Le
"Projet Jugement dernier" et les événements profonds
: JFK, le Watergate, lIrangate et le 11-Septembre
par
Peter Dale Scott
Dans
cette analyse en deux parties, lancien diplomate et professeur de sciences
politiques Peter Dale Scott montre comment, par quelles étapes successives
depuis lassassinat de John Kennedy, les États-Unis ont basculé
dans la situation que le président Eisenhower redoutait et à propos
de laquelle il avait mis en garde ses compatriotes. Depuis le 26 octobre 2001
et linstauration du Patriot Act, cest lÉtat profond,
une structure secrète au-delà des apparences démocratiques,
qui gouverne désormais le pays.
Réseau Voltaire | 4 janvier
2012
Le
22 novembre 1963 à 13h, JFK est officiellement déclaré mort.
A 14h38, le vice-président Lyndon B. Johnson prête serment dans lavion
présidentiel Air Force One. A ses côtés se tient Jacqueline
Kennedy, qui porte encore son costume Chanel éclaboussé par le sang
de son époux. Dans un entretien quelle accordera quelques mois après
lassassinat à lhistorien Arthur Schlesinger Jr, elle soupçonne
Johnson davoir orchestré lassassinat de son mari en lien avec
des lobbies pétroliers du Texas.
«
Je suis conscient de la possibilité dinstaurer une véritable
tyrannie aux États-Unis. Nous devons donc nous assurer que cette agence
[la National Security Agency], et toutes celles qui possèdent ces technologies,
opèrent dans un cadre légal et sous une supervision appropriée,
de sorte que nous ne tombions jamais dans cet abîme. Y sombrer serait sans
retour. » Sénateur Frank Church (1975)
Dans
cet article, je vais discuter de quatre événements importants et
toutefois mal compris : lassassinat de John F. Kennedy, le Watergate, lIrangate
et le 11-Septembre. Janalyserai ces événements profonds comme
faisant partie dun processus politique encore plus profond qui les relie
entre eux, un processus qui a favorisé la construction dun pouvoir
répressif aux États-Unis, au détriment de la démocratie.
Ces
dernières années, je me suis référé à
une force obscure derrière ces événements une force
que jai maladroitement appelée « lÉtat profond
» (nayant pas trouvé mieux) qui évolue à la fois
à lintérieur et en dehors de lÉtat public. Aujourdhui,
pour la première fois, je vais tâcher didentifier une partie
de cette force obscure, qui a fonctionné depuis au moins cinq décennies
en marge de lÉtat public. Celle-ci porte un nom que je nai
pas inventé : le Projet « Jugement dernier » (Doomsday Project).
Cest le nom donné par le Département de la Défense
aux planifications durgence visant « à assurer le fonctionnement
de la Maison Blanche et du Pentagone pendant et après une guerre nucléaire,
ou toute autre crise majeure. » [1]
Lobjectif
de ce travail est simple mais important : il consiste à démontrer
que le Projet Jugement dernier des années 1980, ainsi que les planifications
de crise antérieures qui ont mené à ce projet, ont joué
un rôle déterminant dans les coulisses des événements
profonds que je vais analyser.
De
manière plus explicite, cette planification a été un facteur
majeur derrière les trois phénomènes préoccupants
qui menacent aujourdhui la démocratie états-unienne. Le premier
dentre eux a été la conversion de notre économie en
une « plouto-nomie », une économie à visée ploutocratique,
marquée par une scission grandissante des États-Unis en deux classes
les nantis et les défavorisés, les « 1 % » et
les « 99 % ». Le second phénomène est la militarisation
croissante des États-Unis, et principalement sa tendance à mener
ou à provoquer des guerres dans des régions lointaines, ce qui est
devenu de plus en plus courant et prévisible. Il est clair que les opérations
de cette machine de guerre US ont servi les intérêts du percentile
au sommet de la pyramide.[2]
Le
troisième phénomène, qui est le sujet de cet essai, est linfluence
considérable des événements profonds structurels sur lHistoire
des États-Unis, une influence de plus en plus néfaste : des événements
mystérieux, (comme lassassinat de JFK, leffraction du Watergate
ou le 11-Septembre, qui affectent brutalement la structure sociale états-unienne),
ont un impact majeur sur la société de ce pays. Par ailleurs, ils
impliquent constamment des actes criminels ou violents. Enfin, bien souvent, ils
sont générés par une force obscure inconnue.
De
nombreuses analyses ont été menées sur la décomposition
actuelle des États-Unis en termes décarts de revenus et de
disparités de richesse, ou au sujet de sa militarisation comme de sa tendance
belliciste croissante. Mon approche dans cet essai est selon moi inédite
: elle consiste à faire valoir que les disparités de revenus
autrement dit, la « plouto-nomie » autant que les tendances
guerrières des États-Unis ont été considérablement
favorisées par des événements profonds.
Il
faut comprendre que les disparités de revenus dans léconomie
US nont pas résulté dune action des forces entrepreneuriales
indépendamment de lintervention politique. Au contraire, ces inégalités
furent en grande partie engendrées par un processus politique continuel
et délibéré, datant des années 1960 et 1970
période durant laquelle les individus les plus riches de ce pays craignaient
den perdre le contrôle.
À
cette époque, dans son mémorandum de 1971, le futur juge à
la Cour Suprême Lewis Powell avertit que la survie du système de
la libre-entreprise dépendait de « la planification et [de] lapplication
soigneuses, sur le long terme », de réponses abondamment financées
contre les menaces incarnées par la gauche. [3]
Cette mise en garde engendra une virulente offensive de la droite, coordonnée
par quelques cercles de réflexion et généreusement financée
par un petit groupe de fondations familiales. [4]
Il faut garder à lesprit que tout cela répondait à
de graves émeutes à Newark, à Detroit et dans dautres
villes, et que la gauche lançait alors un nombre croissant dappels
à la révolution (en Europe autant quaux États-Unis).
Je me concentrerai ici sur la réponse de la droite à ce défi,
et sur le rôle des événements profonds dans la facilitation
de cette réponse.
Ce
qui importait vraiment dans le Manifeste Powell était moins le document
en lui-même que le fait quil ait été commandé
par la Chambre de Commerce des États-Unis, lun des groupes de pression
les plus influents et des plus discrets. Par ailleurs, ce mémorandum était
seulement un signe parmi bien dautres quune guerre de classes prenait
forme durant les années 1970, un processus plus vaste qui se déroulait
à lintérieur autant quà lextérieur
du gouvernement (et qui comprenait ce quIrving Kristol qualifia de «
contre-révolution intellectuelle »), et mena directement à
la soi-disant « Révolution Reagan ». [5]
Il
apparaît clairement que ce plus large processus a été mené
pendant pratiquement cinq décennies, la droite injectant des milliards
de dollars dans le système politique des États-Unis. Ce que je désire
démontrer ici est que les événements profonds ont eux aussi
fait partie intégrante de ces efforts de la droite, depuis lassassinat
de John F. Kennedy jusquau 11-Septembre. Le résultat du 11-Septembre
fut la mise en uvre de plans pour la « continuité du gouvernement
» (COG pour « Continuity of Government »), qui furent qualifiés
de plans préparant « la suspension de la Constitution des États-Unis
» durant les auditions dOliver North relatives à lIrangate
en 1987. Ces plans de la COG, élaborés sur la base de planifications
antérieures, ont été soigneusement développés
depuis 1982 dans le cadre de ce que lon appelle le Projet Jugement dernier
(Doomsday Project) par une équipe secrète nommée par Reagan.
Celle-ci était composée de personnalités publiques et également
privées, dont Donald Rumsfeld et Dick Cheney.
Je
vais tenter de prouver que, dans cette perspective, le 11-Septembre ne fut que
laboutissement dune séquence dévénements
profonds remontant à lassassinat de Kennedy, voire plus loin encore,
et que les germes du Projet Jugement dernier peuvent être décelés
derrière chacun deux.
