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Troisièmement, si ce qui se passe en Tunisie et en Egypte est un encouragement
pour tous les peuples opprimés, ces derniers ne sont pas ceux que les médias
occidentaux imaginent. Pour les journalistes, les méchants ce sont les
gouvernements qui contestent ou font semblant de contester la politique
occidentale. Tandis que pour les peuples, les tyrans sont ceux qui à la
fois les exploitent et les humilient. Cest pourquoi, je ne pense pas que
nous allons assister aux mêmes révoltes à Damas. Le gouvernement
de Bachar el-Assad est la fierté des Syriens : il sest rangé
du côté de la Résistance et a su préserver ses intérêts
nationaux sans jamais céder aux pressions. Surtout, il a su protéger
le pays du sort que lui réservait Washington : soit le chaos à lirakienne,
soit le despotisme religieux à la saoudienne.
Certes, il est très
contesté dans plusieurs aspects de sa gestion, mais il développe
une bourgeoisie et les processus de décision démocratique qui vont
avec.
Par contre des Etats comme la Jordanie et le Yémen sont instables
pour ce qui est du monde arabe, et la contagion peut aussi atteindre lAfrique
noire, le Sénégal par exemple.
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Quatrièmement, les médias occidentaux découvrent tardivement
que le danger islamiste est un épouvantail à moineaux. Encore faut-il
admettre quil a été activé par les Etats-Unis de Clinton
et la France de Mitterrand dans les années 90 en Algérie, puis a
été gonflé par ladministration Bush consécutivement
aux attentats du 11-Septembre, et alimenté par les gouvernements néo-conservateurs
européens de Blair, Merkel et Sarkozy.
Il faut aussi admettre quil
ny a rien de commun entre le wahhabisme à la saoudienne et la Révolution
islamique de Rouhollah Khomeiny.
Les qualifier tous deux d« islamistes
», ce nest pas simplement absurde, cest sinterdire de
comprendre ce qui passe.
Les Seoud ont financé, en accord avec les
Etats-Unis, des groupes musulmans sectaires prônant un retour à limage
quils se font de la société du VIIe siècle, au temps
du prophète Mahomet. Ils nont pas plus dimpact dans le monde
arabe que les Amish aux Etats-Unis, avec leurs carrioles à cheval.
La
Révolution de Khomeiny ne vise pas à instaurer une société
religieuse parfaite, mais à renverser le système de domination mondiale.
Elle affirme que laction politique est un moyen pour lhomme de se
sacrifier et de se transcender, et par conséquent que lon peut trouver
dans lislam lénergie nécessaire au changement.
Les
peuples du Proche-Orient ne veulent pas remplacer les dictatures policières
ou militaires qui les écrasent par des dictatures religieuses. Il ny
a pas de danger islamiste. Simultanément, lidéal révolutionnaire
islamique qui a déjà produit le Hezbollah dans la communauté
chiite libanaise, influence désormais le Hamas dans la communauté
sunnite palestinienne. Il peut tout à fait jouer un rôle dans les
mouvements en cours, et il en joue déjà un en Egypte.
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Cinquièmement, nen déplaise à certains observateurs,
même si nous assistons à un retour de la question sociale, ce mouvement
ne peut être réduit à une simple lutte des classes. Bien sûr,
les classes dominantes craignent les révolutions populaires, mais les choses
sont plus compliquées.
Ainsi, sans surprise, le roi Abdallah dArabie
saoudite a téléphoné au président Obama pour lui demander
de stopper ce désordre en Egypte et de protéger les gouvernements
en place dans la région, le sien en priorité. Mais ce même
roi Abdallah vient de favoriser un changement de régime au Liban par la
voie démocratique. Il a abandonné le milliardaire libano-saoudien
Saad Hariri et a aidé la coalition du 8-Mars, Hezbollah compris, à
lui substituer comme Premier ministre un autre milliardaire libano-saoudien Najib
Mikati.
Hariri avait été élu par des députés
représentant 45 % de lélectorat, tandis que Mikati vient dêtre
élu par des parlementaires représentant 70 % de lélectorat.
Hariri était inféodé à Paris et Washington, Mikati
annonce une politique de soutien à la Résistance nationale. La question
de la lutte contre le projet sioniste est actuellement surdéterminante
par rapport aux intérêts de classe. En outre, plus que la répartition
des richesses, les manifestants mettent en cause le système capitaliste
pseudo-libéral imposé par les sionistes.
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Sixièmement, si nous revenons au cas égyptien, les médias
occidentaux se sont rués autour de Mohamed ElBaradei quils ont désigné
comme leader de lopposition. Cest risible. M. ElBaradei est une personnalité
agréablement connue en Europe, car il a résisté quelque temps
à ladministration Bush, sans sy opposer complètement.
