Conflits
et guerres actuelles Tout ce que vous ne devriez pas savoir sur l'Erythrée
(2/3) Mohamed
Hassan Mardi 18 Mai 2010 
Tout
ce que vous ne devriez pas savoir sur l'Erythrée (2/3) Annexée
par lEthiopie, lErythrée va mener le plus long combat pour
lindépendance du continent africain. Pendant plus de trente ans,
les résistants érythréens ont lutté pratiquement seuls
contre tous. Comment quelques combattants africains sont-ils venus à bout
des plus grandes puissances mondiales : Etats-Unis, Europe, Union Soviétique
? Quels étaient les enjeux de cette lutte ? Dans cette deuxième
partie, Mohamed Hassan retrace avec nous laventure épique de la libération
de lErythrée.
Tout
ce que vous ne devriez pas savoir sur l'Erythrée: partie 1 
En
1950, sur décision de lONU et suivant la volonté des Etats-Unis,
lErythrée devient donc une entité autonome fédérée
à lEthiopie. Comment se passe la cohabitation ?
Plutôt
mal. Cette décision navait aucun sens car elle amenait deux systèmes
incompatibles à vivre ensemble. Vous aviez dun côté
lErythrée, qui avait bénéficié du développement
du colonialisme italien et où avait émergé une certaine classe
ouvrière avec une conscience politique. De lautre côté,
il y avait lEthiopie dirigée par lempereur Hailé Sélassié.
Cétait un régime féodal, sans Constitution, qui pratiquait
encore lesclavage et où il ny avait pas de droits politiques.
Mais comme cétait un système fédéral, lErythrée
gardait dune part son propre drapeau et son parlement, et dautre part
ses syndicats, ses journaux indépendants
Autant de choses qui étaient
interdites en Ethiopie ! Cette étrange cohabitation allait indirectement
conduire à une tentative de coup dEtat contre lempereur Sélassié.
En effet, des officiers éthiopiens voyageaient en Erythrée et constataient
de grosses différences par rapport à leur propre pays. De plus,
le mouvement panafricain et la vague des indépendances faisaient évoluer
les mentalités sur tout le continent. Certains Ethiopiens commençaient
à percevoir que leur régime était arriéré.
Parmi eux, le jeune Girmame Neway. Il avait étudié aux Etats-Unis
et avait servi comme gouverneur dans certaines provinces de lempire éthiopien.
Avec laide de son frère qui faisait partie des gardes du corps de
Sélassié, il tenta un coup dEtat en 1960, alors que lempereur
était en visite au Brésil. Mais larmée éthiopienne
ne suivit pas le mouvement et le coup échoua. A son retour, Sélassié
avait deux options : ou bien il maintenait la fédération avec lErythrée
et offrait à son peuple les mêmes droits que ceux dont jouissaient
les Erythréens ; ou bien il annexait complètement lErythrée.
La première option aurait été un suicide politique pour Sélassié.
Donc, en 1962, lEthiopie annexa totalement lErythrée.
Avec
le soutien implicite des Nations Unies. Pourquoi la communauté internationale
na-t-elle pas protesté ?
Oui,
cest assez incroyable. Quand Sélassié a annexé lErythrée,
il a ordonné larrestation déditeurs de journaux, envoyé
des leaders nationalistes en exil, banni les syndicats et interdit lusage
des langues natives dErythrée dans les écoles et pour les
transactions officielles. Il a également délocalisé les industries
basées à Asmara pour les réimplanter à Addis Abeba.
Lidée était de faire venir les travailleurs érythréens
en Ethiopie et de dépeupler lErythrée pour en faire une base
militaire. De plus, alors que des troupes éthiopiennes encerclaient lAssemblée
et que des jets survolaient la ville dAsmara, le parlement érythréen
a été contraint dans lhumiliation de voter sa propre dissolution. LErythrée
a protesté vigoureusement et demandé la médiation de lONU
qui a répondu : « Votre requête doit dabord passer par
le gouvernement fédéral », cest-à-dire par lempereur
Sélassié lui-même ! Autrement dit, le régime éthiopien
avait la bénédiction des puissances impérialistes et particulièrement
des Etats-Unis qui dominaient lONU. Lempereur Sélassié
était soutenu de toutes parts et en profitait pour se donner une bonne
image, celle du père du continent africain. Personne nallait sopposer
à lui, pour le plus grand malheur des Erythréens. Comment
lEthiopie est-elle devenue un allié privilégié des
Etats-Unis ?