Plus
précisément, je vais tenter de démontrer, au sujet de ces
événements profonds :
1)
que des comportements malveillants à la CIA et dans dautres agences
similaires ont contribué à lassassinat de Kennedy et au 11-Septembre
;
2)
que les conséquences de chaque événement profond inclurent
un accroissement du pouvoir répressif autoritaire en faveur de ces agences,
au détriment du pouvoir démocratique persuasif ; [6]
3)
quil existe des recoupements symptomatiques de personnel entre les auteurs
de ces différents événements profonds ;
4)
que lon observe dans chacun de ces événements limplication
déléments liés au trafic de drogue international
ce qui suggère que notre « plouto-nomie » actuelle soit aussi,
dans une certaine mesure, une « narco-nomie » ;
5)
que derrière chaque événement, on peut observer le Projet
Jugement dernier (qui joue un rôle de plus en plus important au fil des
années), cest-à-dire la structure alternative de planification
durgence ayant ses propres réseaux de communication, opérant
comme un réseau de lombre en dehors des canaux gouvernementaux réguliers. Les
comportements bureaucratiques malveillants comme facteur contribuant à
lassassinat de JFK ainsi quau 11-Septembre
Lassassinat
de JFK autant que le 11-Septembre furent facilités par la manière
avec laquelle la CIA et le FBI manipulèrent leurs dossiers sur les auteurs
présumés de chaque événement (Lee Harvey Oswald dans
ce que jappellerai laffaire JFK, et les pirates de lair présumés
Khaled al-Mihdhar et Nawaf al-Hazmi dans le 11-Septembre). La décision
prise le 9 octobre 1963 par Marvin Gheesling, un agent du FBI, deffacer
Oswald de la liste de surveillance du FBI fait partie de cette facilitation. Cette
décision fut mise en uvre peu après larrestation dOswald
à la Nouvelle-Orléans en août 1963 et son voyage présumé
au Mexique en septembre. De toute évidence, ces événements
auraient normalement dû faire dOswald un candidat pour une surveillance
renforcée. [7]
Ce
comportement malveillant constitue un paradigme si on lassocie avec les
agissements dautres agences, en particulier ceux de la CIA, dans laffaire
JFK et le 11-Septembre. En effet, le comportement de Gheesling va nettement dans
le sens dune coupable rétention dinformation de la part de
la CIA, durant ce même mois doctobre [1963] information dissimulée
au FBI, et selon laquelle Oswald aurait rencontré à Mexico Valeriy
Kostikov, un agent présumé du KGB. [8]
Cette dissimulation contribua également à assurer quOswald
ne serait pas surveillé. En effet, dans ses mémoires, lancien
directeur du FBI Clarence Kelley se plaignit que la rétention dinformations
de la CIA fût la principale raison expliquant pourquoi Oswald nétait
pas sous surveillance le 22 novembre 1963. [9]
La provocation des Renseignements militaires en 1963 fut encore plus alarmante.
En effet, lune de ses unités ne se contenta pas seulement de retenir
des informations sur Lee Harvey Oswald, mais elle fabriqua aussi de faux renseignements
qui semblaient destinés à provoquer une riposte [militaire] contre
Cuba. Je qualifie de telles provocations de récits primaires, en loccurrence
des tentatives de dépeindre Oswald comme un comploteur communiste (au contraire
des récits secondaires ultérieurs, également faux, le décrivant
comme un loup solitaire révolté). Un câble du commandement
de la IVe Armée, situé au Texas, peut être considéré
comme un exemple frappant de récit primaire. Il fait état dune
information donnée par un policier de Dallas, qui appartenait aussi à
une unité de réserve des Renseignements militaires :
« Le
premier assistant Don Stringfellow, section des Renseignements, Département
de la Police de Dallas, a notifié le 112e Groupe INTC [des renseignements],
[rattaché à] ce quartier général, que les informations
obtenues dOswald ont révélé sa défection pour
Cuba en 1959 et sa qualité de membre du Parti communiste, dont il possède
une carte. » [10]
Le
22 novembre [1963, jour de lassassinat de JFK], ce câble fut envoyé
directement au Commandement US des Frappes militaires à Fort MacDill en
Floride, la base prête à lancer une éventuelle attaque de
représailles contre Cuba. [11]
Ce
câble ne représentait pas une aberration isolée. En effet,
il était appuyé par dautres faux récits primaires venant
de Dallas concernant le fusil quaurait utilisé Oswald. Ces faux récits
se basaient en particulier sur une série de traductions erronées
du témoignage de Marina Oswald. Ces falsifications visaient à suggérer
que le fusil dOswald à Dallas était une arme quil sétait
procurée en Russie. [12]
Ces
derniers rapports falsifiés concernant Marina Oswald, apparemment sans
lien avec les précédents, peuvent néanmoins nous ramener
à la 488e unité de réserve des Renseignements militaires
à laquelle appartenait Don Stringfellow. [13]
Ilya Mamantov, linterprète qui fournit initialement la fausse traduction
des témoignages de Marina Oswald, fut choisi par Jack Crichton, un magnat
du pétrole de Dallas, et par George Lumpkin, le directeur adjoint de la
police de cette même ville. [14]
Crichton et Lumpkin étaient [respectivement] le chef et le premier adjoint
de la 488e unité de réserve des Renseignements militaires. [15]
Dans la communauté des pétroliers de Dallas, Crichton était
aussi un sympathisant dextrême droite : administrateur de la Fondation
H.L. Hunt, il fut également membre du Comité américain daide
aux combattants de la liberté du Katanga (American Friends of the Katanga
Freedom Fighters), une organisation dopposition aux politiques de Kennedy
au Congo.
Nous
devons garder à lesprit que certains membres du Comité des
chefs dÉtats-majors interarmées [JCS pour Joint Chiefs of
Staff] étaient extrêmement irrités par le fait que la crise
des missiles de 1962 navait pas conduit à une invasion de Cuba. Par
ailleurs, en mai 1963, sous la direction de son nouveau chef Maxwell Taylor, le
JCS était encore persuadé « quune intervention militaire
des États-Unis à Cuba [serait] nécessaire ». [16]
Nous étions six mois après que Kennedy eût donné des
garanties explicites à Khrouchtchev afin de résoudre la crise des
missiles en octobre 1962, lui assurant que les États-Unis nenvahiraient
pas Cuba bien que ces garanties fussent soumises à dimportantes
conditions. [17]
Ces initiatives présidentielles nempêcheront pas le J-5 du
Comité des chefs dÉtats-majors interarmées (la Direction
des planifications et des politiques du JCS) délaborer une liste
de « provocations fabriquées pour justifier une intervention militaire
». [18]
(Lun des exemples de « provocations fabriquées » envisageait
d« utiliser des avions de type MiG pilotés par des aviateurs
US pour [ ] attaquer des navires commerciaux ou larmée des États-Unis
».) [19]
Les
tromperies sur Oswald qui émanaient de Dallas furent lancées immédiatement
après lassassinat [de JFK] ; de ce fait, elles ne suffisent pas à
établir que lassassinat ait constitué un complot impliquant
la tromperie et la provocation. En revanche, elles en disent long sur létat
desprit anticastriste qui prévalait au sein de la 488e unité
de réserve des Renseignements militaires à Dallas ; et elles nous
confirment que cet état desprit était remarquablement similaire
à celui du J-5 au mois de mai 1963 cest à dire létat
desprit qui produisit une liste de « provocations fabriquées
» pour attaquer Cuba. (Selon Crichton, « [la 488e unité de
réserve] comptait une bonne centaine dhommes, dont environ 40 à
50 étaient originaires du Département de la Police de Dallas. »)
[20]
Ces
comportements malveillants au sein des bureaucraties de la CIA, du FBI et de larmée
les trois agences avec lesquelles Kennedy avait eu de sérieux désaccords
durant sa présidence tronquée [21]
peuvent difficilement sexpliquer par le seul hasard. Dans cet article,
jétablirai ultérieurement un lien entre le pétrolier
de Dallas Jack Crichton et la planification de crise de 1963, qui devint le Projet
Jugement dernier.
