
En
dépit de nombreux témoignages et accusations portées contre
eux, ni le cacique de Petatlán (aujourdhui sous les verrous), ni
les autorités militaires navaient été entendus par
la « justice ».
Le
27 octobre 2010, le Procureur Général1 du District Fédéral
(PGJDF) a annoncé sa décision de classer définitivement laffaire
: Digna Ochoa sest donc officiellement suicidée.
Dans
le cadre de la deuxième visite de la CCIODH au Chiapas et à México,
nous avions rencontré Digna Ochoa. Cétait deux ans avant sa
mort. Malgré les menaces dont elle faisait lobjet, cette femme souriante,
tranquille, déterminée, nous avait fortement impressionnés
par le mélange de compétence et denthousiasme dont elle faisait
preuve.
Ce
« carpetazo », lenterrement du dossier, ne changera rien à
la vérité. Mais ce qui est inquiétant, cest que les
menaces de mort, les enlèvements et les assassinats continuent dêtre
la règle au Mexique. Ces menaces visent toute personne, tout collectif
cherchant à dénoncer ou à sopposer de façon
un tant soit peu conséquente aux pouvoirs en place.
Notamment
à la série de crimes et turpitudes accompagnant la guerre actuelle
contre la paysannerie et les communautés indigènes. Un « conflit
de basse intensité » visant à livrer les campagnes du pays
à l « agro-business » et au développement industriel
(monocultures dexportation -pavot compris, méga-projets énergétiques,
appropriation de la bio-diversité, mines à ciel ouvert, extraction
... dune main doeuvre taillable et corvéable, disponible et
parquée dans de gigantesques et concentrationnaires cités-dortoirs).
Voici
quelques jours, alors quelle sortait dune réunion avec le représentant
au Mexique du commissaire aux droits humains de lONU, Margarita Martínez
Martínez a été enlevée à bord dun gros
4/4, emmenée et « promenée » dans un cimetière
à San Cristóbal de Las Casas, au Chiapas.

Membre
de lassociation « Enlace y Comunicación », Margarita
avait déjà fait lobjet dune séquestration avec
menaces de mort, le 25 février dernier. Suite à lintervention
de la Commission Interaméricaine des Droits Humains, elle bénéficie
dune protection policière. Or, curieusement, le policier chargé
de lescorter sest absenté au moment de lenlèvement.
En la relâchant, les individus ont remis à Margarita un message à
lintention de Diego Cadenas, coordinateur de lONG FrayBa, qui travaille
avec les communautés zapatistes : lui aussi « déstabilise
» létat. Lui aussi se fera descendre.
Le
gouverneur de lEtat du Chiapas, Juan Sabines, appartient au PRD (parti de
la révolution démocratique, adhérent, comme le PRI, de linternationale
socialiste). Le chef du gouvernement du Distrito Federal est lui aussi membre
du PRD. Nous voilà totalement rassurés.
Jean-Pierre
Petit-Gras
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