Démocratie 3.0 :
pas bien loin du Reich V.4…


« Demain, des robots patrouilleurs pour seconder les vigiles ». C'est le titre de l'article.  Chouette alors, j'en rêvais et ils l'ont fait, elle est pas belle la vie moderne du début du XXIème siècle ? Tellement chouette qu'un peu d'histoire est nécessaire. Parce que tout est lié, rien n'est anodin, il n'y a pas de fumée de sans feu et les carottes sont (presque) cuites.

La loi sur la rétention de sureté : un signe des temps

La Démocratie dont parlait Kitetoa dans un article récent trouve encore quelques soutiens prêts à la défendre, c'est vrai. Mais la Démocratie c'est aussi (et surtout) un consensus sociétal scellé par des lois (liberticides parfois, si, si). On peut avoir une Démocratie (remarquez le grand « D ») qui exécute des adolescents ou des malades mentaux par exemple. C'est le cas de la plus grande d'entre toutes, les United State of America. Une autre démocratie peut décider de voter une loi de « rétention de sûreté », c'est-à-dire d'allonger au delà de la peine, l'emprisonnement de celui qui aura pourtant payé sa dette en subissant son...emprisonnement. Cette forme de refus de la capacité d'une société d'accepter qu'une fois la peine accomplie, certains individus ne peuvent plus être déclarés de nouveau des citoyens comme les autres et doivent encore être maintenus en détention, sous prétexte qu'on estimerait leur « dangerosité trop élevée » a été appliquée en Allemagne en 1933. La loi sur la Sicherungsverwahnung avait comme objet de lutter contre « les récidivistes dangereux » en vue d'assurer « la sécurisation de la société ». Le chancelier de l'époque l'avait donc signée. Il s'appelait Adolphe Hitler.

En France, en janvier 2008, a été votée la loi sur la rétention de sûreté, la même que celle de l'Allemagne de 1933. Elle s'exprime de la manière suivante : « cette personne peut, à compter du jour où la privation de liberté prend fin, faire l'objet d'une rétention de sûreté lorsqu'elle présente, en raison d'un trouble grave de la personnalité, une particulière dangerosité caractérisée par la probabilité très élevée de commettre à nouveau l'une de ces infractions. »  Les termes sont les mêmes, les raisons invoquées identiques.

 Le rapporteur des lois de l'UMP avait d'ailleurs invoqué, au moment où un débat s'était installé à propos de la loi, que celle-ciexistait en Allemagne. Le Canard enchaîné avait découvert par la suite la signature d'Hitler sur ce texte...

Pas besoin de dictateur pour créer une dictature

Si un faisceau de présomptions est réuni pour nous inciter à la plus grande vigilance vis à vis de l'orientation générale de la société sécuritaire de surveillance dans laquelle nous vivons, soyons honnêtes avec la réalité qui nous entoure : la Démocratie tant aimée n'est plus que l'ombre d'elle-même. Ils s'en trouveront pour venir clamer que « si tu peux toujours dire ce que tu dis sur Reflets, c'est qu'on est en démocratie« , et venir expliquer « qu'on ne peut pas comparer notre société avec celle de 1984 de Georges Orwell, parce que tu comprends, 1984 c'est une dictature, et la notre, ben c'est pas une dictature« .  Non, ami internaute, la société de 1984 n'est pas une dictature : c'est une société de propagande, où le langage est détourné par le biais de la novlang, c'est à dire une langue de bois qui retourne les concepts. Tout le monde est consentant dans 1984. Pour le bien de tous. Dans 1984, Le ministère de la vérité est en fait un ministère de la propagande qui modifie l'histoire pour la faire coller avec les discours du pouvoir en place. Comme un ministère de l'immigration et de l'identité nationale s'est préoccupé de mettre en camps de rétentions des « quotas d'étrangers en situation irrégulière » pour les expulser avec des méthodes que certains n'auraient pas reniées au pays de la Sicherungsverwahnung, quelques années après son application.

