Le Cauchemar :
les atrocités de l’invasion en Irak
L’exhumation de l’inconcevable






par Felicity Arbuthnot


Le 20 octobre 2010


« Ceux qui peuvent vous faire croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. » François-Marie Arouet -"Voltaire" (1694-1778.)


« Ceux qui peuvent vous faire croire des absurdités peuvent vous faire commettre des atrocités. » François-Marie Arouet -"Voltaire" (1694-1778.)

J’ai cette conviction profonde que le devoir du journaliste consiste à faire des comptes-rendus, à mettre en lumière des lieux souvent sombres, à servir de voix pour ceux dont la voix, les craintes, la détresse risquent de ne pas être entendues ou révélées. Écrire à propos des émotions que l’on peut parfois sentir en faisant ce devoir est un anathème et une redondance, de toute façon. Le but du journaliste est de tenter d’attirer l’attention sur les torts, non pas de pleurnicher sur les effets qu’ils peuvent avoir. Cela relève de la vie privée et c'est précisement ce qu'elle devrait être: privée. Si les politiciens désirent se dépouiller de leur dignité et faire allusion à tout, à leur vie sexuelle, à l’utilisation de leur deuil personnel pour gagner des votes de sympathie, ceux qui possèdent une parcelle de respect de soi ne souhaitent pas les imiter. Ici, je brise mon tabou, pour une bonne raison.

Depuis plusieurs semaines j’ai à nouveau fait des recherches en profondeur sur les atrocités de l’invasion de l’Irak, exhumé l’inconcevable, fait abstraction de toute émotion et lu à propos de la terreur, de la torture, de monstrueuses cruautés, d’un insupportable mot à l’autre. J’ai ensuite revisité Fallujah [1], où des documents, l’un après l’autre, révélaient les tréfonds des dépravations les plus sombres que peut toucher le « fils » ou la fille « d’une mère quelconque ». En effet, le père ou la mère d’un enfant quelconque est capable d’abattre les enfants, les bambins, les bébés des autres, de sang froid, de leur rouler dessus avec des chars d’assaut, laissant leurs restes pathétiques en pâture aux chiens errants.

Parmi les photographies observées, nombreuses étaient celles que même les enquêteurs les plus endurcis jugeaient « trop troublantes à voir ». Cela n’est pas mon point de vue. Si des membres de familles ayant survécu peuvent regarder, identifier, enterrer leurs proches avec amour et respect, si des travailleurs d’urgence (lorsqu’ils n’ont pas été incinérés par les troupes étasuniennes elles-mêmes) et du personnel médical (lorsqu’il n’a pas été abattu, emprisonné, torturé ou ligoté, un sac sur la tête) peuvent photographier les corps soigneusement, noter l’heure et le lieu de leur découverte pour ensuite les numéroter, les envelopper et les conserver un certain temps avant l’inhumation, dans l’espoir que des parents viennent réclamer les corps calcinés, mutilés ou pire, les restes des dépouilles, alors il s’agit d’un devoir pour ceux qui ont une quelconque « voix » aux États-Unis et au Royaume-Uni, les pays responsables du premier génocide documenté du 21e siècle, d’y attirer l’attention, à la mémoire et en l’honneur des victimes sans voix, sans nom et non dénombrées, dans l’espoir que tôt ou tard, un recours légal s’ensuive.

En réalité, c’est la compassion qui a triomphé de tout : des corps et des visages brûlés jusqu’à en être presque méconnaissable, des cadavres éviscérés, de tous les yeux, au regard souvent fixe, lançant encore un silencieux appel à l’aide mêlé de totale stupéfaction. « On fait fuir la racaille », a écrit un marine sur son site web. « On leur a brûlé la cervelle », a écrit un autre, alors que bon nombre d’entre eux prenaient des photos de ces âmes perdues et les envoyaient à des sites porno en échange de visionnement gratuit. Et entre les occupants étasuniens (redésignés « conseillers » de manière surréaliste – même voiture, nouvelle peinture) et ce que Hussein al-Alak d’Iraq Solidarity Campaign a nommé « le gouvernement de Vichy aux passeports étrangers, imposé par les États-Unis », qui se battra pour la justice envers les Irakiens?

Par ailleurs, comme depuis 1991, cette guerre est également une guerre contre les enfants à naître, les nouveaux nés et les moins de cinq ans. En plus des cadavres, des ruines, des décombres, du sang et des membres sanguinolents, il y a les difformités : les nouveaux nés, venus au monde sans yeux, sans cerveau, avec un œil de cyclope, sans tête, avec deux têtes, sans membres ou sans doigts ou avec des doigts en trop. Un pays biblique transformé en armagédon génétique et écologique pour les générations actuelles et futures, jusqu’à la fin des temps. « Mission accomplie », a déclaré George W. Bush dans sa petite combinaison de vol ridicule, à bord de l’USS Abraham Lincoln le 1er mai 2003. « Que la liberté règne », a-t-il griffonné après les premières « élections » corrompues, meurtrières et jonchées de cadavres. Résultat : « Que le génocide commence ».

Le « vice-roi » nommé par les États-Unis en Irak, J. Paul Bremer, vêtu pour le rôle, à l’hollywoodienne, dans ses ridicules bottes lacées ou bottes d’armée, dépendant de votre perception, est arrivé peu après l’invasion, croyant apparemment à la réduction de la population. Il aurait demandé quelle était la population de l’Irak et on lui aurait répondu environ vingt-cinq millions. Il aurait alors rétorqué : « Beaucoup trop, disons cinq ». Mais à l’époque, il était l’homme de Kissinger Associates.

En lisant, j’écoutais les grands de ce monde au sein de divers corps légaux se demander si les événements au Congo et au Rwanda devaient être « classés » comme génocide. En juillet 2004, alors que les troupes étasuniennes s’entraînaient pour le massacre de Fallujah au mois de novembre suivant, la Chambre des représentants des États-Unis a voté à l’unanimité une résolution qualifiant la tragédie du Darfour de « génocide ». Les élus ont demandé à l’administration d’envisager une action « multilatérale ou même unilatérale » pour mettre un terme à ce génocide. Hésiter à prendre des mesures proactives afin de prévenir davantage de pertes de vie était selon eux « criminel ».

