"À l'origine, dans la plupart des sociétés, et notamment les sociétés occidentales, la « droite » est la place de la relation privilégiée avec le Roi.

L'origine du terme remonte aux débats de l'Assemblée Constituante de la monarchie constitutionnelle de 1791.
Lors du vote sur la question du véto royal le 27 août 1789, les députés favorables au maintien d'un pouvoir de blocage du roi, c’est-à-dire d'un contrôle du pouvoir législatif par l'exécutif, donc : les députés favorables au véto, royalistes et conservateurs,
se rangèrent à droite du président de séance, tandis que les députés hostiles... se rangèrent à gauche. La pratique est restée et s'est ensuite largement étendue dans le reste de l'Europe.

Cette répartition s'est généralement conservée, bien que la première assemblée nationale française en ait utilisé une autre : la Gironde, pour en bas, pour les proches du pouvoir et la Montagne, pour en haut, plus loin dans l'hémicycle.

Le fait de devenir ensuite majoritaire pour les opposants d'origine, n'a pas entraîné de permutation des places dans l'Assemblée. La disparition du royalisme, non plus, n'a pas modifié la structuration des places de l'Assemblée.

L'historien Dale van Kley considère que les origines de la Droite seraient beaucoup plus lointaines.
Elles remonteraient au moins à la fondation du parti dévôt, vers 1750, voire... à la ligue ultracatholique et gallicane des guerres de religions du XVIe siècle.
À l'inverse, les origines de la gauche seraient, selon ce même auteur, à chercher dans le jansénisme voire dans le calvinisme." Wikipédia

(Tous les textes de ces pages sont empruntées.)







La Commune par elle-même :




La peine de mort :

Le bataillon du XIè arrondissement est allé rue de la Folie Méricourt, il a réquisitionné la guillotine, il a brisé en morceaux la hideuse machine et aux applaudissement d'une foule immense , il l'a brûlée.
Il l'a brûlée au pied de la statue du défenseur de Sirven et de Callas, de l'apôtre de l'humanité,
du précurseur de la Révolution française, au pied de la statue de Voltaire !

La Colonne Vendôme et le militarisme :

La Commune de Paris considère que la colonne impériale de la place Vendôme est un monument de barbarie, un symbole de force brute et de fausse gloire, une affirmation du militarisme, une négation du droit international, une insulte permanente des vainqueurs aux vaincus, un attentat perpétuel à l'un des trois grand principes de la République : la fraternité !


L'éducation :

Les délégués de la société l'Education nouvelle ont été reçu par les membres de la Commune et ils ont lu une déclaration.

A la commune de Paris,
Considérant la nécessite qu'il y a sous une république à préparer la jeunesse au gouvernement d'elle-même par une éducation républicaine qui est toute à créer.
Considérant que la question de l'éducation, laquelle n'est exclusive d'aucune autre, est la question mère qui embrasse et domine toutes les questions politique et sociales et sans la solution de la quelle il ne sera jamais fait de réformes sérieuses et durables.
Considérant que les maisons d'instruction et d'éducation entretenue par la commune, par le département ou par l'état doivent être ouvertes aux enfants de tous les membres de la collectivité, quelles que soient les croyances intimes de chacun d'eux.
Les soussignés, délégués de la société l'Education nouvelle, demandent d'urgence, au nom de la liberté de conscience, au nom de la justice. Que l'instruction religieuse ou dogmatique soit laissée toute entière à l'initiative et à la direction libre des familles et qu 'elle soit immédiatement et radicalement supprimée pour les deux sexes, dans toutes les écoles, dans tous les établissements dont les frais sont payés par l'impôt.
Que ces maisons d'instruction et d'éducation ne contiennent aux places exposées aux regards des élèves ou du public aucun objet de culte, aucune image religieuse.
Qu'il n'y soit enseigné ou pratiqué, en commun, ni prières, ni dogmes, ni rien de ce qui est réservé à la conscience individuelle.
Qu'on n'y emploie exclusivement que la méthode expérimentale ou scientifique, celle qui part toujours de l'observation des faits, quelle qu'en soit la nature physiques, moraux, intellectuels.
Que toutes les questions du domaine religieux soient complètement supprimées dans tous les examens publics et principalement dans les examens pour brevets de capacité.
Qu'enfin les corporations enseignantes ne puissent plus exister que comme établissements privés ou libres.
La qualité de l'enseignement étant déterminée tout d'abord par l'instruction rationnelle, intégrale qui deviendra le meilleur apprentissage possible de la vie privée, de la vie professionnelle et de la vie politique ou sociale.

La société l'éducation nouvelle émet en outre le voeu que l'instruction soit considérée comme un service public de premier ordre, qu'en conséquence, elle soit gratuite et complète pour tous les enfants des deux sexes à la seule condition du concours pour les spécialités professionnelles.
Enfin, elle demande que l'instruction soit obligatoire en ce sens qu'elle devienne un droit à la portée de tout enfant quelle que soit sa position sociale et un devoir pour les parents ou pour le tuteurs ou pour la société.
Les délégués nommés dans la séance du 26 mars 1871 à l'école Turgot :
Henriette Garoste ; Louise Lafitte ; J. Manier ; J Rama ; Rheims ; Maria Verdure.

J'étais tout particulièrement concernée par la réforme de l'enseignement qu'entreprenait la Commune sur des bases très saines : respecter la conscience de l'enfant, en faire un citoyen responsable, capable d'aimer ses semblables, lui inspirer l'amour de la justice. C'étaient aussi les buts que je m'efforçais d'atteindre dans ma classe depuis de longues années. Je n'ai pas pu faire partie de la commission de l'enseignement, car je me trouvais sur les remparts. Mais Elle faisait beaucoup appel aux facultés visuelles des enfants et refusait les punitions et les récompenses, le sentiment du devoir accompli devant suffire.
Louise Michel - Mémoires



Sur l'organisation de la commune.
Le Manifeste du comité des vingt arrondissements


La commune est la base de tout pour tout état politique...
Elle doit être autonome , c'est à dire : se gouverner et s'administrer elle-même... L'autonomie de la commune garantit au citoyen, la liberté, l'ordre à la cité, et la fédération de toutes les communes augmente par la réciprocité, la force, les débouchés et les ressources de chacune d'elle en la faisant profiter des efforts de toutes.
Elle implique, la liberté la plus complète de parler, d'écrire, de se réunir et de s'associer ; le respect de l'individu et l'inviolabilité de sa pensée, la souveraineté du suffrage universel. Restant toujours maîtresse d'elle-même et pouvant se convoquer et se manifester incessamment. Elle implique encore : le principe de l'élection à tous les fonctionnaires et magistrats, la responsabilité des mandataires et par conséquent leur révocabilité permanente, le mandat impératif, c'est à dire précisant et limitant le pouvoir et la mission du mandataire ...

Citoyens, vous êtes maîtres de vos destinées ; forte de votre appui, la représentation que vous venez d'établir va réparer les désastres causés par le pouvoir déchu. L'industrie compromise, le travail suspendu, les transactions commerciales paralysées vont recevoir une impulsion vigoureuse. Dès aujourd'hui la décision attendue sur les loyers, demain celle sur les échéances.
Tous les services publics rétablis et simplifiés.
La garde nationale, désormais seule force armée de la cité, réorganisée sans délai.
Tels sont nos premiers actes.
Les élus du peuple ne lui demande, pour assurer le triomphe de la République que de les soutenir par votre confiance. Quant à eux , ils feront leur devoir
La Commune de Paris , le 28 mars 1871



Dessin de couverture du livre : Le Cri du Peuple (Tardi Vautrin) Edtion Casterman.



Sur la production de biens pendant la Commune


La commune de Paris décide : Réquisition après inventaire indemnité ultérieure, fixée par des experts, de tous les grands ateliers des monopoleurs, de leurs outils , machines matières premières, agencements locaux, etc.
la cession provisoire de ces ateliers aux associations ouvrières qui en feront la demande, l'adjudication des fournitures de la Commune à ces associations ouvrières, l'ouverture d'un crédit à ces associations.
Les "ateliers du Louvre" qui fabriquaient de l'armement, furent une des réalisations de ces réquisitions.
Les dirigeants du conseil ouvrier, chefs d'ateliers, chefs de bancs, etc. étaient élus par les ouvriers de chaque section et révocable à tous moments.


La vie des Clubs :


Créés avec l'avènement de la République, Ils se multiplièrent sous la Commune. Les églises furent transformées en lieux ouverts à tous et toutes. Il fonctionnaient selon la formule de la démocratie directe : Un président et deux assesseurs élus par séance. Ce sont eux par exemple qui demandèrent la destruction de la colonne Vendome, monument à la gloire du despotisme et de la guerre.
" Il est temps d'en finir avec le vieux monde pourri et corrompu qui vit à nos dépends. Il faut que le travail soit maître ! vainquons et proclamons universellement que celui qui ne produit pas ne doit pas consommer (!!!)
et notre œuvre splendide et grandiose sera reçu comme la délivrance ".
club de la révolution (église St Bernard XVIIIè)

" C'est avilir l'homme et la femme que de s'en servir comme esclaves. Un autre vice de la société actuelle, ce sont les riches, qui ne font que bien boire et bien s'amuser sans prendre aucune peine.
Il faut les extirper, ainsi que les prêtres et les religieuses. Nous ne serons heureux et heureuses que dès que nous n'aurons plus ni patrons, , ni riches ni prêtres ! "
" La plaie sociale qu'il faut d'abord fermer c'est celle des patrons qui exploitent l'ouvrier et s'enrichissent de ses sueurs. Plus de patrons qui considèrent l'ouvrier comme une machine àproduire. Que les travailleurs s'associent entre eux qu'ils mettent leurs labeurs en commun."
club de la délivrance (église de la Trinité)

" Je sui athée, socialiste et révolutionnaire. Athée, parce qu'en fouillant les anales des peuples de l'univers, en considérant les événements contemporains, j'ai constaté que chaque fois qu'on avait eu du sang à verser, une grande iniquité à commettre, on s'était abrité derrière une divinité quelconque".
club des libres penseurs

Ce vertige fratricide qui s'empare de la France, ce combat à mort, c'est l'acte final de l'éternel antagonisme du droit et de la force, du travail et de l'exploitation, du peuple et de ses bourreaux !
Nos ennemis, ce sont les privilégiés de l'ordre social actuel, tous ceux qui ont toujours vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de notre misère. Nous voulons le travail, mais pour en garder le produit. Plus d'exploiteurs, plus de maîtres !
Club de la délivrance : 11 avril 1871




La condition des femmes


Citoyen Maire,

Notre comité voulant prendre sa part de la t âche patriotique, nous demandons : Un pouvoir de requérir immédiatement les maisons abandonnées du XVIIIè arrondissement afin d'y loger les citoyens sans abri et d'y établir les asiles où les enfants seront nourris. Ainsi la République ne sera pas trompée. Que le vin et le charbon laissés dans les caves des maisons abandonnées puissent immédiatement servir aux besoins des malades et des infirmes. L'abolitions complète dans le XVIIIè des pouvoirs religieux et des maisons de prostitution. La fonte des cloches de Montmartre pour les canons.
Comité de vigilance des femmes du XVIIIè dont faisait partie Louise Michel

En matière de séparation de corps, le tribunal pourra allouer à la femme demandant la séparation une pension alimentaire qui lui sera servie jusqu'à ce qu'il en soit décidé autrement par un autre tribunal.

Que la Commune représentante du grand principe proclamant l'anéantissement de tout privilège, de toute inégalité, par la même est engagée à tenir compte des justes réclamations de la population entière, sans distinction de sexe - distinction créée et maintenue par le besoin de l'antagonisme sur lequel repose les privilèges des classes gouvernementales


La Garde Nationale :

Aux Gardes Nationaux du VIè arr.:
Toute armée permanente est destructive des institutions républicaines.
Elle ne peut que conduire le pays tantôt à d'effroyables désastres, tantôt à la gloire militaire s'élevant toujours sur la ruine des libertés et l'oppression des autres Peuples.
Elle sert à écraser le pays d'impôts, à entraver la production en consommant sans produire.
L'armée permanente prend des hommes et rend des esclaves.
La garde Nationale ne peut sans trahir conserver le commandement à des chefs imposés.
Elle doit obéïr qu'aux chefs choisis par elle et constamment révocables.
Eugène Varlin, Henri Verlet, Jules Bergeret, V. Frontier, H. Chouteau, L. Laccord

Sur l'organisation de la Garde Nationale
La République est le seul gouvernement possible, elle ne peut être mise en discussion.
La Garde Nationale a droit absolu de nommer tous ses chefs et de les révoquer dès qu'ils ont perdu la confiance de ceux qui les ont élus, toutefois après une enquête préalablement destinée à sauvegarder les droits de la justice.
La fédération républicaine de la Garde Nationale est organisée ainsi qu'il suit :
- l'assemblée générale des délégués
- le cercle de bataillon
- le conseil de guerre et le comité central *
L'Assemblée générale est formée : D'un délégué élu à cet effet dans chaque compagnie sans distinction de grade. D'un officier par bataillon élu par le corps des officiers. Du chef de chaque bataillon. Ces délégués quels qu'ils soient, sont toujours révocables par ceux qui les ont nommés...,
le Cercle de bataillon est formé de trois délégués par compagnie sans distinction de grade. De l'officier délégué à l'assemblée générale. Du chef de bataillon.
Le conseil de légion est formé : de deux délégués par compagnie sans distinction de grade. Des chefs de bataillon de l'arrondissement.
le comité central est formé de deux délégués par arrondissement, élus sans distinctions de grade par le conseil de légion. D'un chef de bataillon par légion, élus par ses collègues.
Les réunions de l'assemblée générale auront lieu les premiers dimanches du mois, sauf urgence.
Paris le 20 mars 1871




La conscription est abolie !


Aucune force militaire autre que la garde nationale ne pourra être créée ou introduite dans Paris. Tous les citoyens valides font partie de la garde nationale
La Commune de Paris le 29 mars 1871

Le Peuple de Paris aux soldats de Versailles :

FRERES !
L'heure du grand combat des Peuples contre leurs oppresseurs est arrivée !
N'abandonnez pas la cause des travailleurs ; faites comme vos frères du 18 mars !
Unissez-vous au Peuple, dont vous faites partie ! Laissez les aristocrates, les privilégiés, les bourreaux de l'Humanité, se défendre eux-mêmes et le règne de la Justice sera facile à établir.
Quittez vos rangs ! Entrez dans nos demeures, venez à nous au milieu de nos familles. Vous serez accueillis fraternellement et avec joie.
Le Peuple de Paris a confiance en votre patriotisme.
Vive la République Vive la Commune !
2 prairial an 79 la Commune de Paris





Les étrangers peuvent-ils être admis à la Commune ?


Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyens aux étrangers qui la servent. Que cet usage existe depuis longtemps chez les nations voisines .
Considérant que le titre de membre de la commune étant une marque de confiance plus grande encore que le titre de citoyen , comporte implicitement cette dernière qualité.
La commission est d'avis que les étrangers peuvent être admis.
La commission propose l'admission du citoyen Léo Frankel.
Paris le 30 mars 1871
Commentaires : de très nombreux étrangers participèrent à la Commune. Des Belges (dont Léo Frankel), des Polonais (dont Dombrowski qui fut membre de l'Etat major de la Commune), des Garibaldiens, des Russes comme Elisabeth Dmitrieff qui fonda l'union des femmes, etc.





Michel Bakounine :

Je suis un partisan de la Commune de Paris qui, pour avoir été massacrée, étouffée dans le sang par les bourreaux de la réaction monarchique et cléricale, n'en est devenue que plus vivace, plus puissante dans l'imagination et dans le cœur du prolétariat de l'Europe ; j'en suis le partisan surtout parce qu'elle a été la négation audacieuse, bien prononcée de l'Etat.
C'est un fait immense que cette négation de l'Etat se soit manifestée précisément en France, qui a été jusqu'ici par excellence le pays de la centralisation politique et que se soit Paris, la tête et le créateur historique de cette civilisation française qui en ait pris l'initiative...
La Commune de Paris a duré trop peu de temps et elle a été empêchée dans son développement intérieur par la lutte mortelle qu'elle a dû soutenir contre la réaction de Versailles, pour qu'elle ait pu, je ne dis pas même appliquer, mais élaborer théoriquement son programme socialiste. D'ailleurs, il faut le reconnaître, la majorité des membres de la Commune n'étaient pas proprement socialistes et s'ils se sont montrés tels, c'est qu'ils ont été invinciblement poussés par la force irrésistible des choses, par la nature de leur milieu, par les nécessités de leur position et non par leur convictions intimes. Les socialistes, à la tête desquels se place naturellement notre ami Varlin, ne formaient qu'une très infime minorité ; ils n'étaient tout au plus que quatorze ou quinze membres. Le reste était composés de Jacobins... Ces jacobins magnanimes, à la tête desquels se place Delescluze, une grande âme et un grand caractère, veulent le triomphe de la Révolution avant tout ; et comme il n'y a point de révolution sans masses populaires et comme ses masses ont éminemment aujourd'hui l'instinct socialiste, les jacobins de bonne foi se laissant entraîner toujours davantage par la logique du mouvement révolutionnaire finiront par devenir des socialistes malgré eux.