Où est l'immigration : la possibilité de mettre en camp et de déporter vers leur pays (supposé) d'origine les indésirables ? Et l'identité nationale : une capacité à brimer et se débarrasser de tout ce qui n'est pas labellisé français ?  Petit retour historique : « les Nazis supprimèrent les libertés individuelles et proclamèrent l'avènement d'une « Communauté du peuple » (Volksgemeinschaft) une société organique qui, en théorie, transcenderait les différences de classe et de religion. »Une forme de super-laïcité coulée dans l'identité nationale. Formidable. Quelle inspiration !

Le fond de l'affaire sur notre époque, définitivement moderne, reste l'acceptation de la part de la population d'une succession de systèmes à la fois répressifs et de contrôle social, sujet que l'auteur a déjà abordé il y a peu à propos du fichage généralisé qui s'opère au niveau européen. Pouvoir exprimer son opinion, son indignation, si ces expressions n'amènent aucuns changements dans le monde réel, ni mouvements concrets qui pourraient déstabiliser le pouvoir en place, n'a pas lieu d'être réprimé dans cette nouvelle société. L'acceptation est le cœur de la démocratie 3.0 qui s'annonce : une nouvelle version de la Démocratie, riche d'innovations, où votre capacité à vous rebeller sera conditionnée à l'aune de votre potentiel de nuisance dans le monde physique et décidée par le système mis en place. Tout ça dans une sensation de sécurité générale complète, dans un monde plutôt tranquille et sans beaucoup de problèmes pour vous. Enfin, si vous n'êtes pas de type méditerranéen ou noir de peau. Et si vous ne bronchez pas trop.

Comment préparer la « démocratie 3.0 » à la 1984 en douceur

Juste pour illustrer le propos, une petite liste des possibilités du pouvoir (quel qu'il soit) mises en place grâce à la LOI DE PRÉVENTION DE LA DÉLINQUANCE (LPD, MARS 2007) (extraits  de « Big Brother Awards, Les surveillants surveillés« , éditions Zones (les commentaires en texte normal sont de l'auteur).

-- Création de fichiers municipaux sur les enfants scolarisés et sur les personnes soignées par des psychiatres dans la commune.

Le pouvoir hitlérien s'est en premier lieu occupé des malades mentaux. Mais bien entendu, nous sommes dans une démocratie, nous ne risquons rien.

-- Possibilité pour la justice d'intervenir avant qu'une infraction soit commise...

La prédiction comme méthode judiciaire.

-- Enregistrement des communications passées par les prisonniers (sauf avec leur avocat).

Le prisonnier n'est plus un citoyen couvert par l'obligation du respect de la vie privée.

-- La provocation à la rébellion (par tout moyen, presse, affiche, cri, etc.) est désormais passible de deux mois de prison et d'une amende de 7 500 euros. Les mêmes règles que pour les délits de presse s'appliquent pour déterminer les responsables (le responsable de la publication d'un site Internet peut donc être inquiété).

Ah ben oui, amis internautes, si pour l'heure le site Reflets.info peut encore dire ce qu'il pense, la loi a déjà prévu de lui faire fermer son bec à un moment ou un autres...si nécessaire.

-- Le maire est chargé de coordonner la politique de prévention de la délinquance impulsée par le préfet. Il peut mobiliser les services du conseil général (travailleurs sociaux), notamment au sein des conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance.

Les travailleurs sociaux (comprenez éducateurs) comme agents de la répression. C'est beau.

-- Les travailleurs sociaux doivent « partager » le secret professionnel, entre eux et avec le maire et le président du conseil général.

Les travailleurs sociaux comme balances des jeunes : efficace dans un système sécuritaire et policier bien que totalement antinomique avec leur mission.

-- Les parents de mineurs délinquants peuvent être condamnés à des stages de responsabilité parentale pour de nombreuses infractions.

Criminaliser la désespérance sociale : formidable pour bien tenir en laisse les plus démunis.

-- Création de fichier automatisé des absences dans l'Éducation nationale, sur la base duquel le maire peut prononcer des sanctions.

