Ici
commence notre plongée dans le monde des services spéciaux occidentaux
qui conduisent en Syrie une « guerre de basse intensité »,
comparable à celles organisées dans les années 80 en Amérique
centrale ou plus récemment en Libye pour préparer et justifier lintervention
de lOTAN.
Gilles
Jacquier était un reporter apprécié de ses confrères,
et récompensé par sa profession (Prix Albert Londres, Prix des correspondants
de guerre etc.). Mais il nétait pas que cela.
Dans
une lettre à en-tête de France-Télévisions, datée
du 1er décembre 2011, les rédactrices en chef du magazine «
Envoyé spécial » lémission politique la
plus regardée du pays avaient sollicité un visa du ministère
syrien de lInformation. Prétendant vouloir vérifier la version
syrienne des événements selon laquelle « les soldats de larmée
syrienne sont victimes dembuscades et de groupes armés qui sévissent
dans le pays », elles demandèrent que Jacquier puisse suivre le quotidien
des soldats de la 4e division blindée commandée par le général
Maher el-Assad (frère du président) et de la 18e division blindée,
commandée par le général Wajih Mahmud. Les autorités
syrienne furent surprises par larrogance des Français : dune
main, ils encadrent les groupes armés qui attaquent les troupes loyalistes,
de lautre ils entendaient infiltrer un agent de renseignement militaire
dans leurs troupes pour informer les groupes armés de leurs déplacements.
Il ne fut pas donné suite à cette demande.
Aussi,
Gilles Jacquier tenta t-il une autre voie. Il sollicita lentremise dune
religieuse grecque-catholique au franc-parler, estimée et parfois redoutée
par le pouvoir, Mère Agnès-Mariam de la Croix, higoumène
du monastère Saint-Jacques de lIntercis. Elle avait organisé
le premier voyage de presse ouvert aux journalistes occidentaux depuis le début
des événements afin de montrer le soutien patriotique des Syriens
chrétiens à ladministration Assad, et leur crainte de voir
les Occidentaux placer au pouvoir des fanatiques takfiristes. La célèbre
religieuse, qui dispose dune double nationalité, espéra que
la presse française agirait professionnellement et favoriserait la réconciliation
nationale. Elle fit donc le siège du ministère de lInformation
jusquà obtention dun visa pour Jacquier et son cadreur.
Les
choses saccélérèrent le 20 décembre, dautres
médias prièrent Mère Agnès-Mariam de leur obtenir
la même faveur. Gilles Jacquier, quant à lui, sollicita un autre
visa pour sa compagne, la photographe Caroline Poiron, et pour la reporter Flore
Olive, représentant toutes deux Paris-Match. Ce devait être au total
un groupe de 15 journalistes français, belges, néerlandais et suisses.
Selon toute vraisemblance, les Français et le Néerlandais étaient
pour la plupart, voire tous, des agents de la DGSE. Le temps pressait pour leur
mission.
Ici
un petit retour en arrière est indispensable.
Pour
affaiblir la Syrie, les groupes armés par lOTAN entreprennent diverses
actions de sabotage. Bien que le centre historique de la rébellion des
Frères musulmans soit Hama, et que seuls deux quartiers de Homs les soutiennent,
lOTAN à choisi cette ville pour concentrer ses actions secrètes.
En effet, elle est au centre du pays et constitue le principal nud de communication
et dapprovisionnement. Successivement, des « révolutionnaires
» ont coupé le pipe-line, puis les ingénieurs canadiens qui
dirigeaient la centrale électrique ont été rapatriés
à la demande des Etats-Unis. Enfin, cinq ingénieurs iraniens chargé
de faire re-fonctionner la centrale ont été enlevés, le 20
décembre 2011.
Des
médias ont reçu une revendication dune mystérieuse
brigade contre lexpansion chiite en Syrie. Puis, lambassade a confirmé
avoir débuté une négociation avec les preneurs dotages.
Restaient à ceux-ci à transmettre une « preuve de vie »,
par exemple une photographie datable des otages en bonne santé.
Contre
toute attente, celle-ci ne fut pas envoyée directement à la République
islamique, mais publiée par Paris-Match (édition du 5 janvier).
Un photographe du magazine, disait-on, avait pu entrer secrètement en Syrie
et réaliser ce cliché. Peut-être les lecteurs français
se sont demandés si ce reporter était bien humain pour prendre des
photos dotages sans leur venir en aide. Peu importe, le message était
clair : les ingénieurs sont en vie et les preneurs dotages sont contrôlés
par les services français. Aucune réaction officielle, ni dun
côté, ni de lautre. Cest donc que les négociations
se poursuivent.