Il incarne donc la bonne conscience européenne face à lIrak,
qui était opposé à la guerre et a fini par soutenir loccupation.
Cependant, objectivement, M. ElBaradei cest leau tiède qui
a reçu le Prix Nobel de la Paix pour que Hans Blix ne lait pas. Cest
surtout une personnalité sans aucun écho dans son propre pays. Il
nexiste politiquement que parce que les Frères musulmans en ont fait
leur porte-parole dans les médias occidentaux.
Les Etats-Unis ont
fabriqué des opposants plus représentatifs, comme Ayman Nour, que
lon ne tardera pas à sortir du chapeau, même si ses positions
en faveur du pseudo-libéralisme économique le disqualifient au regard
de la crise sociale que traverse le pays.
Quoiquil en soit, dans
la réalité, il nexiste que deux organisations de masse, implantées
dans la population, qui sopposent de longue date à la politique actuelle
: les Frères musulmans dune part et lEglise chrétienne
copte dautre part (même si S. B. Chenoudda III distingue la politique
sioniste de Moubarak quil combat, du rais avec lequel il compose). Ce point
a échappé aux médias occidentaux parce quils ont fait
récemment croire au public que les Coptes étaient persécutés
par les musulmans quant ils létaient par la dictature de Moubarak.
Une
parenthèse est ici utile : Hosni Moubarak vient de nommer Omar Souleiman
comme vice-président. Cest un geste clair qui vise à rendre
plus difficile son éventuelle élimination physique par les Etats-Unis.
Moubarak est devenu président parce quil avait été
désigné vice-président et que les Etats-Unis ont fait assassiner
le président Anouar el-Sadate par le groupe dAyman al-Zawahri. Il
a donc toujours refusé jusquà présent de prendre un
vice-président par crainte de se faire assassiner à son tour. En
désignant le général Souleiman, il choisit un de ses complices
avec qui il a trempé les mains dans le sang de Sadate. Désormais,
pour prendre le pouvoir, il ne faudra pas seulement tuer le président,
il faudra aussi exécuter son vice-président. Or, Omar Souleiman
est le principal artisan de la collaboration avec Israël, Washington et Londres
vont donc le protéger comme la prunelle de leurs yeux.
De
plus, Souleiman peut sappuyer sur Tsahal contre la Maison-Blanche. Il a
dores et déjà fait venir des tireurs délite et
du matériel israéliens qui sont prêts à tuer les meneurs
dans la foule.

Le
général-président Hosni Moubarak et son général-vice-président
Omar Souleiman sont apparus à la télévision avec leurs généraux-conseillers
pour signifier que larmée a et gardera le pouvoir.
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Septièmement, la situation actuelle dévoile les contradictions de
ladministration US. Barack Obama a tendu la main aux musulmans et appelé
à la démocratie lors de son discours à luniversité
du Caire. Toutefois aujourdhui, il mettra tout en oeuvre pour empêcher
des élections démocratiques en Egypte. Sil peut saccommoder
dun gouvernement légitime en Tunisie, il ne le peut pas en Egypte.
Des élections profiteraient aux Frères musulmans et aux Coptes.
Elles désigneraient un gouvernement qui ouvrirait la frontière de
Gaza et libérerait le million de personnes qui y sont enfermées.
Les Palestiniens, soutenus par leurs voisins, le Liban, la Syrie et lEgypte,
renverseraient alors le joug sioniste.
Ici, il faut signaler quau cours
des deux dernières années, des stratèges israéliens
ont envisagé un coup tordu. Considérant que lEgypte est une
bombe sociale, que la révolution y est inévitable et imminente,
ils ont envisagé de favoriser un coup dEtat militaire au profit dun
officier ambitieux et incompétent. Ce dernier aurait alors lancé
une guerre contre Israël et échoué. Tel-Aviv aurait ainsi pu
retrouver son prestige militaire et récupérer le mont Sinaï
et ses richesses naturelles. On sait que Washington est résolument opposé
à ce scénario, trop difficile à maîtriser.
En
définitive, lEmpire anglo-saxon reste arrimé aux principes
quil a fixé en 1945 : il est favorable aux démocraties qui
font « le bon choix » (celui de la servilité), il est opposé
aux peuples
qui font « le mauvais » (celui de lindépendance).
Par
conséquent, sils le jugent nécessaire, Washington et Londres
soutiendront sans état dâme un bain de sang en Egypte, pourvu
que le militaire qui lemporte sur les autres sengage à pérenniser
le statu quo international.
Auteur
: Thierry Meyssan - Source : Voltairenet.org