20 février 2011




La France vue par un Cubain...
L’illusion française.





Andrés BANDERA TAMAYO










Depuis que j’ai l’âge de raison j’ai entendu mes parents et professeurs parler de la beauté de ce pays et de la grandeur de ses habitants. Tous parlaient des œuvres extraordinaires de ses auteurs, des artistes plastiques, des musiciens et de la Commune de Paris. Je me souviens qu’un jour mes parents sont arrivés à la maison avec un livre sur la révolution française et qu’ils m’ont incité à le lire. Cet ouvrage me fascina a tel point que je le lus plus de dix fois tout au long de ma vie. C’est là que j’ai appris qu’à la fin du XVIII° siècle, la France avait une superstructure monarchique absolue, que son Roi s’appelait Louis XVI et que la société était divisée en trois classes : le clergé et l’aristocratie/noblesse qui ne payaient pas d’impôts et le Tiers Etat dont le niveau de vie était bien pire et dont les impôts, cependant, faisaient vivre le pays. A la lecture de cette Histoire essentielle de la révolution j’ai découvert que quelques ministres avaient essayé de mettre en œuvre quelques réformes : que les privilégiés payent eux aussi des impôts et qu’il y eut une rébellion du côté des aristocrates et que pour défendre les intérêts du peuple Français de cette époque, ils ont abandonné l’aristocratie, qu’ils ont prêté serment, ont rédigé une constitution et ont mis en place une Assemblée Nationale Constituante.

Ainsi commença la Révolution française bientôt rejointe par le peuple, quelques aristocrates, des membres du clergé, une partie de l’armée et le 14 juillet 1789, les habitants de Paris prirent d’assaut la prison de la Bastille pour protester contre le Roi ; cela provoqua la fuite de nombreux aristocrates. Telle était la France que je connaissais à travers ce livre lu plus de dix fois. La France rebelle et révolutionnaire qui guerroya pour en finir avec l’aristocratie et y arriva en menant Louis XVI à la guillotine et qui par la suite poursuivit la révolution jusqu’à construire un magnifique pays qui nous a fait rêver, par son architecture, ses sculpteurs, ses peintres, pas seulement moi, mais des millions et des millions de personnes et dont rêvent encore des millions et des millions d’hommes. Un pays dont la culture des Victor Hugo, Verlaine, Rousseau, Zola et tant d’autres a été le modèle de la culture Universelle, un pays, aujourd’hui, triste, désinformé et asphyxié par la machinerie infernale de l’impérialisme.

Qu’il est difficile de voir comment la Nation de la Commune de Paris, des Droits de l’Homme, du Siècle des Lumières, se retrouve assombrie par la misère qui pullule dans ses rues, de voir des femmes et des hommes qui ignorent l’Histoire passée de leur pays et les événements historiques, nationaux et internationaux actuels, ainsi que de constater leur passivité face à leur propre pays dévasté, par une société consumériste qui étouffe les villes françaises, partout où je suis allé, sous la carapace des supermarchés et des panneaux publicitaires. La culture, la fameuse élégance, toute l’intelligence française, ont été enterrées sous les miroirs aux alouettes qui attirent la misère dans laquelle les opportunistes et les traitres à leur patrie, sociaux démocrates ont noyé le Pays des Lumières. J’entends par miroir aux alouettes, une société de surconsommation, de gâchis qui entraîne une démesure dans ses slogans publicitaires, tout support confondu. Aucun domaine n’est épargné :

- des loisirs basés sur la consommation avec des complexes, temples du virtuel, de l’abrutissement, conçus sur le modèle étatsunien ;

- un habitat uniformisé et qui ne respecte plus les particularités régionales (surtout dans le grand Sud de la France) ;

- un urbanisme saturé avec une superposition d’infrastructures plus démonstratives qu’efficaces (je pense à la réintroduction du tramway et en particulier sur La Canebière à Marseille. Après avoir supprimé les tramways après-guerre, toutes les villes veulent aujourd’hui leur tramway) ;

