«
Pour vaincre l’insecte, il faut connaître l’insecte »
Sky Marshal Tehat
Meru in « Starship Troopers » (Paul Verhoeven)
Il
est un truisme d’affirmer que le cancer ne se déclare pas sans raisons car contrairement
à ce que certains « experts » laissent entendre, le cancer n’apparaît pas pour
de mystérieuses raisons endogènes liées à de vagues concepts comme le vieillissement.
La première cellule qui va devenir cancéreuse aura donc au préalable été soumise
à une agression extérieure le plus souvent durant une très longue période, le
cancer est donc une maladie exogène.
Ensuite, la probabilité de démarrage
de la maladie dépend de beaucoup du terrain, autrement dit de l’état de l’organisme.
Mais
d’abord, comme le dit très justement le Sky Marshal, pour vaincre l’ennemi nous
devons connaître l’ennemi !
Pathologie
du cancer
Le cancer est une maladie de la cellule qui
est le constituant de base de la vie sur notre planète.
La
cellule
Apparue il y a environ 3.5 Milliards d’années, la
vie fut d’abord constituée de cellules vivant seules telles que les bactéries.
Ces cellules étaient capables de s’adapter en changeant leur comportement pour
améliorer leurs capacités de survie individuelle.
Puis un jour il y a 600
Millions d’années, une transformation majeure apparut, elles décidèrent de mettre
leurs ressources en commun pour constituer des groupes organisés de cellules.
Progressivement, la vie évolua jusqu’à l’apparition du cochon d’inde … et enfin
de l’être humain !
Dans ces architectures en réseau collaboratif, contrairement
à ses ancêtres individualistes et égoïstes (*), chaque cellule agit non pas en
fonction de sa propre survie mais en priorité pour assurer celle de l’organisme
entier.
(*) A peu près comme dans le monde dans lequel nous vivons…
Une
cellule est donc un système extrêmement complexe constitué des principaux éléments
suivants :
- la mitochondrie qui est la centrale énergétique collectant
les nutriments (lipides, glucides, protéines…) et l’oxygène pour alimenter l’ensemble
- le noyau qui possède toute l’information de l’organisme à travers la fameuse
double hélice d’ADN, c’est la base de donnée de la cellule qui contient tous les
programmes à appliquer pour assurer la survie
- la membrane plasmique qui
est la carapace de la cellule bardée « d’ antennes » qui gèrent les communications
avec l’extérieur ainsi que les entrées sorties de matières
- Les protéines
et enzymes, main d’œuvre de la cellule, fabriquées par cette dernière et qui sont
capables d’une multitude de fonctions (transport, signalisation, régulation…)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Prot%C3%A9ine
Une
des grandes particularités de la cellule est que cette dernière est capable de
faire muter son ADN pour améliorer ses chances de survie en fonction des variations
de l’environnement extérieur, mais c’est également une faiblesse comme nous allons
le voir.
Pour
fixer les idées, notre corps est constitué d’environ 100 000 milliards de cellules
(10E14).
Lorsque tout va bien, ces cellules font leur office normalement
avec des actions telles que la réparation des blessures ou l’absorption des nutriments
qui permet à l’organisme entier de fonctionner.
Radicaux
libres
Un mot sur les fameux radicaux libres dont on parle
beaucoup.
Comme on vient de le voir la mitochondrie convertit les nutriments
en énergie. Les radicaux libres sont en fait les déchets produits par cette conversion.
Les cellules obéissent à 2 lois programmées
Les amateurs de Science Fiction connaissent les 3 célèbres lois de la robotique
imaginées par l’écrivain Isaac Asimov auxquelles doit se soumettre tout robot
fabriqué par l’homme.
De la même manière, les cellules obéissent à 2 lois
immuables :
1. Interdiction de se reproduire sauf pour remplacer une cellule
endommagée ou morte
2. Suicide obligatoire par « apoptose » si des dommages
importants sont détectés au niveau de l’ADN.
Le
mécanisme du cancer : carcinogenèse ou initiation
Une cellule
devient cancéreuse dès lors où les 2 conditions suivantes sont réunies :
1. Des substances toxiques ont réussi à endommager suffisamment l’ADN de la cellule
pour le reprogrammer et aller jusqu’à la suppression des 2 lois précédentes.
2. Cette cellule mutante a réussi à vaincre le système immunitaire qui est la
police intérieure de l’organisme
Plus
aucune barrière n’empêche alors cette cellule de se reproduire sans raisons et
de se transformer en 2 cellules identiques par « mitose ».
Ces 2 cellules
poursuivent alors leur division et se transforment alors en 4 cellules.
La réaction continue sans cesse provoquant le développement localisé et anarchique
de cellules identiques à la cellule initiale qui constitue alors une tumeur qui
grossit virtuellement à l'infini.