Haile Selassie Dans
les années 40, les Etats-Unis voulaient affaiblir leurs concurrents européens
et ont commencé à sintéresser à lAfrique.
Mais les Français et les Britanniques possédaient déjà
de nombreuses colonies sur ce continent. LEthiopie, par contre, navait
pas été colonisée. Pour Washington, elle était donc
la porte par laquelle elle allait pouvoir simmiscer en Afrique pour asseoir
son influence et concurrencer les puissances coloniales. LEthiopie féodale
allait ainsi devenir une marionnette des Etats-Unis, participant à des
guerres au Congo, en Corée
Ensuite, lorsque la plupart des pays africains
sont devenus indépendants dans les années 50 et 60, Washington a
fait pression pour que lOrganisation de lUnité Africaine nouvellement
créée soit basée en Ethiopie. Cela allait permettre aux Etats-Unis
dexercer un contrôle sur tout le continent. Comme pour le Chah dIran
ou Israël au Moyen-Orient, lEthiopie était donc un gendarme
US en Afrique, mais un gendarme arriéré. Après
avoir épuisé les moyens diplomatiques auprès de la communauté
internationale et organisé des manifestations pacifistes, lErythrée
va mener une lutte armée.
Oui,
dabord menée par le Front de Libération de lErythrée
(FLE). Le FLE rassemblait divers groupes nationalistes qui voulaient lindépendance.
Sur le plan politique, ce mouvement était dominé par des intérêts
bourgeois et son analyse socio-économique était faible. Sur le plan
militaire, le FLE transposa le modèle de résistance algérien,
un système où les groupes armés étaient divisés
par région. Cétait une grossière erreur tactique. Dabord,
parce que la plupart du temps, les unités réparties sur les différentes
régions ne parlaient pas la même langue. Ainsi, pendant que vous
combattez pour lindépendance dun Etat, vous contribuez également
à créer des divisions qui un jour menaceront cet Etat ! De plus,
cette scission de la résistance en groupes autonomes provoquait des problèmes
de coordination que lennemi pouvait exploiter. Par exemple, quand un groupe
dune région était attaqué, ses voisins ne lui venaient
pas en aide. Pour larmée éthiopienne, il était donc
beaucoup plus facile de combattre séparément des groupes isolés
les uns des autres. Le manque de vision politique du FLE, sa stratégie
militaire et ses divisions internes entrainèrent le déclin du mouvement.
Mais dans les années 70, des musulmans et des chrétiens progressistes
membres du FLE décidèrent de fonder leur propre groupe. Le Front
de Libération du Peuple dErythrée (FLPE) était né.
Dinspiration marxiste, ce mouvement avait tiré les leçons
de son prédécesseur. Le FPLE savait quil était nécessaire
de mobiliser toute la population ensemble plutôt que de créer des
divisions. Il avait également une vision politique beaucoup plus pointue
reposant sur une analyse pertinente de la société érythréenne.
Plus quune lutte armée, le FPLE a donc amorcé une véritable
révolution : émancipation des femmes, organisation de conseils démocratiques
dans les villages, réforme agraire, éducation
Tout cela a
permis de mobiliser le peuple érythréen derrière les combattants
du FPLE. Cétait absolument nécessaire pour que lErythrée
gagne son indépendance.
Pourtant,
le combat semblait perdu davance. LEthiopie était soutenue
de toutes parts et lErythrée luttait pratiquement seule contre tous.
En
effet. LEthiopie était soutenue par les Etats-Unis, mais aussi par
Israël qui voulait nouer des alliances avec des pays non arabes dans la région.
Dailleurs, durant la tentative de coup dEtat contre Sélassié
en 1960, ce fût grâce à Israël que lempereur, en
voyage au Brésil, put établir rapidement un contact avec un général
et faire capoter la rébellion. Ensuite, lEthiopie présenta
la résistance érythréenne comme une menace arabe pour la
région et put compter là encore sur le soutien de lEtat hébreu.