Le même type de comportements malveillants
au sein de la bureaucratie autour du 11-Septembre
En
2000 et 2001, avant le 11-Septembre, la CIA sest de nouveau abstenue de
divulguer des preuves accablantes au FBI des informations qui, si elles
avaient été partagées, auraient conduit le FBI à surveiller
Khaled al-Mihdhar et Nawaz al-Hazmi, deux des pirates de lair présumés.
Cette importante rétention dinformations a amené un agent
du FBI à prédire avec exactitude, en août 2001, qu«
un jour, des gens perdront la vie ». [22]
Suite au 11-Septembre, un autre agent du FBI déclara au sujet de lAgence
: « Ils [la CIA] ne voulaient pas que le Bureau se mêle de leurs affaires
cest pourquoi ils ne dirent rien au FBI. [ ] Et cest pourquoi
le 11-Septembre eut lieu. Cest pourquoi cet événement sest
déroulé. [ ] Ils ont du sang sur les mains. Ils sont responsables
de la mort de 3 000 personnes. » [23]
Dans cette affaire, la rétention dinformations cruciales avant le
11-Septembre que lAgence se devait de transmettre au FBI en vertu
de ses propres règles était comparable aux dissimulations
de la NSA. [24]
En
dautres termes, sans ces rétentions de preuves, ni lassassinat
de Kennedy ni le 11-Septembre nauraient pu se dérouler ainsi. Comme
je lai écrit dans mon livre American War Machine, il semblerait quà
un moment donné, «
Oswald, et plus tard Al-Mihdhar, avaient été présélectionnés
comme sujets désignés pour une opération. Lobjectif
initial naurait pas forcément été celui de commettre
un crime contre les États-Unis. Au contraire, des démarches furent
probablement entreprises afin de préparer Oswald en lien avec une opération
contre Cuba et al-Mihdhar pour une opération contre Al-Qaïda [comme
je le suspecte]. Mais à mesure que les mythes [exploitables] commençaient
à saccumuler autour de ces deux personnages, il devenait possible
pour des individus mal intentionnés de subvertir lopération
autorisée en un plan meurtrier qui aurait ensuite été dissimulé.
À ce stade, Oswald (et par analogie al-Mihdhar) nétait plus
un simple sujet désigné, mais également un coupable désigné.
» [25]
Kevin
Fenton, dans son ouvrage très complet intitulé Disconnecting the
Dots [« Semer le trouble »], en est arrivé à la même
conclusion au sujet du 11-Septembre, à savoir qu« à
partir de lété 2001, lobjectif de la rétention
dinformations était dorénavant de permettre le déroulement
des attaques ». [26]
Il a également identifié le principal responsable de ce comportement
administratif malveillant : lofficier de la CIA Richard Blee, directeur
de lUnité ben Laden de lAgence. Alors que Clinton était
encore Président, Blee avait fait partie dune faction de la CIA qui
militait activement pour une implication plus belliciste de lAgence en Afghanistan,
en conjonction avec lAlliance du Nord afghane. [27]
Ces projets se réalisèrent immédiatement après le
11-Septembre, et Blee lui-même fut promu chef de station [de la CIA] à
Kaboul. [28] Comment
la rétention de preuves par la CIA et la NSA lors du deuxième incident
du golfe du Tonkin a contribué à déclencher la guerre avec
le Nord-Vietnam
Je
vous épargnerai les détails de cette rétention dinformations,
qui est expliquée dans mon livre American War Machine, (à paraître
en français, en août 2012). Néanmoins, lincident du
golfe du Tonkin est comparable à lassassinat de Kennedy ainsi quau
11-Septembre, car cette manipulation de preuves a contribué à diriger
les États-Unis vers la guerre (très rapidement, dans le cas présent).
Aujourdhui,
des historiens comme Fredrik Logevall sont daccord avec lévaluation
du sous-secrétaire dÉtat George Ball, selon laquelle la mission
des contre-torpilleurs US dans le golfe du Tonkin qui déclencha
les incidents du même nom « relevait principalement de la provocation
». [29]
La planification de cette mission provocatrice venait du J-5 du Comité
des chefs dÉtats-majors interarmées [JCS], la même équipe
qui avait avancé en 1963, concernant Cuba, que « la fabrication dune
série de provocations visant à justifier une intervention militaire
[était] réalisable ». [30]
La
dissimulation de la vérité par la NSA et la CIA le 4 août
1964 se produisit dans un contexte marqué par une détermination
avérée (mais controversée), aux plus hauts niveaux de lÉtat,
dattaquer le Nord-Vietnam. À cet égard, lincident du
golfe du Tonkin est remarquablement similaire à la dissimulation de la
vérité par la CIA et la NSA qui conduisit directement au 11-Septembre,
alors quexistait de nouveau une détermination gouvernementale pour
partir en guerre (même si elle était aussi controversée).
A
suivre, à droite Peter Dale Scott
Traduction Maxime
Chaix Sven Martin
Notes
:
[1]
Tim Weiner, « The Pentagon’s Secret Stash », Mother Jones
Magazine, mars/avril 1992, p.26.
[2]
J.A. Myerson « War is a Force That Pays the 1 Percent : Occupying
American Policy » Truthout, 14 novembre 2011. Cf. Peter Dale
Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial : 50 ans d’ambitions
secrètes des États-Unis (Éditions Demi-Lune, Paris, 2010), p.33, etc.
[5]
Scott, Ibidem, pp.51-52, pp.87-90 ; Kristol, cité dans Lewis H. Lapham, « Tentacles
of Rage : The Republican Propaganda Mill, a Brief History » Harper’s
Magazine, septembre 2004, p.36.
[6]
Voir par exemple Peter Dale Scott, American War Machine, pp.204-05.
[8]
Peter Dale Scott, Deep Politics II, pp.30-33 ; Scott, The War Conspiracy,
p.387 ; Scott, American War Machine, p.152.
[9]
Clarence M. Kelley, Kelley : The Story of an FBI Director (Andrews,
McMeel, and Parker, Kansas City, MO, 1987), p.268, cité dans Scott, The War
Conspiracy (2008), p.389.
[10]
Scott, Deep Politics, p.275 ; Scott, Deep Politics II, p.80n129 ;
Conférence des critiques de la HSCA du 17 septembre 1977, p.181. Stringfellow
travailla pour Jack Revill au sein de la brigade des mœurs du Bureau des services
spéciaux du DPD. A ce titre, il rendait régulièrement des rapports au FBI sur
des proches associés de [l’assassin de Lee Harvey Oswald] Jack Ruby. Parmi ces
associés figurait James Herbert Dolan, un « gros bras et voyou connu
[des services de police] », qui était fiché sur la liste du FBI répertoriant
les principaux criminels de Dallas (Robert M. Barrett, rapport du FBI
du 2 février 1963, NARA#124-90038-10026, p.12 [Stringfellow] ; cf. NARA#124-10212-10012,
p.4 [voyou], NARA#124-10195-10305, p.9 [principaux criminels]). Cf. 14 WH pp.601-02
[Ruby & Dolan]. Robert Barrett, qui recevait les rapports de Stringfellow
au FBI, surveillait étroitement Dolan, l’ami de Ruby ; il participa également
à l’arrestation d’Oswald au cinéma Texas Theater, et avança avoir vu Westbrook,
un officier du DPD, avec le portefeuille d’Oswald sur le site du meurtre [du policier
de Dallas] J.D. Tippit (Dale K. Myers, With Malice : Lee Harvey Oswald
and the Murder of Officer J.D. Tippit [Oak Cliff Press, Milford, MI, 1998],
pp.287-90).
[11]
Ce câble fut envoyé pour information à Washington, qui le reçut trois jours plus
tard (Scott, Deep Politics, p.275 ; Scott, Deep Politics II,
p.80n129 ; Scott, War Conspiracy, p.382).