De nos jours, les génocides sont selon toute apparence commis uniquement par des Africains ou des Européens de l’Est, non par ces grands bastions de la démocratie que sont les États-Unis, le Royaume-Uni et l’allié Israël, « la seule démocratie au Moyen-Orient ». Les Forces israéliennes de défense ont entraîné des troupes étasuniennes pour le pogrom de Fallujah en novembre 2004 [2]. « Si ça bouge, tirez dessus », était l’ordre du jour. Comme lors des deux guerres mondiales, comme en Corée, au Vietnam, le visage de la libération ne change jamais.

« Leurs tactiques impliquent essentiellement une puissance de feu massive […], le recours à des chars d’assaut et des hélicoptères pour tirer sur des cibles […], la démolition d’édifices, l’installation de tireurs d’élite sur des toits, ils font des trous dans les murs [et] font feu sur tout ce qui bouge. » Cela s’ajoute aux « bombardements aériens et aux tirs d’obus provenant de gros canons de campagne ». La détresse de Fallujah « [n]’était pas complètement comprise en Occident, sauf par certains survivants du ghetto de Varsovie […] [I]ls étaient coincés [comme] des lapins dans un champ de maïs, encerclés pour être fauchés et démembrés par des moissonneuses-batteuses [3]. Les photographies constituent un témoignage de cette effrayante description. Les héros méconnus sont ceux qui ont décidé d’enregistrer ces crimes pour qu’un jour, quelque part, ils soient connus et qu’une justice vengeresse soit demandée. Ces images terribles, pathétiques représentent le témoignage silencieux du premier génocide connu de l’Occident au 21e siècle. Malheureusement, il est presque certain qu’avec le temps, l’Irak et l’Afghanistan produiront davantage de preuves.

L’embargo onusien de plus de treize ans, un génocide silencieux encouragé par les États-Unis et le Royaume-Uni, interdisait à l’Irak tous les besoins de première nécessité. Les enfants mouraient de « causes liées à l’embargo », à raison d’environ six mille par mois. Lors de mes visites à cette époque, le fait d’être témoin du déchirement, de la perplexité face à leur détresse me faisait toujours sentir terriblement coupable de partir. L‘on voit et partage, dans une certaine mesure, l’inimaginable perpétré en son nom, pour ensuite partir. De l’autre côté de la frontière, en Jordanie, les lumières étaient allumés, la ville était animée, de l’eau potable coulait du robinet, et les bombes étasuniennes et britanniques ne tombaient pas. Pourtant, si près de là, les enfants mouraient, les gens mouraient, en notre nom à « Nous, le peuple … ».

En regardant les photos, en lisant sur les abîmes pratiquement incompréhensibles de la destruction sadique de leurs semblables dans lesquelles peuvent sombrer uniformément des hommes et des femmes en uniformes, je pouvais du même coup m’échapper à la fin de la journée. Je pouvais me faire un repas, aller écouter un spectacle de jazz dans un de mes pub favoris ou simplement me verser un verre de vin et écouter de la musique, entourée de nombreux livres, d’une collection de photographies et d’articles que j’aime, dans une maison que j’apprécie, avant d’aller chercher la chaleur du duvet et un lit confortable.

Toutefois, si la conscience peut se fermer, de toute évidence, le subconscient ne le peut pas. Une nuit, le cauchemar, qui n’était certes pas un cauchemar, mais la réalité, m’a frappée. Dans le monde surréel des cauchemars je me suis « réveillée » pour me retrouver trempée, du sang coulant sous mes bras. En me demandant ce qui se passait et quoi faire, j’ai fait, au pays des cauchemars, ce que je fais fréquemment lorsque je tente de résoudre un problème (quoique je n’aie pas l’habitude de le faire à 3 heures du matin) : j’ai rassemblé mes outils et je suis allée dans mon jardin. Comme toujours, j’ai taillé et soigné des plantes et des buissons. La plupart se sont développés à partir de petites boutures d’un quart de pouce. Elles ont été traitées aux petits soins à l’intérieur jusqu’à ce que la température soit clémente, ensuite plantées dehors dans un abri chaud, à nouveau nourries et entretenues jusqu’à ce que soudainement, comme du jour au lendemain, une extension vibrante et colorée, se tenant sur ses propres racines, soit prête à faire face à toutes les saisons. Toutefois mon jardin, avec ses haies protectrices (des fleurs blanches en été, des baies orange en hiver et des buissons épineux pour dissuader les intrus), avait disparu. Il n’y avait que des traces de bulldozer, profondes, dévastatrices, n’ayant laissé ni feuille, ni tige, ni fleur, seul un désert.

Puis, dans le monde des cauchemars, en pyjama, ensanglantée, j’ai réalisé que je n’avais pas de clés pour retourner à l’intérieur. Et si quelqu’un me trouvait dans cet état? Je me suis retournée vers la porte d’entrée afin de tenter de trouver une solution, mais l’édifice avait disparu. J’étais seule, sanguinolente, presque nue et tout avait disparu. Soudainement, en me retournant vers d’autres édifices familiers, il n’y avait plus rien, que des ruines, des décombres, une terre à l’abandon à perte de vue. Ma vie, mes livres, ma zone de confort n’existaient plus. Les vêtements ensanglantés dont j’étais vêtue étaient tout ce qui restait.

Évidemment, comme en fuite, je me suis réveillée, trempée et grelottante, avec un bain chaud, une machine à laver, un placard-séchoir chaud et plein de literie propre et mon jardin, toujours intact. Le peuple irakien, avec ses maisons, ses jardins, ses vergers, ses palmeraies ou ses plantations sur les balcons ou les toits plats, tous détruits et les Palestiniens souffrant de la même calamité, depuis soixante-deux interminables années, sans oublier les Afghans, dans leurs quartiers rasés, détruits au même titre que leurs vergers et leurs jardins de fleurs et d’abricots, ces peuples vivent un cauchemar duquel ils ne se réveillent jamais.