Des spécialistes israéliens de la contre-révolution entraînèrent
une force délite éthiopienne denviron cinq mille hommes
connue sous le nom de « Brigade Flamme ». |
| LEurope
aussi soutenait lEthiopie, en lui fournissant des armes. Mais le gouvernement
éthiopien était surtout le principal bénéficiaire
de laide européenne destinée à lAfrique. Enfin,
lempereur Sélassié avait une présence très forte
sur le continent africain, ce qui ne jouait pas en faveur des Erythréens.
Je vous ai expliqué comment les Etats-Unis ont fait pression pour que lOrganisation
de lUnité Africaine (OUA) soit installée en Ethiopie. Dans
les années 60, pour éviter que des guerres civiles néclatent
partout sur le continent, cette organisation a décrété que
les frontières héritées du colonialisme nétaient
pas discutables. Bien évidemment, cette décision na pas été
appliquée au cas de lErythrée. Les revendications de lEthiopie
sur ce territoire navaient pourtant aucune légitimité. Cétait
comme si lItalie revendiquait la France sous prétexte que la Gaule
avait fait partie de lempire romain ! Mais Sélassié avait
tout lOccident derrière lui et son influence en Afrique était
telle que lOUA ferma les yeux.
En
1974, après 44 ans de règne, lEmpereur Sélassié
est finalement renversé par une révolution socialiste. Mais le nouveau
gouvernement éthiopien naccorde pas son indépendance à
lErythrée. Pourquoi ?
La
révolution éthiopienne était le fruit dune alliance
entre des civils aux idées progressistes et des militaires. Mais très
vite, des divisions sont apparues dans ce mouvement. En effet, lorsque les soldats
ont pris le pouvoir, les étudiants et les intellectuels révolutionnaires
ont rapidement demandé que larmée opère une transition
vers un gouvernement civil. Par ailleurs, ils soutenaient le droit à lindépendance
de lErythrée. Mais la junte militaire au pouvoir, appelée
Derg, restait très chauvine : pas question dabandonner le territoire
érythréen. De plus, les soldats nentendaient pas laisser le
pouvoir aux civils. Larmée lança donc une campagne darrestation
et dassassinats qui, selon Amnesty International, fit plus de dix mille
morts, principalement des intellectuels et des étudiants. La révolution
éthiopienne fut ainsi purgée de ses éléments les plus
progressistes et les militaires prirent définitivement le pouvoir. A
la tête du Derg, il y avait le lieutenant colonel Mengistu Haile Mariam.
Il venait dun milieu modeste, son père était soldat et sa
mère servante. Au pouvoir jusquen 1991, Mengistu imposa un régime
totalitaire et entreprit la militarisation du pays. Bien évidemment, il
ne voulait pas entendre parler dune quelconque autonomie pour lErythrée
et réprima sévèrement la résistance. Finalement, avec
cette révolution, lEthiopie passa dune dictature à une
autre. Et en pleine guerre froide, ce pays qui jusque là avait été
un allié stratégique des Etats-Unis, bascula dans le giron soviétique.
Moscou apporta alors un soutien militaire très important à Mengistu
dans sa répression de la résistance érythréenne.
Vingt ans plus tôt, lUnion soviétique était
pourtant favorable à lindépendance de lErythrée.
Comment expliquez-vous ce changement ?
Tout dabord, au
lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Moscou soutenait lindépendance
de lErythrée car lannexion de ce pays par lEthiopie faisait
laffaire des Etats-Unis. Evidemment, lorsque lEthiopie devint un allié
de lUnion soviétique, Moscou vit les choses différemment.
De plus, les Soviétiques avaient une meilleure connaissance du monde et
de la Corne de lAfrique au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale. A lépoque,
ils savaient quen tant quancienne colonie, lErythrée
avait des revendications légitimes. Mais par la suite, la politique étrangère
de Moscou changea et devint stupide. Sa vision du monde était étriquée. En
effet, dans les années 50, le dirigeant Nikita Khrouchtchev développa
une nouvelle théorie particulière sur la manière dont lUnion
soviétique devait soutenir les révolutions socialistes en Afrique
: les pays africains navaient pas besoin dun parti davant-garde
pour guider leur révolution, lUnion soviétique serait leur
parti davant-garde ! Khrouchtchev entendait donc transposer le modèle
de révolution russe aux pays africains sans vraiment tenir compte de leurs
spécificités. On pourrait dire les choses autrement : les Soviétiques
avait créé une chaussure à leur pied et ils pensaient que
cette chaussure irait à tout le monde ; et si votre pied était trop
grand, alors il suffisait de couper un orteil pour quil sadapte !
