6
décembre 2011
Austérité en
Europe :
les loups sont dans la bergerie.
Samuel
MOLEAUD
Les
loups sont dans la bergerie. Le casse du siècle par effraction existe,
sous nos yeux, impuni, décomplexé. Il est même encouragé
par les bergers qui renâclent à protéger les enclos et ont
stoppé leur intervention pour nourrir les ovinés les plus fragiles
et fébriles. Pire, ces derniers sont délibérément
jetés en pâture, livrés dans la gueule du loup par des traitres
piètres bergers.
Jai
écrit en septembre 2011 une diatribe dénonçant la mascarade
de la crise qui cache une Offre Publique dAchat de la finance sur les États
européens, un coup dÉtat monumental maquillé par la
peur de lampleur des dettes publiques. Voici en quelques sortes, le second
volet.
1. La crise de la dette est une marque déposée.
Elle
est une appellation dorigine (in)contrôlée qui se nourrit de
la peur quelle voudrait semer.
Traditionnellement, le pouvoir aime
à se prendre pour un berger guidant le « troupeau dérouté
» de citoyens, moutons de panurge apeurés qui convergent vers lobéissance
et consentent à linacceptable. Pour combien de temps encore vont-ils
accepter la lame de fond qui les rend impuissants, cette humiliation quils
vivent en regardant du bout dun écran plat leurs congénères
se faire manger par ces loups ? Combien de gémissements de douleur ou de
rage ravalés au fond des entrailles au lieu de les extirper et les cracher
à la face de toute autorité injuste ? Ce nest pas une invasion
soudaine, les symptômes dun massacre financier étaient visibles
depuis trois, peut-être quatre décennies de grignotages successifs
des enclos du troupeau. Résultat, parce que les bergers ont abandonné
leur programme de lutte contre les prédateurs, la transhumance se termine
chaque année dans des effusions de sang. En résumé, une bande
de prédateurs surpuissants qui sévissent ci et là, dune
manière complètement déraisonnée et manifestement
préméditée, sont en train de faire sauter tous les verrous
des enclos qui les gênent afin de prendre le contrôle total des pâturages.
Par
peur de vaciller face aux clameurs populaires qui commencent à sunir
et muter en actions collectives, les institutions bancaires élaborent leur
plan de contre-attaque. Elles pilonnent de toutes parts tout ce qui peut enfreindre
leur loi inique du profit : institutions publiques, intervention de lÉtat
dans léconomie, existence dun socle juridique, droit social,
droit du travail, santé et systèmes publics de protection sociale,
éducation, sécurité publique, etc., et sont en passe de réaliser
une véritable fusion-acquisition des États-Nations. LEurope
voit la guerre financière quelle menait ailleurs en Amérique
Latine, en Afrique se retourner contre elle, avec la crise de la dette pour choc
de grande ampleur.
En
réponse à une dette qui enfle, le gouvernement choisit de résoudre
la crise de loligarchie par une politique de rigueur, communément
appelée « austérité ».
Mais il faudrait savoir
ce que cest que « laustérité », et à
qui sert-elle. Les politiques de rigueur votées massivement en Europe sont
les plus graves de toute lHistoire des États-Nations, et produisent
un coup dÉtat général qui ne sest jamais produit.
Cest une première et nous sommes tous enrôlés dans une
guerre sans combattre : le salarié contre son chef qui impose productivité
et rentabilité pour son chiffre, le contribuable qui paye les impôts
que les oligarques défiscalisent, le citoyen qui se fourvoie en votant
pour des gouvernants affairistes. Cest la guerre de la finance contre le
droit et lÉtat qui se mondialise. Et le nerf de cette guerre se trouve
dans le concept de la dette publique, ses intérêts et son remboursement.
Le
remboursement de la dette publique est un argument de propagande afin de faire
accepter aux masses la politique de rigueur, un plan dajustement structurel
que les élites imposent arbitrairement aux contribuables, et qui concentre
encore le capital mondial.