Telle fut précisément la situation des jacobins qui firent partie de la Commune.
Delecluze et bien d'autres avec lui signèrent des programmes et des proclamations dont l'esprit général et les promesses étaient positivement socialistes. Mais comme malgré toute leur bonne volonté, ils étaient des socialistes bien plus entraînés extérieurement qu'intérieurement convaincus, ils ne purent jamais sortir des généralisés, ni prendre une de ces mesures décisives qui rompraient à jamais leur solidarité et tous leurs rapports avec le monde bourgeois. Ce fut un grand malheur pour la Commune et pour eux ; ils en furent paralysés et ils paralysèrent la Commune ; mais on ne peut pas le leur reprocher comme une faute. Les hommes ne se transforment pas d'un jour à l'autre et ne changent ni de nature ni d'habitude à volonté. Ils ont prouvé leur sincérité en se faisant tuer pour le Commune. Qui osera leur demander davantage ?

La situation du petit nombre de socialistes convaincus qui ont fait partie de la Commune de Paris était excessivement difficile. Ne se sentant pas suffisamment soutenus par la grande masse de la population parisienne, l'organisation de l'Association Internationale des Travailleurs (AIT), très imparfaite elle-même, d'ailleurs, n'embrasant à peine que quelques milliers d'individus, ils ont du soutenir une lutte journalière contre la majorité jacobine. Et au milieu de quelles circonstances encore ! Il leur a fallu donner du pain et du travail à quelques centaines de milliers d'ouvriers, les organiser, les armer et surveiller en même temps les menées réactionnaires... Je sais que beaucoup de socialistes, très conséquents dans leur théorie, reprochent à nos amis de Paris de ne s'être pas montrés suffisamment socialiste dans leur pratique révolutionnaire... Je ferais observer aux théoriciens sévères de l'émancipation du prolétariat
qu'ils sont injustes envers nos frères de Paris ; car entre les théories les plus justes et leur mise en pratique, il y a une immense distance qu'on ne franchit pas en quelques jours.

Quiconque a eu le bonheur de connaître Varlin, sait combien, en lui et en ses amis, les convictions socialistes ont été passionnées, réfléchies et profondes. C'étaient des hommes dont le zèle ardent, dévouement et la bonne foi n'ont jamais pu être mis en doute par aucun de ceux qui les ont approchés. Mais précisément parce qu'ils étaient des hommes de bonne foi, ils étaient plein de défiance en eux-mêmes en présence de l'œuvre immense à la quelle ils avaient voué leur pensée et leur vie. Ils se comptaient pour si peu ! Ils avaient d'ailleurs cette conviction, que dans la révolution sociale, diamétralement opposée, dans ceci comme dans tout le reste, à la révolution politique, l'action des individus étaient presque nulle et l'action spontanée des masses devant être tout. Tout ce que les individus peuvent faire c'est de proposer d'éclairer et d'élaborer les idées correspondant à l'instinct populaire et de plus, c'est de contribuer par leurs efforts incessants à l'organisation révolutionnaire de la puissance naturelle des masses mais rien au-delà ; et tout le reste ne doit et ne peut se faire que par le peuple lui-même. Autrement on aboutira à la dictature politique, c'est à dire à la reconstitution de l'Etat, des privilèges, des inégalités, de toutes les oppressions de l'Etat...

Contrairement à cette pensée des communistes autoritaires, selon moi tout à fait erronée, qu'une révolution sociale peut-être décrétée, soit par une dictature, soit par une assemblée constituante issue d'une révolution politique, nos amis socialistes de Paris ont pensé qu'elle ne pouvait être faite ni amenée à son plein développement que par l'action spontanée et continue des masses, des groupes et des associations populaires.
Nos amis de Paris ont eu parfaitement raison !


Michel Bakounine



Karl Marx !!!

lettre à Engels (20 juillet 1870)
Les français ont besoin d'être rossés. Si les prussiens sont victorieux, la centralisation du pouvoir d'Etat sera utile à la centralisation de la classe ouvrière allemande. La prépondérance allemande transférerait, en outre, de France en Allemagne, le centre de gravité du mouvement ouvrier européen et il suffit de comparer le mouvement de 1866 à aujourd'hui dans les deux pays pour voir que la classe ouvrière allemande est supérieure à la classe française sur le plan de la théorie et de l'organisation. La prépondérance, sur le théâtre du monde, de la classe ouvrière allemande sur la française, signifierait du même coup la prépondérance de notre théorie sur celle de Proudhon.
Karl Marx

lettre à Engels (6 septembre 1870)
Aujourd'hui toute la french-branch lève le camp pour Paris pour y commettre des sottises au nom de l'Internationale. Ils veulent renverser le gouvernement provisoire, établir la commune de Paris, nommer Pyat ambassadeur de France à Londres,...
Karl Marx

lettre à Engels (septembre 1870)
" les ouvriers français doivent accomplir leur devoir de citoyens, mais ils ne doivent pas se laisser entraîner par les souvenirs de 1792. Qu'ils profitent de la liberté républicaine pour procéder à leur propre organisation. De leur énergie et de leur sagesse dépend le sort de la république "... " Abstention de l'internationale en France jusqu'à ce que la paix soit faite ".
Karl Marx

lettre à Engels (12 avril 1871)
Première erreur : il eut fallu marcher tout de suite sur Versailles, une fois que Vinoy d'abord puis la fraction réactionnaire de la garde nationale. Deuxième erreur : le comité central résilia ses pouvoirs trop tôt, pour faire place à la Commune. Encore par un souci excessif d'honnêteté ! "

Karl Marx


Courbet :

Une exposition qui s'est tenue au musée d'Orsay, à Paris, au printemps dernier, et deux ouvrages récents, rappellent non seulement l'engagement de Gustave Courbet dans l'expérience de la Commune, il est délégué du VI ème arrondissement , mais surtout les liens étroits que le peintre a entretenu avec Proudhon, et la façon dont sa conception de la peinture s'inscrit directement dans la pensée libertaire de ce dernier.
Comme le souligne Philippe Dagon dans Le Monde (17.03.00), les raisons et l'expression de l'engagement communard de Courbet ne sont pas extérieures aux activités artistiques du peintre, ni, autre forme d'extériorité, décelables dans les thèmes ou la perception anecdotique de ses tableaux.
Courbet, ce grand réaliste, n'est ni un compagnon de route des communards, ni "le" peintre de la Commune. A l'exception de quelques rares croquis privés, Courbet n'a rien dessiné, rien peint "sur" la Commune (barricades, insurgés, etc.).
Le caractère émancipateur de son oeuvre artistique et donc le lien intime que celle-ci entretient avec la Commune de Paris ne résident pas dans les apparences les plus visibles, les plus extérieures et donc les moins picturales de son travail. Ils sont à la fois intérieurs à sa peinture et à sa pratique.

La pratique artistique
Dès les années 1850, Courbet est un peintre célèbre mais qui a toujours prétendu se libérer et libérer l'activité artistique de sa dépendance vis à vis de l'Etat et des soit disant "pouvoirs publics ", de l'hypocrisie, de la servilité, du conformisme et du rôle de laquais que cette dépendance induit inévitablement dans le comportement des artistes comme dans la nature des oeuvres qu'ils produisent. C'est dans des termes sans équivoque qu'il met fin, en 1853, à une entrevue avec le directeur des Beaux arts (sorte de ministre de la culture de l'époque) qui avait demandé à le rencontrer pour, au nom de l'Etat, lui commander un tableau : "Je répondis immédiatement que je ne comprenais absolument rien à tout ce qu'il venait de me dire, d'abord parce qu'il m'affirmait qu'il était un Gouvernement et que je me sentais nullement compris dans ce Gouvernement, que moi aussi j'étais un Gouvernement et que je défiais le sien de faire quoi que ce soit pour le mien que je puisse accepter. Je continuai en lui disant que je considérais son Gouvernement comme un simple particulier, ( ... ) Ce à quoi il me répondit: M. Courbet, vous êtes bien fier !"

A cette affirmation apparemment individuelle (ou individualiste) du temps de l'Empire, succède, pendant la Commune, une affirmation collective au caractère libertaire tout aussi net lorsque, avec d'autres peintres, Courbet invite les artistes à se doter de leur propre "gouvernement et à créer la Fédération des artistes : "Je suis heureux de vous dire que les peintres, à mon instigation, viennent de prendre l'initiative dans cet ordre d'idées [le principe fédératif]. Que tous les corps d'état de la société suivent leur exemple, et à l'avenir aucun gouvernement ne pourra prévaloir sur le nôtre, Les associations s'appartenant et constituées selon leurs intérêts propres seront nos "cantons" à nous, et plus elles se gouverneront elles-mêmes, plus elles allégeront la tâche de la Commune. "

Comme pour la citation précédente, il faudrait s'arrêter sur presque chacun des mots employés. Rappelons que le terme "autogestion", n'existe pas encore et que les libertaires d'alors parlent "d'auto gouvernement" ou plus couramment de se "gouverner soi-même". Il y aurait ainsi beaucoup à dire sur ce texte, au regard des débats actuels sur le municipalisme libertaire (voir La Gryffe n° 16). La Commune, pour Courbet comme pour tous les autres "fédéralistes" ou "proudhoniens" (Varlin, Vallès, Malon, etc.) est un véritable "gouvernement, c'est à dire un pouvoir autonome capable de se fédérer à d'autres communes, d'autres pouvoirs autonomes, à l'infini. Mais cette extension fédérale, par association avec des forces extérieures, suppose impérativement que la commune soit elle, même, à rebours cette fois, une force fédérée, l'expression commune et directe d'une infinité d'autres , "gouvernement", de "corps d'état", "d'associations", enchâssés les uns dans les autres et tout aussi autonomes; s'appartenant dit Courbet, "constituées selon leurs intérêts propres", du plus grand au plus petit, mais de façon égale, dans un rapport d'analogie où, de façon saisissante, à la suite de Proudhon, Courbet peut dire à la fois que le simple particulier, au sens habituel du mot, est un "gouvernement", et que le Gouvernement, au sens étatique du mot, n'est lui-même qu'un "particulier", une force particulière dont la seule "généralité" apparente réside dans sa prétention exorbitante à vouloir se soumettre les autres forces, les autres "particuliers".

Le contenu des activités artistiques
Ce terme de "particulier" est essentiel pour comprendre la façon dont, avec Proudhon, Courbet conçoit la nature de l'activité artistique. Pour Courbet, l'art est un "travail". A l'artiste-prêtre de l'utopie et du romantisme, il oppose "l'ouvrier-artiste". Pour lui l'artiste est un "travailleur".
L'atelier du peintre est un véritable "atelier", cet atelier que Proudhon et les syndicalistes-révolutionnaires opposent au politique, comme alternative à la domination, comme fondement d'une société libre. Deux malentendus sont ici à éviter, deux malentendus auxquels J-H. Rubin n'échappe pas complètement, faute de bien saisir l'originalité des conceptions libertaires de Proudhon.

Le premier porte sur les notions de travail et de "travailleur". En assimilant l'artiste à un "ouvrier", Courbet et Proudhon ne rabattent pas l'activité et la création artistique sur la trivialité et l'aliénation du travail de leur temps (3). C'est au contraire au nom d'une conception d'un travail libéré, d'une activité créatrice libre, qu'art et travail peuvent être assimilés. Pour Proudhon l'homme est travailleur, c'est à dire créateur et poète.
Et c'est en ce sens que l'artiste, bien loin de devoir penser son activité sur le modèle du travail aliéné,
constitue , au contraire lui-même un modèle de son émancipation, une des meilleurs voies possibles de l'activité humaine libre; pour peu que sa pratique artistique assume sa dimension d'activité physique et matérielle, "d'appropriation" particulière (ou singulière) de la nature; ce que Courbet et ses amis peintres appelle le "réalisme.

Et c'est ici qu'il faut éviter un second malentendu.
Si Proudhon et Courbet refusent le travail aliéné du capitalisme industriel naissant, s'ils cherchent autour d'eux dans le monde encore largement artisanal et rural de la France du milieu du XIXème siècle, les forces susceptibles de libérer l'être humain ?, le "travail" dont ils se réclament et dont ils saisissent la possibilité dans toute activité humaine (les "corps d'états de la société" dont parle Courbet en 1871) n'est assimilable ni au passé ni au présent, ni à l'artisanat ni à aucune autre forme do travail existant. Comme le montre très bien Robin dans les textes qu'il cite, mais contrairement à ce qu'il dit lui-même, le " travail " dont l'art et l'atelier de Courbet pourraient être une des expressions possible, est entièrement tourné vers l'avenir, vers des rapports interhumains et avec le monde, inconnus jusqu'ici, qu'il convient d'inventer entièrement, où le travail, assimilable à la création, à l'amour et au désir, est d'abord une force d'émancipation capable de s'approprier et de s'assimiler la nature, donc de se libérer de toute contrainte extérieure, de toute aliénation.

Dernière remarque, à l'intérieur d'une discussion qui exigerait d'être plus approfondie. Le passé n'est évidemment pas absent des perceptions de Proudhon et de Courbet, de l'importance, dans leur pensée, du monde semi rural de la Franche Comté dont ils sont issus tous les deux, avec ses préjugés et ses limites, mais aussi ses forces et ses ouvertures "particulières" dirait Courbet. Mais la courte vue la plus dommageable (et à laquelle Rubin n'échappe pas) serait justement de rabattre sur ce passé ce que la pensée proudhonienne a de plus novatrice: l'affirmation de l'autonomie des êtres, de la multiplicité des forces et des points de vue comme condition d'une recomposition libertaire de la réalité. Lorsque, faisant écho rétrospectivement aux analyses de Deleuze et Guattari, Proudhon proteste contre l'organisation mécanique, pars extra partes, des puissances productives et perceptives, qu'elle soit moderne au ancienne 7, et lorsque de façon concomitante et paradoxale, il se réclame d'une "spécialisation" du travail. Il ne se réfère ni au présent, ni au passé, mais à un possible où, à la suite de Spinoza, de Leibniz et, plus tard, de Nietzsche, l'anarchie des êtres, leur capacité à être tous (dans le vocabulaire de Courbet) des "gouvernements particuliers", des "associations s'appartenant", "constituées selon leurs intérêts propres", pourraient enfin prétendre composer un monde émancipé.
D. C.


La Griffe : 5 rue Sébastien Gryffe 69007 Lyon - France
Notes :
1 Lettre à Bruyas oct 1853
2 Profession de foi pour l'élection à la Commune de Paris - 16 avril 1871
3 Sur cette aliénation, cf. Jacques Rancière, La nuit des prolétaires (Fayard 1981)
4 Système des contradictions Tome II
5 Des forces que le mouvement libertaire ne cessera jamais de réunir dans une multitude de contextes différents, à partir de conditions mulriples, sans rapports avec l'artisanat traditionnel
6 Capitalisme et schizophrénie, L'anti Œdipe (1972)
7 "l'homme ne veut plus que l'on organise, qu'on le mécanise. Sa tendance est à la désorganisation ( ... ), partout où il sent te poids d'un fatalisme ou d'un machinisme. Telle est l'œuvre la fonction de 1a liberté ". De la Justice, tome III, p.422
8 " Par cela même que te travail est divisé, il sa spécialise et se détermine dans chacun des travailleurs. Mais cette spécialité nu détermination ne doit point être considéré, relativement au travail collectif, comme une expression fractionnaire ce serait se placer au point de vue de l'esclavage ( ... ) Qui dit spécialité, dit pointe ou sommité ( ... ) t'ut spécialité dans le travail est un sommet du haut duquel chaque travailleur domine et considéra l'ensemble de l'économie sociale (-). Toute spécialité dans le travail est donc, par la multitude et la variété de, rapports, infinie. " Contradictions, cp. ciL, P. 374.