La théorie de Khrouchtchev était aussi ridicule que cela. Ca explique
pourquoi lUnion soviétique navait pas une bonne vision de ce
qui se passait dans la Corne de lAfrique et soutenait lEthiopie. Cétait
une grave erreur.
Quel
fut limpact sur la résistance en Erythrée ?
Jusque
là, les combattants érythréens avaient obtenu des succès
notoires. La population soutenait la résistance. Beaucoup rejoignaient
les rangs des combattants, notamment parce que larmée éthiopienne
sen prenait régulièrement à la population : villages
incendiés, civils massacrés
Plutôt que deffrayer
les Erythréens, ces représailles confortaient lidée
que la cohabitation avec lEthiopie nétait pas possible et que
la lutte pour lindépendance était indispensable. En 1975 par
exemple, de nombreux jeunes rejoignirent le FPLE après lexécution
de 56 étudiants érythréens. De plus, la stratégie
développée par les résistants était devenue très
sophistiquée. Un exemple : lErythrée navait pratiquement
aucun soutien et luttait seule contre tous, ce qui posait un problème pour
lapprovisionnement en armes. A défaut dallié, le FPLE
fit de son ennemi son principal soutien ! Les combattant menaient des attaques
de guérilla contre les soldats éthiopiens et à chaque victoire
remportée, ils récupéraient les armes de leurs ennemis. Au
fil des années, la résistance allait ainsi devenir beaucoup mieux
équipée, disposant même dune artillerie lourde. Imaginez
: les soldats éthiopiens luttaient contre leur propre tanks ! Grâce
à cette technique, le FPLE passa du statut darmée de guérilla
à celui darmée mécanisée.
Mais
il navait pas prévu que lUnion soviétique viendrait
à la rescousse du Derg en 1977 !
Ce
fut une période difficile : la marine de larmée rouge pilonna
les positions du FPLE le long des côtes, Moscou envoya trois mille conseillers
militaires et un pont aérien vers Addis Abeba déversait quantité
darmes. On estime que larmée éthiopienne a reçu
à lépoque 1.000 tanks, 1.500 véhicules blindés
ainsi que 90 avions de chasse et hélicoptères de combat. Fort du
soutien soviétique, Mengistu lança en février 1982 une offensive
denvergure contre lErythrée : la campagne « Etoile Rouge
» avec ses 150.000 hommes, la plus grande bataille que lAfrique connut
depuis la Seconde Guerre mondiale.
 Combattants
EPLF entrant dans la capitale Asmara libérée en 1991
Malgré
tout cela, Mengistu nest pas venu à bout du FPLE
Ca
a quand-même été la période la plus dure de toute la
lutte pour lindépendance. Le FPLE a dû abandonner des positions
quil avait conquises pour opérer un repli stratégique. Par
ailleurs, Mengistu avait obtenu du Soudan quil ferme complètement
sa frontière avec lErythrée : pendant des semaines, plus de
pétrole, de nourriture ni les autres fournitures qui étaient habituellement
envoyées depuis le Soudan. Plus de possibilités non plus pour les
réfugiés de rejoindre des camps derrière la frontière.