- des villes avec leur centre ville encombré et des provinces désertifiées ;

- une politique tout voiture qui conduit à faire payer les autombilistes qu’ils roulent ou qu’ils soient à l’arrêt : carburant à un prix élevé, autoroutes payantes, stationnement payant ;

- une présence policière importante dans les grandes villes avec des contrôles d’identité impressionnants, sans compter la présence d’une armée, mitraillette au bras dans les grandes villes : Marseille, Paris ;

- une agriculture industrialisée, sectorisée, polluée, appauvrissant le sol, détournée de la polyculture ;

- une mode « bio » investie par les sociaux-démocrates estampillés écolos, plus préoccupés de leur nombril que de l’intérêt général ;

- une culture abandonnée aux mains des sociaux-démocrates qui utilisent notamment l’outil de travail arraché à celles des travailleurs pour le vider de son caractère social et économique, pour un devenir de marchandisation grottesque, un affront au monde du travail. Tous les arts sont touchés. Pour noyer « cet immense vide culturel », la social-démocratie table sur un nombre incalculable « d’artistes » qui pour la plupart conçoivent des oeuvres sans aucune règle artistique : musique, vocal, peinture, littérature, sculpture, etc. Tous les arts sont tristement concernés.

Par ailleurs, si la « culture » grand publique » connaît un niveau très bas, il existe des groupements de personnes qui résistent et qui proposent une culture de bonne qualité. Elle fait hélas figure d’élitisme, de réseaux. J’ai été notamment invité par une maison d’éditions à Limoges « Le Bruit des Autres » qui fait un travail sérieux et courageux. Cependant ce milieu est aussi infiltré de pseudo-intellectuels opportunistes.

J’ai parcouru tout un circuit sous la houlette d’une excellente guide, qui connait bien son pays et son histoire. C’est elle qui m’a montré, sans retenue, le meilleur et le pire de son pays sur lequel elle pleure.

Les rencontres, les activités que j’ai faites dans diverses institutions, surtout au Collège Gaulcem-Faidit où j’ai participé à un projet qu’ils appellent « Ouverture sur le Monde, ouverture aux autres » avec les élèves de six classes, qui étudient l’Espagnol, a été pour moi une nouvelle déception.
Nous avons été accueillis, Muriel Dichamp, Présidente de l’Association de Solidarité avec Cuba « Corrèze Cuba Estrella », à l’initiative de cette rencontre, -- et moi -- par la professeure d’Espagnol et des membres de la Direction avec un abondant buffet. A l’exception de la professeure, le comité d’accueil, poli et courtois, était plus dans la représentation que dans l’authentique : j’en ai connu des plus chaleureux dans la tradition cubaine. D’autre part, lors de la récréation, les professeurs se réunissent dans une salle, aucun d’eux ne s’est adressé à moi. Ce manque de contact et de curiosité est affligeant. Mais ce ne fut pas là le plus triste, ma peine la plus profonde je l’ai ressentie lorsque j’ai rencontré chacune des classes. Ceux qui avaient le moins de connaissances en Espagnol l’étudiaient depuis sept mois et ne savaient pas formuler les questions les plus élémentaires, encore moins comprendre les réponses. En voyant cela, j’ai décidé de poser des questions et d’établir un dialogue en Français. Je me suis rendu compte que ces braves enfants attentifs ignoraient l’histoire culturelle et politique de leur propre pays. Sur cuba, lorsque je leur expliquais ce qu’était Cuba, deux ou trois l’ont associée avec le Che parce que ce héros internationaliste est connu universellement grâce à la vente des casquettes et de T-shits.