J’ai repensé à l’enfant irakien, dont les parents avaient un beau jardin et qui, avant l’invasion, nous avait montré, à une amie et à moi, son cahier de dessins. Un des dessins abondait de fleurs, soigneusement colorées de nombreuses teintes et, à côté, des soldats étasuniens, tirant sur elles. « Pourquoi les soldats tirent-ils sur les fleurs? », avons-nous demandé. « Parce que les Étasuniens détestent les fleurs », a-t-elle répondu solennellement. Ce fut un moment extrêmement triste : elle représentait tant d’enfants pour qui les Étatsuniens ne représentaient rien d’autre que la colère, la peur et la privation. Elle ne savait rien de ces Étasuniens qui avaient travaillé sans relâche pour renverser la situation. Si elle a survécu, elle est devenue une adulte. Il est peu probable que sa vision ait changé.

Au Royaume-Uni, le parlementaire Dr. Bill Wilson [4] s’acharne à traîner Tony Blair devant la justice. Pour servir sa cause, il a écrit au premier ministre écossait Alex Salmond et au secrétaire du ministère de la Justice Kenny MacAskill en réclamant que le corps législatif écossais adopte la définition internationale de crime d’agression, récemment approuvée. Sa lettre va comme suit :

« Plus tôt cette année, à Kampala, la Conférence d’examen du Statut de Rome par la Cour pénale internationale [5] a adopté une résolution par laquelle elle amendait le Statut afin d’inclure une définition du crime d’agression et les conditions dans lesquelles la Cour peut exercer sa compétence à cet égard. Le présent exercice de compétences sera soumis à une décision après le 1er janvier 2017 par la même majorité d’États partis, comme cela est requis pour l’adoption d’un amendement au Statut. Je crois cependant qu’en ce moment il n’existe pas d’obstacle légal pour les pays désirant inclure individuellement cette nouvelle définition de crime d’agression dans leur législation. J’espère que vous serez d’accord qu’il serait à l’honneur de l’Écosse si nous pouvions être l’un des premiers pays à le faire. Pour l’actuel gouvernement écossais, il s’agirait par ailleurs d’un bel héritage à laisser au moment où son mandat s’achève. »

Il a ajouté qu’en plus, puisque la Cour pénale internationale a approuvé une définition du crime d’agression, « [il] croit que bien que la CPI ne peut pas elle-même engager de poursuites sur cette base pour le moment, rien n’empêche les pays d’inclure immédiatement cette définition dans leur propre législation. Si l’Écosse le faisait, il servirait d’excellent exemple au reste du monde et enverrait un message clair en ce qui concerne notre respect pour le droit international. Cela encouragerait aussi fortement l’actuel gouvernement du Royaume-Uni et les suivants à réfléchir prudemment avant de se lancer dans une guerre ».

« Je crois que la majorité des Écossais ne souhaite pas que la tragédie que nous avons vue se dérouler en Irak se répète. Cela pourrait être une façon de prévenir de telles aventures malavisées. » Le Dr. Wilson est catégorique : L’Écosse est en mesure de « mener sur le plan éthique en adoptant la définition de crime d’agression » et un avis juridique l’approuve. Il envisage d’utiliser Fallujah comme exemple de ce genre d’agression, mais indique également qu’il en existe sûrement de nombreux autres, lesquels ne sont pas documentés pour l’instant.

Comme le rappelle John Pilger, Tony Blair a promis que l’invasion (illégale) de Bagdad se ferait « […] sans bain de sang et qu’à la fin, les Irakiens célébreraient […] En réalité, la conquête criminelle de l’Irak a écrasé une société, tué jusqu’à un million de personnes, chassé quatre millions de personnes de leur maison, contaminé des villes comme Fallujah avec des poisons cancérigènes et laissé une majorité de jeunes enfants mal nourris, dans un pays autrefois décrit par l’Unicef comme un "modèle" ». (New Statesman, 30th September, 2010.)

Alors que le Pakistan, l’Iran, le Yémen et la Somalie semblent se trouver dans de futures visées impériales, il est certainement nécessaire d’établir un précédent qui servira de mise en garde aux chefs mal intentionnés. Le Dr Gideon Polya, qui a travaillé sur la surmortalité due aux invasions depuis 1950, déclare ceci à propos de l’Afghanistan : « Le taux de décès annuel sous l’occupation en Afghanistan est de 7 % pour les moins de 5 ans, comparativement à 4 % pour les Polonais et à 5 % pour les juifs français pendant l’occupation nazie de la Pologne et de la France.

Les États-Unis et le Royaume-Uni, dont les chefs ont claironné les dangers d’un « nouveau Hitler » dans les pays qu’ils ont prévu anéantir, ont surpassé les nazis. Ça suffit.


Article original en anglais : The Nightmare: The Iraq Invasion's Atrocities, Unearthing the Unthinkable, publié le 9 octobre 2010

Traduit par Julie Lévesque


Notes

1. http://www.globalresearch.ca/index.php?context=va&aid=212121

Voir aussi : www.billwilsonmsp.org

2. "War Crime or Just War", Nicholas Wood, South Hill Press, 2005.

3. Voir 2.

4. Voir 1.

5.http://www2.icc-cpi.int/menus/icc/press%20and%20media/press%20releases/review%20
conference%20of%20the%20rome%20statute%20concludes%20in%20kampala

Felicity Arbuthnot




Opération
« Boucherie dans le Désert »
Méditation pour une Journée
de l’Holocauste

par Felicity Arbuthnot




Mondialisation.ca, Le 8 février 2008

 

Voilà dix-sept ans, aujourd’hui, que l’Amérique et la Grande-Bretagne se sont embringuées dans leur « Solution Finale » de la population irakienne.