[12]
Pièce à conviction N°1778 de la Commission Warren, 23 WH p.383. (Les véritables
termes employés par Marina, avant la fausse traduction, étaient relativement anodins :
« Je ne peux pas décrire [l’arme] car pour moi, un fusil ressemble à
tous les autres » (Pièce à conviction N°1778 de la Commission Warren,
23 WH p.383 ; analysé dans Scott, Deep Politics, pp.168-72).
[13]
Stringfellow lui-même était la source d’un autre faux renseignement le 22 novembre
1963, selon lequel Oswald avait avoué les meurtres du Président et de l’officier
Tippit (Dossier du FBI à Dallas DL 89-43-2381C ; Paul L. Hoch, « The
Final Investigation ? The HSCA and Army Intelligence » The
Third Decade, 1, 5 [juillet 1985], p.3).
[14]
9 WH p.106 ; Scott, Deep Politics, pp.275-76 ; Russ Baker, Family of
Secrets, pp.119-22.
[15]
Rodney P. Carlisle et Dominic J. Monetta, Brandy : Our Man in Acapulco
(University of North Texas Press, Denton, TX, 1999), p.128.
[16]
Comité des chefs d’États-majors Interarmées (JCS), « Courses of Action
Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 au Comité des
chefs d’États-majors Interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.12.
Cf. pp.15-16 : « Les États-Unis devraient intervenir à Cuba et
pourraient (a) fabriquer des incidents provocateurs ostensiblement perpétrés par
le régime de Castro pour servir de prétexte à l’invasion […] ».
[17]
Robert Dallek, An Unfinished Life, p.568 ; James A. Nathan, The Cuban
missile crisis revisited, p.283 ; Waldron et Hartmann, Legacy of Secrecy,
p.9.
[18]
Comité des chefs d’États-majors Interarmées (JCS), « Courses of Action
Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 au Comité des chefs
d’États-majors Interarmées, 1er mai 1963, NARA #202-10002-10018, p.12.
[19]
Ibidem, p.20. Je ne vois rien dans ce document indiquant qu’il devait être notifié
au Président que ces « provocations fabriquées » étaient fausses.
Au contraire, le rapport appelait à la « compartimentation des
participants » pour s’assurer que les véritables faits n’auraient jamais
fait surface (« Courses of Action Related to Cuba (Case II) »,
NARA #202-10002-10018, p.19).
[20]
Cité dans Baker, Family of Secrets, p.122. L’un d’entre eux, le détective
du DPD John Adamcik, était membre de l’équipe qui récupéra un drap supposé avoir
contenu le fusil d’Oswald ; et que la Commission Warren utilisa pour lier
Oswald au célèbre Mannlicher Carcano. Plus tard, Adamcik était présent à l’interrogatoire
de Marina [Oswald] mené par Mamantov au sujet du fusil, et il corrobora le compte-rendu
de ce dernier à la Commission Warren. Il existe des raisons de croire que la traduction
du témoignage de Marina par Mamantov fût inexacte (Scott, Deep Politics,
pp.268-70, p.276).
[21]
Voir James Douglass, JFK and the Unspeakable (Orbis Books, Maryknoll,
NY, 2008).
[22]
9/11 Commission Report (disponible en français sous le titre 11-Septembre,
Rapport final de la Commission d’enquête sur les attaques terroristes contre les
États-Unis, [Équateurs, Paris, 2004]), p.259, p.271 ; Lawrence Wright,
The Looming Tower : Al-Qaeda and the Road to 9/11 (Knopf, New York,
2006), pp.352-54 (l’agent du FBI).
[23]
James Bamford, A Pretext for War : 9/11, Iraq, and the Abuse of America’s
Intelligence Agencies (Doubleday, New York, 2004), p.224. Pour un compte-rendu
plus complet sur la rétention d’informations de la CIA avant le 11-Septembre,
voir Kevin Fenton, Disconnecting the Dots ; Rory O’Connor et Ray Nowosielski,
« Insiders Voice Doubts about CIA’s 9/11 Story »,
Salon, 14 octobre 2011.
[24]
Fenton, Disconnecting the Dots, pp.7-12, pp.142-47, etc.
[26]
Fenton, Disconnecting the Dots, p.371, cf. p.95. D’une manière assez différente,
Richard Clarke, coordinateur national du contre-terrorisme à la Maison Blanche
durant le 11-Septembre, a avancé qu’« il y avait eu une décision au
sommet de la CIA ordonnant les [agents concernés] de ne pas partager les informations »
(Rory O’Connor et Ray Nowosielski, « Insiders Voice Doubts about
CIA’s 9/11 Story », Salon, 14 octobre 2011). Voir ici la traduction
en français : « La réaction des initiés et leurs doutes à propos
de la version de la CIA concernant le 11-Septembre. »
[29]
James Bamford, Body of Secrets, p.201. Cf. Fredrik Logevall, Choosing
War : The Lost Chance for Peace and the Escalation of War in Vietnam
(University of California Press, Berkeley, 1999), p.200, citant John Prados, The
Hidden History of the Vietnam War (Ivan R. Dee, Chicago, 1995), p.51.
[30]
Comité des chefs d’États-majors Interarmées (JCS), « Courses of Action
Related to Cuba (Case II) », Rapport du J-5 au Comité des chefs d’États-majors
Interarmées, 1er mai 1963, JCS 2304/189, NARA #202-10002-10018, consultable
ici [ou ici, pp.177-190].
Histoire
de l’État profond aux USA (2/2)
Le
"Projet Jugement dernier" et les événements profonds : JFK, le Watergate,
l’Irangate et le 11-Septembre
par
Peter Dale Scott
Dans
la deuxième partie de son étude sur l'État profond US, Peter Dale Scott revient
sur l'assassinat de Robert Kennedy, le Watergate et l'affaire Iran-Contra. Instrumentalisant
ces événements, le complexe militaro-industriel s'est emparé progressivement du
pouvoir dans un pays désormais placé en état d'urgence permanent. Selon l'historien
canadien, la première revendication d'un mouvement comme Occupy Wall Street devrait
être de réclamer l’abrogation du Patriot Act, qui légalise la résolution de la
crise politique aux États-Unis par des moyens militaires.
Réseau
Voltaire
La
signature du Patriot Act par George W. Bush en 2001. 10 ans plus tard, cette loi
d'exception est toujours en vigueur, prorogée par la signature automatique d'un
"autopen" alors que Obama était en déplacement à l'étranger. Ce texte permet notamment
au gouvernement des États-Unis de détenir sans limite et sans inculpation toute
personne soupçonnée de projet 'terroriste'.
L’accroissement
des pouvoirs répressifs suite aux événements profonds
Tous
les événements profonds évoqués précédemment ont conduit à l’attribution de toujours
plus de pouvoirs répressifs à Washington. Par exemple, il est clair que la Commission
Warren a utilisé l’assassinat de JFK pour accroître la surveillance des citoyens
des États-Unis par la CIA. Comme je l’ai écrit dans mon livre Deep politics,
ceci résultait « des recommandations controversées de la Commission
Warren, imposant que les responsabilités du Secret Service en matière de surveillance
intérieure soient élargies (WR 25-26). Paradoxalement, cette dernière a conclu
qu’Oswald avait agi seul (WR 22) […], mais également que le Secret Service, le
FBI et la CIA devaient coordonner plus étroitement la surveillance des groupes
organisés (WR 463). En particulier, elle a recommandé au Secret Service
de se doter d’une base de données informatisée compatible avec celle déjà élaborée
par la CIA. » [+1]
Ce
schéma se répètera quatre ans plus tard avec l’assassinat de Robert Kennedy [surnommé
RFK, ou Bobby]. Dans les 24 heures entre les tirs frappant Bobby et son décès,
le Congrès adopta dans l’urgence une loi rédigée bien à l’avance (tout comme l’étaient
la Résolution du golfe du Tonkin de 1964 et le Patriot Act de 2001) – une loi
qui élargit de nouveau les pouvoirs secrets conférés au Secret Service au nom
de la protection des candidats à la présidence. [+2]
Il
ne s’agissait pas d’un changement insignifiant ou bénin : de cette loi votée
à la hâte sous Johnson ont découlé quelques-uns des pires excès de l’ère Nixon. [+3]
Ce
changement a également contribué au chaos et aux violences survenues lors de la
Convention démocrate de Chicago en 1968. Des agents de surveillance des Renseignements
militaires, détachés auprès du Secret Service, opéraient à l’intérieur
et à l’extérieur de la salle des congrès. Certains d’entre eux équipèrent les
« voyous de la Legion of Justice, dont la Chicago Red Squad
[qui] brutalisa les groupes anti-guerre locaux ». [+4]
Voilà
comment les nouveaux pouvoirs secrets conférés après l’assassinat de RFK contribuèrent
au catastrophique désordre de la Convention de Chicago, ce qui a véritablement
détruit le vieux Parti Démocrate représentant les syndicats : les trois Présidents
démocrates élus par la suite furent nettement plus conservateurs.