Aujourd'hui, Paris est libre et s'appartient, et la province est en servage.
Quand la France fédérée pourra comprendre Paris, l'Europe sera sauvée.

Aujourd'hui, j'en appelle aux artistes, j'en appelle à leur intelligence, à leur sentiment, à leur reconnaissance, Paris les a nourris comme une mère et leur a donné leur génie. Les artistes, à cette heure, doivent par tous leurs efforts (c'est une dette d'honneur), concourir à la reconstitution de son état moral et au rétablissement des arts, qui sont sa fortune. Par conséquent, il est de toute urgence de rouvrir les musées et de songer sérieusement à une exposition prochaine ; que chacun, dès à présent se mette à l'oeuvre, et les artistes des nations amies répondront à notre appel.
La revanche est prise, le génie aura son essor; car les vrais Prussiens n'étaient pas ceux qui nous attaquaient d'abord. Ceux-là nous ont servi, en nous faisant mourir de faim physiquement, à reconquérir notre vie morale et à élever tout individu à la dignité humaine.
Ah ! Paris, Paris la grande ville, vient de secouer la poussière de toute féodalité. Les Prussiens les plus cruels, les exploiteurs du pauvre, étaient à Versailles.

Sa révolution est d'autant plus équitable, qu'elle part du peuple.
Ses apôtres sont ouvriers, son Christ a été Proudhon. Depuis dix-huit cents ans, les hommes de coeur mouraient en soupirant; mais la peuple héroïque de Paris vaincra les mistagogues et les tourmenteurs de Versailles, l'homme se gouvernera lui-même, la fédération sera comprise, et Paris aura la plus grande part de gloire que jamais l'histoire ait enregistrée.
Aujourd'hui, je le répète, que chacun se mette à l'oeuvre avec désintéressement: C'est le devoir que nous avons tous vis-à-vis de nos frères soldats, ces héros qui meurent pour nous. Le bon droit est avec eux. Les criminels ont réservé leur courage pour la sainte cause.

Oui, chacun se livrant à son génie sans entrave, Paris doublera son importance, et la ville internationale européenne pourra offrir aux arts, à l'industrie, au commerce, aux transactions de toutes sortes, aux visiteurs de tous pays, un ordre impérissable. Un pari de ses citoyens, qui ne pourra pas être interrompu par les ambitions monstrueuses de prétendants monstrueux.
Notre ère va commencer; coïncidence curieuse ! C'est dimanche prochain le jour de Pâques. Est-ce ce jour-là, que notre résurrection aura lieu !
Adieu le vieux monde et sa diplomatie !


GUSTAVE Courbet









Texte édité par le Journal Officiel de la Commune du 5 avril 1871
Outre G. Courbet, la fédération des artistes de la Commune compta dans ses rangs :
Edouard Manet , J-B Clément , Eugène Pottier ; Daumier ; Corot ; F. Millet ; André Gill ; …











La Culture et l'Education :






La Commune de Paris est conçue par le bourgeois courant, encore traumatisé par cette comète révolutionnaire, comme une simple période de soulèvements inconséquents et de luttes destructrices sans aucune finalité constructive. Pour ce bourgeois moyen la Commune est seulement négative.
Cette vision est explicitée dans la présentation donnée par la presse traditionnelle de l'action des communards en ce qui concerne l'enseignement et la culture ; il s'agit toujours de stigmatiser les fermetures d'écoles et de mettre en avant l'élimination de la colonne Vendôme ou l'incendie des Tuileries.
Pour ceux qui se situent de l'autre côté de la barricade en cette affaire, l'œuvre de la Commune, loin d'être dévastatrice, comporte de nombreux actes positifs, tant sur le plan de l'éducation que sur celui de la culture ; nous tâcherons de les voir à travers l'étude qui suit.
Cependant soutenir la Commune ne veut pas dire être des inconditionnels de cette période et qu'il faut éviter toute critique.

L'originalité de l'esprit révolutionnaire c'est sa capacité critique, l'honnêteté de son analyse doit tendre vers l'objectivité, tout en conservant des options bien précises ; il ne s'agira donc pas ici de manier l'encensoir pour enfumer les côtés faibles de l'action de la Commune de Paris, mais bien de tenter de voir ce qui a été réellement réalisé, dans quelles conditions, et ce qui aurait pu l'être, ou plutôt ce que nous aurions aimé découvrir, cela pourra amener une certaine critique. La critique dans ce cas-là se veut productive, elle permet de souligner des erreurs difficilement appréhendables, surtout par les acteurs de la Commune qui furent pris dans le tourbillon d'un temps qui ne dura finalement que 72 jours, et encore, d'une période de guerre dans laquelle l'acte militaire compte plus que la construction révolutionnaire.
Malgré toutes ces difficultés, la Commune osa entamer un travail en profondeur pour la re-création d'une éducation dans le sens révolutionnaire, de même qu'elle sut au travers des idées exprimées par certains de ses hommes, prendre position face au problème de la culture, de l'artiste et sa place dans une société qui se voudrait égalitaire.

Pour tenter de comprendre ce que fut l'action de la Commune dans le champ de l'enseignement et de la culture, nous verrons ce que furent les idées directrices puis le chemin qu'elles prirent pour entrer dans la phase de réalisation, pour ensuite nous pencher sur le cas de l'absence presque totale des pédagogues dans cette édification et, en conclusion, nous interroger sur la valeur d'exemple de la Commune et ce qu'il est utile d'en retirer comme enseignement positif pour continuer la marche vers la révolution.

 

LES IDEES DE LA COMMUNE SUR L'ENSEIGNEMENT ET LA CULTURE

Dans l'analyse des idées de la Commune sur l'enseignement, ce qui étonne le plus, c'est le fait qu'elles portent surtout sur la structure plus que sur le contenu et à l'inverse, dans la culture, plus sur le fond que sur la structure.
Les trois grands thèmes de la Commune sur l'enseignement, nous les trouverons exposés dans un texte que le groupe l'Education nouvelle, composé d'enseignants et de personnes de bonne volonté se retrouvant dans un lycée de Paris régulièrement, transmit à la Commune.
Ce sera la laïcisation, la gratuité et l'obligation scolaires qui serviront de base à l'action de la Commune dans l'enseignement.

Pour bien comprendre ces trois revendications, il faut noter que l'enseignement en France était alors entièrement aux mains des congrégations religieuses, l'école se comportait comme l'annexe de l'église, même quand elle ne se situait pas dans un des bâtiments de la paroisse; en plus elle était payante pour tous, et donc seulement ouverte à la fréquentation volontaire des élèves; il faut préciser toutefois que les curés avaient institué un système de bourses distribuées par l'évêché, qui leur permettait d'écrémer quelques intelligences brillantes qui surgissaient parfois des milieux pauvres ; les heureux bénéficiaires étaient ainsi récupérés par la religion et intégrés dans le système, la grande masse des malchanceux restait pauvre et ignare. Il faut cependant dire que certains laïques entreprirent d'édifier des écoles non-confessionnelles, mais elles furent rares et vécurent de façon très sporadique.

Par rapport à l'enseignement couramment en honneur sous l'Empire, la position des communards se place donc dans une optique résolument révolutionnaire, il s'agira de tout changer dans la structure éducative.
Il est à souligner aussi que ces grandes options sur l'enseignement portent la marque de la Maçonnerie dont ce fut longtemps le cheval de bataille, ce qui aboutira bien plus tard, en 1905, à la séparation des Eglises et de l'Etat.
La lutte de la Commune pour un enseignement libéré de toutes les contraintes spirituelles représente un des premiers grands coups de boutoir porté contre l'immense puissance de la religion.
Maurice Dommanget donne dans son livre sur " la Commune et l'enseignement " des passages de la requête initiale du groupe Education nouvelle et notamment : " Que l'instruction religieuse... soit immédiatement et radicalement supprimée pour les deux sexes dans toutes les écoles, dans tous les établissements dont les frais sont payés par l'impôt... "
Dans ce même livre, nous trouvons une citation du journal " la Montagne " qui demande l'école laïque et obligatoire avec force : " Envoyez-moi vite à l'école tous les pauvres diables dont le vent fouette les guenilles... "
Le fameux Père Duchêne ne sera pas en reste, il s'attaque d'abord à l'obtention de l'obligation scolaire pour les filles et, pourfendant les curés d'une plume acerbe et gouailleuse, il demande de ne plus permettre que ces " Jean-foutre de calotins.. se foutent des enfants du peuple... font des esclaves... et développent l'humilité au lieu d'exalter la dignité ... "

Comme nous le voyons, les idées exprimées par ces participants à la Commune sont bien arrêtées sur l'usage qu'il faut faire de J'enseignement; avant tout, laïciser l'instruction, la rendre obligatoire et gratuite ; tout cela s'attaque à une comme structure de l'enseignement, et plus précisément de l'enseignement primaire, le secondaire restant très peu abordé par la Commune.
Tout l'effort des 72 jours que durera l'insurrection de Paris, portera sur ces trois grands thèmes qui recevront un début d'application, la première étant, évidemment, la mise à la porte des écoles des calotins, et leur remplacement par des laïques. Notons cependant une autre idée qui n'aura pas le temps de passer à la réalisation, il s'agit de la liaison classe -atelier chère à Proudhon. Elle reflète le fondement de la pensée du grand idéologue libertaire sur l'éducation et elle débouche immédiatement sur l'enseignement professionnel. Un des rédacteurs du " Cri du peuple " de Vallès lancera l'idée en écrivant : " Il est nécessaire que l'enfant passe insensiblement de l'école à l'atelier, devienne en même temps capable de gagner sa vie et apte au travail intellectuel... "

Dans cet ordre d'idée il fut décidé la création d'une école professionnelle de garçons, rue Lhomond. Mais là encore le temps fit défaut à la Commune pour réaliser toutes les aspirations qu'elle portait en elle au travers des individus qui la représentaient. Avant de passer à l'étude des réalisations engendrées par ces grandes directives de la Commune sur l'enseignement, il faut s'attarder un instant sur le côté pédagogique simplement effleuré par la Commune.

Alors que la mise à la porte des calotins remplit de nombreuses pages des quotidiens et la plus large place dans les pensées des participants à la Commune, l'organisation de la transmission du savoir, c'est-à-dire l'acte essentiellement pédagogique, est rarement étudiée, seule l'Education nouvelle donne quelques notations à ce sujet mais toujours dans le contexte de la lutte contre l'esprit religieux.
" Les maisons d'instruction... qu'on y emploie exclusivement la méthode expérimentale on scientifique, celle qui part toujours de l'observation des faits, qu'elle qu'en soit la nature, physiques, moraux, intellectuels... "

Comme exposé de pédagogie c'est assez court, et tous les textes qui veulent traiter de l'enseignement laissent ce côté de la fonction enseignante dans l'ombre ; il faut sans doute rapprocher cela de l'absence quasi totale des spécialistes de l'enseignement comme notamment G. Lefrançais et Louise Michel, instituteurs, entre autres, qui se battirent aux avant-postes et ne purent influer sur les objectifs pédagogiques de la Commune. Nous tenterons d'analyser ce point de vue dans un des chapitres suivants. Pour l'instant il s'agit d'étudier la structure qui permit l'organisation de l'enseignement durant la Commune et de voir plus concrètement quelles réalisations furent acquises.

LES CHEMINS DE LA REALISATION

Lorsque l'on étudie la Commune, ce qui frappe le plus, c'est l'absence de chef suprême, de centralisation partant d'un où plusieurs hommes considérés comme les maîtres du mouvement, rien ; à la place de cette structure habituelle nous trouvons une organisation à base de commissions et de sous-commissions avec en complément l'autonomie des divers arrondissements de Paris. L'éducation sous la Commune sera conçue sur ce schéma, pas d'hommes liges, simplement une commission siégeant à l'Hôtel de ville et comprenant Courbet, Verdure, Miot, Vallès, J.-B. Clément et un délégué à l'enseignement Edouard Vaillant; l'histoire traditionnelle retiendra surtout ce dernier et oubliera quelque peu le travail des commissions, car la réussite d'un travail d'équipe ne correspond pas à l'idéologie bourgeoise courante, surtout si les participants ne sont pas des technocrates bien spécialisés, mais se contentent d'être des hommes de bonne volonté bien lucides.

A côté de la commission officielle de la Commune et du délégué, nous trouvons des sous-commissions et des groupements divers comme l'Education nouvelle qui joua un grand rôle dans la détermination des idées directrices de la Commune. A propos de ces diverses commissions il ne faut pas oublier que les arrondissements sont autonomes et auront des actions et des réactions particulières, parfois originales comme le VIIIè arrondissement qui, sous l'impulsion d'Allix, pour une fois sérieux, entrepris d'organiser les premières cantines scolaires.

La commission de l'enseignement devait permettre de coordonner les diverses actions entreprises par les divers acteurs de la Commune. Les religieux expulsés des classes, il fallut les remplacer, comme en instituant l'école gratuite et obligatoire il fallait s'attendre à un grand besoin de classes supplémentaires ; enfin tous ces problèmes relevaient de la compétence de la commission de l'enseignement, les sous-commissions étaient, elles, spécialisées (celle de l'instruction primaire par exemple).
Les arrondissements, à travers des délégations d'arrondissement, prenaient les mesures propres à leurs besoins particuliers, et à leurs possibilités.
Un tel système a bien fonctionné malgré les difficultés d'ordre pratique, comme le recrutement des maîtres, et le surmenage des participants aux commissions. A ce propos Courbet, dans un texte cité par Dommanget, décrit de façon très plaisante l'énorme travail que fournissaient ces militants :
" Je me lève, je déjeune, je siège et précise douze heures par jour. Je commence à avoir la tête comme une pomme cuite. Malgré tout ce tourment de tête et de compréhension auquel je n'étais pas habitué, le suis dans l'enchantement. "

Tous les responsables, plus ou moins logés à la même enseigne, ne chômeront pas durant ces 72 jours. C'est un point très intéressant que de constater la somme de travail effectif que demanda la Commune à ses participants, et la joie mise par ces révolutionnaires dans des actions qui ne devaient pas toujours être amusantes.

Les réalisations effectives dans les divers arrondissements furent fonction des initiatives des délégations d'arrondissement. Dans le Xle arrondissement 12.000 élèves pauvres sont scolarisés et la laïcisation complètement terminée, dans le XIIIe l'on trouve la fondation d'une bibliothèque communale avec lectures et conférences populaires, dans le IXè une école laïque est inaugurée le 19 mai, tandis que dans le VIIIè arrondissement, sous l'impulsion d'Allix, sont ouvertes trois cantines scolaires pour enfants nécessiteux ; l'obligation scolaire commence à 5 ans et se termine à 12 ans, et les écoles principales sont pourvues en maîtres laies.
Parfois, en plus d'une action spécifique concernant la laïcisation, la délégation communale, sous l'influence de ses membres, apporte un éclairage original sur l'œuvre entreprise, c'est le cas de celle du IIe arrondissement qui comptait Eugène Pottier parmi ses militants. Il écrivit pour préciser le but poursuivi : " Que chaque enfant, de l'un ou l'autre sexe, ayant parcouru le cercle de ses études primaires puisse sortir de l'école-atelier possédant les éléments sérieux d'une ou deux professions manuelles : voilà notre but. " Ce qui dénote une forte influence proudhonienne chez son auteur.

Dans le IIIè arrondissement, sous la gestion de Bibal, la gratuité des fournitures fut assurée à trois mille enfants, et il fut créé un orphelinat pour les enfants des gardes nationaux morts en combattant ; cet orphelinat a ceci d'original qu'il devait recevoir aussi des externes pour éviter de couper les enfants du reste de la société.
Il est bien évident que l'on peut citer longuement toutes les réalisations menées à terme ou mises en route comme l'école professionnelle de la rue Lhomond précédemment citée. Et il ne faut pas oublier que tout cela fonctionna durant tout le temps de la Commune, et que l'action éducative de la Commune ne se termina que les derniers jours de la lutte; il est très important de souligner cette volonté de construction effective chez les communards.
Ces hommes qui furent des combattants et se voulurent réalisateurs tentèrent aussi de reconstruire, pour le plus grand bien du peuple, la culture au travers d'une réforme des arts, il est important d'aborder ce plan, car il montre bien l'esprit radicalement révolutionnaire des protagonistes de la Commune.