Malgré tout, larmée éthiopienne ne parvint pas à
éliminer le FPLE. Il faut dire que ce mouvement était très
bien organisé. Certes, les soldats éthiopiens étaient plus
nombreux et mieux équipés. Mais ils ne faisaient quobéir
aux ordres dun dictateur. De leur côté, les combattants du
FPLE étaient mieux entraînés et leur motivation était
plus grande. Finalement, la campagne « Etoile Rouge » marqua un
tournant dans ce long combat pour lindépendance : cétait
la dernière fois que le gouvernement éthiopien menaçait réellement
la résistance. Quand loffensive prit fin après des mois de
combat, le FPLE commença à récupérer les positions
quil avait dû abandonner. Quelques années plus tard, lUnion
soviétique, au bord de leffondrement, annonça à Mengistu
quelle cesserait de lui fournir des armes. Le gouvernement éthiopien
commençait à vaciller. Il devait non seulement affronter la résistance
érythréenne, mais aussi dautres groupes nationalistes qui
sétaient formés ailleurs en Ethiopie. Parmi ces groupes, le
Front de Libération des Peuples du Tigré (FLPT) combattit avec les
Erythréens. Au départ, ce mouvement voulait lindépendance
pour les habitants de la région du Tigré. Mais le FPLE savait combien
il pouvait être dangereux dopérer des divisions selon les nationalités
et conseilla : « Vous êtes Ethiopiens avant tout ; cest en tant
quEthiopiens que vous devez vous battre et encourager tous vos compatriotes
à renverser la dictature militaire ». Ce qui arriva en 1991 : le
Derg tomba, Mengistu senfuit et après trente ans de combat, lErythrée
devint indépendante.
Après
tous ces changements, comment évoluèrent les relations entre lEthiopie
et lErythrée ?
LEthiopie
est un pays composé de différentes ethnies. Que ce soit avec Menelik
II, Sélassié ou Mengistu, le régime au pouvoir na jamais
représenté la diversité du peuple éthiopien. Le pays
a toujours été dirigé par des minorités qui agissaient
dans leurs propres intérêts, créant des inégalités
très fortes au sein de la population. Lorsquun nouveau gouvernement
éthiopien a pris le pouvoir en 1991, tout le monde pensait que les choses
allaient changer. Moi-même, jai accepté de travailler comme
diplomate pour ce gouvernement. LErythrée aussi avait beaucoup despoir.
En devenant indépendante, elle avait privé lEthiopie dun
accès à la Mer Rouge. Mais le président érythréen,
Isaias Afwerki, proposa de créer une zone de libre-échange entre
les deux pays. De la sorte, les Ethiopiens pouvaient disposer des ports dErythrée
avec une grande facilité. Les bases dune coopération entre
les pays de la Corne de lAfrique étaient posées et il semblait
que la paix allait revenir pour de bon. Mais
vous avez vite déchanté ?
Depuis
1991, Meles Zenawi, leader du mouvement Tigré, dirige lEthiopie.
Et il na pas de vision politique. Il a perpétué la tradition,
gouvernant pour ses propres intérêts et ceux de son entourage sans
tenir compte de la diversité ethnique du pays. De plus, plutôt que
de chercher à adapter les institutions héritées de Mengistu,
le nouveau gouvernement les a tout simplement détruites. Par exemple, il
a démobilisé larmée du Derg plutôt que douvrir
un dialogue démocratique afin de voir comment les choses pouvaient évoluer.
Beaucoup dofficiers qui avaient passé leur vie dans larmée
se sont ainsi retrouvés sans travail. Le nouveau gouvernement a tout bonnement
détruit le corps de lEtat éthiopien. Evidemment, en voyant
cela, lambassadeur US était aux anges : lEthiopie était
à nouveau à la merci des intérêts impérialistes.
La
semaine prochaine, dans la dernière partie de notre interview, Mohamed
Hassan nous dévoilera la recette du développement érythréen,
comment il peut sauver lAfrique, pourquoi il est mal vu par les puissances
néo-coloniales. Nous verrons pourquoi les relations entre lErythrée
et lEthiopie sont toujours aussi houleuses. Enfin, nous aborderons la question
des droits de lhomme et des droits politiques : lErythrée est-elle
une dictature ?

Mohamed
Hassan* est un spécialiste de la géopolitique et du monde arabe.
Né à Addis Abeba (Ethiopie), il a participé aux mouvements
détudiants dans la cadre de la révolution socialiste de 1974
dans son pays. Il a étudié les sciences politiques en Egypte avant
de se spécialiser dans ladministration publique à Bruxelles.
Diplomate pour son pays dorigine dans les années 90, il a travaillé
à Washington, Pékin et Bruxelles. Co-auteur de LIrak sous
loccupation (EPO, 2003), il a aussi participé à des ouvrages
sur le nationalisme arabe et les mouvements islamiques, et sur le nationalisme
flamand. Cest un des meilleurs connaisseurs contemporains du monde arabe
et musulman.
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