Hammarskjöld se rendait par avion à Ndola pour des discussions de paix avec les
dirigeants du Katanga, une rencontre que les britanniques avaient contribué à
arranger. Le diplomate Suédois, farouchement indépendant avait, jusque là, mécontenté
presque toutes les grandes puissances du conseil de sécurité par son soutien à
la décolonisation, mais le soutien que lui apportaient les pays en voie de développement
garantissait pratiquement sa réélection au poste de secrétaire général lors du
vote en assemblée générale qui devait se tenir l’année suivante.
Björkdahl travaille pour Sida, l’agence suédoise pour le développement international ;
mais il a enquêté sur son temps libre et son dossier d’enquête ne reflète pas
le point de vue officiel de son gouvernement. Cependant, son rapport fait écho
au septicisme manifesté par les membres Suédois des commissions d’enquête devant
le verdict officiel.
Björkdahl conclut que:
•
L’avion d’Hammarskjöld a très probablement été abattu par un deuxième avion non
identifié.
•
Les actions des officiels Rhodésiens et Britanniques sur place ont retardé la
recherché de l’avion disparu..
•
L’épave avait été découverte et la zone bouclée par les soldats et la police rhodésiennes
longtemps avant l’annonce officielle de sa découverte.
• Le seul
survivant du crash aurait pu être sauvé mais on l’avait laissé mourir dans un
hôpital local mal équipé..
•
Au moment de sa mort, Hammarskjöld soupçonnait les diplomates Britanniques de
soutenir secrètement la rébellion du Katanga et d’avoir fait obstruction
à une démarche pour arranger une trêve.
• Quelques
jour savant sa mort, Hammarskjöld avait autorisé ine offensive sur le Katanga
– sous le nom de code Opération Morthor - - en dépit des réserves du
conseiller juridique de l’ONU, provoquant la colère de la Grande Bretagne et des
Etats Unis.
Les nouvelles preuves les plus convaincantes viennent de témoins qui n’avaient
pas été interrogés auparavant, des charbonniers qui exploitent le bois aux alentours
de Ndola, qui sont aujourd’hui septuagénaires et nonagénaires.
La nuit du crash, Dickson Mbewe, 84 ans aujourd’hui, était assis à
l’extérieur de sa maison dans le quartier de Chifubu à l’ouest de Ndola en compagnie
d’un groupe d’amis.
“Nous
avions vu un avion au-dessus de Chifubu mais nous n’avions pas fait attention
à lui au début, » a-t-l déclaré au Guardian. « Quand nous l’avons vu
une deuxième et une troisième fois, nous avons pensé que cet avion n’avait pas
obtenu la permission de se poser sur l’aéroport. Soudain, nous avons vu un autre
avion approcher à grande vitesse du plus gros avion et ouvrir le feu, ce qui avait l’apparence
d’une lumière vive.
“L’avion
tout en haut a tourné et est parti dans une autre direction. Nous avons senti
le changement dans le bruit du plus gros avion. Il est tombé et a disparu. »
Vers 5h du matin, Mbewe s’était rendu à son four à charbon près du lieu du crash,
où il découvrit des soldats et des policiers qui étaient déjà en train de disperser
des gens. Selon le rapport officiel, l’épave n’avait été découverte qu’à 15h.
“Il
y avait un groupe de soldats blancs transportant un corps, deux par dzevant et
deux par derrière,” a-t-il dit. « J’entendais des gens dire qu’un homme avait
été retrouvé vivant et devait être emmené à l’hôpital. Personne n’a eu la permission
de rester sur place. »
Mbewe n’avait pas partagé ces informations auparavant parce qu’on ne lui a jamais
demandé d ele faire, dit-il. « L’atmosphère n’était pas pacifique, on nous
avait chassés des lieux. J’avais peur d’aller à la police parce qu’elle aurait
pu me mettre en prison. »
Un autre témoin, Custon Chipoya, un charbonnier âgé de 75 ans, prétend lui aussi
avoir vu un deuxième avion dans le ciel cette nuit là. « J’ai vu un avion
tourner, ses feux étaient bien visibles et je pouvais entendre le bruit du moteur, »
dit-il. « Il n’était pas très haut. A mon avis, il était à l’altitude des
avions qui se préparent à atterrir.
“Il est revenu
une deuxième fois, ce qui nous a fait regarder, et la troisième fois, alors qu’il
tournait en direction de l’aéroport, j’ai vu un avion plus petit s’approcher du
plus gros. L’avion plus petit, un avion à réaction de plus petite taille, s’approchait
par l’arrière et avait une lumière vive. Il a alors tiré quelques salves sur le
plus gros avion en contrebas et est reparti dans la direction opposée.
“Le
plus gros avion a pris feu et a commence à exploser, tombant vers nous. Nous pensions
qu’il nous suivait alors qu’il arrachait branches et troncs d’arbres. Nous avons
pensé que c’était la guerre, alors nous nous sommes enfuis. »
Chipoya dit être retourné sur les lieux le lendemain matin vers 6h et avoir trouvé
la zone bouclée par la police et des militaires. Il n’a pas parlé de ce qu’il
avait vu parce que : « Il était impossible de parler avec un agent de
police à ce moment là. Nous avions juste compris que nous devions déguerpir, »
dit-il.
Safeli Mulenga, 83 ans, présent également à Chifubu la nuit du crash, n’a pas
vu de deuxième avion mais a été témoin d’une explosion. « J’ai vu l’avion
tourner deux fois, » dit-il.
“La troisième
fois, le feu est venu de quelque part au-dessus de l’avion, il était très lumineux.
Ce ne pouvait pas être l’avion en train d’exploser parce que le feu arrivait sur
lui, » dit-il.