Tout le dialogue tourna autour de l’orientation de lectures utiles sans relation avec les moyens que la social démocratie utilise pour noyer dans l’ignorance le peuple Français qui vit aujourd’hui sous un régime qui préfère, par opportunisme, le maintenir dans l’inculture et l’ignorance de sa propre réalité et de la réalité du monde, pour lui escroquer sa liberté.
Les questions posées sur Cuba, sur son gouvernement, étaient un autre indice sur la désinformation à laquelle sont soumis, en toute impunité, les Français.
Le pire c’est la conscience du mensonge qu’ils ont créée chez eux. L’immense majorité est convaincue que ce que disent les medias est la Vérité ; que les Cubains révolutionnaires et les Français qui ont visité Cuba, mentent.
Ils croient que Castro est un dictateur et que les Cubains se sont résignés à leur misère.
Nombreux sont ceux qui ignorent et parfois ne croient pas qu’il existe un embargo/blocus criminel qui assassine des enfants, des vieillards, des femmes et des hommes malades, par manque des recours que les USA refusent à Cuba quitte à les jeter à l’eau.

Pendant les quarante jours passées en France j’ai parcouru les principales communes de la Corrèze ; la Basse et la Haute Corrèze, je suis allé à Bordeaux et j’ai visité quelques communes comme Saint Emilion et ses vignobles, à Périgueux capitale de la Dordogne, à Marseille et enfin à Paris et partout, exception faite de Paris, j’ai vu passivité, résignation, conservatisme et même de la peur.

Je dis à l’exception de Paris parce que j’y ai respiré un air de solidarité et de combativité lors d’une réunion de haut niveau avec l’organisation de solidarité et d’aide aux Cubains France Cuba, dont le Président André MINIER et presque tous les présents ont exprimé leurs convictions ;
Annie ARROYO a apporté une brillante contribution.
Muriel DICHAMP a démontré son courage habituel, sa sincérité pleine de talent dans la défense de l’intégrité de l’association. Tous se sont prononcés contre le blocus de Cuba, en faveur de la restitution de la base de Guantánamo à son propriétaire légitime et en faveur de la libération des cinq héros injustement détenus dans les geôles des USA.

J’ai assisté, à Paris, à une pièce de théâtre pleine de courage sur la vie de guérillero du Che
qui peut se révéler très utile pour les Français ;
mais dans le reste du pays, à de très rares exceptions,
les bons discours se prononçaient en cachette.

Ce silence m’a déçu. L’admiration que j’avais pour les hommes qui ont fait l’histoire culturelle et politique de ce merveilleux pays est restée en suspens et son avenir se traîne dans la poussière, résignée, triste et soumise.
La France est un musée qui s’assombrit sous les regards convoiteurs de la social-démocratie,
alliée d’une droite de plus en plus dure et virulente.
Et tout cela à cause d’une superstructure sociale qui ne prend pas en compte la pauvreté.
Qui ne pense qu’à se gaver d’argent,
se damnant définitivement et oubliant les principaux droits de l’homme, bref, l’impérialisme.

L’illusion française traîne triste et misérable dans les rues, dans le métro, sous les ponts avec son cortège de femmes et d’hommes, abandonnés par la société, souffrant de faim et de froid. Elle a même oublié le sens de la Marseillaise.

Andrés BANDERA TAMAYO
acteur cubain

Traduction de F. Candás

EN COMPLEMENT


Je m’appelle Jean-Claude, je suis photographe et j’ai visité Cuba http://www.legrandsoir.info/Je-m-ap... (Voir page de droite >>>>)





20 février 2011

Cuba, vu par un Français...

Je m’appelle Jean-Claude,
je suis photographe
et j’ai visité Cuba

J-C Allard

photo (bas de page précédente) : J-C Allard www.allard-net.com

Et ils voyagent souvent. Tout près, car, comme dit Jean-Claude, "pas besoin d’aller au bout du monde pour voyager", ou tout loin, l’Espagne, le Vietnam, la Crète, Madagascar, l’Ecosse … Depuis 1990, il emporte en voyage ses crayons et carnets … Et revient avec de bien belles images. Récemment, Jean-Claude et Claire sont partis à Cuba pour trois semaines. Sans a priori, sans parti pris favorable ou défavorable. "Pour voir de près", disent-ils. Voici leur récit étonné. Et les images, bien sûr.