Les quarante-deux journées de bombardements en tapis, réjouissance à laquelle s’étaient joints trente-deux autres pays, contre un pays comptant tout juste vingt-cinq millions d’âmes, doté d’une armée de jeunes conscrits, une moitié de la population, en gros, âgée de moins de seize ans, et pas d’aviation, n’étaient que le début d’un siège total, sous l’égide de l’Onu, d’une férocité toute médiévale. Ayant réduit, comme James Baker s’étaient vanté qu’il le ferait, réduit l’Irak à l’« ère préindustrielle », ce pays se vit dénier toute normalité : ni commerce, ni aides, ni télécommunications, ni énergie, ni traitement des eaux usées, ni réparations de canalisations d’eau potable, ni semences, ni nourriture, ni médicaments, ni équipement médical…

Dix-sept ans avant la date où j’écris ceci, l’Irak entrait dans la deuxième semaine de bombardements en tapis barbares, quasiment vingt-quatre heures sur vingt-quatre, qui, à l’époque, comme c’est toujours le cas aujourd’hui (je le rappelle, de crainte que nous ne l’oublions, à nouveau), violaient le protocole additionnel numéro 1 à la Convention de Genève de 1977, dont voici le texte :

« Il est interdit d’attaquer, de détruire, d’enlever ou de mettre hors d’usage des objets indispensables à la survie de la population civile, tels les aliments, les récoltes, le bétail, les installations de traitement de l’eau potable ou d’irrigation, afin d’en priver la population civile ou la Partie adverse au conflit… ce, quelque soit le motif. »

Le blitzkrieg contre l’Irak visait délibérément tout ce qui était « indispensable à la survie ».

En l’espace de vingt-quatre heures, la plus grande partie avait été détruite. L’électricité fut coupée au bout de deux heures de bombardement, entraînant la mort des patients branchés à des machines de respiration assistée et tous les équipements vitaux, les bébés en couveuse, ou les personnes nécessitant une assistance respiratoire sous oxygène. Les réfrigérateurs se mirent à dégeler, tous les médicaments nécessitant d’être réfrigérés, ainsi que les poches de transfusion sanguine ou de solutions salines destinées aux blessés furent détruits. La nourriture commença à pourrir, et, entre bombardements et fermetures des banques (un peu plus tard, par crainte des pillages et mises à sac), les pièces de rechange se raréfièrent, jusqu’à devenir tout-à-fait introuvables.

A Najaf, soixante-dix patients sous dyalise, « des amis de longue date », déclara l’infirmière responsable de ce service, moururent en raison de la coupure du courant électrique. Le réseau d’adduction d’eau potable fut délibérément détruit, les pièces de rechange étant, par la suite, refusées par le lamentable comité des sanctions dominé par les Anglo-Américains – un comité dans lequel aucun des responsables n’avait de colonne vertébrale – et l’eau du robinet est encore mortelle, à ce jour.

C’était là le plan du commandement central US, semble-t-il, depuis le début. La destruction du réseau d’eau potable de l’Irak a été décrite par le professeur Nagy et Stéphanei Miller comme suit : « un Holocauste au ralenti ». Rares sont les témoins qui auraient pu mieux caractériser la situation.

(voir : Comment les Etats-Unis ont délibérément détruit le réseau d’adduction d’eau de l’Irak [How the US deliberately destroyed Iraq's water], par Thomas J. Nagy.)

La tour des télécommunications de Bagdad fut, elle aussi, une des toutes premières victimes. C’était une structure élégante, élancée, en bordure du quartier Mansûr. Elle gît, brisée et tordue, comme gisèrent les corps de ceux qui y travaillaient. L’Irak fut ainsi coupé du monde, l’étendue et les atrocités des bombardements restant ainsi très largement ignorées, durant un temps considérable. Les Irakiens vivant dans le monde entier n’avaient plus aucun moyen qui leur permît de savoir si leurs familles, leurs amis, leurs êtres chers, leurs fiancés et fiancées, leurs conjoints, étaient toujours vivants, ou déjà morts. Les stations de radio et de télévision, dans tout l’Irak, avaient été bombardés afin que nul avertissement ne puisse être donné aux civils (les journalistes, eux aussi, sont normalement couverts par des mesures spécifiques de protection, mais les décideurs, apparemment, non seulement sont des illettrés, mais ils ignorent les lois.)

Les hôpitaux, les dispensaires, les écoles et les jardins d’enfants furent bombardés, l’éducation fut éradiquée si totalement que les stocks de matériel éducatif, se trouvant dans des immeubles séparés des écoles (habituellement dans un point central de distribution, à quelques kilomètres des villes) furent, eux aussi, bombardés. L’agriculture, sous toutes ses formes, fut délibérément prise pour cible. Les élevages de poulets furent bombardés, les troupeaux de moutons et de chèvres furent mitraillés, environ la moitié de tous les buffles furent tués, et les produits de la ferme disparurent de la circulation. Les silos, les hangars agricoles, les usines agro-alimentaires furent réduits en ruines. Un crime guerre d’une immensité stupéfiante, pour lequel nul décideur, ni nul pilote assassin, génocidaire et infanticide n’a jamais été traîné devant un quelconque tribunal…

Les usines pharmaceutiques y passèrent, les usines produisant des seringues furent laminées. Et, du fait une politique particulièrement psychotique, les pays qui étaient les partenaires commerciaux de l’Iark, et qui avaient construit des usines et des infrastructures dans ce pays, bombardèrent, chacun, essentiellement celles qu’ils avaient eux-mêmes construites ! Les de l’Amérique se mirent en piqué, pour bombarder les usines Pepsi et Coca-Cola. La « bravoure » militaire n’avait jamais atteint, jusqu’ici, un tel point de déviance, de débilité et d’arriération mentale.

Le napalm et les défoliants ayant été utilisés abondamment, la moitié des arbres de l’Irak, y compris les immenses palmiers ancestraux, moururent. Les palmiers survivant ne portèrent aucun de leurs fruits succulents durant près de cinq ans. Dans les fermes paisibles, familiales, au milieu des palmiers, les femmes et les bestiaux avortaient et, souvent, mouraient en couches. Les survivants décrivent tous une « vapeur », sortant des avions, puis les conséquences – horribles – affectant les gens vivant à l’ombre des palmeraies ou des bosquets, où des estivants s’installaient afin de goûter la fraîcheur toute relative, mais appréciable durant l’enfer des étés irakiens. Et, bien entendu, cette décimation venue d’en-haut, plus de bombes ayant été lancées, quotidiennement, que celles qui furent lâchées durant une journée moyenne de la Seconde guerre mondiale, c’est, au total, une puissance explosive cinq fois supérieure à celle d’Hiroshima qui dévasta l’Irak.