Arrivés
à Damas, les médias français et néerlandais furent
logés par les autorités dans des hôtels différents,
mais Jacquier les regroupa immédiatement au Fardos Tower Hotel. Le manager
de cet établissement nest autre que Roula Rikbi, la soeur de Bassma
Kodmani, porte-parole du Conseil national basé à Paris. Lhôtel
sert de cache aux services secrets français.
En
résumé, un agent de renseignement militaire, ayant pour compagne
une photographe dont une collègue a pu entrer en contact avec les otages,
a formé un groupe de « journalistes » ayant une mission liée
à ces otages, probablement leur remise par des Français à
des Iraniens. Ils se sont rendus à Homs après sêtre
débarrassés des services de sécurité, mais le chef
de mission a été tué avant de pouvoir établir le contact
prévu.
On
comprend que, dans ces conditions, lambassadeur de France soit devenu nerveux.
Il était en droit denvisager que Gilles Jacquier ait été
assassiné par des membres des groupes armés, inquiets de la dislocation
de lalliance militaire France-Turquie, et jusquau-boutistes dune
guerre de lOTAN. Hostiles à la négociation en cours, ils auraient
fait capoter sa conclusion.
Lambassadeur
de France, qui navait pas le temps de reconstituer les événements,
sappliqua donc à empêcher les Syriens de le faire. Contrairement
aux normes internationales, il refusa que lautopsie soit réalisée
sur place en présence dexperts français. Les Syriens acceptèrent
de déroger à la règle à la condition de réaliser
une radiographie. En réalité, ils en profitèrent pour photographier
le cadavre sous tous les angles. Selon nos informations, le corps porte la trace
déclats à la poitrine et de coupures sur le front.
Puis,
lambassadeur prit dans ses voitures blindées les « journalistes
» français et le néerlandais, et la dépouille du défunt.
Il partit avec eux accompagné dune lourde escorte, laissant sur le
carreau la Mère supérieure stupéfaite et un journaliste de
lAgence France Presse : le diplomate pressé avait récupéré
ses agents et abandonné les civils. Le convoi passa récupérer
les effets personnels de chacun à lhôtel As-Safir de Homs,
puis rejoignit lambassade à Damas. Le plus vite possible, il arriva
à laéroport doù un avion spécial affrété
par le ministère français de la Défense évacua les
agents vers laéroport de Paris-Le Bourget.
Les
barbouzes ne feignaient plus de réaliser des reportages en Syrie, ils oubliaient
avoir obtenu un allongement de leur visa, ils fuyaient juste avant que les Syriens
ne découvrent le pot aux roses de cette opération ratée.
Arrivé
à Paris, le corps fut immédiatement transféré à
linstitut médico-légal et autopsié avant larrivée
dexperts mandatés par la Syrie. En violant les procédures
pénales, le gouvernement français a invalidé le rapport dautopsie,
qui sera tôt ou tard rejeté par la Justice, et a définitivement
écarté la possibilité détablir la vérité.
Afin
dempêcher les journalistes français (les vrais) de mettre leur
nez dans cette affaire, les journalistes (les faux) qui accompagnaient Jacquier
ont, une fois revenus en France, multiplié les déclarations contradictoires,
mentant de manière éhontée pour créer de la confusion
et noyer le poisson. Ainsi, bien que 8 manifestants pro-Assad aient été
tués, Jacques Duplessis dénonce « un guet-apens tendu par
les autorités syriennes » pour léliminer avec ses confrères.
Vérification faite, M. Duplessy a longuement travaillé pour une
ONG réputée avoir servie de paravent
à la DGSE.
Pour
les Iraniens et les Syriens, la mort de Jacquier est une catastrophe. En laissant
circuler le groupe despions français et en le surveillant discrètement,
ils espéraient bien remonter aux ravisseurs et, à la fois, libérer
les otages et arrêter les criminels.
Depuis
un an, les services secrets militaires français sont placés au service
de limpérialisme états-unien. Ils ont organisé un début
de guerre civile en Côte dIvoire. Par la suite, ils ont manipulé
le séparatisme de la Cyrénaïque pour faire croire à
une révolution anti-Kadhafi et semparer de la Libye. Maintenant,
ils encadrent des repris de justice recrutés par le Qatar et lArabie
saoudite pour semer la terreur, accuser le gouvernement syrien et menacer de venir
le changer.
Il
nest pas sûr que le peuple français apprécierait de
savoir que Nicolas Sarkozy a rabaissé son pays au niveau dun vulgaire
preneur dotages. Et il ne faudra pas sétonner si un Etat qui
pratique le terrorisme chez les autres doive un jour le confronter sur son sol.
Par
Boris V. - 16 janvier 2012
Article publié par léquipe de
télévision russe dans Komsomolkaya Pravda
publiés par
Mondialisation.ca
http://www.mondialisation.ca/index.php?context=viewArticle&code=V.20120116&articleId=28683
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