A moins d’être supprimée entièrement par
des actions externes, la tumeur termine alors sa course en entraînant la mort
par empoisonnement de l’organisme entier ou dès lors où un organe vital est mis
hors fonction par la masse tumorale.
Des
cellules cancéreuses peuvent par la suite se détacher de la tumeur initiale pour
aller se développer dans un autre endroit du corps, cela s'appelle une métastase,
ces dernières peuvent être « tenues en respect » par la tumeur principale grâce
à une substance appelée « angiogénine » fabriquée par cette dernière.
[5]
p. 63 et [3] p. 89 – Travaux de Judah Folkman
Ces
métastases sont donc susceptibles de se développer très rapidement si l’on arrive
à supprimer la tumeur primaire car la production d'angionénine est stoppée.
Dernière
barrière : le système immunitaire
Dans le cas où les mécanismes
internes de protection de la cellule ont échoué à contrebalancer les attaques
d’une cause cancérogène, cette cellule est alors attaquée de l’extérieur par le
système immunitaire de l’organisme et en particulier par certains globules blancs
ou lymphocytes de type NK (Natural Killers) qui forment la dernière
ligne de défense avant le début de la maladie.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Lymphocyte_NK
On assiste alors à une véritable guerre civile dont l’issue dépend en grande partie
de l’état de ce système de défense. Nous verrons dans la 4ième et dernière partie
de cette série d’articles comment chacun peut renforcer son système immunitaire.
Le
cancer utilise le mécanisme de l’inflammation
C’est arrivé,
notre première cellule a réussi à déjouer les protections et elle commence sa
reproduction en formant une tumeur, cette dernière utilise alors les ressources
propres de l'organisme pour se développer et plus particulièrement comme cela
a été découvert récemment le mécanisme de l’inflammation.
[3] p77 – Dvorak/Peek
“Cancer Research” 2005
Très
schématiquement, l’inflammation est le mécanisme mis en œuvre par l’organisme
pour réparer une lésion. Ce mécanisme consiste à combler la lésion avec des cellules
nouvelles en lançant le processus de division cellulaire ou mitose. Dans le cas
de dommages importants le processus d’ « angiogenèse » est lancé pour alimenter
la zone concernée.
Enfin, la division des cellules est stoppée à l’issue
de la cicatrisation par le mécanisme de régulation de la croissance cellulaire
ou apoptose déjà cité.
L’angiogenèse
L’angiogenèse est un mécanisme particulier utilisé par l’organisme pour alimenter
en substances nutritives une zone en réparation. Dans le cas d’une lésion importante,
la zone à réparer nécessite la fabrication d’un grand nombre de cellules de remplacement.
Il faut alors ravitailler massivement cette dernière à partir du circuit sanguin
existant en créant une dérivation locale constituée de micro vaisseaux fabriquée
spécialement pour cet usage.
Pour ce qui concerne le développement du cancer,
le principe est identique comme l’a découvert le chirurgien américain Judah
Folkman déjà cité.
Une tumeur de taille supérieure à 1
mm cube nécessite le démarrage de l’angiogenèse pour continuer à croître.
[5] p. 63 et [3] p. 89 – Travaux de Judah Folkman
Courbe
de croissance d’une tumeur
Suivant le modèle de Collins,
un cancer se développe suivant une progression géométrique appliquée au nombre
de cellules, lors de chaque mitose, le nombre de cellules double.
La séquence
correspond donc à 1,2,4,8,16,32,64,128 cellules et ainsi de suite.
Ce modèle
est subdivisé en plusieurs phases :
- fixation : la cellule initiale s’est
divisée 10 fois, soit 1000 cellules (10E3)
- irréversibilité : 20 divisions,
on arrive à 1 million de cellules (10E6)
- émergence ou détection (*) :
30 divisions ou 1 milliard de cellules (10E9)
- mort (!) : maximum 40 divisions
soit mille milliards de cellules (10E12). Cela correspond à une masse tumorale
d’1/100e du total de l’organisme. Soit pour une personne de 80kg, une masse de
800 grammes. Cette valeur est un ordre de grandeur car la tumeur peut être mortelle
en deçà de cette taille ou au-delà.
(*)
C’est seulement durant cette phase que les moyens techniques dont dispose la médecine
permettent de détecter un cancer ou que des symptômes peuvent lancer l’alerte.

La
vitesse moyenne des divisions cellulaires est de 4 par an, cette vitesse est variable
en fonction de la tumeur, elle caractérise l’agressivité de cette dernière.
En conséquence, la durée moyenne pour atteindre la phase d’irréversibilité (20
divisions) est de 5 ans pour l’ensemble des cancers, la maladie démarre donc sans
symptômes et se développe silencieusement durant une très longue période.
Durant la phase de croissance de la tumeur, on comprend intuitivement que la vulnérabilité
de cette dernière est inversement proportionnelle à sa taille.