La Fédération artistique se voulut originale et communaliste, elle tenta sous l'égide de Courbet et de Pottier de réunir tous les artistes autour d'une charte commune :
- La libre expansion de l'art dégagé de toute tutelle gouvernementale et de tous privilège ;
- L'égalité des droits entre tous les membres dé la Fédération
- L'indépendance et la dignité de chaque artiste mises sous la sauvegarde de tous par la création d'un comité élu au suffrage universel des artistes. "

Les artistes furent nombreux à adhérer à cette charte qui semble exprimer toute la liberté dont a besoin l'artiste pour produire son oeuvre. La lutte contre toute contrainte est bien dans la ligne des deux animateurs principaux de cette Fédération, ils tenteront de réaliser leur but en supprimant les crédits de certaines écoles d'art et en proclamant une autre fois : " En deux mots la Commune doit à l'élève l'outillage, l'artiste doit son oeuvre ". Toute l'aide possible devait être apportée à l'artiste, mais sans qu'il lui soit demandé d'autre allégeance que de donner son oeuvre à la Commune, juste contrepartie de sa totale liberté de travail.
Corollairement à cette action en faveur des artistes contemporains, Courbet s'occupa des musées et des oeuvres d'art en général. Il lui fut reproché le démantèlement de la colonne Vendôme, mais il n'y fut apparemment pour rien et cette anecdote ne fut utile qu'aux Versaillais qui devaient justifier la prétendue " barbarie " des communards, cela ne vaut pas la peine que nous nous y arrêtions.

L'action de la Commune pour l'art à travers des hommes comme Courbet et Pottier rejoint le désir de réalisations révolutionnaires qui se trouve dans la réorganisation de l'enseignement, il s'agissait de changer les structures anciennes, bourgeoises, pour en établir d'autres ouvrant la voie, à un monde socialiste.
Après ce bref aperçu de ce que furent les idées et les réalisations de la Commune face à l'éducation et à la culture, il convient de s'interroger sur l'intérêt et les leçons que nous offre cette révolution communarde.

La Commune face à son action éducative.

Après cette courte étude donnant brièvement les éléments nécessaires sans les épuiser, et de très loin, sur le sujet (pour cela il est possible de se reporter aux écrits de M. Dommanget), il convient de s'interroger sur l'action de la Commune et plus précisément sur celle qui a trait à l'enseignement et la culture, puisque c'était le propos de ce texte.
La Commune est une révolution en ce sens qu'elle a voulu non seulement destituer un certain pouvoir pour en établir un autre, mais aussi parce qu'elle entraînait avec elle des changements de manière de vivre encore plus fondamentaux. En effet, il ne suffit pas de changer la couleur du pouvoir pour être révolutionnaire, encore faut-il avoir le courage de nettoyer la place que l'on veut occuper et d'y installer des formes d'être et de penser nouvelles. C'est une des premières constatations que je ferai sur ce sujet, la Commune a su mettre en route une réforme radicale de l'enseignement, dans un temps extrêmement court, les hommes de bonne volonté ont su se mettre au travail et créer la Laïcisation, la gratuité et l'obligation scolaires. Ils ne sont pas restés dans le seul domaine de la conception, ils ont réussi à établir des structures révolutionnaires. Evidemment le temps n'a pas permis que nous puissions apprécier globalement le résultat, mais le courage de ces réalisations montre qu'il n'est pas obligatoire d'espérer pour entreprendre ; le souvenir qu'elles nous laissent, les écrits et les discussions qu'elles suscitent prouvent que la révolution, assortie d'une réalisation en parallèle, est la seule qui soit valable. Le passage de la simple révolte, du soulèvement à la révolution, est le fait des actes constructifs.
Une des premières notions qui ressort de cette étude de l'éducation dans la Commune est donc l'exemple qu'elle nous donne d'une réalisation révolutionnaire possible malgré des conditions de luttes militaires très difficiles.
Il est intéressant de souligner aussi un autre fait portant toujours su l'action éducative de la Commune. Intuitivement, ces hommes ont compris qu'une révolution ne pourrait durer que si elle formait des individus à son idéal, chaque changement de système de gouvernement, surtout lorsqu'il est radicalement différent, ne tient que s'il est assimilé par les nouvelles classes en gestation dans les écoles. Par là il faut entendre que la révolution communarde ne pouvait durer qu'en créant une majorité d'individus à son image, c'est-à-dire que ces hommes nouveaux devaient passer par la culture révolutionnaire pour se sentir en plein accord avec leur esprit révolutionnaire.
C'est donc en un premier temps par l'organisation d'une structure révolutionnaire, puis en un deuxième temps par la transmission d'un savoir, d'une culture révolutionnaires, que la révolution peut se maintenir, une révolution à base socialiste, bien sûr, et c'est un des points très importants de voir que la Commune de Paris a réalisé ces besoins, tant son désir de durer et de s'affirmer était profond.

La révolution c'est la vie, la volonté d'une vie meilleure et de sa durée, en ce sens la Commune a exprimé très solidement son désir vital en réalisant au maximum dans le cadre de l'enseignement et de la culture.
Il faut cependant noter, corollairement aux deux autres idées, que les pédagogues ne surent pas participer à l'œuvre collective, les plus importants, Louise Michel et Lefrançais préférèrent l'action purement militaire à la construction révolutionnaire ; l'œuvre scolaire de la Commune s'en ressent, l'organisation scolaire ancienne disparaissait, mais la pédagogie restait la même, à brève échéance le décalage entre le contenu et la manière de le transmettre aurait introduit des difficultés, mais il est possible qu'entre-temps les pédagogues en cause se seraient repris, et à la révolution des structures aurait succédé la réforme des techniques d'enseignement.
Par ses préoccupations, par son action éducative, la Commune se rapproche donc de nos notions modernes sur la révolution ; elle est riche en enseignements divers et semble nous pousser plus avant à la réflexion sur la construction révolutionnaire. Il est net, du moins je l'espère, à la lecture de ces lignes, que l'action révolutionnaire doit s'accompagner d'une création effective, car elle seule assure la pérennité de l'œuvre.

La Commune nous donne donc l'espoir d'agir et les sujets de réflexion indispensables à toute action véritable ; ainsi nous pouvons tenter d'aller plus loin vers la réalisation totale de l'espérance socialiste.

Paul CHAUVET - 1971 dans la revue "la Rue"








Le conflit en Irak, envahissant petits écrans et journaux, relance un débat depuis longtemps amorcé : celui de photographier la guerre. Cette polémique concerne tout autant la crédibilité documentaire de la photo, objet de retouche et de manipulation, que sa dimension éthique : la guerre peut-elle être le sujet d'une œuvre d'art ? Cette controverse sur guerre et art, si elle ne date pas de la nuit des temps, remonte au moins à la fin du XIXe siècle. En effet, la Commune de Paris, contemporaine du début de la photographie instantanée, constitue le premier grand évènement révolutionnaire photographié. L'étude de son iconographie révèle que déjà la photo revêt une triple dimension : oeuvre d'art, document officiel et propagande.

La production photographique de la Commune
est limitée à cause des contraintes techniques.


Malgré l'avènement de l'instantané, le temps de pose encore long et le matériel trop lourd empêchent de prendre des clichés sur le vif. C'est pourquoi le corpus comporte essentiellement trois types d'images : les scènes de rue, les portraits, et les ruines. En effet, les photographes ont souhaité immortaliser les temps forts de l'insurrection : les canons de Montmartre, les barricades, et surtout la Colonne Vendôme qui est l'évènement le plus photographié. Le plus souvent, les communards figurent à côté des monuments ou des barricades. Fiers et sérieux, ils posent pour la postérité comme des héros d'un jour. Déjà, la photo est un moyen de laisser une empreinte durable dans l'Histoire. En outre, ces photos de groupe témoignent du mélange hétéroclite de la population parisienne : des gens de tous les âges, tous les sexes, toutes les professions sont réunis dans une atmosphère nonchalante.

Il existe une multitude de portraits des principaux acteurs de la Commune : des versaillais, des ecclésiastiques, mais aussi des fédérés et des communards incarcérés. Outre leur fonction judiciaire, ces clichés ont acquis un intérêt commercial : la curiosité des touristes pour ces photos ont engendré une nette reprise des ventes des portraits - cartes de visite.
Derrière ce constat se profile l'enjeu commercial de la guerre, indéniable mais fort peu remis en cause :
OUI, la guerre fait vendre, mais peu ont de scrupule à en faire des bénéfices !
Enfin, les ruines constituent un fascinant corpus de photos qui portent non sur les évènements en eux-mêmes, mais plutôt sur leurs conséquences matérielles.




C'est pourquoi, les ruines sont avant tout porteuses d'une symbolique idéologique : pour les communards, elles représentent la destruction du capitalisme et du monde bourgeois alors que pour les versaillais, elles révèlent la mentalité nihiliste des insurgés. Au-delà de cette vision manichéenne, certains photographes ont vu dans la beauté esthétique des ruines une échappatoire à la haine et à la honte de telles destructions. La prise de vue ou la composition des photos soulignent la dimension esthétique des monuments détruits. Ainsi, les ruines deviennent plus qu'une simple preuve matérielle de l'évènement historique, elles sont élevées au statut d'œuvre d'art. Or, cette dimension artistique conférée aux ruines va à l'encontre de la conception habituelle des photos de destructions : les décombres causés par les combats sont censés inspirer un sentiment de colère, d'indignation face aux horreurs de la guerre, alors qu'ici, ils suscitent une impression de beauté esthétique. C'est même toute une mythologie qui s'est façonnée autour des ruines : dans de nombreux témoignages écrits, elles sont anthropomorphisées, comme si elles évoquaient indirectement les communards morts.

Dès lors, ces images soulèvent le problème de l'éthique : est-il amoral d'éprouver une attirance esthétique plutôt que d'être attristé et révolté face à des photos de ruines représentant les ravages de la guerre ? Encore aujourd'hui, la discussion reste ouverte…

Certes, la Commune lance le débat sur la dimension artistique des images de guerre, mais elle constitue aussi une étape importante dans l'utilisation de la photo comme un document officiel.
Bien que le dessin soit toujours dominant, la photo, en tant que témoin et preuve, devient progressivement prééminente sur la reproduction manuelle. Plus réaliste, donc (soi-disant) plus sure et plus précise, elle est considérée comme un document irréfutable que la police utilise afin d'identifier et d'arrêter les communards (c'est donc pour empêcher toute identification que certains visages sont grattés ou flous sur de nombreuses photos).
En outre, les portraits réalisés dans les prisons servent à établir des dossiers sur les insurgés incarcérés. Ainsi, à partir de la Commune, la photo, qui acquière une fonction administrative et judiciaire, devient aussi un instrument d'identification et de répression. Par ailleurs, l'importante diffusion des portraits des communards relance l'industrie photographique. L'ampleur des ventes des clichés sur la Commune préfigure la médiatisation, voire la sur-médiatisation, des conflits actuels. Mais, fidèle à ses principes, le gouvernement contrôle étroitement la commercialisation des photos car elles entretiennent le souvenir des évènements et des individus. Inquiet face à l'engouement de la population , il décrète en décembre 1871 l'interdiction absolue "d'exhiber, colporter et mettre en vente les images et les emblèmes de nature à troubler la paix publique" et notamment " les portraits des individus poursuivis ou condamnés pour leur participation aux derniers faits insurrectionnels ". Rapidement, la photo fait donc l'objet de censure pour supprimer toute forme d'opposition et devient un instrument de propagande au service du gouvernement.


En fait, la Commune constitue un point charnière dans la fonction de la photographie.
Son aspect réaliste en fait un document jugé incontestable, utilisé dorénavant comme un témoignage historique mais aussi comme un nouvel instrument de répression. Malgré les manipulations et les photomontages, la confiance dans la chose photographiée est largement partagée à la fin du XIXe siècle. Mais, à l'aube du XXIe siècle, la société n'est pas beaucoup plus méfiante envers les images que les médias diffusent à tout va. Or, depuis la Commune, les problèmes concernant le médium de la photo n'ont pas évolué : elle reste un objet de manipulation, un outil de propagande politique, une éternelle victime de la censure, un important enjeu commercial et une source d'interrogations éthiques et morales. Mais, au-delà de tous ces aspects, la photo contribue avant tout à nourrir la mémoire des évènements : en témoigne le cliché de Disdéri, montrant des cadavres de communards dans leur bière, qui s'est imposé à l'imaginaire collectif comme l'emblème de la Commune.

Les photographes de la commune : engagement politique ou simple curiosité ?

Malgré l'arrêt de la parution du Moniteur photographique, le journal officiel de photographies, et la fermeture de nombreux ateliers, une petite activité photographique se maintient quand même. Certains photographes d'ateliers sont poussés dans la rue par intérêt ou par conviction et s'improvisent reporter. Ils proposent un regard sur l'insurrection parisienne plus proche des communards. En témoigne l'ouvrage de Bruno Braquehais, Paris sous la Commune, qui en donne une double vision : d'une part, il fait figure de documentaire avec des photos quasi-officielles des évènements ; d'autre part il offre un spectacle humaniste avec des images joyeuses du peuple insurgé.
Au contraire, le photographe versaillais Eugène Appert est davantage connu pour ses convictions anti-communardes. Il est chargé par les autorités judiciaires de photographier les lieux où les communards ont fusillé des otages pendant la Semaine Sanglante, et il est autorisé à réaliser des portraits de communards incarcérés. Mais, l'origine de ce travail reste incertain : commande officielle ou initiative personnelle ? En tout cas, Appert est fortement associé à la répression après la Commune : non seulement ses portraits sont largement diffusés, mais il réalise de nombreux photomontages anti-communards rassemblés dans Les Crimes de la Commune. Ses photomontages mettent en scène surtout des exécutions d'otages, aux figures de martyrs, par des communards cruels et violents. Ces détails physionomiques, qui permettent de reconnaître les fédérés des versaillais, rentrent dans la logique de propagande inhérente à toute guerre : dans un conflit, il est essentiel de reconnaître qui est tué par qui.
En fait, les photomontages traduisent en images des figures récurrentes anti-communardes de l'époque : la Commune est présentée comme une véritable orgie dont jouissent pleinement les fédérés, des brutes et des alcoolos, et les communardes obscènes, hideuses et féroces. Bref, ce sont des photomontages dignes des plus belles images d'Epinal et peu crédibles à cause des effets de perspective discordants.
De plus, Appert prend une certaine liberté avec l'exactitude historique afin de dramatiser les scènes : il multiplie les acteurs ou il fait figurer les responsables des exécutions alors qu'en réalité ils étaient absents… En fait, le travail d'Appert prouve que, dès l'origine, la photo est manipulée à des fins idéologiques. Comme quoi art et propagande ont très vite fait bon ménage !
Jules Raudnitz semble aussi prendre position contre la Commune dans Le Sabbat Rouge qui présente une série de douze épreuves stéréoscopiques. Les stéréoscopies permettent de montrer les moments difficiles à photographier, tels les combats de rue qui sont représentés avec une rare violence. Les visages monstrueux des communards, aux traits grotesques et démoniaques, ainsi que les titres des photos (Les Pétroleuses du Ministère des Finances, les Infernaux de la Bastille), laissent présumer une vision plutôt anti-communarde des évènements. En effet, les images retranscrivent l'opinion majeure des gens sur les insurgés, considérés comme des bandits, des scélérats, des diables. Toutefois, les photos suggèrent une évolution des mentalités : à la violence des combats succèdent le retour au calme, à la haine se substitut un sentiment de pitié, de compassion devant les files de prisonniers en partance pour les forts. Ainsi, Le Sabbat Rouge apparaît comme un ouvrage ambigu qui évoque l'horreur du combat fratricide, plus que la distinction entre bons versaillais et méchants communards.

Chloé Rosell
Janvier 2003









Des communards "assassinés" pendant la semaine sanglante.

Nadar, le grand absent de la Commune ?
Quand "on" photographie, Michel Bakounine, Elisée et Paul Reclus, Jean Grave et autres militants anars de la fin du XIX siècle, "on" ne peut être insensible à un événement comme la Commune de Paris.
Nadar est un surnom qu'il utilisa d'abord pour écrire des articles et dessiner des caricatures.
Dès 1848, il est sensible aux idées socialistes. Il participe à l'aide des révolutionnaires polonais. Il prend très rapidement position contre Napoléon III. Il commence à photographier et utilise de nouvelles méthodes (la photographie depuis un ballon). En 1870 pendant le siège de Paris, il "réquisitionne" des ballons qu'il utilise à des fins militaires. cette activité permet aussi de tisser des liens avec les zones "libres".
Il rencontre les frères Reclus, mais curieusement restera à l'écart de la Commune.
Dès la fin de la semaine sanglante, il aidera de nombreux communards à s'enfuir et à se cacher.
Il se rapproche de plus en plus des idées libertaires, il aidera J. Grave et sa revue : les Temps Nouveaux.