Ficher les jeunes pour pouvoir les « suivre » (comprenez pister) par la suite : judicieuse méthode de surveillance sociale généralisée dès le plus jeune âge.

-- Urbanisme sécuritaire : obligation d'une étude de sécurité publique, dont l'avis est déterminant, pour certains types de constructions. Cette étude n'est pas communicable aux « citoyens ».

Ah ben oui, on ruse entre les murs de la cité pour pouvoir tous vous tenir à l'œil, mais on ne vous dit pas comment.

-- Un bail peut désormais être résilié par le bailleur si « le preneur n'use pas de la chose louée en bon père de famille » (sic). Dans la qualification des nuisances au voisinage, le « bruit » devient les « troubles », sans plus de précision, et les propriétaires peuvent et doivent faire cesser les fauteurs de troubles.

Le Maréchal Pétain n'est pas loin, n'est-ce pas ? Dénonce ton voisin qui « trouble » son voisinage, il se fera virer par son proprio.

-- Renforcement du contrôle des gens du voyage.

Ah, les Tziganes, déjà le petit moustachu les avait dans le nez. C'est vrai, ils volent les poules et puis ils arrêtent pas de bouger. Impensable autant de liberté !

-- Les hébergeurs de sites Internet et fournisseurs d'accès doivent participer à la lutte contre la diffusion d'incitation à la violence (disposition visant directement les blogs d'adolescents diffusant des appels à affronter les policiers).

Ah, ah, ah : on y est. La démocratie 3.0 mon grand, c'est quand tu kiffes ta copine sur Facebook, mais si t'essayes de t'en servir pour appeler à la révolte, les FAI sont inclus dans la loi pour devenir tes meilleurs délateurs...

-- Le fait de filmer des violences est un acte de complicité, qui fait encourir la même peine que l'auteur de l'infraction (sauf si on est journaliste ou que l'enregistrement est destiné à servir de preuve en justice). La diffusion de ces images est passible de cinq ans et 75 000 euros.

Attention : le devoir citoyen face à des répressions policières démesurées est désormais passible de prison. On pense aux émeutes de Los Angeles de 1992 : en France, celui qui filmerait le tabassage en règle du black par les flics serait en taule. Appréciez tranquillement la chose.

-- Remise en cause de soixante années de justice des mineurs et des acquis de la Libération : institution de procédures de comparution immédiate pour des enfants, création d'une peine d'initiation au travail dès treize ans.

Les lois de 1945 pour la protection de la jeunesse (issues pour la plupart du conseil de la résistance)  sont explosées : tout un symbole qui disparaît. Mais pas n'importe lequel.

-- Mise en place d'une « police municipale des familles », des jeunes et des personnes fragiles, aussi discriminatoire que la plupart des lois répressives votées au cours de cette législature : ce sont les familles le plus en difficultés sociales et éducatives qui sont visées par les procédures de culpabilisation et de sanction... au nom d'une conception de la « prévention » ainsi résumée : « La meilleure éducation, c'est la sanction. »

Sans commentaire.

-- Création d'un « Conseil pour les droits et devoirs des familles » (sic) présidé par le maire et chargé de l'« accompagnement parental » des familles dont les enfants sont susceptibles de devenir délinquants ; communication au maire, élu politique, d'informations concernant la vie privée des familles ; politisation de l'exploitation du travail social. A été disjointe une disposition qui donnait pouvoir au maire de prononcer des placements en hospitalisation psychiatrique d'office sur simple « avis » d'un médecin, sans que soit exigé un certificat médical (alors que presque partout en Europe cette mesure ne peut être décidée que par un magistrat indépendant des autorités politiques).

Travail-Famille-Patrie. Le tout accompagné par des mesures de surveillance étatique des populations socialement défavorisées et  la simplification de l'enfermement des « fous ». Autant dire, vous ou moi.

-- Création d'une sorte de milice baptisée « service volontaire citoyen de la police nationale ».

