Goldman Sachs
Les nouveaux maîtres du monde ?
Mercredi
16 Novembre 2011
Comment
Goldman Sachs, petite maison de courtage fondée en 1869 par un immigré
allemand, est-elle devenue la banque d'affaires la plus puissante du monde ?
La première chose que l'on apprend chez Goldman Sachs
c'est que l'on ne doit pas parler de Goldman Sachs. Les anciens ont peur, les
stagiaires se cachent. Depuis décembre 2006, les banquiers de Goldman Sachs
savaient qu'une crise financière se préparait et ont largement tiré
profit de cette précieuse information. Les
Américains, eux, en ont subi les conséquences et commencent à
se réveiller. Ce plongeon au coeur de l'une des plus grandes institutions
de Wall Street permet de lever le voile sur les méthodes de la finance
mondiale.
Source
Actualité
Distincte
Goldman
Sachs, le trait d'union entre Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos
Qu'ont en commun Mario Draghi, Mario Monti et Lucas Papadémos ?
Le nouveau président de la Banque centrale européenne, le président
désigné du conseil italien et le nouveau premier ministre grec appartiennent
à des degrés divers au "gouvernement Sachs" européen.
La banque d'affaires américaine a en effet tissé en Europe un réseau
d'influence unique sédimenté depuis des lustres grâce à
un maillage serré, souterrain comme public. A tout concours,
il faut une hiérarchie. Le premier prix revient bien sûr à
Mario Draghi, vice-président de Goldman Sachs pour l'Europe entre 2002
et 2005. Nommé associé, il est chargé des "entreprises
et pays souverains". A ce titre, l'une des missions est de vendre le produit
financier "swap" permettant de dissimuler une partie de la dette souveraine,
qui a permis de maquiller les comptes grecs. Vient ensuite Mario Monti, conseiller
international depuis 2005. Arrive en troisième position Lucas Papadémos,
qui vient d'être nommé premier ministre de la Grèce, qui fut
gouverneur de la Banque centrale hellénique entre 1994 et 2002, qui a participé
à ce titre à l'opération de trucage des comptes perpétré
par GS. Le gestionnaire de la dette grecque est d'ailleurs un certain Petros Christodoulos,
un ex-trader de la firme.
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| Deux
autres poids lourds tiennent le haut du pavé dans la défenestration
de l'euro, Otmar Issing, ex-président de la Bundesbank et Jim O'Neill,
l'inventeur du concept des BRICS, l'acronyme désignant les marchés
émergents à fort potentiel de croissance (Brésil, Russie,
Inde, Chine et Afrique du Sud). Ex-président de Goldman Sachs International
dont il est resté l'un des administrateurs, l'Irlandais Peter Sutherland
a joué un rôle-clé dans le sauvetage de l'Irlande. Enfin,
Paul Deighton, qui a passé 22 ans chez Goldman Sachs, est directeur général
du comité organisateur des Jeux olympiques de Londres en 2012. La lanterne
rouge car chacun sait que le sport comme l'amitié est hors concours.
Pourtant,
au-delà des apparences, le réseau d'influence qui a fait sa puissance
avant ou pendant la tourmente politique financière de 2008 a perdu de son
efficacité. En effet, les complicités anciennes entretenues par
les ex-banquiers centraux chevronnés mobilisés pour tirer les ficelles
se révèlent moins utiles face à des politiciens sensibles
à l'impopularité des professionnels de la finance tenus pour responsables
de la crise. Là où Goldman Sachs pouvait facilement exercer ses
talents, une série d'affaires -- la Grèce, la spéculation
contre l'euro, le scandale Abacus auquel a été mêlé
le goldmanien français Fabrice Tourre -- lui ont mis à dos la puissance
publique. Le carnet d'adresses est utile mais ne suffit plus à
lui tout seul sur une planète financière complexe et technique et
face à une nouvelle génération d'industriels moins pétris
de respect pour l'establishment. Les patrons européens partis à
la conquête du monde se sont émancipés des croisés
de la haute finance style Goldman Sachs. La quête de valorisation de l'actionnaire,
les exigences de transparence des comptes et les impératifs de l'expansion
à l'étranger émoussent l'"effet réseau".
Enfin, devenus plus exigeants sur la qualité et l'indépendance du
métier de conseil, les clients européens, mais pas seulement, exigent
le respect d'un minimum d'éthique. Et c'est là que
le bât blesse à propos de Goldman Sachs. Car la banque aime placer
ses hommes sans jamais laisser tomber le masque. C'est pourquoi ses hommes liges
cachent cette filiation quand ils donnent une interview ou mènent une mission
officielle (comme ce fut le cas de Monti qui s'est vu confier en 2010 une étude
sur le marché unique européen par le président de la Commission,
José Manuel Barroso). Mario Draghi affirme qu'étant
entré en fonction en 2002, il n'a rien eu à voir avec le maquillage
des comptes grecs orchestré deux ans plus tôt par la banque. Et il
a démissionné en 2005, soit un an avant que Goldman Sachs ne revendre
une partie du "swap" en question à la National Bank of Greece,
la première banque commerciale du pays, dirigée par un ancien Goldmanien,
Petros Christodoulos, aujourd'hui responsable de l'organisme gérant la
dette grecque.
Source
Le
Monde
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