Les armes utilisées comportaient de l’uranium appauvri, qui continue à irradier l’Irak et, au-delà de l’Irak, la région, les gens, la faune et la flore – et continuera à le faire durant quatre milliards d’annés et demi ! … « la protection de l’environnement naturel contre des dommages étendus, prolongés et sévères » est une autre stipulation absolue de la Convention de Genève. Elle proscrit absolument … « tout dommage à l’environnement naturel, au préjudice de la santé de la population et de sa survie. »

Les contraventions ne peuvent pas être pires que le fait de condamner d’inestimables générations encore à naître à la mort et à la difformité. Les principes de Nuremberg sont dépassée, par la manière dont sont traités tant les civils que les soldats : « … assassinat ou mauvais traitements… de prisonniers de guerre… de plus, l’extermination… et autres agissements inhumains à l’encontre de toute population civile. »

Les ‘agissements inhumains’ commis contre le peuple irakien en 1991 sont constitutifs de crimes de guerre dont ont ne peut qu’espérer, du fait que personne n’a été traîné en justice, qu’ils hanteront leurs perpétrateurs jusqu’à leur mort.

Le massacre de l’autoroute de Basrah, perpétré après le cessez-le-feu, contre des civils en fuite et des troupes en déroute et se retirant, découpés en morceaux ou incinérés par le « tir au pigeons » du Général Schwarkopf. Mais toute la guerre, bien entendu, ne fut nullement différente. Saddam Husseïn avait proposé, et même, de fait, avait commencé de se retirer du Koweït avant que le carnage ne commence, maiss, comme tuojours, pour les Etats-Unis, il était « trop tard » pour une conciliation. Les autobus, les camions, les voitures particulières furent eux aussi pris pour cibles durant la totalité des quarante-deux jours de massacre non-stop. Des camions transportant des médicaments, de la viande, des produits de première nécessité, furent brûlés, avec leur conducteur. Des soldats occidentaux prirent leurs « photos de tableaux de chasse », horribles, avec les restes pitoyables des victimes calcinées et démembrées.


Quand l’Observer (un journal britannique) imprima, portons ça à son crédit, la photo qui devint le symbole des atrocités de l’an de disgrâce 1991 – ce soldat irakien, avec son visage comme fondu sur le pare-brise de son véhicule, il y eu un cri d’horreur. La sensibilité des lecteurs ne pouvait être confrontée à de telles atrocités. Maggie O’Krane, dans un article du Guardian Weekly (16 décembre 1995), décrit la réalité. Insupportable. Des parents, suppliant, espoir pour espoir, que ceux qu’ils avaient aimés avaient pu, on ne sait pas trop comment, survivre à l’enfer, à l’Hadès, que fut le massacre de l’autoroute de Bassorah. « Le jour où la guerre prit fin, à une station d’autobus, au Sud de Bagdad, la nuit tombait, et la route était pleine de femmes éplorées.

Les survivants irakiens du « tir au pigeons » sur l’Autoroute de Bassorah se traînaient, rentrant chez eux, avec des plaies ouvertes et purulantes. Leurs épouses se jetaient littéralement sur les minibus et les camions cabossés, tirant des manches, suppliant, implorant : « Où est-il ? L’avez-vous vu ? Il n’est pas avec vous ? » Certaines d’entre elles tombaient, à genoux, sur l’asphalte de la chaussée, en entendant l’insupportable nouvelle.

D’autres ne cessaient de courir, d’un bus à un camion, d’un camion à un bus, d’un bus à une voiture, dans l’espoir d’entrevoir leurs fils ou leurs compagnons – les 37 000 soldats irakiens qui n’allaient jamais rentrer chez eux. Cela continua, toute la nuit, et ce fut la scène la plus désespérante et la plus navrante à laquelle je n’eusse jusqu’alors encore jamais assisté. » Il y eut pire. Pensez à ces excès d’horreur dont les médias occidentaux avaient littéralement bassiné leurs lecteurs, depuis des années, ces horreurs perpétrées par des gens d’autres cultures, présentant d’autres traits : Staline, Pol Pot, et bien sûr Saddam Husseïn, et prenez connaissance de ce passage, dans l’article de Maggie O’Kane :

Retournant chez lui, dans sa ville natale de Bryson, en Caroline du Nord, après la guerre du Golfe, la première chose que vit le sergent Joe Queen, ce fut un grand calicot, devant le restaurant Hardees Burger, où l’on pouvait lire : « Bienvenue à la maison, Joe Queen ! » Joe Queen, qui avait reçu une étoile de bronze, voulait décompresser, après la guerre, mais la ville de Bryson ne l’entendait pas ainsi. Joe, dix-neuf ans, avait été, immédiatement après Tempête dans le Désert, le premier fantassin américain à franchir la frontière saoudienne à bord d’un bulldozer blindé. Son boulot consistait à enterrer vivants des Irakiens dans leurs tranchées, puis à bien combler lesdites tranchées, afin que le reste de la Grosse Rouge (the Big Red One), comme est surnommée la Première Brigade Blindée Mécanisée, puisse suivre, gentiment et aisément, derrière lui. Joe Queen ne sait pas combien de soldats irakiens il a ainsi enterrés vivants, sur le front.

Mais, cinq ans après, dans sa base militaire, en Géorgie, il se souvient très bien de la façon dont cela fonctionnait :

« Le sable était si fin qu’une fois entamé par la lame du bull, il s’écartait immédiatement sur les côtés, si bien que nous n’avions jamais à faire des va-et-vient. Alors comme ça ; t’avances, à vingt-cinq, trente, trente-cinq kilomètres à l’heure, juste en longeant la tranchée… Tu les vois pas. T’as du sable jusqu’au-dessus des yeux, mais tu sais ç’que t’as à faire. Tu l’as fait tellement souvent qu’tu pourrais l’faire les yeux fermés… J’pense pas qu’y z’aient eu la moindre idée d’ç’qui leur arrivait, pacequ’la tronche qu’y faisaient quand on passait au-dessus d’la banquette d’la tranchée était rien qu’un air stupéfait. Tandis que je me retirais, j’ai vu certains des troufions qu’essayaient de se rendre, mais y z’y sont passés aussi : ils s’sont fait enterrer ! Y avait deux sortes de bull, des vrais, des classiques, quoi, et pis y’avait aussi des tanks, et y foutaient un truc dans l’genre lamed’bull devant. Y’avait des mecs qui marchaient à la rencontre des nôtres en tenant leurs armes en l’air, pour se rendre ; et les tanks les renversaient comm’des quilles pour les bousiller… Y z’ont creusé un gros trou dans l’sabl’ ; y z’y ont foutu les bougnoules, et y z’ont aplani… » Un combattant irakien survivant a décrit la façon dont ses camarades ont été ainsi enterrés vivants, ses amis, qui avaient mangé avec lui, qui avaient plaisanté avec lui… « Je suis incapable de décrire ça. Nous étions amis. J’avais partagé des repas avec certains d’entre eux. Je parlais avec certains d’entre eux. Je ne puis dire ce que je ressens, en ce moment… J’ai vu un gars, il avait été coupé en deux par un bulldozer. Une moitié de son corps était d’un côté, et l’autre, de l’autre, à plusieurs mètres. »