La milice, c'est formidable, c'est moderne, c'est efficace : surveillez-vous les uns les autres, nous on compte les points.

 La plat de résistance : la technologie comme couvercle indispensable pour mitonner tout ça

Oui, parce que cet article est le fruit d'une cogitation suite à la lecture d'un article sur les robots intelligents qui vont bientôt patrouiller avec les vigiles. Reflets vous parle depuis ses débuts des technologies de surveillance déjà en place. Bien. Mais dans le même temps la fascination des foules pour les technologies s'est accrue, leur acceptation s'est généralisée. Au point que tout est désormais possible pour les pouvoirs en place. Le rêve d'une société technologique totalitaire n'est pas loin. Pour illustrer ce propos, regardons cette vidéo :

Mais au delà de la prouesse technologique, quelques questions sur les robots militaires (ou robots flics) :

Chers lecteurs, la France voulait apporter « ses compétences en matière de sécurité » à la Tunisie au moment de la révolution, pour aider Ben Ali à mieux contrôler et réprimer sa population, et bien qu'elle elle n'ait pas eu le temps de le faire, il est clairement établi que le laboratoire de la nouvelle « démocratie 3.0 » est l'hexagone. Une démocratie qui emprunte au IIIème Reich, au gouvernement de Vichy et à 1984. Nous voilà prévenus. A nous d'en tenir compte et tenter d'empêcher que l'ensemble du dispositif ne puisse être entièrement activé : la crise actuelle pourrait être un bon prétexte pour le faire, espérons que nous serons encore assez en forme pour dire « stop » à temps...

 

Source


Auteur : Yovan Menkevick - Source : Reflets.info



Auteur : Rickard Falkvinge - Source : Frama Blog


DEMAIN ??? !!!


Rickard Falkvinge né Dick Augustsson Göteborg le 21 janvier 1972 est un entrepreneur suédois en technologies de l'information et de la communication. Il est connu pour être le fondateur du parti pirate suèdois





Do We Really Have To Prepare For The Fourth Box?

Rick Falkvinge - 16 décembre - Site personnel








(Traduction Framalang : Kamui57, Goofy, Phi, Oli44, Salelodenouye, Alexis, Zdeubeu et Don Rico)

Quand je constate que les abominations législatives intitulées SOPAPIPA et NDAA se conforment au DMCA et au Patriot Act aux États-Unis, je prends conscience que le pire scénario possible concernant les libertés individuelles est en passe de se concrétiser.

Les discussions au sein du Parti pirate suédois ont longtemps eu pour sujet ce que nous pouvions faire pour empêcher l'Europe de s'enfoncer dans une sorte de totalitarisme fascisant. Les États-Unis sont déjà perdus, ils s'y enfoncent irrémédiablement. Notre travail consiste à empêcher l'Europe de suivre allègrement le même chemin, pour au contraire se libérer à temps de ses chaînes. C'était déjà perceptible il y a cinq ans, aujourd'hui c'est d'une évidence criante.

Un article difficile à rédiger : Cela m'a pris plus de vingt-quatre heures pour rédiger cet article, après une semaine passée à glandouiller. D'habitude, c'est le genre d'article que je réalise en trente à quarante-cinq minutes dès que je sais quoi raconter. Dans le cas présent, le problème n'était pas de savoir quoi écrire, car il y a beaucoup à dire, mais de savoir jusqu'où aller. Au final, j'ai décidé de livrer le fond de ma pensée sans retenue.

J'utilise dans ce billet une image déjà employée par beaucoup, celle des quatre « boîtes »La liberté se défend avec quatre boîtes : la caisse à savon, l'urne électorale, le tribunal (NdT: jury box, en anglais, soit « le banc des jurés ») et la boîte à munitions. À utiliser dans cet ordre.

Mon blog étant à vocation internationale, je me dois d'expliquer ici le sens de l'expression américaine. Ces « quatre boîtes » ne sont pas évidentes à identifier pour un non-anglophone qui en outre vit hors de la sphère culturelle américaine.