Si
l’on aborde la question du Watergate et de l’Irangate, ces deux événements constituèrent
dans une certaine mesure un recul et non une extension des pouvoirs répressifs
exercés par Richard Nixon et par la Maison Blanche de Reagan. À un niveau superficiel,
cela est vrai : ces deux événements ont entraîné des réformes législatives
qui semblent contredire ma thèse de l’extension de la répression.
Il
faut cependant bien distinguer, d’une part, la phase initiale du Watergate (l’effraction),
et d’autre part les deux années de crise que cet acte malveillant a engendré.
La crise du Watergate a montré un Président contraint à la démission par de nombreuses
forces, impliquant à la fois des libéraux et des conservateurs. Mais les personnages
clés de la première phase du Watergate – Howard Hunt, James W. McCord, G. Gordon
Liddy et leurs alliés cubains – étaient tous très à droite de Nixon et de Kissinger.
Et le résultat final de leurs machinations ne s’est matérialisé que lors de ce
que l’on a appelé le Massacre d’Halloween en 1975, quand Henry Kissinger fut évincé
de son poste de conseiller à la Sécurité nationale, et que le Vice-président Nelson
Rockefeller s’est vu notifier qu’il serait écarté de la candidature républicaine
en 1976. Cet important remaniement a été conçu par deux autres personnages ancrés
très à droite : Donald Rumsfeld et Dick Cheney, qui faisaient alors partie
de la Maison Blanche de Gerald Ford. [+5]
Cette
journée de 1975 a vu la défaite ultime de la faction dite « Rockefeller »
– ou faction libérale – du Parti républicain. Celle-ci fut remplacée par la faction
conservatrice dite « Goldwater-Casey », qui allait bientôt
s’emparer de la candidature présidentielle puis de la fonction suprême pour le
compte de Ronald Reagan. [+6]
Cette révolution de palais peu remarquée, comme d’autres intrigues survenues dans
le milieu des années 1970, a contribué au bouleversement des États-Unis :
ce pays est ainsi passé d’une économie capitaliste du bien-être, réduisant progressivement
les disparités de revenus et de richesse, à une « ploutonomie »
financiarisée où ces tendances ont été inversées. [+7]
À
travers l’Irangate (également appelé l’affaire Iran-Contra), nous constatons de
nouveau une accumulation plus profonde de pouvoirs répressifs sous couvert de
réformes libérales. À cette époque la presse, mais aussi des universitaires –
dont je faisais partie – ont célébré la fin du soutien des contras au Nicaragua,
ainsi que le succès du processus de paix de Contadora. En revanche, il a été généralement
ignoré que, même si le lieutenant-colonel Oliver North avait été écarté du Projet
Jugement dernier, les plans de ce programme préparant la surveillance, les détentions
arbitraires ainsi que la militarisation des États-Unis ont continué à s’étendre
après son départ. [+8]
On
ne remarqua pas non plus le fait que le Congrès des États-Unis, tout en réduisant
son aide à une petite armée narco-financée liée à la CIA, développait alors en
Afghanistan un soutien croissant à une bien plus grande coalition de forces paramilitaires
alliées à l’Agence et financées par la drogue. [+9]
Alors que l’Irangate permit de révéler les 32 millions de dollars que l’Arabie
saoudite avait fourni aux Contras (à la demande pressante du directeur
de la CIA William Casey), rien ne fut révélé concernant les 500 millions de dollars
(voire plus) que les Saoudiens, encore une fois sous l’insistance de Casey, avaient
transmis à la même époque aux moudjahidines afghans. [+10]
En ce sens, le caractère dramatique que prit l’Irangate au Congrès peut être considéré
comme une mise en scène trompeuse, détournant l’attention du public de l’engagement
US beaucoup plus important en Afghanistan – une politique secrète qui a depuis
évolué pour devenir la plus longue guerre de l’Histoire des États-Unis.
Il
nous faut élargir notre vision de l’affaire Iran-Contra pour la concevoir comme
l’affaire Iran-Afghanistan-Contra. Ce faisant, nous devrons admettre qu’au travers
de cet événement profond complexe et mal compris, la CIA a retrouvé en Afghanistan
la capacité paramilitaire que l’amiral Stansfield Turner avait tenté de lui retirer
lorsqu’il était directeur de l’Agence sous Jimmy Carter. En résumé, ce fut une
victoire pour une faction d’individus tels que Richard Blee, protecteur d’al-Mihdhar
et défenseur en 2000 d’un accroissement des activités paramilitaires de la CIA
en Afghanistan. [+11]
Des
recoupements de personnel entre les événements profonds successifs
Je
n’oublierai jamais la une du New York Times du 18 juin 1972, au lendemain de l’effraction
à l’hôtel Watergate. On y voyait les photos des cambrioleurs de cet immeuble,
dont celle de Franck Sturgis (alias « Fiorini »). J’avais
déjà écrit à son sujet environ deux ans plus tôt, dans le manuscrit de mon livre
sur l’assassinat de JFK qui n’est jamais paru, La Conspiration de Dallas
(The Dallas Conspiracy).
Sturgis
n’était pas n’importe qui : ancien employé contractuel de la CIA, il était
également bien introduit dans le milieu des anciens propriétaires de casinos de
La Havane, qui étaient tous liés à la pègre. [+12]
Mes premiers écrits sur l’affaire Kennedy se sont concentrés sur les liens entre
Frank Sturgis et un camp d’entraînement de Cubains anticastristes près de la Nouvelle-Orléans,
pour lequel Oswald avait montré de l’intérêt ; ils portaient aussi sur l’implication
de Sturgis dans des faux récits primaires dépeignant Oswald comme faisant partie
d’une conspiration communiste cubaine. [+13]
En
1963, un certain nombre de Cubains membres de l’armée de Manuel Artime, qui était
soutenue par la CIA en Amérique centrale, aidèrent Sturgis à propager ces récits
primaires. En 1965, la base d’Artime au Costa Rica fut fermée, soi-disant à cause
de son implication dans le trafic de drogue. [14]
Dans les années 1980, certains de ces exilés cubains furent impliqués dans des
activités de soutien des contras au travers du trafic de drogue. [+15]
Le
mentor politique du mouvement MRR (Movimiento de Recuperación Revolucionaria)
de Manuel Artime était Howard Hunt, l’un des organisateurs de l’opération du Watergate ;
en 1972, Artime payera la caution des cambrioleurs cubains du Watergate. Ramón
Milián Rodríguez, un blanchisseur d’argent de la drogue, a affirmé avoir remis
en liquide 200 000 dollars appartenant à Artime à certains des cambrioleurs cubains
du Watergate ; plus tard, Rodríguez dirigea deux entreprises costaricaines
de fruits de mer – Frigorificos et Ocean Hunter – qui blanchissaient l’argent
de la drogue pour soutenir financièrement les Contras. [+16]
Il
a été avancé qu’Howard Hunt et James McCord avaient tous deux été impliqués dans
les plans de Manuel Artime pour envahir Cuba en 1963. [+17]
Je ne crois pas qu’il relève du hasard si Artime, le protégé de Hunt, s’est lancé
dans le trafic de drogue. Comme je l’ai expliqué ailleurs, Hunt gérait une connexion
narcotique aux États-Unis depuis qu’il avait occupé en 1950 le poste de chef d’antenne
de l’OPC (Bureau de Coordination Politique) à Mexico. [+18]
Mais
James McCord, qui sera plus tard le complice d’Howard Hunt et de G. Gordon Liddy
dans la préparation et l’exécution du cambriolage du Watergate, ne s’était pas
seulement distingué par ses activités anticastristes en 1963. Il faisait également
partie du réseau de planification de crise des États-Unis, qui occupera plus tard
une place centrale derrière l’Irangate et le 11-Septembre. McCord était membre
d’une petite unité de réserve de l’US Air Force à Washington, qui était rattachée
au Bureau de Préparation aux Crises (OEP pour Office of Emergency Preparedness).