J’espère que vos cauchemars et que ceux de vos collègues hanteront à jamais Joe Queen. Puisse le spectre de ceux que vous avez ensevelis vivants, vous et vos collègues, vous suivent partout où vous irez, pour les siècles des siècles. Amen !

Les fosses communes portent d’ailleurs les noms des commandants qui ont ordonné la décimation de l’Irak en 1991, avec leurs commandants et leurs soldats – chacune d’entre elles est identifiée ainsi. Ironie de l’Histoire, les « fosses communes » de Saddam Hussein semblent, jusqu’ici, du bidon. On n’a trouvé seulement des cimetières militaires, et les tombes des insurgés encouragés par les Etats-Unis et la Grande-Bretagne, à la fin de la décimation des Irakiens, en 1991. La guerre, bien entendu, ne s’est jamais terminée. Les treize années d’embargo qui suivirent ont vraisemblablement causé la mort d’un million deux-cent-cinquante mille personnes.

De plus, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne bombardèrent l’Irak (illégalement) jusqu’à l’invasion (illégale) de 2003. En 2002, ils mirent en œuvre leur destruction de toute vie, de tout être et de quartiers d’habitations entiers, avec les familles à l’intérieur, les enfants en train de jouer, les enfants en train de faire leurs devoirs, les troupeaux de moutons et de chèvres, avec leurs pâtres, bien souvent, là encore, des enfants. Cela, un an, environ, avant que les Etats-Unis n’entament leur opération Southern Focus, histoire de changer de sa stratégie de représailles, en augmentant le nombre global des missions et en sélectionnant des objectifs dans l’ensemble des zones interdites de survol aérien, afin de casser la structure du commandement militaire irakien. Le poids des bombes lancées augmenta, passant de zéro, en mars 2002 et 0,3 en avril 2002 jusqu’à entre 8 et 14 tonnes par mois, en mai-août, et atteignant un pic de 54,6 tonnes, préparatoire à la guerre de l’année suivante, en septembre 2002 (source : Wikipedia) »


Une étude récente du Center for Public Integrity a, lui aussi, découvert des bobards de l’administration Bush, d’une stature telle qu’ils auraient dû provoquer la mise sur la touche de George Deubeuliou (impeachment), conduisant à l’invasion.

Cette étude a recensé 935 fausses déclarations, sur deux années. Elle avait trouvé ces déclarations fallacieuses dans des discours, dans des briefings, des interviews et autres circonstances. Bush et les responsables de son administration ont ainsi affirmé, de manière non équivoque, à au moins 532 reprises, que l’Irak possédait des armes de destruction massive, ou qu’il essayait d’en construire ou de s’en procurer, ou encore qu’il était lié à Al-Qa’ida, ou les deux. « Bush arrive en tête, avec 259 mensonges, dont 231 sur les armes de destruction massive en Irak, et 28 au sujet des liens prétendument entretenus par l’Irak avec Al-Qa’ida, a constaté l’étude. Il n’était coiffé au poteau que par le seul Powell, avec ses 244 assertions fallacieuses quant aux armes de destruction massive irakiennes, et ses 10 au sujet des liens fantasmatiques entre l’Irak et Al-Qa’ida. (Public integrity)


L’excès des enfants en bas âge (moins de cinq ans) morts en Irak, dans la période consécutive à l’invasion (2003-2007) dépasse le million. En Afghanistan, après l’invasion, à un million neuf cents milles (2001-2007).

Mentionnons une autre abomination de notre époque : le siège, par Israël, de la bande de Gaza (depuis juin 2007, toujours en cours) ; les chiffres totaux des morts sont peu clairs. Les chiffres de la CIA en matière de mortalité infantile, toutefois, sont effrayants : en 2004, le taux des enfants morts en bas âge s’établit à 23,54 pour mille. En Suède (en 2007), c’est tout juste 2,76 pour mille. Etant donné la suppression des fournitures d’électricité et de la quasi-totalité de tous les produits de première nécessité depuis juin 2007, des données statistiques sérieuses font cruellement défaut – et des exigences incessantes et absolues que soient respectés les droits humains de nos voisins en mondialisation à Gaza, en Irak et en Afghanistan, ainsi que les oubliés de la décimation de l’opération « Pluie brûlante » au Liban. Respectés par ‘nous, le peuple’, ‘we the people’… Commem les agissements génocidaires de Joe Queen, les atrocités perpétrées dans ces pays sont commises en notre nom. « Se taire, c’est être complice »

(Pour plus d’information sur une complicité encore bien plus honteuse – depuis 1950 – voir « Body Count », du Dr Gideon Polya ; une étude académique, cruciale, indipensable).


« Il n’y avait plus personne à tuer », déclara le Général Norman Schwartzkopf après le bain de sang de l’autoroute Koweït-Bassorah, où même les blessés agitant des drapeaux blancs et les médecins qui les accompagnaient furent liquidés.


« Moralement, nous avons vaincu », m’a dit un médecin irakien, peu après. « Nous sommes les nouveaux juifs », est un propos que l’on entend souvent tenir par des Arabes, désormais.

Au moment où j’écris ceci, en une Journée de commémoration de l’Holocauste, il est impossible de se dire qu’il n’est nul besoin de camps de travaux forcés, ni de déportations, ni de Zyklon B, pour faire un holocauste. Quand le chiffre des morts, en Irak, en Afghanistan et à Gaza atteindra les six millions, tandis que le monde reste sur la touche, à regarder, auront-ils aussi leur propre Journée du Mémorial de l’Holocauste ?