  • La caisse à savon (soap box) : celle sur laquelle on se hisse au coin de la rue pour exposer ses opinions aux passants. Au sens figuré, cela consiste à rallier l'opinion publique à votre cause.
  • L'urne électorale (ballot box) : les élections libres, publiques et démocratiques. Si les lois ne fonctionnent pas, et que les élus ne le comprennent pas, remplacez-les par d'autres.
  • À la barre ou le box des jurés (jury box) : si aucun homme politique ne réagit, ni parmi les élus ni parmi ceux qui sont susceptibles de le devenir, l'avant-dernière ligne de défense est le système judiciaire, capable d'abroger les lois contraires aux droits les plus fondamentaux.
  • La caisse à munitions (ammo box) : lorsque le système est corrompu jusqu'à la moëlle, au point que tout l'establishment agit comme un seul homme, et qu'il n'est pas possible de modifier la loi pour préserver les libertés fondamentales, il ne reste alors plus qu'une possibilité.

Nous en sommes actuellement au stade de la troisième boîte, dont le fond commence à céder. J'essaie de refaire fonctionner la deuxième, de revenir en arrière, du moins en Europe. Mais c'est une immense tâche, même si c'est en théorie possible. Encore pire, les personnes au pouvoir créent un état d'esprit où la recherche des faits et l'éducation sont considérées comme des distractions enfantines.

La législation est devenue anti-scientifique, essentiellement dirigée par quatre groupes de pression dont aucun ne veut voir les faits interférer avec l'idéologie-religion qui les anime. Les principes hérités des Lumières sont progressivement devenus un obstacle. L'information est devenue quelque chose de dangereux, et elle est pourtant diffusée à un rythme jamais vu auparavant. C'est peut-être pour cette même raison qu'elle est considérée comme si dangereuse.

« Prenez garde à celui qui vous refuse l'accès aux informations, car au fond de lui, il ne rêve que devenir votre maître » Le préfet Pravin Lal.

Quatre groupes-clés guident cette évolution. Ils y contribuent chacun à leur manière, mais en les réunissant, les conditions sont rassemblées pour verrouiller la société.

  • Les politiciens techniquement apathiques : des décideurs et des politiciens qui non seulement ne comprennent rien aux implications techniques de leurs décisions et de leurs lois, mais qui sont fiers de ne pas comprendre les infrastructures de la société, comme si ce type d'effort était indigne d'eux. Ils essaient aussi de marquer des points en servant les intérêts des trois autres groupes, et ce par des coups bas qui ridiculisent le peu de leurs collègues qui comprennent les répercussions techniques des propositions étudiées.
  • L'industrie du copyright : une industrie menacée d'obsolescence par le concept même des libertés civiles combinées aux les technologies modernes de l'information. Étant donné que les industriels ne peuvent pas revenir en arrière sur les avancées technologiques, ce sont les libertés qui constituent leur cible.
  • Les profiteurs de la sécurité : une groupe très restreint est en train de réussir un beau coup en supprimant nos libertés civiles, l'une après l'autre. Prenez l'exemple du scanner déshabillant dans les aéroports. Il s'agit du même type de personnes qui provoquent la guerre pour générer du profit, qui pensent « On s'en fiche si quelques centaines de milliers de personnes meurent ». On peut mentionner les noms d'Halliburton et de Blackwater Security, par exemple.
  • La coalition des fondamentalistes anti-liberté : les individus prêts à vous dicter ce que vous devez faire de votre vie sont légion. Peu importe qu'ils veuillent vous priver de vos libertés pour préserver les valeurs du christianisme ou de l'islam, du socialisme ou de quelque autre manuel de prescriptions qui prétend avoir une réponse à tout, ils représentent finalement une seule et même menace. Les pires d'entre eux sont ceux qui prétendent le faire « dans l'intérêt des enfants », comme ECPAT (End Child Prostitution, Child Pornography and Trafficking of children for sexual purposes).