Dire quil faut rembourser la dette correspond
à se résigner et accepter lOffre Publique dAchat des
banques sur les institutions publiques, dans la mesure où une large part
de cette dette publique des États est constituée des taux dintérêts
(usure) abusifs, des dettes privées de 2008 des agences de crédit
et des entreprises multinationales qui en plus, pratiquent lévasion
des capitaux vers les paradis fiscaux. La conséquence de cet assaut qui
se déroule sous nos yeux est une nouvelle féodalisation de lEurope,
mais en version bien plus cynique que celle davant 1789.
2.
Une fiscalité injuste qui aggrave la dette publique.
En
plus de la dette publique dite « insoutenable », lÉtat
souffre dun manque à gagner colossal en termes de recettes fiscales.
Parler de la dette, cest aussi évoquer le financement de léconomie
nationale. LÉtat peut se financer avec plusieurs instruments : limpôt,
la création monétaire et lemprunt.
Lannonce
dune hausse des taux dimposition est souvent mal perçue par
la population, surtout lorsquil faut batailler pour conserver son siège
aux prochaines élections. La fiscalité repose sur les ménages
modestes qui, assommés de TVA et dimpôts indirects à
la consommation, voient leurs salaires saspirer littéralement pendant
que les plus hauts revenus sont placés aux Bermudes, en Suisse ou à
Monaco, non-assujettis à limpôt. Un transfert qui créée
un assèchement des recettes fiscales de plusieurs milliards de dollars
par an. Une interdiction des mesures dexonération fiscale pour les
plus riches permettrait à lÉtat de réduire sa dette
publique sans aucune privation de toutes parts, à linstar de ce que
propose le Front de Gauche : taxer à 100% les revenus supérieurs
à 300 000€, par exemple.
Secondement,
la création monétaire reviendrait à desserrer le crédit
pour que la Banque de France injecte de la monnaie dans léconomie,
afin de soutenir la demande en monnaie de transaction (celle que lon utilise
pour consommer). La monnaie nationale se trouve dévaluée, mais en
économie raisonnée, elle permet de relancer la consommation, la
demande et lemploi.
Puisque lÉtat ne bat plus la monnaie
depuis la création de la Banque Centrale Européenne, ce mécanisme
a disparu. Feu limpôt car il prive les modestes ou fâche les
riches, feu la création monétaire car interdite par Bruxelles, il
ne reste à lÉtat que lemprunt
sur les marchés
financiers, à des taux exorbitants !
Le
taux de limpôt sur les sociétés est dégressif,
ce qui fait quune multinationale est taxée à 8% lorsquun
artisan, une SARL ou un individuel sera imposé à hauteur de 30%,
la logique démocratique voudrait que cela soit linverse.
Pire,
les capitaux bruts des grands investisseurs fuient vers les paradis fiscaux. Ainsi,
les contribuables les plus riches reçoivent des sommes à six chiffres
de défiscalisation de leurs revenus de la part du Trésor Public
chaque année, et en parallèle, chaque mesure fiscale des gouvernements
depuis les présidences de F. Mitterrand et suivies, vise à augmenter
la TVA. En vingt ans, ce seraient près de 200 milliards deuros qui
ont indirectement « glissé » du public au privé de cette
manière. De traités en traités, la politique économique
néolibérale de lUE pousse lÉtat à emprunter
des milliards deuros sur les « marchés financiers » pour
financer léconomie nationale. Il comble son manque-à-gagner
par lemprunt bancaire tout en nassurant pas son remboursement auprès
des rentiers, de ceux qui pourraient apporter du capital.
3.
Doù vient la dette publique ?
La
dette augmente lorsque la dépense est supérieure à la recette,
évidemment.
Alors lÉtat réduit sa dépense,
comme sil ne pouvait point augmenter ses recettes nettes en taxant par exemple
les hauts-revenus, les transactions financières (cest-à-dire
porter un coup à la spéculation effrénée et aussi
réinstaurer des droits de douanes abolis par lOMC), en empêchant
lexonération et lévasion fiscale.