La Semaine Sanglante :

La présentation d'un événement historique, surtout s'il constitue un affrontement de classes, est souvent falsifié par ceux de ses détracteurs qui l'étudient.
La Commune de Paris n'échappe pas à ce sort, ni à la mystification dont l'entoure ceux qui s'en réclament.
Le 21 mai 1871, c'est le début de l'effondrement de la Commune de Paris.

Après l'extraordinaire espoir (que la Commune) avait pu susciter parmi ses partisans (...), on est arrivé à un point de lassitude, de découragement qui va être déterminant puisque militairement, politiquement, la Commune a déjà perdu la bataille.
Ce jour, quand les Versaillais entrèrent dans Paris, l'idée de la Commune était déjà morte.
Malgré les promesses, après un tas de propos ronflants, d'affirmations d'héroïsme, toute une armée va rentrer sans tirer un coup de fusil parce que c'est dimanche, qu'on n'y croit plus beaucoup, que ce n'est pas "notre" quartier et que les versaillais arrive par la porte du point du jour, c'est le XVIe, un quartier bourgeois.
Les communards vont retomber dans la vieille notion révolutionnaire qui est de défendre son quartier, c'est une défense qu'ils envisagent, pas une offensive. C'est le gros échec de la Commune sur le plan militaire. Thiers a dit : "Avec ce qui m'arrive à Paris, il me faut des troupes". Bismarck a libéré des officiers, qui ont été démobilisés dans plusieurs villes, en particulier à Auxerre, de façon à reprendre du service contre les communards.
Le comité de salut Public va alterner les déclarations héroïques d'appel à mourir sur les barricardes et les tentatives de négociations.
L'une des dernières réunions du Comité central, s'est tenue le 24 mai 1871. Il a proposé par voie d'affiches au gouvernement de Versailles, qui possédait déjà la moitié de Paris, un cessez-le-feu, la démission de l'Assemblée de Versailles, la démission de la Commune et l'élection d'une assemblée. Politiquement ce n'était plus d'actualité.



rue de Rivoli après la bataille (album photo)

La Commune a été de toutes les insurrections parisiennes celle qui avait le plus de munitions, le plus d'armes, le plus de canons. Or, la lutte a duré moins, pourquoi ?
Maintenant, c'est le Paris d'Haussmann, celui des grandes voies.
Les grandes rues permettent justement des tirs beaucoup plus longs, des charges de cavalerie.
C'est ce que voulait Haussmann. Mais on aurait tendance à oublier que l'inverse est vrai. Si ça permettait le tir des canons, cela permettait aussi le tir des canons fédérés. Pendant cette dernière semaine la Commune n'existe plus en tant qu'organisation. Tous les actes qui vont être commis par les communards seront essentiellement des actes individuels, de petits groupes plus ou moins organisés, mais ne seront pas du tout la traduction d'une volonté délibérée de la Commune en tant qu'organisation structurée.
On va reprocher à la Commune l'exécution des otages, en réalité elle n'y est pour rien. Cela va être la volonté de quelques membres de la Commune qui se rendent compte que tout est perdu. A l'inverse Thiers pensait que la répression, extraordinairement dure, qu'il a délibérément commandée, allait servir d'exemple pour les générations futures, leur donner une sainte peur de la répression gouvernementale. Il ne se rendait pas compte que cela allait être quelque chose d'indélébile, une blessure qui rendrait la Commune absolument inoubliable.



la dernière barricade : rue Ramponeau et rue de Tourtille

La répression de l'armée versaillaise va être méthodique, le laminoir sera effroyable.
Par les combats il y aura relativement peu de tués. Je ne pense même pas qu'il y aura mille Versaillais tués au combat. Seuls 3 000 ou 4 000 ont réellement été tués pendant les combats. Tous les autres ont été fusillés systématiquement en représailles : 40 000 à 60 000 morts.
Il faut reconnaître que les troupes de Versailles ont été aidées par toute une population de Paris qui arborait le brassard tricolore et dénonçait les gens. Il ne fallait pas à cette époque se cacher dans une maison inconnue avec une blessure à la jambe : on n'était même pas tué par la troupe, mais par des civils qui, exorcisaient une certaine lâcheté.
Cette répression n'a pas été seulement l'oeuvre de la classe militaire, qui a été ignoble ; il ne faut pas oublier l'effroyable comportement des voisins, des bourgeois, des aristocrates, propriétaires ou militaires, mais aussi des voisins de palier, des jaloux, des aigris.
La Commune a aligné peut-être 40 000 combattants, peut-être un peu moins à la fin parce que l'enthousiasme baissait. Mais que représentent 40 000 combattants sur une population de 1 500000 à 1 600000 (habitants) ?
On est en droit de se demander ce que faisait le million d'observateurs.

Gérard Conte





La Commune de 1871


fut l’un des plus grands épisodes de l’histoire de la classe ouvrière française. Au cours d’un mouvement révolutionnaire d’une portée jusqu’alors inconnue, l’Etat capitaliste a été remplacé par les organes de gouvernement des travailleurs. Les travailleurs parisiens ont tenu le pouvoir pendant dix semaines, entre le soulèvement du 18 mars et la défaite sanglante de la dernière semaine de mai. Dans des circonstances extrêmement difficiles, ils se sont efforcés de mettre un terme à l’exploitation, à l’oppression, et de réorganiser la société sur des bases entièrement nouvelles. Les leçons de ces événements sont d’une importance fondamentale pour le mouvement ouvrier contemporain et pour tous ceux qui, en France ou ailleurs, aspirent à changer la société.



Vingt ans avant les événements de la Commune, le coup d’Etat militaire du 2 décembre 1851 avait amené Napoléon III au pouvoir, suite à l’échec du soulèvement de juin 1848. Au début, le nouveau régime bonapartiste semblait inébranlable. Les travailleurs ont été battus et leurs organisations mises hors la loi. Pourtant, vers la fin des années 1860, l’épuisement de la croissance économique, les répercussions des guerres (en Italie, en Crimée, au Mexique) et la résurgence du mouvement ouvrier ont sérieusement affaibli le régime impérial. Il était devenu clair que seule une nouvelle guerre - et une victoire rapide - pourrait retarder son effondrement. En juillet 1870, Napoléon III déclare la guerre à la Prusse, alors dirigée par Bismarck. L’Empereur prétendait que la guerre apporterait à la France des gains territoriaux, affaiblirait ses rivaux et mettrait fin à la crise de la finance et de l’industrie.



Il arrive souvent que la guerre mène à la révolution. Ce n’est pas accidentel. La guerre arrache subitement les peuples à la routine de leur existence quotidienne et les jettent violemment dans l’arène des grandes actions historiques. La vaste majorité de la population examine beaucoup plus attentivement qu’en période de paix le comportement des chefs d’Etat, des généraux et des politiciens. C’est particulièrement vrai en cas de défaite. Or, la tentative d’invasion de l’Allemagne par Napoléon III s’est soldée par un échec rapide et déshonorant. Le 2 septembre, près de Sedan, l’Empereur a été arrêté par l’armée de Bismarck, en même temps que 75 000 soldats. A Paris, des manifestations massives remplissaient les boulevards de la capitale, réclamant le renversement de l’Empire et la proclamation d’une république démocratique.

L’opposition républicaine « modérée » était terrifiée par ce mouvement, mais fut néanmoins forcée, le 4 septembre, de proclamer la république. Un « Gouvernement de Défense Nationale » fut installé, dans lequel le personnage clé était le général Trochu. Jules Favre, un représentant typique du républicanisme capitaliste, et qui faisait également parti du gouvernement, déclarait pompeusement que « pas un pouce de terrain et pas une pierre de nos forteresses » ne serait cédé aux Prussiens. Les troupes allemandes encerclèrent rapidement Paris et placèrent la ville en état de siège. Dans un premier temps, la classe ouvrière parisienne accorda son soutien au nouveau gouvernement, au nom de « l’unité » contre l’ennemi étranger. Mais le cours ultérieur des événements brisa rapidement cette unité et fit apparaître au grand jour les intérêts de classe contradictoires qu’elle recouvrait.

Malgré ses déclarations publiques, le Gouvernement de Défense Nationale ne croyait pas qu’il était possible, ni même désirable, de défendre Paris. En dehors de l’armée régulière, une milice forte de 200 000 hommes, la Garde Nationale, se déclara prête à défendre la ville. Mais ces travailleurs armés à l’intérieur de Paris constituaient une menace bien plus grande pour les intérêts des capitalistes français que l’armée étrangère aux portes de la cité. Le gouvernement décida qu’il était préférable de capituler dès que possible devant Bismarck. Cependant, étant donné l’esprit combatif des travailleurs parisiens organisés dans la Garde Nationale, il était impossible pour le gouvernement de déclarer ses intentions publiquement. Trochu comptait sur les effets économiques et sociaux du siège pour refroidir la résistance des travailleurs parisiens. Il devait gagner du temps. Tout en se déclarant favorable à la défense de Paris, le gouvernement engagea des négociations secrètes avec Bismarck.

Les semaines passant, la méfiance et l’hostilité des travailleurs envers le gouvernement augmentaient. Des rumeurs persistantes se répandirent au sujet des négociations avec Bismarck. Le 8 octobre, la chute de Metz provoqua une nouvelle manifestation de masse. Le 31 octobre, plusieurs contingents de la Garde Nationale, conduits par Flourens, le courageux commandant du bataillon de Belleville, attaquèrent et occupèrent temporairement l’Hôtel de Ville. A ce stade, cependant, la majorité des travailleurs n’était pas encore prête à agir de manière décisive contre le gouvernement. Isolée, l’insurrection s’est rapidement essoufflée. Blanqui s’est enfui et Flourens a été emprisonné.

Dans Paris, la famine et la pauvreté provoquées par le siège avaient des conséquences désastreuses, et l’urgence de briser ce siège se faisait sentir toujours plus vivement. Après l’échec de la sortie en direction du village de Buzenval, le 19 janvier 1871, Trochu, complètement discrédité, n’eut d’autre choix que de démissionner. Il fut remplacé par Vinoy, qui, déclara immédiatement que les Parisiens ne devaient se faire « aucune illusion » sur la possibilité de vaincre les Prussiens. Il était devenu clair que le gouvernement comptait capituler. Les clubs politiques et les comités de vigilance appelèrent les gardes nationaux à s’armer et à marcher sur l’Hôtel de Ville. D’autres détachements se rendirent aux prisons pour chercher et libérer Flourens. Sous la pression croissante de la population, la classe moyenne démocrate de l’Alliance Républicaine réclama un « gouvernement populaire » pour organiser une résistance effective contre les Prussiens. Mais lorsque les gardes nationaux arrivèrent devant l’Hôtel de Ville, le 22 janvier, un dénommé Chaudry, représentant le gouvernement, a violemment crié sa colère contre les délégués de l’Alliance. Il n’en fallait pas plus pour convaincre les républicains de se disperser immédiatement. Les gardes bretons chargés de défendre le gouvernement ont ouvert le feu sur les gardes nationaux et sur les manifestants qui tentaient de s’opposer à la trahison des républicains. Les gardes nationaux ont tiré quelques salves à leur tour, mais ont dû finalement se replier.

A la suite de ce premier conflit armé avec le gouvernement, le mouvement populaire s’est temporairement affaibli. Le républicanisme petit-bourgeois, représenté par l’Alliance Républicaine, s’était montré complètement incapable de faire face à la résistance de la classe dominante. Il ne pouvait plus, par conséquent, prétendre à un quelconque rôle dirigeant. L’accalmie apparente a renforcé la confiance du Gouvernement de Défense Nationale. Le 27 janvier 1871, il procéda à la capitulation qu’il avait secrètement préparée depuis le début du siège.

Dans la France rurale, l’immense majorité de la paysannerie était en faveur de la paix. Aux élections de l’Assemblée Nationale, en février, les votes de la paysannerie donnèrent une majorité écrasante aux candidats monarchistes et conservateurs. La nouvelle Assemblée a nommé Adolphe Thiers - un réactionnaire endurci - à la tête du gouvernement. Un conflit entre Paris et l’Assemblée « rurale » était désormais inévitable. Le danger contre-révolutionnaire, en relevant la tête, a donnée une nouvelle et puissante impulsion à la révolution parisienne. Les soldats prussiens devaient bientôt entrer dans la capitale. L’accalmie du mouvement fit place à une nouvelle et bien plus puissante vague de protestation. Des manifestations armées de la Garde Nationale se multipliaient, massivement soutenues par les travailleurs et par les couches les plus pauvres et affamées de la population parisienne. Les travailleurs en armes dénoncèrent Thiers et les monarchistes comme des traîtres et en appelèrent à la « guerre à outrance » pour la défense de la république. Les événements du 31 octobre et du 22 janvier avaient été une anticipation de cette nouvelle flambée révolutionnaire. Mais cette fois-ci, les éléments les plus révolutionnaires n’étaient plus isolés. L’ensemble de la classe ouvrière parisienne était en pleine révolte.

L’Assemblée Nationale réactionnaire provoquait constamment les Parisiens, les décrivant comme des égorgeurs et des criminels. Le siège avait mis de nombreux travailleurs au chômage, et les indemnités versées aux gardes nationaux étaient tout ce qui les séparait de la famine. Le gouvernement a supprimé les indemnités payées à chaque garde qui ne pouvait prouver qu’il était incapable de travailler. Il décréta également que les arriérés de loyer et toutes les créances devaient être réglés dans les 48 heures. Ceci menaçait tous les petits entrepreneurs de banqueroute immédiate. Paris a été privé de son statut de capitale de France en faveur de Versailles. Ces mesures, et bien d’autres encore, frappèrent de plein fouet les sections les plus pauvres de la société, mais aboutirent aussi à une radicalisation des classes moyennes parisiennes, dont le seul espoir de salut résidait désormais dans le renversement révolutionnaire de Thiers et de l’Assemblée Nationale.

La capitulation du gouvernement et la menace d’une restauration monarchiste menèrent à une transformation de la Garde Nationale. Un « Comité Central de la Fédération de la Garde Nationale » fut élu, représentant 215 bataillons, équipés de 2000 canons et de 450 000 fusils. De nouveaux statuts furent adoptés, stipulant « le droit absolu des Gardes Nationaux d’élire leurs dirigeants et de les révoquer aussitôt qu’ils perdraient la confiance de leurs électeurs ». Dans leur essence, le Comité Central et les structures correspondantes au niveau des bataillons préfiguraient les soviets de travailleurs et de soldats qui firent leur apparition, en Russie, aux cours des révolutions de 1905 et de 1917.

La nouvelle direction de la Garde Nationale eut rapidement l’occasion de tester son autorité. Alors que l’armée prussienne s’apprêtait à entrer dans Paris, des dizaines de milliers de Parisiens armés se rassemblèrent avec l’intention d’attaquer les envahisseurs. Le Comité Central intervint pour empêcher un combat inéquitable pour lequel il n’était pas encore préparé. En imposant sa volonté sur cette question, le Comité Central démontrait que son autorité était reconnue par la majorité de la Garde Nationale et des Parisiens. Clément Thomas, le commandant nommé par le gouvernement, dut démissionner. Les forces prussiennes occupèrent une partie de la ville pendant deux jours, puis s’en retirèrent.



Aux « ruraux » de l’Assemblée, Thiers avait promis de restaurer la monarchie. Mais sa tâche immédiate était de mettre un terme à la situation de « double pouvoir » qui existait à Paris. Les canons sous le contrôle de la Garde Nationale - et en particulier ceux des hauteurs de Montmartre, surplombant la cité - symbolisaient la menace contre « l’ordre » capitaliste. Le 18 mars, à 3 heures du matin, 20 000 soldats et gendarmes furent envoyés, sous le commandement du général Lecomte, pour prendre possession de ces canons. Cela se fit sans trop de difficultés. Cependant, les commandants de l’expédition n’avaient pas pensé aux attelages nécessaires pour déplacer les canons. A 7 heures, les attelages n’étaient toujours pas arrivés. Dans son Histoire de la Commune, Lepelletier décrit ce qui se passa par la suite : « Bientôt, le tocsin se mit à sonner et l’on entendait, dans la chaussée Clignancourt, les tambours battre la générale. Rapidement, ce fut comme un changement de décors dans un théâtre : toutes les rues menant à la Butte s’emplirent d’une foule frémissante. Les femmes formaient la majorité ; il y avait aussi des enfants. Des gardes nationaux isolés sortaient en armes et se dirigeaient vers le Château-Rouge. »

Les troupes se trouvaient encerclées par une foule sans cesse croissante. Les habitants du quartier, les gardes nationaux et les hommes de Lecomte étaient pressés les uns contre les autres dans ce rassemblement compact. Certains soldats fraternisaient ouvertement avec les gardes. Dans une tentative désespérée de réaffirmer son autorité, Lecomte ordonna à ses hommes de tirer sur la foule. Personne ne tira. Les soldats et les gardes nationaux poussèrent alors des acclamations et s’étreignirent mutuellement. En dehors d’un bref échange de feu du côté de Pigalle, l’armée n’offrait aucune résistance aux gardes. Lecomte et Clément Thomas furent arrêtés. Des soldats en colère les exécutèrent peu après. Clément Thomas était connu pour avoir donné l’ordre de tirer sur les travailleurs pendant la révolution de 1848.

