
Lalo Vespera 21/12/11
11-Septembre
:
de la misère journalistique à
la logique de collabos
Le magazine Le Point vient de
mettre en ligne* le dossier publié dans son numéro du 1er décembre dernier, consacré
aux « obsédés du complot », à l'occasion des récents rebondissements dans la saison
3 de l'affaire DSK. Une nouvelle fois, l'hebdomadaire se lance dans quelques rapprochements
hasardeux avec la problématique du 11-Septembre en noyant celle-ci dans un amalgame
de comparaisons fumeuses. La ficelle du « conspirationnisme » pour inhiber le
débat sur les attentats de 2001 étant aujourd'hui usée, pourquoi Le Point s'embarrasse-t-il
de cette manœuvre qui a peu à voir avec le journalisme et davantage avec une activité
de propagande pour discréditer tout exercice de la pensée critique sur cet événement
fondateur de l'histoire récente ? Et plus généralement, quelle sont les motivations
et la logique de ces médias qui, en France, s'obstinent curieusement à défendre
bec et ongles la version officielle du 11-Septembre délivrée par le gouvernement
des États-Unis, quelque soit la somme gigantesque des aberrations qu'elle comporte
?
Dix années d'observation
L'aspect
passionnant que soulève ce dossier du Point, et bien d'autres cas de figure similaires
avant celui-ci, se situe dans la compréhension du système qui conduit certains
individus au sein des médias à organiser une instrumentalisation de l’information.
L'hebdomadaire qui surfe sur l'affaire DSK pour coller du « négationnistes » sur
le dos des opposants à la théorie officielle de la conspiration sur le 11-Septembre,
et qui nous ressert le même refrain éculé, ne fait certainement pas tout ça en
dilettante.
Certes, le contenu qui nous est offert ici affiche
une forme de misère journalistique qui est presque devenue coutumière. On est
très loin de l'esprit d'Albert Londres dans le traitement du sujet**, et bien
proche de celui d’un magazine people comme Closer. Mais en l'occurrence, cette
misère n'est pas tant due à l'incompétence de ceux qui rédigent ces articles (ou
à la fatuité d'un Taguieff, appelé en renfort, partisan jusqu'à l'extrême et toujours
dévoué pour vendre quelques cravates), mais plutôt aux intentions qui sont les
moteurs des positions qu'ils défendent. À ce sujet, AgoraVox a récemment publié
un article intitulé « Mathieu Kassovitz et la rhétorique de disqualification »,
à l'occasion du procès que le cinéaste avait intenté à plusieurs journalistes
qui l'avaient qualifié de « révisionniste » ou caricaturé en adepte de Goebbels
à la suite de sa prise de position critique à l'égard de la version officielle
sur le 11-Septembre. Un commentaire posté sur le site ReOpen911 en réaction à
cet article, par une internaute nommée Carla, se montre fort pertinent :
« Dénigrement, évitement, intimidation, mensonges par omission, la presse
utilise toutes les ficelles pour ne surtout pas aborder l'examen minutieux des
FAITS et faire de l'obstruction passive. Par contre, concernant les insultes à
Matthieu Kassovitz, on est carrément dans une démarche très active (carrément
militante) de prise de position caractérisée, qui outrepasse de très loin les
prérogatives que l'on peut attendre d'un organe de presse. Pour moi, Laurent Joffrin***
et consorts ont fait bien plus qu'une simple bévue professionnelle. Ils ont ce
jour-là affirmé publiquement leur appartenance à des relais de pensée nauséabonds
(qu'il reste à déterminer), non compatibles avec la poursuite pantouflarde d'une
activité de presse. »
Après dix années d'observation de cette
position aberrante d'une grande majorité des médias dominants, qui soit ignore,
soit ridiculise, soit attaque avec une virulence démesurée toute vision alternative
à la version officielle sur le 11-Septembre, il est possible aujourd'hui d'affirmer
que la position de ces médias ne relève pas d'une vague ignorance du sujet, d'une
attitude « pantouflarde » ou passive, ou d'une bévue sans cesse répétée… Ce qu'on
observe en l'occurrence est d'une tout autre nature. Comme le précise Carla, il
s'agit bien d'une « démarche très active, carrément militante » de la part de
ces « organes de presse ». Le lynchage médiatique infligé à Mathieu Kassovitz
démontre une volonté de nuire gravement à l'honneur et à la réputation de toute
personnalité osant s'affranchir publiquement de la version officielle. Voilà qui
est bien loin d'une quelconque aspiration ou éthique journalistique.