Jamais
il ny a eu autant de richesses créées et dargent généré
en France, puisque les taux de croissance restent positifs. Les pays ont une croissance
molle, certes, mais celle-ci fait tout-de-même augmenter chaque année
le PIB de léconomie, et jamais la rémunération du travail
fut aussi basse par rapport à celle du capital. Mais le peuple européen
doit renoncer à ses allocations, ses emplois, ses salaires, sa santé,
son éducation pour faire gagner dix milliards deuros à lÉtat
tandis que les financiers, sur les canots de sauvetage en face du Titanic ébréché,
observent via les grandes banques daffaires, leur pillage du casino royal.
3.1.
Une dette privée transformée en dette publique.
Suite
à la menace de leffondrement imminent du système bancaire
en 2008, les États ont pris en charge les milliards de dettes privées
(ce qui était une socialisation des pertes) en prêtant aux banques
des sommes pharamineuses pour les refinancer, ce à des taux quasiment nuls,
à 2-3%. Cette recapitalisation des banques sest accompagnée
dune explosion comme jamais des dettes publiques européennes, il
est donc aisé de comprendre quen toute logique, les banques auraient
dû rembourser ces États prêteurs après leur crise. Et
bien non, la facture a été délocalisée comme lon
sait sur la population déjà fragilisée par une politique
économique européenne très discriminatoire entre riches et
pauvres. Trois ans après, ces pays prêteurs de la zone euro nen
pouvant plus de crouler sous les dettes, interdits demprunter à la
Banque Centrale Européenne, ont été contraints de recourir
aux marchés financiers pour « éponger » une dette que
les banques daffaires, rappelons-le, avaient indirectement occasionnée.
Dans
le même temps quasiment, ces dernières ainsi que les agences de notation
aux profits galopants, lançaient une dantesque attaque spéculative
sur les monnaies, contribuant à la déstabilisation de leuro,
et aggravant encore un petit peu plus les dettes publiques. Tout dun coup,
un État était décrété non solvable, placé
en défaut de paiement, perdait sa réputation, la fameuse note AAA,
et ne put trouver son bailleur de fonds. Or les traités communautaires
interdisent à un membre de lUnion Européenne demprunter
à la Banque Centrale ou à un autre État membre. Cest
dire à quel point les traités communautaires servent la finance
Lemprunt
national, lachat de bons du Trésor suite à une création
monétaire a disparu des alternatives puisque une banque nationale na
plus la possibilité dinjecter de la monnaie dans son économie.
La « seule alternative » tant prêchée par les gouvernements
serait donc lemprunt auprès des « marchés financiers
» : TINA (There Is No Alternative, vieille ficelle quils reprennent
de Mme. Thatcher). La Grèce, bientôt lEspagne, lItalie
et la France empruntent sur les marchés à des taux odieux de 18%
ou 19% (sils naugmentent pas dici là) pour alléger
leurs prêts massifs non remboursés de 2008-2009 ! Voilà ce
qui aggrave la dette publique : des banquiers non résidents de la zone
euro, se retrouvent détenteurs de la dette dun pays.
3.2.
Une dette à répudier.
La
dette publique nest pas devenue soudainement « insoutenable »,
cest que des créanciers étrangers de la zone euro ont exigé
sans vergogne et sans préavis quils en soient remboursés,
alors quelle se compose indirectement dune part de leur ancienne dette
privée. Les taux dintérêts sur les marchés financiers
sont tellement élevés (lusure), quaprès la souscription
dun prêt, la croissance économique ne rembourse pas la dette,
elle paye lintérêt : le service de la dette. Cest comme
un ruiné qui demanderait un prêt à Cofidis pour payer ses
dettes. Sans argent, il ne pourrait plus régulariser les échéances,
et au bout dun moment, il ferait un second prêt à Sofinco,
pour payer les intérêts du premier prêt de Cofidis, et ainsi
de suite, jusquà sa mise sous les verrous. Sauf quà
la différence dun particulier, un État ne peut pas faire faillite
! Ce que vit lEurope est exactement la situation dans laquelle se trouvent
les pays dAfrique suite à leurs multiples prêts au FMI ou à
la Banque Mondiale : à force demprunter, tout le PIB est presque
destiné à payer les intérêts de la dette, et non la
dette en elle-même.