Thiers n’avait pas prévu la défection des troupes. Pris de panique, il s’enfuit de Paris et ordonna à l’armée et aux administrations d’évacuer complètement la ville et les forts environnants. Thiers voulait sauver de l’armée ce qu’il pouvait l’être en l’éloignant de la « contagion » révolutionnaire. Les restes de ses forces - certaines ouvertement insubordonnées, chantant et scandant des slogans révolutionnaires - se retirèrent dans le désordre vers Versailles.

Avec l’effondrement du vieil appareil d’Etat, la Garde Nationale prit tous les points stratégiques de la cité sans rencontrer de résistance significative. Le Comité Central n’avait joué aucun rôle dans ces évènements. Et pourtant, le soir du 18 mars, il découvrit que, malgré lui, il était devenu le gouvernement de facto d’un nouveau régime révolutionnaire basé sur le pouvoir armé de la Garde Nationale. « Le 18 mars 1871, » écrit Talès dans son livre La Commune de 1871, « n’a pas d’équivalent dans notre histoire révolutionnaire. C’est une étrange journée où l’on voit une foule, en général passive, provoquer l’écroulement, local sans doute mais total, des institutions bourgeoises. »

La première tâche que la majorité des membres du Comité Central se fixèrent fut de se débarrasser du pouvoir qui était entre leurs mains. Après tout, disaient-ils, nous n’avons pas de « mandat légal » pour gouverner ! Après de longues discussions, le Comité Central accepta avec réticence de rester à l’Hôtel de Ville pour les « quelques jours » pendant lesquels des élections municipales (communales) pourraient être organisées. Sous le cri de « Vive la Commune ! », les membres du Comité Central furent soulagés de savoir qu’ils n’auraient à exercer le pouvoir que pour quelque temps ! Le problème immédiat auquel ils faisaient face était Thiers et l’armée en route pour Versailles. Eudes et Duval proposèrent de faire immédiatement marcher la Garde Nationale sur Versailles, de façon à briser ce qui restait de force à la disposition de Thiers. Leurs appels tombèrent dans des oreilles de sourds. La majorité du Comité Central pensait qu’il était préférable de ne pas apparaître comme les agresseurs. Le Comité Central était composé, dans sa majorité, d’hommes très modérés, dont ni le tempérament ni les idées ne correspondaient à la grande tâche historique qui se présentait à eux.

Le Comité Central commença de longues négociations avec les anciens Maires et divers « conciliateurs » concernant la date et les modalités des élections. Ceci absorba toute son attention, jusqu’à ce que les élections soient finalement fixées au 26 mars. Thiers utilisa ce temps précieux à son avantage. Une campagne de mensonges et de propagande vicieuse contre Paris fut menée en province. Avec l’aide de Bismarck, l’armée regroupée à Versailles a été massivement renforcée en effectifs et en armes, dans le but de lancer une attaque contre Paris.

A la veille des élections, le Comité Central de la Garde Nationale a publié une déclaration remarquable qui résume l’esprit d’abnégation et de probité qui caractérisait le nouveau régime : « Notre mission est terminée. Nous allons céder la place dans notre Hôtel de Ville à vos nouveaux élus, à vos mandataires réguliers. » Le Comité Central n’avait qu’une seule consigne à donner aux électeurs : « Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous des ambitieux et des parvenus [...] Défiez-vous des parleurs, incapables de passer à l’action [...] »

La Commune nouvellement élue remplaça le commandement de la Garde Nationale comme gouvernement officiel du Paris révolutionnaire. Elle était principalement composée d’individus associés d’une manière ou d’une autre avec le mouvement révolutionnaire. La majorité pourrait être décrite comme « républicaine de gauche », trempée dans une nostalgie idéalisée du régime jacobin du temps de la Révolution Française. Sur ses 90 membres, 25 étaient des travailleurs, 13 des membres du Comité Central de la Garde Nationale, et une quinzaine d’autres des membres de l’Association Internationale des Travailleurs. Les Blanquistes - des hommes énergiques inspirés par la commune révolutionnaire de 1792 et toujours prêts à se lancer dans des actions spectaculaires, mais dont le programme politique était difficile à cerner - et les Internationalistes représentaient ensemble près d’un quart des élus de la Commune. Blanqui lui-même se trouvait dans une prison de province. Les quelques élus de droite démissionnèrent de leurs postes sur des prétextes divers. D’autres furent arrêtés lors de la découverte de leurs noms sur des fichiers de police les identifiant comme des espions agissant pour le compte du régime impérial.

Sous la Commune, tous les privilèges des hauts fonctionnaires de l’Etat furent abolis. On décréta notamment qu’ils ne devaient pas percevoir davantage, pour leur service, que le salaire d’un ouvrier qualifié. La Commune était le seul gouvernement honnête que la France ait jamais connu. Moreau, l’un des membres du Comité Central, déclara que lorsque l’on occupe un poste dirigeant dans la société, « il est immoral de s’allouer un traitement quelconque. Nous avons jusqu’ici vécu avec nos trente sous. Ils nous suffiront encore. » Les loyers furent gelés, les fabriques abandonnées placées sous le contrôle des travailleurs. Des mesures furent prises pour limiter le travail de nuit et pour garantir la subsistance des pauvres et des malades. La Commune caractérisa ces mesures comme « mettant un terme à la concurrence anarchique et ruineuse entre les travailleurs au profit des capitalistes », et comme favorisant « la propagation des idéaux socialistes ». La Garde Nationale fut ouverte à tous les hommes aptes au service militaire, et organisée, comme nous l’avons vu, sur des principes strictement démocratiques. Les armées permanentes « séparées du peuple » furent déclarées illégales. L’Eglise fut séparée de l’Etat et la religion déclarée « affaire privée ». Les logements et les bâtiments publics furent réquisitionnés pour les sans-logis, l’éducation publique ouverte à tous, de même que les théâtres et les lieux de culture et d’apprentissage. Les travailleurs étrangers étaient considérés comme des frères et des sœurs, comme des alliés dans la lutte pour la réalisation d’une « république universelle » des travailleurs de tous les pays. Des réunions avaient lieu nuit et jour, où des milliers d’hommes et de femmes ordinaires discutaient de la façon dont devaient être organisés les différents aspects de la vie sociale dans l’intérêt du « bien commun ».

Les caractéristiques de la société nouvelle qui prenait graduellement forme sous l’égide de la Garde Nationale et de la Commune étaient indubitablement socialistes. Le manque de précédents historiques, l’absence d’une direction claire et organisée, d’un programme défini, combinés avec la dislocation économique d’une cité assiégée, signifiaient nécessairement que les travailleurs avançaient « à tâtons », en s’efforçant de trouver des solutions aux problèmes concrets que posait l’organisation de la société dont, pour la première fois de l’histoire, ils étaient les maîtres.

Beaucoup d’encre a coulé pour mettre en relief l’incohérence et les demi-mesures des travailleurs parisiens, ou encore le temps et l’énergie qu’ils ont perdus durant leurs dix semaines de pouvoir derrière les murs d’une cité assiégée. Il est vrai que les communards ont commis de nombreuses erreurs. Marx et Engels ont à juste titre critiqué le fait de ne pas avoir pris le contrôle de la Banque de France, qui continuait à verser des millions de francs à Thiers, lequel utilisait cet argent pour armer et réorganiser les forces qu’il comptait bientôt envoyer contre Paris. Cependant, fondamentalement, toutes les initiatives les plus importantes prisent par les travailleurs parisiens tendaient vers la complète émancipation sociale et économique de la classe ouvrière. La tragédie de la Commune consistait dans son manque de temps. Le processus qui l’acheminait vers le socialisme fut brutalement interrompu par le retour de l’armée de Versailles et le terrible bain de sang qui mit fin à la Commune.

La menace des Versaillais fut clairement sous-estimée par la Commune, qui non seulement ne tenta pas de les attaquer - du moins jusqu’à la première semaine d’avril - mais ne s’est même pas sérieusement préparée à se défendre. A parti du 27 mars, des échanges de feu occasionnels eurent lieu entre les positions avancées de l’armée de Versailles et les remparts de Paris. Le 2 avril, un détachement communard se dirigeant vers Courbevoie fut attaqué et repoussé vers Paris. Les prisonniers aux mains des forces de Thiers furent sommairement exécutés. Le jour suivant, sous la pression de la Garde Nationale, la Commune lança finalement une attaque en trois mouvements simultanés contre Versailles. Cependant, en dépit de l’enthousiasme des bataillons communards, le manque de préparation militaire et politique sérieuse condamnait cette sortie tardive à l’échec. De toute évidence, les dirigeants de la Commune croyaient que, comme le 18 mars, l’armée de Versailles passerait dans le camp de la Commune à la simple vue de la Garde Nationale. Il n’en fut rien.

Cette défaite ne provoqua pas seulement un nombre considérable de morts et de blessés - parmi lesquels Flourens et Duval, exécutés immédiatement après leur arrestation par l’armée de Versailles - mais aussi une vague de défaitisme qui déferla sur Paris. L’optimisme résolu des premières semaines fit place au pressentiment d’une défaite inéluctable et imminente, ce qui accentua les divisions et les rivalités à tous les niveaux de la structure - déjà désordonnée - du commandement militaire.

Finalement, l’armée de Versailles entra dans Paris le 21 mai 1871. A l’Hôtel de Ville, la Commune était dépourvue, au moment décisif, d’une stratégie militaire sérieuse, et cessa tout simplement d’exister, abdiquant toutes ses responsabilités au profit d’un « Comité de Salut Public » totalement inefficace. Les Gardes Nationaux furent postés au combat « dans leurs quartiers ». En l’absence d’un commandement centralisé, cette décision empêcha toute concentration sérieuse de forces communardes capables de résister à la poussée des troupes versaillaises. Les communards combattirent avec un immense courage, mais furent graduellement repoussés vers l’est de la cité - et finalement vaincus le 28 mai. Les derniers communards qui résistaient furent fusillés dans le 20ème arrondissement, devant le « Mur des Fédérés », que l’ont peut encore voir dans le secteur nord-est du cimetière du Père Lachaise. Au cours de la « semaine sanglante », les forces de Thiers massacrèrent au moins 30 000 hommes, femmes et enfants, et firent probablement 20 000 victimes de plus dans les semaines suivantes. Les escadrons de la mort travaillaient sans relâche pendant le mois de juin, tuant toute personne suspectée d’avoir d’une façon ou d’une autre soutenu la Commune.



Communards fusillés par les soldats versaillais pendant la « semaine sanglante »



Marx et Engels suivirent la Commune attentivement et tirèrent de nombreuses leçons de cette première tentative de construire une société socialiste. Leurs conclusions se trouvent dans les écrits de Marx publiés sous le titre La Guerre Civile en France, avec une introduction particulièrement remarquable d’Engels. Marx expliquait que l’une des principales leçons à tirer de l’expérience de la Commune consiste dans le fait que les travailleurs « ne peuvent pas, comme l’ont fait les classes dominantes et leurs diverses fractions rivales, aux époques successives de leur triomphe, se contenter de prendre l’appareil d’Etat existant et de faire fonctionner cet instrument pour son propre compte. La première condition pour conserver le pouvoir politique, c’est de transformer l’appareil existant et de détruire cet instrument de domination de classe ». Marx décrit l’Etat capitaliste comme étant un « immense appareil gouvernemental, qui enserre comme un boa constrictor le véritable corps social dans les mailles d’une armée permanente, d’une bureaucratie hiérarchisée, d’une police, d’un clergé docile et d’une magistrature servile ». Cet « instrument politique de son asservissement », dit Marx au sujet du salariat, « ne peut servir d’instrument politique de son émancipation. »

Marx (!!!)et Engels (!!!) ont soutenu sans réserve la lutte révolutionnaire des travailleurs parisiens. Mais ils étaient conscients du piège qui allait se refermer autour de l’insurrection, en raison de la faiblesse du mouvement révolutionnaire dans les villes de province et du conservatisme réactionnaire de la paysannerie. En septembre 1870, Marx avait écrit que, compte tenu des circonstances défavorables, toute tentative de prendre le pouvoir serait « une folie désespérée ». Cependant, avec la fuite du gouvernement et l’effondrement de l’armée, le cours même des événements plaça le pouvoir entre les mains des travailleurs. A partir de ce moment, ils s’efforcèrent, dans des circonstances extrêmement difficiles, d’organiser une société sur des bases nouvelles. Les travailleurs parisiens se battirent pour faire naître ce qu’ils appelaient une « république sociale universelle », laquelle serait débarrassée de l’exploitation, des divisions de classe, du militarisme réactionnaire et des antagonismes nationaux.

Dans un message adressé aux travailleurs français, en 1892, pour marquer l’anniversaire de la prise du pouvoir par la Garde Nationale, Friedrich Engels écrivait : « Il y a 21 ans aujourd’hui que le peuple de Paris arborait le drapeau rouge, en défi à la fois au drapeau tricolore français qui flottait à Versailles et au drapeau tricolore allemand qui flottait sur les forts occupés par les Prussiens. [...] Ce qui fait la grandeur historique de la Commune, c’est son caractère éminemment international. C’est ce défi hardiment jeté à tout sentiment de chauvinisme bourgeois. La classe ouvrière de tous les pays ne s’y est pas trompée. Que les bourgeois célèbrent leur 14 juillet ou leur 22 septembre. La fête de la classe ouvrière, partout et toujours, sera le 18 mars ! »

Aujourd’hui, en France et dans tous les pays industrialisés du monde, le salariat occupe dans la société une place bien plus prépondérante qu’au XIXe siècle. Les conditions économiques pour la réalisation du socialisme sont actuellement incomparablement plus favorables qu’elles ne l’étaient en 1871. Souvenons-nous donc de la Commune. Apprenons de ses accomplissements comme de ses erreurs. Mais surtout, poursuivons notre lutte pour mettre fin au capitalisme et pour faire advenir la société socialiste, libre et démocratique, pour laquelle les communards se battirent et moururent.




L'Histoire et la Commune



La Commune ne s'est pas limitée à la capitale, en mars 1871, Lyon, Marseille, Toulouse et quelques villes industrielles, Le Creusot, Saint-Etienne, ont connu des mouvements insurrectionnels. Mais, sauf à Marseille où les manifestations se prolongent sur plusieurs jours, les autorités n'ont aucun mal à reprendre la situation en main. S'il importe de ne pas négliger la réaction des départements, il reste que la Commune se confond, pour l'essentiel, avec Paris.

Dans la France du XIXème siècle, l'autonomie de la capitale serait le début d'une révolution; Paris paye ses quelques semaines d'indépendance par une horrible répression et par une tutelle que tous les régimes suivants auront soin de maintenir.



Destruction de la Guillotine.


La Commune de Paris de 1871 est un événement singulier. Par certains aspects, elle se rattache aux révolutions du XIXe siècle: 1830, 1848. Par d'autres, au contraire, elle annonce les grandes révolutions victorieuses du XXe siècle, qui d'ailleurs s'en réclament explicitement. Marx, opposé tout d'abord à une révolte armée des ouvriers de Paris, se rallia, après la journée du 18 mars, à la Commune. Dans La Guerre civile en France, il tira les premières conclusions de ce mouvement insurrectionnel de type nouveau: «C'était la première révolution dans laquelle la classe ouvrière était ouvertement reconnue comme la seule qui fût encore capable d'initiative sociale, même par la grande masse de la classe moyenne de Paris, boutiquiers, commerçants, négociants - les riches capitalistes étant seuls exceptés. [...] La grande mesure sociale de la Commune, ce furent sa propre existence et son action. Ses mesures particulières ne pouvaient qu'indiquer la tendance d'un gouvernement du peuple par le peuple.»