Jean-Claude et Claire, sa compagne, aiment voyager, c’est d’ailleurs en Chine qu’ils se sont rencontrés.

Entre le 19 décembre 2010 et le 3 janvier 2011 nous étions à Cuba. Pour un voyage « touristique ». Nous ne connaissions rien ou pas grand-chose sur ce pays, à part les quelques clichés véhiculés, même si du point de vue géopolitique nous étions curieux d’en faire la rencontre. On entend tellement de choses et leurs contraires sur Cuba qu’on avait envie de voir de près. Ce n’était pas la seule raison du choix de cette destination. Nous fuyons traditionnellement les fêtes de fin d’année et les Tropiques à Noël nous éloignaient de cet hiver arrivé trop vite en novembre.

Touristes, il est vrai, mais chez l’habitant (1) tous les jours. En demi-pension, ce qui permettait de voir d’un peu plus près comment les gens vivent, et d’échanger un peu plus facilement. Bien sûr nous n’avons ni l’un ni l’autre, Claire et moi, la maîtrise de la langue, ce qui est certes un handicap. Mais notre curiosité profonde et notre attachement à la rencontre nous ont amenés assez près des Cubains. Notre façon de dessiner ou de photographier facilite aussi les choses bien souvent. Nous n’aimons pas arracher des portraits et j’espère que cela se voit sur les images (2). Il faut dire aussi que les Cubains sont avides de rencontres, ce qui facilite bien les choses.

Malgré tout, nous avons bien conscience que deux semaines à Cuba ne permettent qu’une approche très superficielle.

Mais on doit dire que notre étonnement a été très grand. Ce voyage, plus que beaucoup d’autres, nous a permis de mettre le doigt sur notre propre façon de vivre et notre régime politique. Nous en revenons attachés à ce pays et bien disposés à le soutenir dans la lutte qu’il mène pour résister à l’impérialisme avec pour guide les USA tout proches. On se demande même comment cet îlot minuscule existe encore ! Quand on sait toutes les contre révolutions fomentées par les USA, toutes les (vraies) dictatures mises en place ou soutenues… Comment l’impérialisme américain n’est-t-il pas encore arrivé à se débarrasser de cette épine dans le pied que représente le « socialisme cubain » ? Est-ce un mystère ?

Cette dernière question a une réponse dans le soutien populaire du régime castriste. Encore en deux mots, si Cuba n’est pas une démocratie à l’occidentale (et nous y reviendrons), Cuba n’est pas une dictature. Jamais les armes dans ce pays n’ont été retournées contre la population. La principale critique envers le régime cubain est pourtant que c’est une dictature.

En terme de démocratie, nous n’avons de leçon à donner à personne. Nous ne croyons plus que le monde occidental, et la France en particulier, soient des démocraties (Larousse : gouvernement où le peuple exerce la souveraineté). Voici une liste non exhaustive d’atteintes sévères :

Dans notre pays on vote « Non » à un traité (TCE) et on nous l’impose quelques mois après !

Dans notre pays nous sommes pendant des mois et des mois, des millions et des millions dans la rue contre une soit disant « réforme des retraites », 70% de la population y sont opposés, et le gouvernement l’impose en force, sans débat !

Dans un pays où on utilise le mensonge (à propos des armes de destruction massive) pour imposer une intervention militaire…

Quand le taux de participation à nos élections continue de chuter pour atteindre des niveaux record, que dire de la démocratie ?

Quand on sait la collusion des médias avec les politiques au pouvoir et les hommes de pouvoir…

Ou que les fameuses « agences de notation » (qui représentent qui, dites le moi !) dictent leur bon vouloir à nos gouvernements nationaux…

Bref !