Face
à ce faux problème,
le gouvernement annonce plans de rigueur
sur plans daustérité, pour « rassurer les marchés
financiers », nous dit-on, alors quà lévidence,
cest pour éviter de se faire renverser par un banquier, à
linstar de la Grèce ou de lItalie. Comme si créer une
récession allait soigner lavidité maladive de la finance.
Comme si abandonner le navire allait le protéger des pillages des pirates.
La dette publique nécessite, si lon sen tient à
des propositions de militants dAttac
ou du Front de Gauche,
un
audit citoyen.
Il serait effectivement important détudier,
puis de voter quelle part du montant incombe aux dettes privées des banques
et doit être répudiée, quels montants doivent être remboursés.
La décision pourrait être celle de nationaliser les banques afin
dabolir les intérêts odieux de ces emprunts, puisquils
sont disproportionnés entre un prêt public et un emprunt bancaire
(de 2% à 20%). Une nationalisation des banques nest même pas
un programme démagogique dextrême-gauche, il permettrait tout
simplement à lÉtat de retrouver une souveraineté économique,
de réduire ses déficits, rendre les services publics fonctionnels.
Le gouvernement français laurait déjà fait sil
voulait vraiment renouer avec la croissance économique.
LÉtat,
ou le collège de citoyens, ou le peuple en assemblée constituante,
pourrait tout aussi bien, avec la légitimité du pouvoir qui lui
serait confiée, décréter quen temps de « crise
», les riches seraient davantage soumis à contribution nationale.
La crise de la dette publique et la politique de rigueur quelle impose est
donc bien le résultat dun choix politique évident, et dune
conséquence économique désastreuse, ceux de la collusion
entre des hommes daffaires en forme de politiciens qui perdent leur «
tapis » au poker face aux banquiers, dans le déni total des populations.
Or si la volonté était vraiment de revenir à une dette publique
de 60% ou 65% du PIB comme le veut lUE, la répudiation de cette dette,
labolition de lusure et la taxation des hauts revenus, ou lexigence
de contreparties sur les prêts accordés aux banques en 2008, auraient
déjà été légiférés depuis longtemps
!
Si
la crise de la dette nétait pas un assaut de la finance, préconiserait-on
les mêmes « remèdes » à tous les peuples ? LEurope
est-elle soudainement si homogène que les textures de ses institutions
(démographie, fonctionnement bureaucratique, système fiscal, murs,
histoire politique et sociale, culture, etc) peuvent supporter les mêmes
traitements : gel des salaires, des prestations sociales, recul de lâge
de départ à la retraite, hausse de la TVA, du pétrole et
des produits de première nécessité, taxes sur le patrimoine
des petits possédants, resserrement du crédit, suppression de postes
de fonction publique, privatisation des établissements scolaires et des
universités, non-remboursement des soins, etc. ?
Évidemment,
non.
Le « traitement daustérité » imposé
du Portugal à la Grèce en passant par la France et lItalie,
est une déclaration de guerre que la presse maquille sous des termes cliniques
ou médicaux. Comme si les gens étaient infectés et quune
injection de néolibéralisme effréné guérirait
le virus de la dette publique. Une petite piqûre, attention ça va
piquer un peu, et hop, la douleur est derrière-vous ! Mais vous navez
plus dÉtat, chère patiente. Prix de la consultation ? Un plan
dajustement structurel, un seul
il vous faudra serrer votre ceinture.
Rajoutez des trous puisque vous vivez à découvert et que vous navez
plus assez de liquidités pour acheter de nouveaux vêtements !
Admettons
quil ny ait pas dautres moyens
que de rembourser la dette
publique aux créanciers. Comment rembourse-t-on une dette sans recette,
sans rentrée dargent ? Un plan daustérité, ou
plus significativement une politique de rigueur, est macro-économiquement
contre-nature pour un PIB.