Cette unité était chargée « de dresser la liste des extrémistes et de
mettre en place des plans d’urgence pour censurer les médias et le courrier postal
aux États-Unis en période de conflit armé ». [+19]
Son unité faisait partie du Programme de sécurisation de l’information en temps
de guerre (WISP pour Wartime Information Security Program) qui avait la responsabilité
d’activer « les plans d’urgence pour imposer la censure de la presse,
des courriers et de toutes les télécommunications (y compris les communications
gouvernementales), ainsi que pour enfermer de façon préventive les civils représentant
des 'risques sécuritaires' en les plaçant dans des 'camps' militaires ». [+20]
En d’autres termes, ce sont ces mêmes plans identifiés dans les années 1980 sous
le nom de Projet Jugement dernier – les plans de la Continuité du gouvernement
(COG pour Continuity of Government) sur lesquels Dick Cheney et Donald Rumsfeld
ont travaillé conjointement pendant les 20 années précédant le 11-Septembre.
Un dénominateur commun aux événements profonds structurels :
le Projet Jugement dernier et la COG
La
participation de James McCord à un système de planification d’urgence chargé des
télécommunications suggère un dénominateur commun derrière pratiquement tous les
événements profonds que nous étudions. Oliver North – qui dans l’organisation
de l’Iran-Contra était l’homme de confiance du tandem Reagan-Bush au sein du Bureau
de Préparation aux Crises (OEP) – a également été impliqué dans ce genre de
planifications ; et il avait accès au réseau national top secret de communication
du Projet Jugement dernier. Le réseau de North, connu sous le nom de Flashboard,
« excluait les autres fonctionnaires dont les points de vue étaient
opposés […] [et] disposait de son propre réseau informatique mondial axé sur l’antiterrorisme,
[…] par lequel ses membres pouvaient communiquer exclusivement entre eux ainsi
qu’avec leurs collaborateurs à l’étranger. » [+21]
Flashboard
a été utilisé par Oliver North et ses supérieurs au cours d’opérations particulièrement
sensibles, qui devaient être dissimulées aux autres éléments – suspicieux ou hostiles
– de l’administration de Washington. Ces opérations incluaient des livraisons
illégales d’armes à l’Iran ainsi que d’autres activités, dont certaines demeurent
inconnues, qui auraient peut-être ciblé la Suède d’Olof Palme. [+22]
Flashboard, le réseau d’urgence des années 1980 aux États-Unis, était entre 1984
et 1986 le nom du réseau opérationnel de crise de la COG [Continuité du gouvernement].
Ce dernier a été secrètement planifié pendant 20 ans par une équipe comprenant
Dick Cheney et Donald Rumsfeld, pour un coût total de plusieurs milliards de dollars.
Le 11-Septembre, ce même réseau a de nouveau été activé par les deux hommes qui
l’avaient planifié depuis tant d’années. [+23]
On
retrouve cependant des traces du Projet Jugement dernier en 1963, lorsque Jack
Crichton, chef de la 488e unité de réserve des Renseignements militaires, y participa
en sa qualité de chef du renseignement pour la Protection civile de Dallas, opérant
depuis le Centre des Opérations d’Urgence souterrain. Comme Russ Baker
le relate, « étant donné qu’il devait permettre d’assurer la 'continuité
du gouvernement' en cas d’attaque, [le centre] avait été entièrement équipé de
matériels de communication ». [+24]
Un discours prononcé lors de l’inauguration du centre en 1961 fournit de plus
amples détails :
« Ce
Centre des Opérations d’Urgence fait partie du Plan national visant à relier les
agences gouvernementales fédérales, provinciales et locales au moyen d’un réseau
de communication, à partir duquel les opérations de sauvetage pourront être dirigées
en cas d’urgence locale ou nationale. Il constitue une partie essentielle du Plan
opérationnel de survie aussi bien au niveau fédéral, provincial que local. » [+25]
Autrement
dit, Jack Crichton, tout comme James McCord, Oliver North, Donald Rumsfeld et
Dick Cheney après lui, faisait également partie de ce qui fut appelé dans les
années 1980 le Projet Jugement dernier. Mais en 1988, l’objectif de ce programme
fut considérablement élargi : il ne s’agissait plus seulement de se préparer
à une attaque nucléaire, mais de planifier la suspension effective de la Constitution
des États-Unis en cas d’urgence nationale de toute forme. [+26]
Ce changement survenu en 1988 a permis la mise en œuvre de la COG le 11 septembre
2001. Jusqu’alors, le Projet Jugement dernier s’était développé au point de devenir
ce que le Washington Post a appelé « un gouvernement de l’ombre qui
a évolué sur la base de 'plans de continuité des opérations' préparés de longue
date ». [+27]
Il
est clair que le Bureau de la Préparation aux Crises (l’OEP, connu entre 1961
et 1968 sous le nom de Bureau pour la Planification d’Urgence) nous apporte un
dénominateur commun pour identifier des personnes clés derrière pratiquement tous
les événements structurels analysés dans cet article. La route sera encore longue
avant de pouvoir établir si l’OEP lui-même (en plus des individus ici mentionnés)
fut à l’origine de l’un de ces événements. Néanmoins, je crois que les réseaux
alternatifs de communication internes à l’OEP (qui seront ensuite intégrés au
Projet 908) ont joué un rôle significatif dans au moins trois événements profonds :
l’assassinat de JFK, l’Irangate et le 11-Septembre.
Ceci
est facilement démontrable dans le cas du 11-Septembre, où il est admis que les
plans de Continuité du gouvernement du Projet Jugement dernier ont été mis en
œuvre par Dick Cheney le 11 septembre 2001, visiblement avant même que le dernier
des quatre avions détournés ne se soit écrasé. [+28]
La Commission d’enquête sur le 11-Septembre a été incapable de retrouver les registres
qui retraçaient les décisions clés prises par Cheney ce jour-là, ce qui suggère
qu’elles ont pu avoir été élaborées sur le « téléphone sécurisé »
situé dans le tunnel menant au bunker présidentiel – avec un tel niveau de classification
que la Commission d’enquête sur le 11-Septembre n’a jamais pu obtenir les enregistrements
téléphoniques. [+29]
Il s’agissait vraisemblablement d’un téléphone du programme de la COG.