Alors doucement sur notre fameux modèle de démocratie (qu’on essaie aussi d’imposer ici où là par les armes…)

Je pense que Cuba a pris beaucoup de précautions pour se protéger des agressions du capitalisme (voir le nombre d’attentats contre Fidel Castro qui n’ont heureusement pas abouti) Alors que les USA sont prêts à tout pour se débarrasser de cette expression d’autre chose que le capitalisme. Et ces précautions ont vraisemblablement pris les couleurs d’atteintes à la démocratie selon nos critères. Mais ne faut-il pas voir plus globalement ? Le fait que le régime soit populaire à Cuba fait que les USA hésitent à intervenir directement comme ils ont su le faire par ailleurs.

Et nul n’ignore les conséquences désastreuses pour l’économie cubaine de cet état d’embargo après la chute de l’URSS.

Ceci étant posé, nous avons très envie de dire nos sentiments après ce court voyage.

Première impression très forte, et je vous assure que c’est un choc pour nous : pas la moindre pub ! Aucun panneau, pas la moindre enseigne, ni en ville, ni au bord des routes… Je rêve de ne plus être agressé par toutes ces pubs qui nous polluent l’espace et l’esprit en France. Et on a maintenant la preuve que ça existe un Pays sans pub. A quoi serviraient-elles dans un pays où la « concurrence libre et non faussée » n’a pas de sens ! En tout cas c’est la première fois, et nombreux sont nos voyages, que nous le voyons. Et si vous en avez marre de voir des pin-up sur des pubs de bagnoles, allez faire une pause à Cuba.

Les gens sont toujours « propres sur eux » comme on dit ici. Toujours bien habillés. On sent que c’est important pour eux. Pas le moindre haillon comme on en voit très souvent dans les pays sous développés. Ce n’est pas le cas de Cuba. Et tout le monde sait que, dans les premières conquêtes de la Révolution, il y a eu la lutte contre l’analphabétisme.

L’éducation à Cuba est une réussite, tout le monde le reconnaît. Pauvres voyageurs, nous n’avons pas les moyens de le mesurer précisément. Mais nous avons une anecdote. Par hasard, en passant devant une école, nous avons entendu qu’il y avait une atmosphère de fête. Nous sommes rentrés facilement, l’accueil était chaleureux. Claire était impressionnée d’une part par l’aisance des enfants qui dansaient mais aussi par le fait qu’il n’y avait pas les bons devant et les moins bons derrière, mais que chacune passait d’une situation à l’autre. On est loin du culte du meilleur. Il y a eu à la fin quelques mots à la gloire du régime, du genre « vive le socialisme ! » mais on peut vous assurer que c’était du vécu, du partagé, et pas un slogan régurgité. Mais le plus fort ce n’est pas ça, c’est que la fête était en remerciement pour les enseignants ! Quand on voit comment les enseignants sont traités chez nous et le peu de cas qu’on en fait aujourd’hui…

A propos d’école, les enfants portent tous un costume de l’école, toujours impeccable. Et les jeunes filles on bien souvent des jupes ultra courtes, qu’on jugerait indécentes chez nous.

Autre surprise, la facilité déconcertante avec laquelle les commerçants vous rendent la monnaie. C’est souvent un problème dans les pays où l’éducation a ses limites.

Autre anecdote. A Santa Clara nous avons été témoins d’une fête en commémoration de la libération de cette ville par le Che. Au programme, concerts de musique très classique, aussi de musique cubaine, mais à notre étonnement, danse contemporaine de haut niveau ! A quand de la danse contemporaine chez nous pour une fête du genre ? On pourrait en dire encore beaucoup sur le développement de la culture à Cuba.

Les Cubains sont bien nourris. Bien portants. Il est vrai que la traversée nous a montré un pays où la terre semble généreuse.

Pour ce qui est du logement, pour les campagnes et les petites villes, ce qui est étonnant, comme par exemple à Vinalès, c’est de voir des maisons coquettes.