Et
dernièrement, sur d'autres fronts, les citoyens attentifs auront identifié quelques
média-mensonges, ainsi que Michel Collon nomme fort à propos cette nouvelle arme
de diversion massive. Qu'il s'agisse du conflit en Libye, où de lourdes contre-vérités
concernant les massacres de populations ont été fournies par des sources arrangeantes,
et pilonnées sans réserve par les médias occidentaux, avant que ces manœuvres
ne se révèlent être que des simulacres d'information servant les intérêts des
membres de l'OTAN. Qu'il s'agisse de la Syrie et de l'Iran pour lesquels sont
utilisés plus ou moins les mêmes procédés sans qu'aucune leçon ne semble être
retenue du fiasco libyen. Ou qu'il s'agisse encore du fait que peu de journalistes
s'émeuvent outre mesure de l'anomalie actuelle qui veut que quelques agences de
notation - agences privées - implantées aux États-Unis, jouent avec le destin
économique des pays européens, comme on parie sur des chevaux… Tout ça termine
de démontrer la duplicité d'une partie des médias dominants, et la forfaiture
à laquelle ils participent.
Operation Mockingbird
Tous ces médias qui entretiennent plus spécifiquement la dynamique de dénigrement
acharné sur toute liberté de parole concernant le 11-Septembre et assurent ainsi
la formidable rigidité du tabou sur le sujet le font sous l'influence de responsables
qui s'inscrivent dans un courant atlantiste. Et ce courant mérite une attention
toute particulière en ce qui concerne la façon dont il a infiltré les médias en
France.
L'atlantisme a pris naissance au départ de la guerre
froide. Dans les années 50, un vaste programme nommé « Operation Mockingbird »,
aujourd'hui bien documenté, a été mis en place par la CIA pour infiltrer les médias
nationaux et étrangers, et influencer leurs contenus afin que ces derniers se
montrent favorables aux intérêts américains. En quelque sorte, un système de propagande
secrète qu'il est intéressant de situer en parallèle avec « Les armées secrètes
de l'OTAN » mises en lumière par Daniele Ganser.
La méthodologie
consistait à placer des rapports rédigés à partir de renseignements fournis par
la CIA auprès de journalistes conscients ou inconscients de cette manœuvre. Ces
informations étaient ensuite relayées par ces journalistes et par les agences
de presse. À l'étranger, ce système a été très payant dans le cadre de la déstabilisation
de pays en vue de coups d'État ou autres délicatesses, comme au Guatemala en 1954.
Des auditions menées par le Congrès américain en 1975, dans le cadre de la Commission
Church, ont prouvé que plusieurs responsables de presse ainsi que des journalistes
avaient été payés par la CIA dans le cadre de l'opération Mockingbird.
Par ailleurs, un des aspects intéressants de toute cette affaire est le
fait que l'homme qui a initié et longtemps dirigé cette imposante opération de
propagande est Frank Wisner Senior qui est un des fondateurs de la CIA. Mais celui-ci
est aussi le père de Frank Wisner Junior qui est encore aujourd'hui un gros poisson
de la diplomatie américaine et qui n'est pas sans lien avec les ramifications
séditieuses du 11-Septembre. Mais là où le cocktail politique devient pétillant,
c'est quand on remarque que Frank Wisner Junior est également le beau-père d'Olivier
Sarkozy, le demi-frère du Président français. Cela pourrait à la rigueur n'être
qu'anecdotique, mais il faut savoir que c'est ce même Frank Wisner qui, il y a
longtemps déjà, a introduit Nicolas Sarkozy dans les réseaux d'influence politique
aux États-Unis et lui a permis de tisser des liens précieux dans le cadre de son
accession au pouvoir en France.
Réseaux
d'influence
Les réseaux d'influence américains en
Europe sont très puissants, mais ils ne sont pas les seuls facteurs qui peuvent
inciter les médias à confondre information et propagande. Lorsqu'ils sont publics,
ces médias sont, depuis la présidence Sarkozy, sous le contrôle accru de l'exécutif.
Et lorsqu'ils sont privés, ceux-ci sont en bonne partie financés par les fleurons
de l'oligarchie économique mondiale ou par les fabricants d'armes. Cet état de
fait ne contribue certainement pas à produire des organes de presse d'une neutralité
exemplaire. D'autant plus que la décennie passée nous a démontré que la finance
mondialisée et les marchands d'armes étaient parmi les premiers bénéficiaires
du 11-Septembre. À partir de ce constat, comment imaginer que la logique de l'argent
n'a pas d'influence sur le contenu de l'information qui est produite par ces médias
? C'est particulièrement remarquable pour la presse de gauche (Libération financé
par Rothschild), dont on attendrait volontiers qu'elle offre une vision réellement
alternative de la marche du monde, ce qui n'est pas le cas. David Ray Griffin
a analysé ce phénomène pour les USA, et ce n'est guère différent ici.