Une fois rassemblés, ils provoquent la conjoncture délétère qui permet de mettre en place des politiques non pas destinées au peuple, mais dirigées contre lui, au nom d'intérêts très particuliers. Les lois ainsi promulguées permettent alors sans problème de nous retirer toutes nos libertés, du droit à la vie privée, à la liberté d'expression (industrie du copyright), à notre liberté de mouvement, et jusqu'au droit même à la vie (les profiteurs de la sécurité). Pour cela, il est nécessaire de créer un environnement qui soit fondamentalement hostile aux enquêtes et aux études indépendantes. Cet environnement est déjà en place (une fois de plus : l'industrie du copyright, le « terrorisme »).

Prenons l'exemple de la criminologie, cette science à moitié politique. Elle est fondée sur les preuves et prédit ce qui arrive selon la façon dont on organise les lois, leur application, et la graduation des peines. Il existe un concept appelé dissuasion marginale affirmant que quand quelqu'un commet un crime, afin d'éviter une escalade de violence, il existe toujours une sanction plus lourde à éviter.

Par exemple, si l'on prévoit la même peine pour un cambriolage ou un meurtre, il serait logique pour un cambrioleur de tuer chacune de ses victimes, puisque cela ne changerait rien pour le criminel en cas d'arrestation. Au contraire, avec un témoin en moins, les risques d'être pris s'en trouveraient réduits. Par conséquent, on applique une peine significativement plus élevée pour un meurtre que pour un vol. Voilà un exemple de dissuasion marginale.

Le 16 décembre, le Sénat des États-Unis a fait fi de toute sagesse de ce type et voté à 86 voix contre 13 que tout un chacun pourrait être emprisonné indéfiniment, ou même exécuté, sans procès ni charges contre lui. 86 contre 13 ! Voilà ce que je j'entends par « les États-Unis sont déjà perdus ». Où en sommes-nous si malgré le grand nombre de citoyens qui s'efforcent de respecter les lois, on peut tout de même les jeter en prison, voire les exécuter ? Lorsqu'on ne passe même plus par la casesimulacre de procès ? J'ai tweeté à ce sujet hier, en faisant déjà allusion à la quatrième boîte.

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De plus, la novlangue a déjà commencé à appliquer cela aux dissidents les plus ordinaires. Les gens qui ne sont pas d'accord avec le gouvernement et l'autorité. La détention sans limite et les exécutions arbitraires s'appliqueront uniquement aux « terroristes », mais en même temps l'on a appelé « terroristes de basse intensité » des manifestants lambda lors d'un rassemblement. Pas la peine d'être un génie pour comprendre vers quoi on se dirige, même si beaucoup de gens, et cela n'a rien de surprenant, se voilent la face et refusent de voir ce qui se passe sous leur nez. Comme je l'évoquais précédemment, les prochaines décennies s'annoncent des plus sombres pour les États-Unis.

Laissez-moi vous montrer la gravité de la situation. Lorsque ce genre de lois seront passées et qu'un certain nombre de gens auront disparu, si des policiers viennent pour arrêter, le réflexe le plus logique sera simplement de les abattre à distance. Rien de pire ne peut vous arriver pour l'avoir fait, et cela augmentera vos chances de rester en vie et en liberté. Et les gens se regrouperont en bandes pour s'entraider dans ce seul but -- très vite. À ce stade, les lois ne seront plus pertinentes (même s'il y avait des simulacres de procès) ; seule la débrouillardise de la rue déterminera votre sort.

En Suède, j'ai assisté à un exemple concret de population qui se voile la face, il y a quelques années, lorsqu'on abolissait le droit à la vie privée au profit de la mise sur écoute. Les autorités allaient pouvoir procéder à des écoutes en nombre, sans mandat, ni avertissement, ni soupçon de délit, rien. Alors que nous organisions des manifestations pour protester et lisions la proposition de loi aux passants, qui correspond mot pour mot à la loi qui a été votée, ils refusaient de nous croire. Ils ont purement et simplement refusé de voir ce qui se passait, ils pensaient que nous l'avions inventée et que c'était trop invraisemblable pour être avéré. Ce fut l'un des moments les plus exaspérants de ma vie politique. J'y reviendrai dans un prochain billet.