Toutes sur la même architecture, simple et sans étage, seules les couleurs diffèrent. A La Havane, il est vrai que les façades sont très dégradées (3). Mais on a été surpris de voir qu’à l’intérieur c’était bien mieux que ce que pouvait laisser imaginer l’extérieur. Peut-être avons-nous eu la chance de tomber chez des gens plus fortunés ? En tout cas, partout où nous sommes passés, nous avons vu frigo, congélateur, télé, et des aménagements corrects qui nous rappellent évidemment les années 60. Nous avons même vu un vélo électrique…

De ces trois constatations, habillement, nourriture et logement, il nous a semblé que Cuba n’avait rien de l’allure des pays sous développés. Ajoutons que nous n’avons pas vu, comme par exemple au Vietnam, des enfants au travail ou des mômes avec la morve au nez.

Par ailleurs nous avons aussi noté qu’il n’y a pas de classes sociales. Les niveaux de vie sont très comparables entre les Cubains. Pas de maison luxueuse, pas de voiture extravagante, pas de zones privilégiées etc. C’est une constatation.

Et nous n’avons jamais vu ça dans aucun pays, y compris les pays pauvres que nous avons traversés et où on croise toujours quelque part un ghetto de riches, voire très riches. Aussi bien différent de ce qu’on a vu au Vietnam et en Chine où le luxe s’expose à côté de la pauvreté. Mais pas à Cuba. Si Fidel Castro avait une fortune quelque part, ses adversaires seraient trop heureux de nous mettre l’œil dessus ! Et ce n’est pas le cas.

Pour comparer avec la Chine ou le Vietnam, ce qui nous a frappés, c’est que dans ces deux pays gouvernés par un parti communiste, il n’y a aucune manifestation du régime. On veut dire par là : pas de slogans, pas de drapeau, rien qui puisse laisser voir au simple regard qu’on est dans un pays « communiste ».

A Cuba c’est différent. On voit souvent des slogans pour le régime et la révolution. On a été surpris aussi par la forme de ces slogans. J’aurais parié sur des phrases un peu stéréotypées et simplistes. Il n’en est rien d’une manière générale. Un seul exemple : « Un pays ne peut rien sans sa jeunesse ». Une sorte de gloire ou de confiance dans la jeunesse, qui chez nous est souvent considérée comme dangereuse, flemmarde, ou je ne sais quoi.

En tant que touristes nous nous sommes sentis très libres, là aussi à notre étonnement dans un tel pays. Notre curiosité n’a jamais été bridée. Jusqu’au fin-fond des villes et des campagnes, pas le moindre empêchement d’aller fouiner partout comme on aime le faire, avec notre scooter de location.

Autre signe très palpable : l’émancipation des femmes. Et certainement moins de machisme que par chez nous. A la maison les hommes participent, pour ce qu’on en a vu. Les rapports à l’intérieur des familles sont très doux, entre adultes et avec les enfants. Jamais de cri entre les uns et les autres ; ça ne grouille pas d’enfants non plus, ce qui traduit une bonne maîtrise des naissances.

Si bien entendu il n’y a pas de pub, il n’y a pas non plus de consommation de cigarettes ! Les quelques cigares croisés tiennent plus à du folklore qu’à une pratique courante. Le prix des cigares est tel qu’il semble destiné à l’exportation exclusivement.

Les paysages ne sont pas pollués par les déchets de plastique, ce qui est hélas très souvent le cas dans les pays d’Afrique par exemple. Certes ça doit être une denrée rare et précieuse le plastique, ils font souvent leurs courses en utilisant ces fameux sachets plastiques.

On a vu le ramassage des ordures, ce qui n’est pas aussi fréquent dans le tiers monde. Des balayeurs, on en a vu beaucoup dans les petites villes et à La Havane. Ce qui fait que les rues sont propres, à quelques exceptions près. Et les balayeurs, comme les autres Cubains, ne sont pas stressés par le travail ! Il nous est arrivé plusieurs fois de les voir s’asseoir sur un banc pour lire Granma et de reprendre le boulot quand ils en ont envie. Voilà qui nous plait bien. Loin du stress de France-Telecom et maintenant La Poste…

Etonnant aussi pour nous de constater que les églises étaient tranquillement animées. La liberté du culte est une réalité.