Un exemple, un mythe

Lénine, parlant des événements de 1917 en Russie, rapprochait les soviets de l'organisation de la Commune de Paris: la source du pouvoir n'est plus dans des lois préparées par un Parlement, «mais dans l'initiative venant d'en bas», des masses populaires. La police et l'armée sont remplacées par l'armement direct du peuple tout entier. Les fonctionnaires sont également remplacés par le pouvoir du peuple, ou placés sous son contrôle et révocables par lui. Á la suite de Marx et de Lénine, Mao Zedong et Fidel Castro se sont ralliés à ces analyses de la Commune et en ont tiré les principes de leur action révolutionnaire. Mais on appela souvent «gouvernement du peuple» la dictature d'un parti. Et l'on vit une nouvelle bureaucratie, émanant d'un parti et non du peuple, remplacer, au nom du centralisme démocratique, l'ancien pouvoir bourgeois. Cependant, la Commune de Paris a apporté au mouvement ouvrier, en même temps qu'une expérience historique concrète, la valeur explosive du mythe.

Le contexte, les faits

La guerre déclarée à la Prusse par Napoléon III, en juillet 1870, avait accumulé, en France, les désastres militaires. Le 4 septembre, sous la poussée populaire, la République est proclamée. Un gouvernement - auquel participent le général Trochu, président, Jules Favre et Jules Ferry - est chargé, en principe, de continuer la guerre. Le peuple de Paris, assiégé par les Allemands à partir du 19 septembre, supporte avec un courage exemplaire le froid, la faim et les bombardements. Mais il s'avère bientôt que le gouvernement dit de la Défense nationale n'est nullement décidé à la lutte, tandis que le peuple de Paris réclame la guerre à outrance. 380 000 hommes constituent la garde nationale, groupée dans ses conseils de famille et dirigée par le Comité central.

Peuple dans la rue

Dans chaque arrondissement se sont constitués, pendant le siège, des comités de vigilance. De son côté, le Comité central républicain des vingt arrondissements, composé de délégués ouvriers, dont beaucoup appartiennent à l'Internationale, siège depuis le 5 septembre rue de la Corderie. Deux pouvoirs commencent à s'opposer: celui de l'État bourgeois, représenté par le gouvernement du 4 septembre; celui du peuple, encore vague et incontrôlé.

Les souvenirs de la révolution de 1848, que la bourgeoisie avait accaparée à son profit et qui s'était terminée en juin par le massacre des ouvriers de Paris, sont encore vivants et subsistent, malgré les mesures de coercition prises par le second Empire. Mais, en 1860, l'Empire est obligé de modifier sa politique et d'adopter une position plus libérale. Il laisse des ouvriers français se rendre en délégation à l'Exposition universelle de Londres. Ils y découvrent une classe ouvrière mieux organisée et mieux rémunérée, et réclament, à leur retour, la création de chambres syndicales et le droit de grève. Celui-ci leur est accordé, avec des restrictions, en 1864. La même année paraît, à l'occasion d'élections complémentaires, le Manifeste des soixante, texte capital d'inspiration nettement socialiste, où les rédacteurs dénoncent l'hypocrisie de l'égalité telle que l'a formulée la Révolution de 1789 et demandent une véritable démocratie politique, économique et sociale. Enfin se constitue, à Londres, l'Association internationale des travailleurs, dont l'adresse inaugurale est rédigée par Karl Marx. Mais la section française est formée sur l'initiative d'ouvriers proudhoniens. Á ces courants s'ajoute l'influence de Blanqui, qui a passé une grande partie de sa vie en prison et qui, reprenant la tradition de 1793, pense que la révolution peut être accomplie par de petits groupes organisés en sociétés secrètes prônant l'action violente. Ces diverses tendances vont s'affirmer dans l'action des hommes de la Commune.

Le 31 octobre, jour où le peuple de Paris apprend l'échec de la sortie du Bourget, la capitulation de Metz et les négociations de paix, les gardes nationaux, à l'instigation des comités de vigilance, demandent la déchéance du gouvernement du 4 septembre aux cris de «Vive la Commune!». Le 7 janvier, L'Affiche rouge, rédigée en partie par Jules Vallès au nom du Comité des vingt arrondissements, réclame une attaque en masse, la réquisition générale, le rationnement gratuit, enfin le gouvernement du peuple.

Après l'inutile et sanglante sortie de Buzenval, le général Trochu est remplacé par le général Vinoy. Jules Favre va négocier avec Bismarck. Mais, le 22 janvier, les gardes nationaux réclament, devant l'Hôtel de Ville, la guerre à outrance: les mobiles bretons tirent sur la foule. Les clubs, où depuis le siège s'est formé l'esprit révolutionnaire, ainsi que les journaux républicains sont supprimés. De nombreuses arrestations sont effectuées. Le 29 janvier, on apprend la conclusion d'un armistice qui doit permettre l'élection d'une assemblée nationale. Les conditions en sont draconiennes: désarmement de l'enceinte fortifiée de Paris, occupation des forts, paiement de deux cents millions en quinze jours.

La province, qui, elle, veut dans son ensemble la paix à tout prix, élit une assemblée réactionnaire, tandis qu'à Paris la délégation des vingt arrondissements, l'Association internationale des travailleurs et la Chambre fédérale des sociétés ouvrières présentent des candidats, dont le programme est nettement socialiste et révolutionnaire: ils veulent une république qui donnerait aux ouvriers leurs instruments de travail, comme celle de 1789 remit la terre aux paysans, une république qui réaliserait à la fois la liberté politique et l'égalité sociale. Paris élit des bourgeois démocrates comme Victor Hugo ou Edgar Quinet, des jacobins comme Delescluze, des représentants comme Pyat, Malon, Gambon et Tolain.

Soutenu par cette Assemblée en majeure partie composée de ruraux, le chef du pouvoir exécutif, Thiers, symbole même de la bourgeoisie, a les mains libres pour traiter avec l'Allemagne. La France devra payer un tribut de cinq milliards, abandonner l'Alsace, moins Belfort, et le tiers de la Lorraine. Le 1er mars, l'Assemblée ratifie le traité, malgré la protestation désespérée des députés alsaciens et lorrains.

Délivrée de la guerre extérieure, l'Assemblée des ruraux, des hobereaux et des notables que la province a élus n'a plus devant elle que ces ouvriers, ces artisans, ces petits-bourgeois de Paris, à la fois socialistes, républicains et patriotes, qu'il faut mater. Des mesures sont prises immédiatement contre la population parisienne exténuée par les souffrances du siège: la suppression des trente sous accordés aux gardes nationaux, la suppression des moratoires concernant les loyers et les effets de commerce touchent à la fois les ouvriers, les artisans et le petit commerce. De plus, l'entrée des Prussiens dans Paris, prévue pour le 27 février, apparaît aux Parisiens comme un déshonneur. La foule manifeste et ramène les canons, payés par les souscriptions de la population parisienne, vers les hauts lieux populaires de la capitale: Montmartre, les Buttes-Chaumont, Belleville. Ces canons, ni les Prussiens ni M. Thiers ne les prendront.



Les Allemands n'entrent que le 1er mars dans les beaux quartiers et en sortent le 2. Mais les mesures contre Paris continuent. Des journaux sont suspendus. Flourens et Blanqui sont condamnés à mort par contumace, pour avoir participé à la journée du 31 octobre, tandis que Jules Vallès est mis en prison pour six mois. Thiers et le général d'Aurelles de Paladine adressent deux proclamations aux habitants de Paris. Ils les mettent en garde contre les agissements d'un «Comité occulte» (le Comité central de la garde nationale), font appel aux sentiments des «bons citoyens» contre les «mauvais», fauteurs de désordre, et terminent par une menace non déguisée de recourir à la force si les circonstances l'exigent. Cet avertissement ne sera pas entendu.

La garde pendant la Commune

Dans la nuit du 17 au 18 mars, les troupes du général Vinoy reçoivent l'ordre de reprendre les canons des Parisiens. Mais on avait oublié les chevaux; et les ménagères ont eu le temps de donner l'alerte. Le comité de vigilance du XVIIIe arrondissement, que dirigent Ferré et Louise Michel, monte à l'assaut de la butte Montmartre. Et l'on voit alors d'étonnantes manifestations: femmes, enfants, gardes fédérés entourent les soldats, qui fraternisent avec la foule joyeuse et pacifique. Cependant, le soir, deux généraux, le général Lecomte qui le matin avait donné, sans être obéi, l'ordre de tirer sur les Parisiens, et le général Clément Thomas, qui avait, en juin 1848, décimé les insurgés, sont fusillés, rue des Rosiers.

Devant cette extraordinaire impuissance du pouvoir, Thiers se réfugie à Versailles, et donne aux troupes l'ordre d'abandonner Paris. Étrange victoire remportée sans violence (exception faite de l'exécution des deux généraux), sans combat, et par une foule anonyme. Nulle organisation ne l'a préparée, ni le Comité central de la garde nationale, ni le Comité des vingt arrondissements, ni les comités de vigilance des quartiers, ni l'Internationale; mais des hommes issus de ces différents mouvements, poussés par la foule anonyme, ont pris des initiatives individuelles et incoordonnées.

Le 19 au soir, des hommes inconnus la veille, mais mandatés par le Comité central de la garde nationale, siègent à l'Hôtel de Ville. Qui sont-ils ? Que veulent-ils ? S'agit-il d'un gouvernement révolutionnaire ? Á ces questions que se posent les Parisiens, le Comité central répond immédiatement par deux proclamations. Dans l'une, il remercie l'armée de n'avoir pas voulu «porter la main sur l'arche sainte de nos libertés» et appelle Paris et la France à «jeter ensemble les bases d'une république acclamée avec toutes ses conséquences, le seul gouvernement qui fermera pour toujours l'ère des invasions et des guerres civiles». En conséquence, le Comité central appelle le peuple de Paris à de nouvelles élections. Un appel comparable est adressé aux gardes nationaux. Bien qu'il décide «de conserver, au nom du peuple», l'Hôtel de Ville, le Comité central ne se considère donc pas comme un gouvernement révolutionnaire, mais comme l'agent qui va permettre au peuple d'affirmer sa volonté par de nouvelles élections. Il fixe ces élections au 22 mars, et, en même temps, assume le gouvernement de Paris; il lève l'état de siège, rétablit la liberté de la presse, abolit les conseils de guerre, accorde l'amnistie à tous les condamnés politiques et assure leur libération. Enfin, il envoie des représentants dans les différents ministères abandonnés par leurs titulaires, qui ont suivi Thiers à Versailles. Par ces mesures, le Comité central agit comme un gouvernement, le gouvernement de Paris, face à celui de Versailles. Mais, ennemi de la guerre civile, il ne prend pas d'initiatives militaires; il ne s'attaque pas non plus aux puissances d'argent: il emprunte, pour faire face aux dépenses de Paris, cinq cent mille francs à M. de Rothschild et un million à la Banque de France.

Les maires de Paris et l'Assemblée nationale, dès sa première séance, condamnent ce gouvernement de factieux. Diverses tractations ont lieu sans aboutir: il ne peut y avoir de conciliation entre le peuple et la bourgeoisie.

Le Comité central a, en effet, précisé son programme (23 mars). Il constate d'abord la faillite d'un pouvoir qui a mené la France à la défaite et à la capitulation: «Le principe d'autorité est désormais impuissant pour rétablir l'ordre dans la rue, pour faire renaître le travail dans l'atelier, et cette impuissance est sa négation.» Il faut donc retrouver un ordre et réorganiser le travail sur de nouvelles bases «qui feront cesser l'antagonisme des classes et assureront l'égalité sociale». L'émancipation des travailleurs et la délégation communale doivent assurer le contrôle efficace des mandataires du peuple chargés par lui des réformes sociales. Ces réformes sociales sont: l'organisation du crédit, de l'échange et de l'association, afin d'assurer au travailleur la valeur intégrale de son travail, c'est-à-dire la disparition du profit capitaliste; l'instruction gratuite, laïque et «intégrale»; les libertés des citoyens (réunion, association, presse); l'organisation sur le plan communal de la police et de l'armée. Le principe qui doit gouverner la société tout entière, c'est celui qui organise le groupe et l'association. Il y a donc refus de toute autorité imposée du dehors, que ce soit celle d'un administrateur, d'un maire ou d'un préfet, et contrôle permanent de tous les élus.

Le 25 mars, le Comité central appelle la population parisienne à choisir ses représentants: «Les hommes qui vous suivront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant de votre vie, souffrant des mêmes maux.» Puis, considérant sa mission comme terminée, il se déclare décidé à céder la place aux nouveaux élus.

Á quoi le gouvernement de Versailles répond en appelant la population parisienne à se grouper autour de son Assemblée, contre les «criminels», les «insensés» qui déshonorent Paris. Malgré ces adjurations, 229 000 Parisiens sur 485 000 inscrits se rendent aux urnes, le 26 mars. La différence entre ces deux chiffres s'explique par la diminution de la population parisienne par suite de la guerre, du siège, des départs en province et à Versailles. D'ailleurs, la participation électorale est plus forte dans les quartiers ouvriers que dans les «beaux quartiers» de l'ouest de Paris.

La commune est proclamée

Le 28 mars, à l'Hôtel de Ville, les membres du Comité central remettent leur pouvoir à la Commune, puis l'on proclame la liste des élus.

Ces hommes qui composent la Commune sont d'origines diverses. On y trouve des bourgeois riches: ils s'élimineront d'eux-mêmes, en donnant leur démission, et seront remplacés lors des élections complémentaires du 16 avril; puis les élus issus de la petite et moyenne bourgeoisie: employés, instituteurs, médecins, journalistes, qui avaient déjà milité sous le second Empire dans les rangs du Parti républicain, et qui constituent la majorité de la Commune; enfin, on dénombre vingt-cinq ouvriers - chiffre inhabituel pour l'époque dans une assemblée élue -, affiliés souvent à l'Internationale, venant du Comité central, et qui se retrouvent généralement unis dans la minorité. Plusieurs tendances en effet s'expriment: la majorité groupe des blanquistes se réclamant du vieux prisonnier, qu'on cherchera par la suite à échanger contre l'archevêque de Paris, Mgr Darboy; des jacobins, qui ont fait la révolution de 1848, et ont gardé le souvenir de la Révolution de 1789 (Delescluze incarne ce type de républicain); des radicaux comme Vallès et Vermorel, qui, partisans d'une république démocratique et sociale, ne décèlent pas nettement les transformations économiques nécessaires qu'elle implique. Du côté de la minorité, les ouvriers ne forment pas un bloc idéologique plus uni. Artisans, d'ailleurs, plus qu'ouvriers de la grande industrie, ils appartiennent le plus souvent au courant proudhonien de l'Internationale (Frankel, lui, est en relation personnelle avec Karl Marx). Mais par leur origine, leur passé de militants dans l'Internationale et les chambres syndicales, les élus formant la minorité de la Commune s'intéressent davantage aux questions sociales qu'aux problèmes politiques. C'est pourquoi on a pu les appeler des «socialistes révolutionnaires». Mais nulle trace de partis, d'organisations structurées dans tout cela: s'il arrive à des membres de la minorité de voter avec la majorité, l'inverse se produit plus souvent encore.

Parmi ces hommes, il y a des personnalités de premier plan: le peintre Courbet, l'écrivain Jules Vallès, le savant Gustave Flourens; d'admirables figures d'ouvriers, comme Varlin ou Benoît Malon; de vieux républicains, comme Delescluze qui mourut en héros sur les barricades; mais aussi des rhéteurs vaniteux et sans scrupules, comme Félix Pyat, qu'on a pu appeler «le mauvais génie de la Commune», des imbéciles comme Allix ou Babick. Tous se trouvèrent brusquement confrontés avec des événements difficiles à vivre et à surmonter, et pour lesquels ils n'étaient nullement préparés.