Il
est également important d'évoquer les réseaux d'influence sionistes dont le fait
est qu'ils sont de très fervents soutiens de la version officielle sur le 11-Septembre,
et ce, pour une raison qui reste encore à déterminer… Quoi qu'il en soit, l'autorité
de ces réseaux est considérable dans les médias occidentaux. Et bien entendu,
évoquer ce fait revient à se situer au croisement de deux tabous majeurs de notre
époque, sionisme d'un côté, 11-Septembre de l'autre. Autant dire qu'à ce croisement
est dressé un bûcher qui attend les esprits libres qui choisiraient de s'y aventurer.
Pour prendre quelques repères sur ce sujet, il est intéressant de consulter l'ouvrage
de référence de Stephen Walt et John Mearsheimer « Le lobby pro-israélien et la
politique étrangère américaine » aux éditions La découverte, ou de visionner le
documentaire réalisé sur l'impact de cette publication.
Le
livre « Black List » dans lequel Kristina Borjesson réunit les témoignages de
quinze grands journalistes américains, nous a appris en 2002 comment le journalisme
américain a perdu son titre de quatrième pouvoir et comment le naufrage de l'investigation
a permis les dérives que nous avons constaté avec le 11-Septembre et les guerres
d'agression en Irak et en Afghanistan. Et comme nous l'avons vu, aujourd'hui nous
observons une accentuation de ces dérives avec les mensonges concernant la Libye
et la finance mondiale. Ce naufrage vaut aussi pour la France, et les pressions
des réseaux atlantistes ne sont pas étrangères à cette évolution que le site La
mécanique universelle analyse avec pertinence : « Les symboles sont légions de
la collusion entre le milieu journalistique et les puissants du marché, de la
politique ou du star-système (livres écrits en commun, amitiés, loisirs, appartenance
aux mêmes clubs…) Depuis la prise de contrôle direct ou indirect des médias par
le marché, une pensée unique s'est imposée, alignée sur les thèses les plus conservatrices
des grands patrons et des grands guerriers, aux commandes du monde. […] La collusion
entre journalistes, marchés et politiques, est préjudiciable à l'ensemble humain,
y compris bien sûr au marché et au journalisme. […] Cette collusion anéantie également,
tous les rêves et les idéaux grâce auxquels les journalistes se sont engagés dans
cette vocation. L'humanité future considèrera sans doute les quelques décennies
autour de l'an 2000, comme un vaste retour à la propagande… »
L'atlantisme
en France : le charme discret de la collusion
Le courant
atlantiste qui s'est enraciné en France dans les années 80 avec la Fondation Saint
Simon, un think tank à la française qui n'était pas sans lien avec la CIA, comme
le décrit l'historique documenté de Denis Boneau, publié en 2004. Un des buts
premiers de cette fondation dont la figure médiatique était Alain Minc consistait
à infiltrer la gauche française afin de la convertir aux bienfaits du libéralisme
économique. Parmi ses membres ont figuré nombre de responsables de presse ou de
personnalités qui sont aujourd'hui d'incontournables leaders d'opinion : Laurent
Joffrin (actuel directeur du Nouvel Observateur), Franz-Olivier Giesbert (actuel
directeur du Point), Serge July (Fondateur de Libération), Jean Daniel, Jean-Pierre
Elkabbach, Christine Ockrent, Bernard Kouchner, Michel Cotta, Alain Finkielkraut…
On y trouvait aussi de hauts dirigeants de l'économie qui faisaient tout le charme
feutré de ce « cercle de la raison » comme le nommait Alain Minc : Antoine Riboud,
Christian Blanc ou Jean-Luc Lagardère… Un délicieux cocktail de cadors tout à
fait caractéristique ce cette « collusion entre journalistes, marchés et politiques
» que décrypte La mécanique universelle. La Fondation Saint Simon dissoute en
1999 a suscité l'émergence d'autres « groupes de réflexion » du même tonneau dont
« Le Siècle » est aujourd'hui le spécimen le plus représentatif de son espèce.
Et le courant atlantiste n'a fait que prendre toujours plus d'importance ces dix
dernières années jusqu'à constituer aujourd'hui l'axe d'une pensée unique, particulièrement
sur la question du 11-Septembre, à gauche comme à droite, du Canard Enchaîné jusqu'au
Figaro, en passant par la plupart des titres de presse, les radios, les télés
publiques ou privées en France.