Et bien entendu
lors de la phase d’émergence, cette tumeur est déjà bien installée et donc extrêmement
difficile à éradiquer.
Pour
éviter d’en arriver là, il est donc évident qu’il faut tenter de connaître les
causes de la carcinogenèse afin de prendre des mesures préventives en amont.
Carcinogenèse,
une logique probabiliste
La particularité de cette maladie
est que si l’on est exposé à l’une de ses causes, il n’y a pas de certitude sur
le déclenchement de cette dernière mais une plus ou moins forte augmentation de
sa probabilité.
Le déclenchement ou non d’un cancer dépend de plusieurs
facteurs tels que :
- exposition à des substances cancérogènes en fonction
de leur quantité et de la durée d’exposition
- état du système immunitaire
- niveau inflammatoire de l’organisme
- régime alimentaire
- etc…
Cela explique que le classement d’une substance dans la catégorie « cancérogène
» n’est pas déterministe mais probabiliste.
Par
exemple, le tabac est considéré comme hautement cancérogène car il multiplie jusqu’à
30 la probabilité de déclenchement de la maladie. Dit autrement, vous aurez 30
fois plus de chances d’attraper un cancer si vous êtes fumeur que si vous ne l’êtes
pas.
[3] p. 154
Pour les pesticides, le multiplicateur démontré ne
va « que » jusqu’à 8 (*), ce qui fait entretenir par ceux qui ont des intérêts
privés à défendre la polémique sur la dangerosité ou non des pesticides.
Pour la pilule contraceptive, le facteur multiplicateur est faible mais non nul
(dixit le CIRC). Donc prétendre que la pilule est cancérogène semble abusif par
rapport au tabac ou aux pesticides.
http://www.rfi.fr/actufr/articles/068/article_37908.asp
(*)
Cette démonstration est beaucoup plus difficile à établir scientifiquement que
pour ce qui concerne le tabac car il y a environ 100 000 produits chimiques commercialisés
sans aucun test par l’industrie depuis 1940.
Parmi cette pléthore, durant
30 ans seuls 900 d’entre eux ont pu être analysés à postériori par l’OMS (base
CIRC), les résultats montrent que la moitié d’entre eux sont classés dans les
catégories cancérogènes « certains » ou « probables ».
[3] p. 143
Travaux de Devra Lee Davis : http://www.devradavis.com/history_about.php
Les
causes du cancer
Il existe 4 causes majeures qui peuvent
déclencher un cancer :
- micro-organismes
- rayonnements
- produits
chimiques
- médicaments
[1] p50
Micro-organismes
Les virus sont responsables d’un certain nombre de cancers comme ceux du foie
(suite des Hépatite B et C) fréquents en Chine et ceux du col de l’utérus très
présents en Afrique.
Du coté des bactéries, la « Hélibacter pylori » est
à l’origine de cancers de l’estomac et les bactéries « saprophytes » transforment
les nitrates en nitrites responsables de cancers du colon.
Voir partie
2, chapitre « Nitrates et cancer de l’intestin »
Rayonnements
On sait aujourd’hui que les rayonnements radioactifs sont cancérogènes, mais à
l’époque de la découverte de la radioactivité par Marie Curie, personne ne l’imaginait
comme le prouve la mort de cette physicienne en 1934 des suites d’une leucémie
due à la manipulation sans précautions de substances radioactives.
Cette
nocivité fut alors avérée lors de l’apparition massive de cancers chez les radiologues
et certains chirurgiens.
Au sujet des armes nucléaires, les 2 bombes A lancées
sur la Japon ont montré que le plus mortifère furent les cancers induits par les
radiations sur une période de plusieurs années.
Sans parler du sujet brûlant
(un de plus !) des essais nucléaires qui demanderait un dossier complet, en effet
le moins que l’on puisse dire est que les précautions prises pour protéger les
militaires présents ainsi que les populations locales furent…minimalistes, alors
que l’on connaissait les risques.
http://www.jp-petit.org/Presse/ARMES/essais_nucleaires_francais.htm
http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/06/19/essais-nucleaires-les-irradies-d-in-ekker_1209119_3224.html
Les effets cancérogènes de la radioactivité alpha des armes renforcées à l’uranium
appauvri ont été décrits dans un autre article publié sur ce site.
http://french-revolution-2.blog.fr/2008/04/17/et-un-scandale-de-plus-l-uranium-appauvr-4012799
Plus directement, certains rayons su soleil sont connus pour avoir un effet cancérogène
sur la peau.
Et enfin, les rayonnements électromagnétiques sont également
soupçonnés d’être cancérogènes (téléphones portables, antennes relais, WIFI,…).
Produits
chimiques
Le problème des pesticides et engrais chimiques
absorbés quotidiennement par toute la population dans la nourriture et l’air respiré
a été traité en détail dans l’article précédent.
Parmi les causes chimiques
majeures les effets du tabac doivent également être rappelés.