4.Une
politique de rigueur
pour la vigueur des portefeuilles
financiers
Les
dettes publiques dites « insoutenables » (83% du PIB français,
119% du PIB italien, 140% du PIB grec) seraient dues, si lon écoute
les médias, à un mode de vie excessif des populations.
Voilà
un demi-siècle que les gens vivent devant le miroir de la fausse opulence
alimentée par les entreprises. Du coup, les exploités des classes
moyennes consomment comme leurs patrons et les riches et se ruinent pour vivre
comme eux, ce à cause de la faiblesse des salaires. Et il faudrait croire
que la consommation est issue des allocations données aux prolétaires
et quelle est fautive dun gaspillage dargent public. Il est
vrai que loyers payés et échéances de crédits réglées,
essence et nourriture achetées, services de soins et coûts scolaires
versés, il doit rester à peu près 100€ ou 200€
à un ménage moyen en couple qui gagne un Smic chacun pour payer
ses factures à Suez, Veolia et EDF-Bleu Ciel. Sils soffrent
le 30 de chaque mois un CD, un livre ou une côte de buf pour varier
un peu des pâtes au beurre, il faudrait vraiment quils se serrent
la ceinture ces deux là. Et en plus, ils ont loutrecuidance et le
culot de demander des allocations pour leurs enfants ! Comment peut-on vivre au
dessus de ses moyens à ce point quand on voit tant de pauvres gens comme
Mr Arnault (LVMH) toucher 4 millions deuros, Mr Mestrallet (Suez) 3,3 millions,
et Mr de Margerie (Total) prendre 3 millions en 2010 ?
4.1
La rigueur est une démission de lÉtat.
La
politique daustérité nest pas une solution pour réduire
sa dette publique, mais bien au contraire, elle est la politique du chaos qui
amène lÉtat à sa perte : dabord, une cure daustérité
en macroéconomie, cela nexiste pas. Cette association de termes doit
sûrement provenir de la novlangue libérale qui dépossède
les mots de leur sens pour imposer un nouveau vocabulaire plus propice à
la sujétion des individus. La politique daustérité
désigne une politique économique de rigueur où lÉtat,
en théorie souverain sur sont économie, décide de stopper
ses dépenses publiques, en espérant calmer la crise et renouer avec
la croissance économique par la limitation de lactivité économique.
Le but étant dattendre que celle-ci ne reprenne de plus belle par
linvestissement des entreprises une fois les orages spéculatifs chassés
du ciel.
Largument
toujours scandé pour traiter une crise lorsque les finances paniquent,
est de lancer une politique de rigueur, arguant quune intervention de lÉtat
accroît la dette publique. Cest un non-sens puisquune économie
« déprimée », laissée au ralenti nest pas
un indicateur de croissance économique. En période de crise, les
entreprises ne sont pas enclines à embaucher du personnel, surtout si une
grosse part de la richesse créée repose sur lactivité
de petites et moyennes entreprises, dont les cotisations patronales et sociales,
en France, sont élevées. Elles vont donc réduire leur facteur
travail, faire des compressions de personnel par manque de demande. A cela, sajoute,
si les taux dintérêts ne baissent pas, une préférence
pour le placement sur un « marché » plutôt que linvestissement
(en capital humain notamment). Sur léconomie réelle, cela
se traduit par une explosion du taux de chômage. Cest donc une période
où les chômeurs seront plus demandeurs de prestations sociales que
dhabitude, en attendant de trouver salaire dans une autre entreprise. Lallocation
de ressources, daides sociales aux personnes touchées par la crise
leur permet de continuer, dabord de vivre, puis de consommer sur le marché
des biens et des services.