Allons nous, nous tous, quelle que soient la couleur de notre peau ou notre religion, jamais retenir une quelconque leçon, avant qu’il ne soit trop tard ?

Article original en anglais,
« Operation Desert Slaughter -Thoughts on Holocaust Memorial Day ».

publié le 28 janvier 2008.


Traduction Marcel Charbonnier.


Felicity Arbuthnot










L'armée américaine n'en finit plus de baver...

 

Coup sur coup, c'est deux présomptions de bavures qui viennent entacher la grande oeuvre démocratique des Américains en Irak. Présomptions, bien sur, on n'est coupable que lorsqu'on a été déclaré coupable... ou qu'on est mort. En l'occurrence, les civils irakiens sont inévitablement coupables (puisque morts.)

On ne sait plus très bien où on en est d'ailleurs, dans cette région bizarre... Une guerre, en principe, c'est censé faire des morts, c'est une base, alors de quoi se plaint-t-on?

Les soldats américains, trouvant anormal de mourir en pleine guerre, ont décidés de répliquer. Incapable de comprendre pourquoi on leur tire dessus alors qu'ils offrent aux populations, le sourire au lèvre, des chewing-gums et du coca cola, les boys ont finalement atteint ce stade de la paranoïa où l'homme devient cliniquement dangereux.

Au lieu de les faire rentrer au pays, où ils garderont leurs cauchemars et leurs traumatismes toute leur vie, où chaque nuit ils se réveilleront en sueurs avec aux oreilles les cris de leurs camarades tombés par une attaque surprise et, dans les paupières, le visages de tous leurs meurtres, on leur met des M-16 entre les mains et on les fait patrouiller dans les champs de mines.

Une histoire banale

Toujours la même en fait, dans les deux cas.

Haditha : c'était en novembre dernier, 23 civils irakiens mouraient dans l'explosion d'un engin explosif. Mais un "trouble" envahis l'esprit du président Bush quand il apprend que les 23 civils ont tous une balle dans la tête.
En fait, une patrouille américaine passait par là ce jour là et a été la cible d'une attaque qui tue un sous-officier. Après, le caporal James Crossan qui faisait partie de la patrouille ne se souvient plus. Il était inconscient...
Même dans cet état, sa version est d'un sincérité touchante : "On ne sait jamais qui sont les méchants. On a trouvé la majorité d'entre eux et on s'en est débarrassé, mais le coin est plein d'insurgés", a expliqué ce marine sur CNN. "Je ne sais pas ce qui s'est passé. Mais ils ont pu avoir peur, ou alors ils étaient seulement en colère, vraiment en rage, et ils l'ont fait (...). Après avoir vu tant de morts et de destruction, assez rapidement, on devient insensible et on n'y pense plus vraiment"

Vicieux ces méchants. Ils vont jusqu'à se planquer dans des maisons, tirer par surprise, cacher des armes dans les caves... Et en plus ils nous tuent, c'est proprement scandaleux. On a de quoi être en colère quand même.

Troublé, le président américain a annoncé une enquête et que "ceux qui ont enfreint la loi, si la loi a été enfreinte, seront punis". Mais dans la guerre contre le terrorisme, la loi n'existe plus. Ce n'est pas une armée, ce n'est pas une guerre déclarée, ni rien de ce genre. On n'a donc pas à appliquer aucune convention ou loi régissant habituellement la guerre : les terroristes sont des sous-hommes, on tue.
Quand même, histoire de rester propre, on annonce des "cours de morale militaire"

Et la deuxième

Cours qui n'ont apparamment pas servi à grand chose. Le 15 mars dernier, des soldats américains mènent une action antiterroriste et tuent les 11 membres d'une maison à Ishaki.

Version officielle : "A leur arrivée, les soldats ont été la cible de tirs directs depuis un bâtiment. Le commandant sur le terrain a ordonné de riposter puis a demandé un soutien aérien, qui a éliminé la menace. Les corps de Abou Ahmed et de trois non-combattants ont été retrouvés. L'enquête a conclu à la possibilité que jusqu'à neuf personnes ont pu être tuées dans des dommages collatéraux"

Mais une vidéo de la BBC (âmes sensibles s'abstenir) relate la version de la policie iraquienne : les soldats sont entrés, ont tirés partout comme des malades et tous les habitants de la maison ont une balle dans le crâne.

Les cours de morale militaire ont quand même servi à quelque chose : on a ordonné un raid aérien histoire de couvrir le massacre. Ainsi, ce ne sont même pas les bombes qui ont tuer les occupants mais la maison en s'écroulant. Dommage pour le collatéral. Ennuyeux quand même ces bombes qui n'effacent pas les traces de balles dans la maison et sur les cadavres. Si seulement les balles arrêtaient de faire des trous comme ça tout le temps.

Manque de finesse

L'armée américaine manque dramatiquement de pratique dans la conduite de ses exactions. Ils apprennent petit à petit mais sont encore très loin d'atteindre le niveau de Tsahal.

C'est une question de discipline. Là, on rapporte soigneusement au supérieur qu'un gamin a lancé une pierre sur un char et qu'une roquette est partie de telle maison. Le supérieur fait son rapport et on décide de raser à coup d'obus l'école du gamin et le pâté de maison d'où est parti la roquette. On évite de trop cibler, au cas où le terroriste survivrait, une autre roquette pourrait justifier qu'on rase un autre bloc.

Ici, par contre, on sent que les soldats ont du mal à obéir aux ordres. Ils se font attaquer, meurent bêtement, et décident ensuite de leur propre chef des suites à donner à l'affaire. En l'occurrence, tuer tout le monde par balle. Ce n'est qu'ensuite que les supérieurs décident du raid aérien pour couvrir un peu les dégâts.

Deux écoles

C'est en fait deux écoles de philosophie militaire qui s'affrontent.