On
ne sait pas vraiment si le « téléphone sécurisé » dans le
tunnel de la Maison Blanche appartenait au Secret Service ou si, comme l’on pourrait
s’y attendre, il faisait partie du réseau sécurisé de l’Agence de Communication
de la Maison Blanche (WHCA pour White House Communications Agency). Dans cette
dernière hypothèse, nous aurions un lien frappant entre le 11-Septembre et l’assassinat
de JFK. En effet, sur son site web, la WHCA affirme que l’agence fut « un
élément clé dans la documentation concernant l’assassinat du Président Kennedy. » [+30]
Cependant, il n’est pas évident de comprendre pour qui cette documentation fut
compilée, car la Commission Warren n’a pas pu obtenir l’accès aux registres et
aux transcriptions de la WHCA. [+31]
Le
Secret Service avait installé une radio portative de la WHCA dans le véhicule
de tête du cortège présidentiel. [+32]
Celui-ci utilisait aussi la radio de la police pour rester en contact avec la
voiture-pilote, dans laquelle se trouvait George Lumpkin, le directeur adjoint
du Département de la Police de Dallas (DPD) appartenant à la 488e unité de réserve
des Renseignements militaires. [+33]
Les enregistrements des communications WHCA du convoi n’ont jamais été fournis
à la Commission Warren, ni à la Commission de la Chambre des Représentants sur
les Assassinats [HSCA pour House Select Committee on Assassinations] ou au Comité
d’étude des archives sur les assassinats [ARRB pour Assassination Records Review
Board]. [+34]
Ainsi, nous ne pouvons pas déterminer si ces enregistrements pourraient expliquer
certaines des anomalies constatées sur les deux canaux du Département de la Police
de Dallas. Par exemple, ils auraient pu faire la lumière sur cet appel de source
inconnue enregistré par la police de Dallas. Il signala un suspect ayant exactement
la même taille et le même poids – erronés – que ceux notés dans les dossiers du
FBI et de la CIA concernant Oswald. [+35]
Aujourd’hui
encore, en 2011, nous vivons sous l’état d’urgence proclamé après le 11-Septembre
par le Président Bush. Du moins, certaines dispositions de la COG sont toujours
en vigueur, et elles ont même été renforcées par Bush à travers la Directive présidentielle
51 (PD-51) de mai 2007. Commentant cette PD-51, le Washington Post écrivait à
l'époque :
« Après
les attentats de 2001, Bush nomma environ 100 hauts fonctionnaires civils, dont
Cheney, pour qu’ils se relaient secrètement pendant plusieurs semaines, ou plusieurs
mois, sur des sites de la COG situés en dehors de Washington, afin d’assurer la
survie de la nation. Ils constituent ainsi un gouvernement de l’ombre qui a évolué
sur la base de ‘plans pour la continuité des opérations’ préparés de longue date. » [+36]
Il
est vraisemblable que ce « gouvernement de l’ombre » ait finalisé
des projets de la COG qui étaient prévus depuis longtemps, comme par exemple la
surveillance sans mandat, notamment grâce au Patriot Act. Les dispositions controversées
de cette législation avaient déjà été mises en œuvre par Cheney et par d’autres
fonctionnaires, et ce bien avant que le projet de loi ne soit arrivé au Congrès
le 12 octobre 2001. [+37]
D’autres projets de la COG qui furent mis en œuvre comprenaient la militarisation
de la surveillance intérieure sous la direction du NORTHCOM, ainsi que le projet
du Département de la Sécurité intérieure appelé Endgame – un plan décennal d’extension
des camps de détention pour un coût s’élevant à 400 millions de dollars pour le
seul exercice fiscal 2007. [+38]
Par
conséquent, j’ai une recommandation à faire pour le mouvement Occupy, qui se révolte
légitimement contre les excès ploutocratiques dont Wall Street s’est rendu coupable
ces trois dernières décennies. Cette recommandation consiste à appeler à mettre
fin à l’état d’urgence resté en vigueur depuis 2001. En vertu de celui-ci, depuis
2008, une brigade de combat de l’armée US a été positionnée de manière permanente
aux États-Unis, en partie pour se tenir prête « à contribuer au contrôle
des foules et des troubles sociaux ». [+39]
Les
amoureux de la démocratie doivent tout faire pour éviter que la crise politique
qui se développe actuellement aux États-Unis ne soit résolue par des moyens militaires.
En
conclusion, je dirais que, depuis un demi-siècle, la politique états-unienne a
été contrainte et altérée par la non-résolution de l’assassinat de Kennedy. D’après
un mémo du 25 novembre 1963, rédigé par le Procureur général adjoint Nicholas
Katzenbach, il était alors important de convaincre l’opinion publique qu’« Oswald
était l’assassin » et qu’« il n’avait pas de complices ». [+40]
Évidemment, cette priorité est devenue encore plus importante après que ces propositions
discutables eurent été adoptées à la fois par la Commission Warren, les institutions
états-uniennes et la presse dominante.
Cette
dissimulation de la vérité est depuis restée une priorité bien embarrassante pour
les administrations qui se sont succédé, y compris pour celle qui est en place
actuellement. Par exemple, nous pouvons citer ce fonctionnaire du Département
d’État d’Obama, Todd Leventhal, dont la fonction officielle – jusqu’à une date
récente – était de défendre la thèse du fou solitaire contre les soi-disant « conspirationnistes ». [+41]
Si
Oswald n’était pas un assassin solitaire, alors il ne serait pas surprenant qu’il
existe un lien entre ceux qui ont falsifié les rapports le concernant et ceux
qui ont déformé la politique des États-Unis dans les événements profonds ultérieurs,
à commencer par le Watergate.
Depuis
les événements profonds de 1963, la légitimité du système politique des États-Unis
a été enfermée dans un mensonge, que les événements profonds ultérieurs ont contribué
à protéger. [+42]
[+1]
Peter Dale Scott, Deep Politics and the Death of JFK, p.280.
[+2]
Public Law 90-331 (18 U.S.C. 3056) ; analysé dans Peter Dale Scott, Paul
L. Hoch et Russell Stetler, The Assassinations : Dallas and Beyond
(Random House, New York, 1976), pp.443-46.
[+3]
Les agents des Renseignements militaires étaient détachés auprès du Secret Service
et à l’époque, leur nombre s’agrandissait nettement. Le Washington Star expliqua
plus tard que « la forte montée en puissance de la collecte d’information
[à l’armée] […] n’a commencé qu’après le meurtre par balles du révérend Martin
Luther King » (Washington Star, 6 décembre 1970 ; réimprimé dans
Federal Data Banks Hearings, p.1728).
[+4]
George O’Toole, The Private Sector (Norton, New York, 1978), p.145, cité
dans Scott, Deep Politics and the Death of JFK, pp.278-79.
[+5]
Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.89-91.
[+8]
Peter Dale Scott, « Northwards without North », Social
Justice (été 1989). Réactualisé sous le titre « North, Iran-Contra,
and the Doomsday Project : The Original Congressional Cover Up of Continuity-of-Government
Planning », Asia-Pacific Journal : Japan Focus, 21 février
2011.
[+9]
Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, p.190.
[+10]
Jonathan Marshall, Peter Dale Scott et Jane Hunter, The Iran-Contra Connection,
p.13 (les Contras) ; Richard Coll, Ghost Wars, pp.93-102 (les moudjahidines).
[11]
Steve Coll, Ghost Wars, pp.457-59, pp.534-36.
[+12]
Selon un témoignage de Vernon Walters, le directeur adjoint de la CIA, seuls « Hunt
et McCord avaient été des employés à plein temps de la CIA. Les autres [incluant
Sturgis] étaient des employés contractuels pour des durées variables »
(Auditions sur le Watergate, p.3427). Cf. Marshall, Scott et Hunter, The Iran-Contra
Connection, p.45 (propriétaires de casinos).
[+13]
Peter Dale Scott, « From Dallas to Watergate », Ramparts,
décembre 1973 ; réimprimé dans Peter Dale Scott, Paul L. Hoch et Russell
Stetler, The Assassinations : Dallas and Beyond, p.356, p.363.
[+15]
Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics, pp.25-32, etc.
[+16]
Alexander Cockburn et Jeffrey St. Clair, Whiteout : The CIA, Drugs, and
the Press (Verso, Londres, 1998), pp.308-09 ; Martha Honey, Hostile
Acts : U.S. Policy in Costa Rica in the 1980s (University Press of Florida,
Gainesville, FL, 1994), p.368 (Frigorificos).
[+17]
Tad Szulc, Compulsive Spy : The Strange Career of E. Howard Hunt (Viking,
New York, 1974), pp.96-97.
[+18]
Scott, American War Machine, pp.51-54. Howard Hunt a contribué à mettre
sur pieds ce qui devint la Ligue Anticommuniste Mondiale [WACL pour World
Anti-Communist League] liée au trafic de drogue. La base d’Artime au Costa Rica
était située sur des terres appartenant à des membres de la branche locale de
la WACL (Scott et Marshall, Cocaine Politics, p.87, p.220).
[+19]
Woodward et Bernstein, All the President’s Men (Simon and Schuster, New
York, 1974), p.23.