Ainsi
donc, si lÉtat et sa loi de finance prévoient daugmenter
les dépenses en prestations sociales (Caf, assurance chômage, remboursement
des soins, prise en charge des plus démunis), il récupère
à retardement les bénéfices dune recrudescence de la
demande et de la consommation des ménages. La production des entreprises
étant relancée, celles-ci vont chercher à nouveau à
recruter du personnel. Sauf que la multiplication des créations demplois
et, au cas échéant, la hausse des salaires nets (puisque la croissance
le permet) va provoquer une hausse générale des prix. Voilà
pourquoi les libéraux font de lurticaire devant les politiques keynésiennes
de relance par la demande : le quasi plein-emploi met les salariés et les
travailleurs en position favorable pour négocier les salaires, le temps
de travail, la production. Ils ne sont plus dans le climat austère régit
par la peur du lendemain (à quand le prochain licenciement, la baisse des
salaires, des primes, les inégalités en expansion, etc.), ils peuvent
donc faire parler deux si on ne les écoute pas, et utilisent la grève.
Une hausse du taux dinflation après une hausse des salaires nominaux
(bruts, non déduits de linflation) ne serait pas un problème
si ceux-ci étaient indexés sur linflation au lieu de lêtre
sur la croissance économique, comme le prévoit le drastique plan
de rigueur du gouvernement de F. Fillon.
En
résumé,
un plan de rigueur fige lactivité économique
du pays, il créé une récession afin « déconomiser
». Cest se couper une patte pour tenter de courir plus vite. Mais
lÉtat nest pas un petit porteur de monnaie qui économise,
sa bourse est cossue. Il est ouvert sur une plateforme mondiale où règne
la loi de la jungle, liniquité du profit, du rentable et de la compétitivité.
Une rigueur pratiquée en économie ouverte débouche sur lautodestruction
de lÉtat. Avec le gel des prestations, des salaires jusquen
2016 (et plus si affinités) et lexplosion (prochaine) du taux de
chômage, nombre dentreprises font et feront faillites. Comme lÉtat-Banquier
dira aux pauvres quil est ruiné, tout le PIB allant au remboursement
dune dette publique illégitime, il se dira aussi incompétent
pour gérer les services publics. Alors, il aura les pleins pouvoirs pour
privatiser ouvrir à la concurrence internationale la santé, léducation,
les transports, leau, le gaz, lélectricité, larmée,
le fisc, la fonction publique en général, et tous les secteurs publics.
Exceptée peut-être la police aux frontières (quoique) qui
use du contrôle au faciès, glace de tétanie et expulse chaque
année des dizaines de milliers dindividus doublement paupérisés,
dans leur pays dorigine et en France.
4.2.
LUnion Européenne,
un régime renversé par ses propres
alliés
Comme
une dictature militaire décrète létat durgence
et le maintient pendant trente ou quarante ans jusquà changement
de régime, réprimant les foules par la force et dans le sang, la
dictature économique des marchés financiers impose aux États
privatisés laustère terreur des plans de rigueurs. Cest
une arme de destruction du public pour privatiser les profits en réduisant
toujours plus les coûts de production (salaires, équipements, prestations,
etc.) et en laissant laction publique soccuper de ce qui est trop
cher (renflouements, étanchement des dettes privées).
Désormais,
-et la finance ne prend plus de pincettes-,
les gouvernements sont renversés
en un rien de temps, sans élection, sans motion de censure, sans vote de
confiance, sans passer par les parlements. Quelques élucubrations médiatiques
suffisent. Une poignée dHommes gouverne au nom des banques, attaque
et spécule sur les monnaies, dautres groupes claniques détiennent
les créances sur les devises, et ce sont 1% des riches de la planète
qui placent leurs ouailles au trône des institutions publiques.
