mourir dans leur lit se disaient les membres du commando en arrivant dans la capitale paraguayenne par des voies terrestres et aériennes. Mission : abattre Somoza. L'opération avait été soigneusement planifiée : acheminement des armes, location d'appartements, achats de véhicules, et même l'acquisition d'un kiosque à journaux à proximité de la villa de Somoza. Pendant plusieurs semaines, les habitudes de « Tachito » et de sa garde rapprochée ont été observées. A quelle heure sortait-il ? Quelle voiture empruntait-il ? Combien de véhicules de protection ? Le 17 septembre 1980 en fin de matinée, le commando passait à l'attaque.

Anastasio Somoza Debayle s'effondrait sous les balles. Même sa maitresse ne l'a pas regretté.

José Fort

Le Nicaragua

Situé entre l'Atlantique à l'est et le Pacifique à l'ouest, au nord du Costa Rica et au sud du Honduras, le Nicaragua est traversé sur sa côte ouest par la route interaméricaine. C'est sur cette côte que se situent toutes les villes, Managua, la capitale, tapie derrière un lac qui porte son nom, Chinandega, Leon, Masaya, Granada. Les tribus indiennes vivent sur la côte est.

Pas de répit pour le jeune pouvoir

Dès 1981, mercenaires et anciens gardes somozistes encadrés par la CIA entamaient une guerre non déclarée pour le compte des Etats-Unis. Depuis ses bases du Costa Rica et du Honduras, la « contra » attaquait les nouvelles coopératives paysannes, assassinait les cadres sandinistes. Ronald Reagan et Bush père se lancèrent dans le trafic d'armes et de stupéfiants connu sous le nom d'« Irangate » pour financer et armer la « contra ».

En mémoire


Joël Fieux

Des dizaines de coopérants français sont partis aider le peuple nicaraguayen. Deux d'entre eux sont tombés sous les balles de la « contra » : Pierre Grosjean, tué en 1983 et Joël Fieux, tombé trois ans plus tard dans une embuscade.

 
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