Mais cela illustre un autre problème. Les armes qui jouent un rôle prépondérant, et c'est là l'ironie de la situation, ne sont pas celles qui propulsent du plomb, du cuivre ou de l'acier à une vitesse létale, mais les téléphones portables. Si l'on observe les jeunes -- grosso modo la moitié la plus jeune de la population -- lorsqu'ils assistent à un crime, vous constaterez qu'ils sortent tous leurs téléphones portables, mais n'appellent pas la police. Ils sortent leurs téléphones portables pour filmer, l'enregistrement se faisant de préférence ailleurs que sur leur téléphone (qui risque d'être détruit vu sa proximité avec le lieu de l'événement).

Slim Amamou, l'activiste du parti pirate tunisien qui a été secrétaire d'État au sein du gouvernement d'union, a remarqué que sur toutes les photos d'activistes du Printemps arabe figurent d'autres gens qui photographiaient la même scène avec leur téléphone. Ainsi, le carburant de cette révolution ne se résumait pas à une image -- chaque acteur de la révolution diffusait aussi des instructions sur la façon de propager les informations sur d'autres violations du droit.

Il existe une raison pour laquelle la nomenklatura veut à tout prix le contrôle d'Internet. C'est pour cette même raison que nous devons nous battre pour lui.

Je suis convaincu que la démocratie doit être le chemin à suivre, sans condition, tant qu'elle donne un espoir de liberté. Mais, hélas, cette possibilité se referme -- par le biais de nos élus, pour le compte de groupes d'intérêts particuliers. Les profits et le fondamentalisme. Elle n'est pas encore close, mais bien des groupes y œuvrent d'arrache-pied.

Je suis un Européen blanc, d'âge moyen. Un entrepreneur hautement qualifié. Distingué comme l'un des penseurs les plus brillants au monde. Je serre la main des présidents, des membres des gouvernements, et des secrétaires d'État, dans le monde entier. Je n'ai absolument rien à craindre du gouvernement tant que je ne fais pas de vagues. En toute logique, je devrais être l'un des derniers à me rendre compte que l'on peut en arriver là.

Cette considération est moins effrayante si elle est erronée que si elle se vérifie : il est possible que j'aie raison. Peut-être que beaucoup de personnes partagent mes craintes sans les formuler. Si c'est le cas, une grande proportion de la population des pays occidentaux a observé le Printemps arabe et se prépare à devoir probablement faire la même chose de leur vivant.

Certaines personnes pensent que l'Europe en général (et les pays nordiques en particulier) représente un élan d'espoir. J'illustrerai dans des articles à venir comment certains politiciens semblent ne vouloir rien de plus que de marcher dans les pas des États-Unis vers l'obscurité, même si l'Europe peut encore être sauvée. Ici, l'activisme peut avoir un résultat, comme le peut le travail des politiques, en agissant dans la rue. Nous pouvons inverser cette tendance. Nous en sommes capables, et c'est notre devoir.

Je ne souhaite pas que l'on en arrive à la situation que je décris dans cet article. Au contraire. Je jette tous les mauvais sorts du monde à ceux qui ont créé cette situation et me contraignent à voir les choses ainsi. Mais si l'on doit en arriver là après des années de protestation et de dur labeur, alors je m'adapterai. Je me battrai pour la liberté autant que je le peux, et j'aiderai les autres à s'organiser autour de la cause. Je suis passé de la préparation mentale à une réelle préparation à l'effrayante et douloureuse possibilité que la situation puisse devenir vraiment moche.

La photo qui illustre cet article, le pistolet et la cible, n'est pas tirée d'un catalogue comme 99% des photos de ce blog. Cette photo a été prise de mon bureau, à cinquante centimètres de là où je suis assis.

 

Source


Auteur : Rickard Falkvinge - Source : Frama Blog