Les
Premiers Ministres G. Papandréou, S. Berlusconi en ont fait les frais mi-novembre
2011. Ils ne sont pas vraiment réputés pour leur marxisme, leurs
politiques dobédience libérale durant la crise de 2008 ont
largement parachevé de dynamiter leur popularité, mais ils nont
néanmoins pas été expulsés par la rue, des députés
ou par des citoyens. Novembre 2011 est le mois qui voit trois figures de proue
du royaume bancaire faire rapidement irruption au sommet des institutions, pour
diriger une nouvelle phase du capitalisme, une nouvelle doctrine de choc et toujours
plus virulente :
Mario
Draghi à la tête de la BCE, Loukás Papadímos et Mario
Monti, Premiers Ministres grec et italien. Mario Draghi fut vice-président
de la puissante Goldman Sachs pour lEurope (2002-2005) et gouverneur de
la banque dItalie (2006-2011). Son acolyte Mario Monti est commissaire européen
à la concurrence et consultant pour la même banque en 2005. Il est
aussi membre de la section Europe à la Commission Trilatérale, membre
du groupe Bilderberg et sénateur à vie. Nommé en vitesse
à la succession de S. Berlusconi, il sest lui-même nommé
ministre de léconomie et nest affilié à aucun
parti politique. Faut-il faire confiance à la démocratie pour quil
assume, bien entendu, chaque office en toute autonomie et sans aucune collusion
de lune à lautre ? Permettons-nous den douter !
Novembre
est aussi le mois où la démocratie (comme régime, dans son
sens philosophique et juridique et non dans son sens médiatique) est devenue
un régime obsolète appartenant à lhistoire contemporaine
de lEurope. Cette passation de pouvoirs entre politiciens et banquiers,
véritable putsch des marchés qui réalisent leur assaut final,
signifie deux choses : un État privatisé ne pourra plus avoir linitiative
des politiques économiques à mener, celles-ci seront écrites
ou remodelées à loisir par les acteurs de ces grandes banques comme
Goldman Sachs. En dautres termes, la politique de rigueur est et sera obligatoire
: règle dOr inscrite dans le marbre des Constitutions, elle sera
la seule politique économique et budgétaire structurelle qui soit
autorisée. Et deuxième chose, le tout se fait dans le plus parfait
déni de la démocratie au mépris des populations, dans lombre
des médias et des urnes. Alors, afin de détruire lÉtat
et de grignoter un petit peu plus les institutions publiques, le meilleur moyen
est den prendre le contrôle, comme un terroriste kamikaze détournerait
un avion. Cela passe par la mise en place des politiques de rigueur au niveau
européen.
En
« échange » des prêts consentis, on imagine bien que
les créanciers vont exiger des contreparties à lÉtat,
largent nest pas gratuit. Les banques et institutions financières
(FMI, BCE, Banque Mondiale, etc.) sont des entreprises privées, et nont
quune seule face sur leur prisme, celle qui fait deux des rois, et
engendrer du bénéfice sur largent prêté. Largent
sachète sur un marché à la BCE, et sert à faire
plus dargent avec largent, non des marchandises de qualité
qui nourrissent les âmes. Ainsi, en échange, les institutions financières
vont imposer des plans de privatisation des entreprises publiques, des réformes
de casse du droit du travail, de la couverture sociale : les plans dajustements
structurels. Accroissement de la dette, rigueur, moins dargent, nouveau
prêts, nouvelle dette, deuxième rigueur, abdication du pouvoir et
voilà que se fera la fusion-acquisition du Parlement par une banque daffaire
:
la belle affaire !
Seul
un gouvernement peut avoir le pouvoir et le courage de taper du poing sur la table
pour sortir de ce garrot de la dette en nationalisant les banques pour mettre
un coup darrêt à la guerre, à la spéculation
financière. Les élections prochaines en France nous donnent loccasion
de ne pas applaudir ce gouvernement cyclope, neurasthénique, faisandé
et lugubre.
Presse
et pouvoirs assimilent un crime financier à une pathologie bénigne
guérie à coups de purges, ils font de nos destins un festin, et
répondent aux clameurs par de la peur. Et dans la sueur du labeur, grignotent
ce que lon a du restant de nos heures sans ne jamais battre en retraite.
Quand viendra lheure des heurts, il ne faudra pas venir nous inonder de
pleurs que laudace et la fougue populaire aient mit le feu aux poudres pour
commettre les régicides en face desquels nombre resteront placides. Les
loups sont entrés par effraction,
délogeons-les
de nos enclos !
Samuel
Moleaud.
1er
Décembre 2011.
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