Ce ne sont pas seulement ces hommes qui sont au pouvoir, mais le peuple de Paris tout entier à travers les sections de l'Internationale, les chambres syndicales, les coopératives, les comités d'arrondissement coiffés du Comité central républicain, et les clubs. Ces derniers, qui existaient déjà pendant le siège, se sont multipliés et l'on y discute des problèmes immédiats d'organisation et de défense, mais aussi de questions plus générales: la femme dans la société, les relations du capital et du travail, etc. D'autre part, les femmes ne restent pas inactives: groupées dans l'Union des femmes pour la défense de Paris et les secours aux blessés, fondée par une amie de Marx, Elizabeth Dmitrieff, on les voit aussi dans les comités de vigilance, dans les clubs, et, comme cantinières, ambulancières ou soldats, jusque sur les remparts. Enfin, le Comité central de la garde nationale, qui malgré ses déclarations n'a nullement abdiqué, continue à tenir ses séances et à prétendre diriger la lutte. Il crée ainsi, à côté de la Commune, un second pouvoir, facteur d'anarchie.

L'esprit d'une révolution

Dès le 29 mars, la Commune décide de former dix commissions correspondant aux différents ministères que le Comité central avait pris en main, à l'exception de celui des Cultes qui est supprimé. Le 19 avril, dans une déclaration, elle explique ses buts au peuple français: reconnaissance et consolidation de la République, une république non plus centralisée, mais qui serait le résultat de la fédération de toutes les communes de France. Suit l'énumération des droits de la commune: vote du budget communal, organisation de la magistrature, de la police, de l'enseignement, recrutement de tous les fonctionnaires par élection ou concours, administration des biens appartenant à la commune, garantie absolue de la liberté individuelle, de la liberté du commerce, de la liberté du travail, intervention permanente des citoyens dans les affaires de la commune, organisation de la garde nationale par l'élection des chefs. La Commune de Paris se défend de vouloir, comme l'en accuse le gouvernement de Versailles, imposer sa dictature aux autres communes de France, ou poursuivre la destruction du pays. Elle refuse, au contraire, la centralisation «despotique, inintelligente, arbitraire ou onéreuse» qui a été imposée à la France par la monarchie, l'Empire et la république parlementaire. «Nous avons la mission d'accomplir la révolution moderne la plus large et la plus féconde de toutes celles qui ont illuminé l'histoire.»

Ce texte essentiel éclaire l'œuvre que la Commune va essayer de réaliser, sans plan ni méthode, dans une suite d'improvisations et dans un délai très court. Il s'agissait, en fait, de détruire la société et le gouvernement traditionnels, et de les remplacer par une société totalement nouvelle visant non plus au gouvernement des hommes, mais à l'administration des choses par les hommes eux-mêmes. Ce projet de décentralisation aurait pu recevoir l'appui d'une partie de la province, s'il y avait été connu. La Commune essaya bien d'envoyer des émissaires dans les départements et de lancer un appel aux paysans. Des villes comme Lyon et Saint-Étienne avaient connu des soulèvements dès le mois de septembre; le 18 mars avait eu quelque retentissement à Marseille, à Narbonne, à Toulouse, à Grenoble, à Limoges. Mais la situation avait été rapidement reprise en main par le gouvernement. Intoxiquée par la propagande versaillaise, la province, dans son ensemble, resta hostile à Paris.

La Commune remet en marche les services publics, désorganisés par le départ d'une grande partie des fonctionnaires et administrés provisoirement par le Comité central. Il faut que Paris, qui a tant souffert de la faim pendant le siège, puisse se nourrir. Viard et la Commission des subsistances prennent des mesures de taxation du pain et de la viande, et, en liaison avec les mairies, assurent le contrôle des halles et marchés. Le service des Postes est rétabli en quarante-huit heures. Un conseil des Postes, créé au début d'avril, comprenant des représentants du personnel, sorte de «commission paritaire» avant la lettre, devait décider du recrutement et de l'avancement des fonctionnaires. Un ouvrier bijoutier, Camelinat, membre de l'Internationale, dirige la Monnaie. Le service de l'Imprimerie nationale imprime les affiches de la Commune. Contrainte de réorganiser le service de santé, la Commune décrète, le 13 avril, la constitution de compagnies d'ambulances. Dans les arrondissements, les bureaux de bienfaisance sont remplacés par l'assistance communale.

En ce qui concerne la Justice, la Commune décide la gratuité du recours aux juges et le principe de leur élection, mais doit remettre à plus tard l'exécution de ce décret. Elle supprime, en outre, la vénalité des charges de notaires, d'huissiers et autres officiers publics, qui deviendraient des fonctionnaires: ces mesures auraient eu pour résultat d'enlever à l'exercice de la justice son caractère de classe.

Aux Finances, la Commune avait placé un homme particulièrement intègre, un employé de banque, Francis Jourde. Il s'efforça de percevoir les recettes traditionnelles et d'éviter le gaspillage. Mais la Commune recula devant la mesure révolutionnaire qu'aurait été la nationalisation de la Banque de France, erreur qui contribua à sa défaite.

Au contraire, sur le plan de l'enseignement, la Commune agit avec vigueur et continuité. Pour forger la société de l'avenir qu'elle souhaitait, il fallait former des hommes et des femmes échappant à l'emprise cléricale. D'où la nécessité de créer un enseignement gratuit, laïque et obligatoire, qui assurât à la jeunesse une formation républicaine. La Commission de l'enseignement et les municipalités de Paris firent appel à toutes les compétences, à toutes les bonnes volontés. La société de l'Éducation nouvelle convie les éducateurs et les parents à discuter des réformes à réaliser dans les programmes et les méthodes d'enseignement. Les discussions préconisent des expériences pédagogiques qui seront appliquées par la suite dans presque tous les pays. Louise Michel propose à la Commune une méthode d'enseignement dans laquelle elle accorde la plus grande importance à la formation morale des enfants. Des écoles congréganistes ont fermé leurs portes: la Commune demande aux citoyens et citoyennes qui voudraient obtenir des postes de présenter leur candidature à la Commission de l'enseignement et confie l'inspection des écoles aux membres de la Commune. Le délégué à l'Enseignement, Édouard Vaillant, invite les municipalités à créer des écoles professionnelles, en particulier pour les jeunes filles. Deux écoles sont ouvertes, l'une rue Lhomond, l'autre rue Dupuytren. La Commune décide en outre de relever les traitements des instituteurs et institutrices. Pour la première fois, on proclame l'égalité des salaires entre les hommes et les femmes.

Bien que, sous l'influence proudhonienne, la Commune se montrât souvent hostile aux femmes, en dépit de l'aide incontestable qu'elles lui apportèrent, des mesures sont prises qui ont pour conséquence de reconnaître la famille prolétarienne, telle qu'elle existait réellement, et de faire éclater les structures traditionnelles instituées par les lois civiles et religieuses: pour le paiement des pensions des fédérés tués au combat, la Commune ne fait pas de distinction entre les femmes mariées ou non, entre les enfants légitimes ou naturels.

Mais c'est dans le domaine du travail que la Commune de Paris amorce son œuvre la plus profonde de précurseur. La Commission du travail, de l'industrie et des échanges est dirigée par un ami de Marx, Frankel, qui avait reconstitué, avec Varlin, le conseil fédéral de l'Internationale. «Nous ne devons pas oublier, déclare-t-il le 13 mai, que la révolution du 18 mars a été faite par la classe ouvrière. Si nous ne faisons rien pour cette classe, je ne vois pas la raison d'être de la Commune.» Une première série de mesures de caractère social concerne les loyers, les échéances et les dépôts au Mont-de-Piété. Dès le 30 mars, la Commune décrète la remise des termes d'octobre 1870, janvier et avril 1871, sans contrepartie pour les propriétaires; le 25 avril, les locaux abandonnés doivent être réquisitionnés en faveur des habitants dont les appartements ont été endommagés par les bombardements.

La Commune décide, après de longues hésitations, que le remboursement des échéances commencera seulement à partir du 15 juillet 1871 et sera étalé sans intérêts sur trois ans. Les objets d'une valeur inférieure à vingt francs, déposés au Mont-de-Piété, «cette banque du pauvre», peuvent être dégagés gratuitement.

Le travail de nuit des boulangeries est supprimé le 20 avril, ainsi que la pratique courante des amendes et retenues opérées sur les salaires par les patrons. D'autres mesures vont beaucoup plus loin. Le 16 avril, un décret constitue une commission d'enquête formée par les chambres syndicales. Celles-ci sont chargées de dresser la liste des ateliers abandonnés et de présenter un rapport qui permette de les remettre en marche par les soins d'associations coopératives des ouvriers qui y sont employés. Un jury arbitral devait établir, par la suite, l'indemnité payée aux patrons s'ils revenaient. Malgré cette réserve, ce décret constituait, en fait, une expropriation du capital au profit des coopératives ouvrières. Les ouvriers mécaniciens et métallurgistes, puis les tailleurs, les ébénistes, les cloutiers, les boulonniers nomment des délégués à la Commission d'enquête, qui tient deux séances, les 10 et 18 mai. L'Union des femmes, de son côté, suscite dans le même sens un projet d'organisation du travail des femmes, qui doit éviter le piège des ateliers charitables, tels qu'ils fonctionnèrent en 1848. Elle convie les ouvrières à la réunion du 18 mai, pour contribuer à l'élection des déléguées qui constitueront la Chambre fédérale des travailleuses. Enfin, pour éviter les baisses de salaires, Frankel propose que les marchés d'habillement militaire soient passés directement avec les coopératives ouvrières.

Paris entre la dictature et l'anarchie

La prolifération anarchique de comités divers, qui soutenaient la révolution, l'affaiblissait en même temps, en particulier en ce qui concerne la défense de la Commune. La Commune se méfiait des militaires qu'elle avait délégués à la guerre: de l'aventurier Cluseret aussi bien que du généreux Rossel. Les gardes nationaux les plus ardents étaient des combattants révolutionnaires, qui répugnaient à une discipline nécessaire. Enfin, des tentatives de conciliation de la part de l'Union des chambres syndicales, de l'Union républicaine des droits de Paris, des députés de Paris, des membres de la franc-maçonnerie, alors qu'il ne pouvait y avoir de conciliation entre la Commune et Versailles, n'eurent pour effet que d'amoindrir la résistance de Paris.

soldats pendant la Commune

Paris n'eut jamais plus de 40.000 combattants, auxquels il faut ajouter des femmes et des adolescents. Thiers, au contraire, avait, avec l'appui de Bismarck, reformé son armée: elle comptait 63.500 hommes, auxquels s'ajoutèrent 130 000 prisonniers libérés d'Allemagne. Jusqu'aux élections de la Commune, il n'y a guère que quelques escarmouches. Mais, le 30 mars, les fédérés sont délogés du rond-point de Courbevoie. Le 2 et le 3 avril, les fédérés essayent de prendre l'offensive. Flourens et Duval sont exécutés par les «versaillais». Á ces exécutions de prisonniers, la Commune répond par le «décret des otages», qui d'ailleurs ne sera pas appliqué. Du 11 avril au 21 mai, la lutte se poursuit autour de Paris. Le général de la Commune, Dombrowski, inflige aux versaillais des pertes importantes. Mais, après une courte trêve qui permet aux habitants de quitter Neuilly en ruines, les versaillais reprennent leurs attaques. Les forts du Sud sont intensément bombardés. Le fort d'Issy, abandonné un moment, est repris par les fédérés. C'est alors que la Commune remplace Cluseret par Rossel (30 avril), qui essaie en vain de réorganiser l'armée fédérée. Á partir du 1er mai commence le bombardement systématique de Paris par l'armée versaillaise. Dans la nuit du 3 au 4 mai, la redoute du Moulin-Saquet tombe, puis, le 8, le fort d'Issy, qui n'est plus qu'une ruine. Las, dégoûté, Rossel donne sa démission de délégué à la Guerre; il est remplacé par un délégué civil, le vieux jacobin Delescluze. Le 13, le fort de Vanves tombe à son tour. Passy, Grenelle, Auteuil, la Muette croulent sous les obus versaillais.

Le dimanche 21 mai, les troupes gouvernementales entrent dans Paris par la porte de Saint-Cloud. Pendant une semaine, les combattants de la Commune luttent quartier par quartier, maison par maison, barricade par barricade. Les versaillais fusillent tous ceux qu'ils prennent les armes à la main; les premières exécutions massives ont lieu à la caserne de la rue de Babylone, tandis que les pompiers de la Commune éteignent l'incendie du ministère des Finances, allumé par des obus versaillais. Il convient de faire le point sur ces incendies de Paris, que l'on a tant reprochés aux communards. En premier lieu, les obus de Thiers avaient déjà endommagé les quartiers de l'Ouest. D'autre part, certains incendies peuvent être attribués à des agents bonapartistes, qui avaient intérêt à faire disparaître des traces de la gestion impériale. Enfin, les incendies allumés par les communards au cours des combats doivent être assimilés à des actes de guerre: ce furent des moyens militaires de s'opposer à l'avance de l'ennemi. La Légion d'honneur, la Cour des comptes, le Conseil d'État ont été ainsi la proie des flammes. Si les communards mettent le feu à la Préfecture de police et à une partie du Palais de justice, des mesures sont prises pour sauvegarder la Sainte-Chapelle et Notre-Dame. Aux massacres des habitants de Paris par les troupes régulières, la Commune répond en faisant exécuter cinquante-deux otages, dont l'archevêque de Paris, Mgr Darboy. Le 26 mai, la résistance est à son comble, tandis que les exécutions sommaires par les versaillais se multiplient à mesure qu'ils avancent dans Paris. Le 27 mai, c'est le massacre des fédérés au milieu des tombes du Père-Lachaise. Cependant, le 28, Ferré, Varlin, Gambon se battent encore au cœur du Paris populaire, entre la rue du Faubourg-du-Temple et le boulevard de Belleville. Á une heure, la dernière barricade tombe. Le lendemain, le fort de Vincennes capitule et ses neuf officiers sont fusillés sur-le-champ.

Les jours suivants, les cours martiales continuèrent à condamner à mort. Il suffisait qu'une femme fût pauvre et mal vêtue pour être exécutée comme «pétroleuse». La Seine était devenue un fleuve de sang. Le 9 juin, Paris-Journal écrivait encore: «C'est au bois de Boulogne que seront exécutés à l'avenir les gens condamnés à la peine de mort par la cour martiale. Toutes les fois que le nombre des condamnés dépassera dix hommes, on remplacera par une mitrailleuse le peloton d'exécution.» L'«armée de l'ordre» avait perdu 877 hommes depuis le début d'avril. Mais on ne sait exactement combien d'hommes, de femmes et d'enfants furent massacrés au cours des combats ou sur l'ordre des cours martiales. On peut sans doute avancer le chiffre de trente mille victimes.

Á Versailles, on avait entassé plus de trente-huit mille prisonniers. On en envoya aussi dans des forts et sur des pontons. Beaucoup moururent de mauvais traitements. Pour juger les vaincus de la Commune, quatre conseils de guerre fonctionnèrent jusqu'en 1874. Il y eut 10 042 condamnations et 3 761 condamnations par contumace. Ferré, Rossel se montrèrent devant les conseils de guerre à la hauteur de leur destin. Ils furent condamnés à mort et fusillés. Le plus grand nombre fut déporté en Nouvelle-Calédonie ou en Guyane. D'autres réussirent à gagner la Belgique, la Suisse et l'Angleterre. L'amnistie, votée en 1880, ramena en France les derniers survivants.

Certes, la Commune a commis de lourdes fautes. Elle n'a pu ni organiser sa défense, ni lier son action à celle de la province et de la paysannerie. Sans doute les conditions économiques n'étaient-elles pas mûres encore pour instaurer sur des bases socialistes la nouvelle société qu'elle entrevoyait. Mais, par les décisions prises pour l'organisation du travail (suppression du travail de nuit pour les ouvriers boulangers, suppression des amendes et retenues sur les salaires, réouverture et gestion des ateliers par des coopératives ouvrières) et par diverses mesures sociales, la Commune a tracé la voie à une société qui ne serait plus gérée au profit du capitalisme, dans l'intérêt de la bourgeoisie, mais qui déboucherait sur le socialisme. C'est donc à partir de faits très réels que Karl Marx, le premier, a pu écrire: «Le Paris ouvrier, avec sa Commune, sera célébré à jamais comme le glorieux fourrier d'une société nouvelle. Ses martyrs seront enclos dans le grand cœur de la classe ouvrière.» Cependant, la Commune fut en majorité un gouvernement de petits-bourgeois et l'on ne saurait y trouver en germe l'idée de la dictature du prolétariat, ni même l'organisation d'un parti directeur de la classe ouvrière. Anarchistes, communistes, socialistes de diverses obédiences peuvent donc à la fois se réclamer de son expérience et en dégager, par-delà l'histoire et sans la fausser, la force élémentaire d'un mythe révolutionnaire et un espoir: celui d'une société sans classes, où régnerait la justice sociale.