La pensée atlantiste pose les
États-Unis au centre du monde, en modèle de vertu démocratique pour le reste de
la planète, alors que les dirigeants de ce pays mènent une politique impérialiste
arrogante et insatiable. On est en droit de penser qu'une partie non négligeable
des prosélytes atlantistes installés au sein des rédactions sait parfaitement
ce qu'il en est du 11-Septembre, et cette partie sait que cet événement lui a
permis de forcer le courant en Europe et plus particulièrement en France, mais
que le 11-Septembre et la charge des anomalies qui pèsent sur la version officielle,
constitue aussi son point faible. Alors les soldats de cette mouvance conquérante
attaquent encore et encore… Et ils attaqueront toujours plus durement, car leur
position ne leur autorise pas d'autre issue.
Pourtant, quelque
chose de vain apparaît dans la répétition incessante de cette manœuvre improbable.
Car elle s'effectue dans le cadre d'un profond mépris pour les citoyens français
(le sondage effectué cette année par HEC pour ReOpen911 montre que moins d'un
tiers des personnes interrogées adhère à la version officielle des attentats du
11-Septembre). Et de ce fait, c'est aussi méprisant pour les lecteurs mêmes du
magazine Le Point.
Quelle que soit la propagande que relayent
les médias grand public, le 11-Septembre reste un révélateur pour tous ceux qui
défendent le droit à la vérité. Et la somme des mensonges soutenus sur le 11-Septembre
offre aux citoyens une opportunité de découvrir la logique qui anime ces médias
corporatistes, aujourd'hui à la botte du pouvoir de la finance mondiale bouclée
à Wall Street et tenue par une oligarchie qui dévore toutes les richesses du monde,
le corps de nos démocraties et l'esprit des Lumières. Ainsi, pour servir ce système
au bénéfice d'une puissance étrangère et contre l'intérêt des citoyens de notre
pays, fonctionne la logique des atlantistes et de ce qu'il est convenu d'appeler
une élite intellectuelle au sein des médias français. Une logique de collabos.
__________________________________________
*
Les articles parus dans Le Point du 1er décembre 2011 :
Strauss-Kahn
a-t-il été piégé ? Les obsédés du complot
La nouvelle vague conspirationniste
11 Septembre, ils sont tombés dans le piège complotiste
Le pire de
la Toile
« On flatte les gens dans leurs croyances »
Taguieff
décode la théorie du complot
** Pour une critique plus détaillée du
contenu même du magazine, je relaie ici l'analyse pertinente de Buzz l'éclair
:
« Le Point utilise un titre tapageur pour vendre son torchon : Les
Obsédés du complot / Les négationnistes du 11 septembre 2001. Mais ils se dispensent
bien de mettre derrière ces mots des arguments qui les justifient, c'est un effet
d'accroche. Rien dans leur dossier ne vient expliquer l'emploi de tels mots. Et
rien ne s'adresse aux faits, on peut chercher, il n'y a rien, rien, rien. A l'image
de l'émission Service Public de France Inter du 2 novembre, tout part du principe
qu'une classe particulière de personnes de plus en plus large se met à croire
aux complots, sorte de déviance de la société en perte de confiance. La question
est donc traitée d'un point de vue social et absolument pas sur l'étude des faits
qui valideraient ou invalideraient une thèse ou une autre (thèse officielle incluse).
On remarquera par contre que le discours se fait de plus en
plus précis et construit, on ne se contente plus de traiter sèchement le mouvement
avec quelques noms invalidants comme conspirationniste ou complotiste, ou bien
de suggérer leur antisémitisme et leur anti-américanisme, mais on va chercher
à analyser la construction d'une pensée conspirationniste comme un effet de société
qui mérite toute l'intention paternaliste de nos journalistes / intellectuels.
Les comparaisons entre ce numéro du Point et l'émission de France Inter sont tout
à fait saisissantes, et on peut y voir un réel effort de mise en forme quand il
suffisait avant de jouer sur la diabolisation […] Mais en dehors de ça, c'est
toujours un peu les mêmes ingrédients qu'on affine et qu'on assemble pour engendrer
un discrédit total sans jamais parler des faits : comparaison avec la Lune, Lady
Di et autres histoires « louches », utilisation des « people », une dose d'antisémitisme
par ci un brin d'anti-américanisme par là, faites une allusion aux juifs, Thierry
Meyssan, Dylan Avery, et voilà, le tour est joué !
Où
sont les faits ? Et bien ça n'intéresse personne apparemment, mais cela mériterait
également analyse : le journalisme est devenu un métier de communiquant, voire
de propagandiste, où tout se base sur la confiance du discours dans la validation
hiérarchique de l'information et non dans la démonstration. »
*** Laurent
Joffrin est un des défenseurs les plus zélés de la théorie officielle des attentats
du 11-Septembre, délivrée par l'administration Bush. ____________________ * http://www.wikifilms.net/WikiFilms/WikiFilms_Intro.html |
| |