Pour cause d’embargo les Cubains sont privés de beaucoup de choses. Ce qui a aiguisé leur habileté à réparer. Chez nous on consomme, et à la moindre panne on jette. Faute de pouvoir faire autrement, et on vient de jeter ces derniers jours une balance et un micro-onde qui pourraient certainement être réparés si …

A Cuba on a vu des ateliers de réparations de tels objets ! Et comme souvent la queue bien organisée devant de tels magasins. Pas de stress non plus dans les queues. En arrivant on demande « el ultimo ? » ce qui veut dire « qui est le dernier ? »

On nous le montre et on peut aller faire un tour, boire un coup ou faire je ne sais quoi, pas de risque que quelqu’un passe avant nous. Respect ! A comparer avec le chacun pour soi, du « à qui sera le plus malin pour passer devant l’autre » de par chez nous. Ici culte du chacun pour soi. Là bas culte de la collectivité et du partage. Deux mondes.

Bref ! Cuba ce n’est pas la misère, ce n’est pas un pays sous développé, ce n’est pas une démocratie, et ce n’est pas une dictature à nos yeux.

Une dictature ne développerait pas à ce point l’éducation et la culture.

On ne sentirait pas les gens heureux, souriants.

On se sentirait, même comme touristes, « téléguidés ».

On y verrait une classe enrichie.

On n’y verrait pas un culte de l’émancipation, y compris des femmes.

C’est un pays où tout simplement il y a une expérience du socialisme, liée à son histoire, à sa situation géographique et économique. Nous ne voulons pas de ce modèle pour la France, comme nous ne voulons d’aucun autre !

Mais Cuba a alimenté notre espoir dans un « autre monde possible ». A construire pour nous.

En tout cas nous défendrons cet état qui, on le découvre, résiste avec une certaine réussite face au capitalisme ravageur.

Très petits voyageurs sans aucun doute, et loin d’entreprendre même le tour de cet îlot particulier, nous avons simplement voulu dire ici ce que notre cœur a ressenti et qui tranche un peu avec l’image véhiculée de Cuba.

Claire et Jean-Claude.

Ps : A notre retour, quel contraste de se voir accueillir par des treillis et mitraillettes dans le métro de Paris (4). Puis de retrouver toutes ces grises mines engoncées dans leurs coquilles !

Notes

(1) Nous avions pris les vols secs, puis réservé les nuitées, demi pensions et transports en commun par l’intermédiaire d’une association.

(2) Voir les croquis et photos sur les pages « carnets » et « galeries » de mon site : www.allard-net.com

(3) La restauration des bâtiments se fait petit à petit à La Havane. On peut voir des quartiers complètement rénovés et de belle façon (confirmation par un professionnel du bâtiment, québécois, vacancier comme nous, et rencontré par hasard chez l’habitant). On peut visiter facilement par exemple ces anciennes demeures coloniales qui sont devenus parfois des hôtels ou des musées. Et comme les hôtels, par exemple, sont à l’état, leur visite se fait donc naturellement.

(4) Autre différence. Nous n’avons pas vu à Cuba de ghettoïsation comme chez nous à Paris par exemple où il y a le quartier « chinois », « antillais », « africain »… A Cuba beaucoup de métissage.

Voir ici les photos sur Cuba

et les croquis

Liens complémentaires sur le travail de Jean-Claude

Galerie de photos de Jean-Claude Allard

Des couleurs des matières, des objets, des lignes, des courbes, des visages. De beaux visages qui nous parlent, photographiés avec respect.

Carnets de voyage

Claire, parisienne, est venue s’installer en Savoie. Danseuse, elle donne des cours de danse sur les communes voisines.

Aujourd’hui, ils préparent un spectacle qui réunit différents modes d’expression, autour de 10 artistes : arts visuels, sonores et chorégraphiques.

Texte relayé par emcee avec l’autorisation de leurs auteurs