Tsahal, c'est une armée de conscrit. Toute la jeunesse israélienne y passe deux ans pour les filles, trois pour les garçons... On ne peut pas trop se permettre de sacrifier l'esprit de toutes ces générations alors on adapte un peu la guerre contre le terrorisme. On la fait de loin, à coup de frappes ciblées, de renseignements etc.
On essaye d'éviter d'envoyer des pauvres bougres patrouiller seul dans des coins chaud. En face, les terroristes aussi se sont adaptés. Ils tuent des civils et des colons. Les seuls à s'attaquer véritablement à l'armée sont les enfants qui lancent des pierres contre les chars.

L'Amérique, elle, a une armée professionnelle. Pour augmenter le contingent, on va recruter dans les quartiers pauvres, on promet de payer l'université, on se garde bien d'expliquer que la guerre, là bas, la vraie, n'a rien a voir avec les films. Pas de méchants terroristes, l'écume au lèvre, ni de vaillants GI's combattant pour leur pays : juste des hommes et l'enfer.

Le comportement des GI's est symptomatique. On pourrait presque les excuser, d'une certaine manière. Non pas parce qu'ils "ont le droit d'être en colère" ou celui de tuer des gens sans regarder mais plutôt parce que ce comportement est un appel au secours.

Massacrer toute une famille à l'arme automatique est très différent de lancer une bombe sur une maison et regarder l'explosion de loin. Ces hommes n'ont aucune chance de s'en remettre jamais, leur vie est foutue. Nul ne peut échapper à sa conscience après avoir mené ce genre d'exactions. Les Nazis avaient une bonne excuse : ils obéissaient aux ordres, pas les soldats américains.

Il est primordial, lorsqu'une armée commet des exactions, de respecter la discipline. Un ordre venant clairement d'en haut permet à l'esprit humain d'avoir une porte de sortie. Lorsque l'ordre est officieux, comme dans le cas de la torture en Algérie, les appelés ont beaucoup de mal à s'en remettre. Et lorsqu'il n'existe pas, comme en Irak, on peut librement imaginer que c'est leur vie entière qu'ils ont sacrifiée.

Et ils l'ont fait pour une raison essentielle : faites nous rentrer chez nous. Ces massacres ont pour but (complètement inconscient) de discréditer l'armée américaine en Irak. De montrer au monde et aux médias l'horreur de cette guerre. Montrer qu'ils tuent des femmes et des enfants, des civils, qu'ils deviennent fous à force de mourir par surprise, sans ennemis, ni sans cause. Leur comportement signifie clairement : vous avez fait de nous des tueurs, vous nous avez envoyé ici mourir comme des chiens dans des blindés pour rien, nous allons tuer des enfants car c'est ce qu'on a dans la tête. Nous allons appliquer la réalité froidement jusqu'à ce que vous arrêtiez le massacre, nous ne pouvons rien faire de plus en Irak que mourir et tuer des civils, nous allons le faire jusqu'à saturation.

C'est donc par l'action de ces GI's, qui, au sacrifice de leur vie, vont courageusement vider leurs M-16 dans des bébés de 6 mois que cette guerre immonde, un jour, pourra s'arrêter.

Bienvenu dans le XXIeme siècle...









En Irak et en Afghanistan,
un soldat sur huit
est sous Prozac

 

mardi 10 juin 2008 par Zone-7

Selon une enquête du magazine TIME, pour la première fois dans l’histoire des Etats-unis, un nombre croissant de soldats U.S. en zone de combats prend quotidiènnement des anti-dépresseurs afin de calmer les nerfs, soumis à rude épreuve par les missions répétées et de plus en plus longues sur le terrain, en Afghanistan et en Irak.

Ces médicaments n’ont pas seulement pour but de permettre aux soldats de ne pas craquer mais également à l’Armée U.S. de préserver sa ressource la plus précieuse : les soldats déployés dans des zones des combat. Depuis 2004 l’Armée a de plus en plus de mal à mobiliser des troupes pour ses multiples engagements militaires.

Le rapport récemment publié du Mental Health Advisory Team de l’Armée U.S. indique que, en automne dernier, environ 12% des troupes combattantes en Irak et 17% en Afghanistan se voient régulièrement prescrire des anti-dépresseurs. 60% des soldats affirme prendre par ailleurs très régulièrement des somnifères “sinon la tension nerveuse constante rend le sommeil impossible“. L’escalade de la violence en Afghanistan et les missions dans des zones plus isolées expliqueraient la forte consommation de médicaments calmants parmi les troupes dans ce pays, plus forte qu’en Irak, expliquent les chercheurs militaires (…)

En soi l’utilisation de médicaments pour entretenir le moral des troupes n’est pas nouvelle . Déjà, lors du long hiver à Valley Forge, George Washington faisait distribuer de fréquentes rations de rhum aux soldats de la guerre d’indépendance afin de lutter contre la démoralisation des troupes. En 1939-45, l’armée allemande carburait aux amphétamines de cheval, la Pervitine. Lors de la guerre de Corée puis au Vietnam, des chercheurs du Pentagone ont mené plusieurs programmes d’expérimentation d’amphétamines et autres drogues “motivantes” sur les soldats au front. Les “pill-poppers” (avaleurs de pillules) faisaient partie de la panoplie standard du soldat U.S. dans les rizières… sans parler de la drogue, couramment utilisée par la troupe.

Néanmoins, à cause des effets secondaires potentiellement dangereux, les anti-dépresseurs de la dernière génération sont normalement interdits dans les zones de combat par le règlement militaire U.S. (…)

L’utilisation croissante d’anti-dépresseurs dans l’armée ne fait que suivre l’évolution de la société U.S.. Selon l’institut de recherche IMS Health, en 2004 (derniers chiffres connus), les médecins U.S. ont prescrit 147 millions d’anti-dépresseurs. “A cela viennent s’ajouter les ventes clandestines des personnes non assurées. En tout et pour tout on estime à 200 millions annuels le nombre de personnes prenant ce genre de médicaments” explique le rapport. (…)

Allons nous réellement croire que 87.5% des soldats
sont "à jeûn" ?
Que seulement une minorité d’entre eux sont dopés ? Cette "révélation" vient du TIME
et c’est un bel exemple de semblant de partialité.

La majorité des soldats sont dopés
à toute sorte de trucs inimaginables.
Le Prozac, c’est de la poudre aux yeux.