[+20]
Jim Hougan, Secret Agenda (Random House, New York, 1984), p.16, citant
la Directive 5230.7 du Département de la Défense, 25 juin 1965, amendée le 21
mai 1971.
[+21]
Peter Dale Scott, « North, Iran-Contra, and the Doomsday Project :
The Original Congressional Cover Up of Continuity-of-Government Planning »,
Asia-Pacific Journal : Japan Focus, 21 février 2011. Cf. Peter Dale Scott,
« Northwards Without North : Bush, Counterterrorism, and the
Continuation of Secret Power », Social Justice (San Francisco),
XVI, 2 (été 1989), pp.1-30 ; Peter Dale Scott, « The Terrorism
Task Force », Covert Action Information Bulletin, N°33 (hiver
1990), pp.12-15.
[+22]
Peter Dale Scott et Jonathan Marshall, Cocaine Politics : Drugs, Armies,
and the CIA in Central America (University of California Press, Berkeley,
1998), pp.140-41, p.242 (Iran, etc.) ; Ola Tunander, The Secret War against
Sweden : US and British submarine deception in the 1980s, p.309 (Suède).
[+23]
Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.257-262.
[+25]
« Statement by Col. John W. Mayo, Chairman of City-County Civil Defense
and Disaster Commission at the Dedication of the Emergency Operating Center at
Fair Park », 24 mai 1961, consultable ici.
Quinze centimètres de dossiers administratifs de la Protection civile sont préservés
aux archives municipales de Dallas ; un guide est consultable en ligne. J’espère
qu’un chercheur qui y trouverait de l’intérêt les consultera.
[+26]
Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.257-262.
[+27]
« Bush Changes Continuity Plan », Washington Post, 10 mai
2007.
[+28]
9/11 Report [Rapport final de la Commission sur le 11-Septembre], p.38,
p.326, p.555n9 ; Peter Dale Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial,
pp.307-08.
[+29]
Ibidem, 226-30. Une note de bas de page dans le Rapport final de la Commission
sur le 11-Septembre (p.555n9) déclare : « La crise du 11-Septembre
a mis à l’épreuve les plans ainsi que les capacités du gouvernement des États-Unis
à assurer la continuité du gouvernement constitutionnel et la continuité des opérations
gouvernementales. Nous n’avons pas enquêté sur ce sujet, excepté lorsque cela
fut nécessaire afin de comprendre les activités et les communications des principaux
responsables [aux commandes] lors du 11-Septembre. Le président, le vice-président
et les principaux membres de la Commission furent briefés sur la nature générale
et la mise en œuvre de ces plans de continuité [du gouvernement]. »
Les autres notes de bas de page confirment qu’aucune information venant des dossiers
de la COG n’a été utilisée pour documenter le rapport final. Ces dossiers auraient
pu, au minimum, résoudre le mystère de l’appel téléphonique manquant qui autorisa
la mise en œuvre de la COG et qui, en conséquence, détermina que Bush devait encore
être maintenu à l’écart de Washington. Je suspecte que ces dossiers pourraient
nous en révéler bien plus à ce sujet.
[+30]
« White House Communications Agency », Signal Corps Regimental
History, consultable ici.
[+31]
Grâce au Secret Service, les membres de la Commission Warren étaient au courant
de la présence de la WHCA à Dallas (17 WH p.598, p.619, p.630, etc.).
[+32]
Témoignage du fonctionnaire du Secret Service Winston Lawson, 17 WH p.630 (radio
de la WHCA).
[+33]
Pamela McElwain-Brown, « The Presidential Lincoln Continental SS-100-X »,
Dealey Plaza Echo, Volume 3, N°2, p.23 (radio de la police) ; Scott,
Deep Politics and the Death of JFK, pp.272-75 (Lumpkin).
[+34]
Dans les années 1990, la WHCA fournit au Comité d’étude des archives sur les assassinats
[ARRB pour Assassination Records Review Board] des témoignages concernant les
communications entre Dallas et Washington le 22 novembre [1963] (NARA #172-10001-10002
à NARA #172-10000-10008). L’ARRB tenta également d’obtenir de la WHCA les bandes
originales non altérées de conversations depuis l’Air Force One durant le voyage
retour de Dallas, le 22 novembre 1963. (Des versions montées et condensées de
ces bandes ont été accessibles depuis les années 1970 à la bibliothèque Lyndon
Baines Johnson à Austin, Texas.) Cette tentative fut infructueuse : « Les
demandes écrites et orales du Comité d’études à l’Agence de Communication de la
Maison Blanche n’ont pas porté leur fruits. La WHCA ne fut pas en mesure de produire
une seule archive éclairant la provenance des bandes montées. » Voir
Assassinations Records Review Board : Final Report, chapitre 6, partie 1,
p.116, consultable ici. En novembre 2011, l’Associated Press rapporta que la copie
personnelle des enregistrements de l’Air Force One du général Chester Clifton
était mise en vente, à un prix de départ de 500 000 dollars (AP, 15 novembre 2011,
source).
[+35]
Voir Scott, War Conspiracy (2008), pp.347-48, pp.385-87.
[+36]
« Bush Changes Continuity Plan », Washington Post,
10 mai 2007.
[+37]
Dick Cheney, In My Time : A Personal and Political Memoir (Threshold
Editions, New York, 2011), p.348 : « Afin de renforcer les défenses
du pays après le 11-Septembre, l’une de nos premières mesures fut d’assurer le
vote du Patriot Act, que le Président promulgua le octobre 2001 », consultable
ici ; « Questions and Answers about Beginning of Domestic Spying
Program », consultable ici.
[+38]
Scott, La Route vers le Nouveau Désordre Mondial, pp.323-332 ; Peter
Dale Scott, « La continuité du gouvernement états-unien :
l’état d’urgence supplante-t-il la Constitution ? », www.mondialisation.ca,
6 décembre 2010.
[+39]
« Brigade homeland tours start Oct. 1 », Army Times, 30 septembre
2008. Durant les années 1960, dans le plan d’urgence de l’armée nommé Garden Plot,
il existait jusqu’en 1971 deux brigades (soit 4800 soldats) prêtes à intervenir
pour mater toute rébellion.
[+40]
« Memorandum for Mr. Moyers » du 25 novembre 1963,
FBI 62-109060, Section 18, p.29, consultable ici. Cf. Nicholas Katzenbach, Some
of It Was Fun (W.W. Norton, New York, 2008), pp.131-36.
[+41]
Le titre officiel de Leventhal est « Directeur de l’équipe de contre-désinformation,
Département d’État des États-Unis » (source).
En 2010, le Département d’État « lança une campagne officielle pour
tourner en ridicule les théories du complot. La page web intitulée 'Théories du
complot et désinformation' insiste sur l’idée que seul Lee Harvey Oswald tua John
F. Kennedy, et que le Pentagone n’a pas été frappé par un missile de croisière
le 11-Septembre » Daily Record [Écosse], 2 août 2010, (source).
Ce site est encore consultable ici,
(« Les théories du complot prospèrent dans le royaume du mythe, où l’imagination
débridée est sans limite, où les peurs l’emportent sur les faits, et où les preuves
sont ignorées. ») Le site attaque encore les théories alternatives sur
le 11-Septembre, mais une page concernant l’assassinat de Kennedy a été désactivée.
Cf. Robin Ramsay, « Government vs Conspiracy Theorists : The
official war on 'sick think' », Fortean Times, avril 2010 ;
« The State Department vs 'Sick Think' : The JFK assassination,
9/11 and the Tory MP spiked with LSD » Fortean Times, juillet 2010 ;
William Kelly, « Todd Leventhal : The Minister of Diz at Dealey
Plaza », CTKA, 2010.
[+42]
Au sujet de la sensibilité de Nixon concernant l’assassinat de Kennedy, et comment
cette sensibilité le mena dans certaines des intrigues généralement connues sous
le nom de Watergate, voir par exemple Scott, Hoch et Stetler, The Assassinations,
pp.374-78 ; Peter Dale Scott, Crime and Cover-up (Open Archive Press,
Santa Barbara, CA, 1993), p.33, pp.64-66.