Il n’y avait pas eu d’appel à témoins après le crash, et le gouvernement federal
ne voulait pas que les gens en parlent, dit-il. « Certains avaient témoigné
sur le crash et ils avaient été emmenés et emprisonnés. »
La nuit du crash, John Ngongo, 75 ans aujourd’hui, était dans la brousse avec
un ami pour apprendre comment on fait du charbon de bois, n’a pas vu de deuxième
avion mais est sûr d’en avoir entendu un, dit-il »
Soudain, nous avons vu un avion qui brûlait sur un côté venir vers nous. Il était
en flammes avant d’avoir percuté les arbres. L’avion n’était pas seul. J’entendais
un autre avion s’éloigner à grande vitesse, mais je ne l’ai pas vu, »
dit-il.
Le seul survivant parmi les 15 personnes à bord du DC6 était Harold Julian, un
sergent Américain affecté à la sécurité d’Hammarskjöld. Le rapport officiel indique
qu’il est mort de ses blessures, mais Mark Lowenthal, un médecin qui avait participé
aux soins prodigués à Julian à Ndola, a déclaré à Björkdahl qu’il aurait pu être
sauvé.
“Je
considère cet épisode comme ayant été un de mes pires échecs professionnels au
cours de ce qui sera une longue carrière, » écrit Lowenthal dans un courriel.
« Je dois en premier lieu demander pourquoi les autorités US n’avaient-elles
pas mis en place leur propre dispositif de recherche et secours ? Pourquoi
n’yai-je pas pensé à l’époque ? Pourquoi n’ai-je pas contacté les autorités
US pour leur dire, ‘Envoyez d’urgence un avion pour évacuer un citoyen des Etats
Unis détaché auprès de l’ONU qui est en train de mourir d’une défaillance rénale ? ‘»
Julian a été laissé à Ndola pendant cinq jours. Avant de mourir, il a dit à la
police qu’il avait vu des lumières dans le ciel et une explosion avant le crash.
Björkdahl soulève aussi des questions sur les raisons pour lesquelles le DC6 avait
dû décrire des cercles autour de Ndola. Le rapport officiel prétend qu’il n’ya
zvait pas d’enregistreur de conversations dans la tour de contrôle en dépit du
fait que ses équipements étaient neufs. Le rapport du contrôle aérien sur le crash
n’avait pas été déposé avant 33 heures après les faits.
Selon les documents sur les événements de la nuit, le haut Commissaire britannique
pour la fédération de Rhodésie et du Nyassaland [actuel Malawi], Cuthbert Alport,
qui se trouvait à l’aéroport cette nuit là, « avait déclaré soudain avoir
entendu qu’ Hammarskjöld avait changé d’avis et avait l’intention de se rendre
ailleurs.De ce fait, le directeur de l’aéroport n’avait pas déclenché d’alerte
d’urgence et tout le monde était simplement allé se coucher. »
Les récits des témoins sur un autre avion concordant avec d’autres récits de personnes
proches du dossier sur la mort d’Hammarskjöld. Deux de ses proches collaborateurs,
Conot Cruise O’Brien et and George Ivan Smith, sont devenus tous deux convaincus
que le secrétaire général a été abattu par des mercenaires au service d’industriels
Européens au Katanga. Ils sont également persuadés que les autorités britanniques
ont participé à étouffer cette attaque. En 1992, ils avaient publié ensemble une
lettre dans le Guardian pour présenter leur théorie. La suspicion sur les intentions
britanniques est un thème récurrent dans la correspondance que Björkdahl a examinée
et qui date des jours qui ont précédé la mort d’Hammarsskjöld.
Formellement,
le Royaume Uni appuyait la mission de l’ONU mais, en privé, le secrétaire général
et ses collaborateurs pensaient que les officiels Britanniques faisaient obstacle
aux démarches de paix, probablement en raison d’intérêts miniers et des sympathies
pour les colonialistes blancs côté katangais.
Le matin du 13 septembre, le chef séparatiste Moise
Tshombe avait signalé sa disponibilité pour une trêve avant de changer
d’avis après avoir rencontré pendant une heure Denzil Dunnet, consul de Grande
Bretagne au Katanga.
Il n’est pas douteux qu’au moment de sa mort, Hammarskjöld qui s’était déjà aliéné
les Soviétiques, les Français et les Belges, avait aussi mis en colère les Américains
et les britanniques avec sa décision de lancer l’opération Morthor contre les
chefs rebelles et les mercenaires au Katanga.
Le secrétaire d’Etat US Dean Rusk avait dit à un des collaborateurs du secrétaire
général que le président Kennedy était “extrêmement contrarié » et menaçait
de retirer son soutien à l’ONU. Le Royaume Uni, avait dit Rusk, était « tout
aussi contrarié. »
Au terme de son enquête, Björkdahl n’a toujours pas de certitude sur qui a tué
Hammarskjöld, mais il est quasiment certain qu’il a été assassiné : « Il
est clair que de nombreuses circonstances pointent vers l’implication possible
de puissances occidentales. Il y avait un mobile – la menace pour les intérêts
occidentaux dans les énormes gisements miniers du Congo. Et c’était l’époque de
la libération de l’Afrique, et on avait des blancs qui tentaient désespérément
de s’accrocher.
« Dag
Hammarskjöld essayait de coller à la charte de l’ONU et aux règles du
droit international. J’ai l’impression d’après ses télégrammes et sa correspondance
privée qu’il était dégoûté par la conduite des grandes puissances. »
Le service historique du ministère britannique des affaires étrangères a refuse
de s’exprimer à ce sujet. Les officiels britanniques considèrent que, si longtemps
après les faits, aucune recherche ne pourrait démontrer de manière concluante
ou réfuter ce qu’ils voient comme des thories de la conspiration qui ont toujours
entouré la mort d’Hammarskjöld.
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