14
décembre 2011
Dialogue
entre
Cristina Fernández de Kirchner
et Hugo Chávez
(Cuba Debate)
Le
1er décembre 2011 - Lauteure vénézuélienne Mónica
Chalbaud enregistre puis transcrit les discours et interventions du président
Hugo Chávez ; elle a effectué ce travail à loccasion
du mémorable dialogue entre le président vénézuélien
et Cristina Fernández de Kirchner (présidente de lArgentine).
La veille de la création de la Communauté des États latino-américains
et caribéens (CELAC), Cristina et Chávez ont commenté la
pensée de Jorge Abelardo Ramos et sa géniale uvre «
Histoire de la Nation latino-américaine ». Voici la transcription
dune partie de ce très intéressant dialogue.
Dialogue
entre Cristina Fernández de Kirchner et Hugo Chávez
[
]
Chávez
: Au fait il faut féliciter Cristina ! Elle vient dêtre réélue.
Nous ne lavons pas saluée comme il convient. [Applaudissements]
Pour la présidente des Argentins qui vient dêtre réélue
! [Applaudissements]
Avec 54% des voix !
Cristina
: Oui ! 54,11.
Chávez
: 54.
Cristina
: 54,11. Noublie pas le « virgule onze ».
Chávez
: Je vais tenter de te dépasser pour les élections de lan
prochain. [Il rit]
Ou au moins tégaler. [Applaudissements]
Cristina,
je veux aller assister à ta prise de fonction. Nous allons y aller ! Nicolás
[Maduro] nest pas ici parce quil se trouve à la réunion
des ministres des Affaires étrangères de la CELAC ! Ce sera le 10
décembre, et je vais y aller ! Cristina, compañeros, compañeras,
cest pour cela que je disais que cette unité, ce rapprochement, cette
compénétration personnelle, politique et stratégique, entre
le gouvernement dirigé alors par Néstor [Kirchner] et celui que
tu diriges maintenant, et notre gouvernement, nos peuples, nos nations, tout cela
vient de très loin. Je crois que cest une obligation de lhistoire.
Cest une obligation de la géographie, pourrait-on dire même.
Cette phrase que Bolívar écrit quand il se trouve au bord de lOrénoque,
en pleine guerre de libération, en 1819, il dit alors à celui qui
dirigeait les Provinces unies du Río de la Plata, cétait [le
général] Pueyrredón, il écrit alors à Pueyrredón
et aux habitants du Río de la Plata, 1819, il dit alors : « Quand
avec les armes du Venezuela nous achèverons le processus de notre indépendance,
nous irons au Río de la Plata » ; il ajoute : « pour forger
le pacte américain ». Il dit finalement : « Si la Providence,
si le Ciel, nous concédaient la satisfaction de ce vu, nous ferions
ici la reine des nations et la mère des républiques ». Et
Bolívar est presque arrivé à Buenos Aires, vous le savez.
Presque. Il ny est pas arrivé parce que cela lui a été
interdit par le mouvement antibolivarien qui prenait forme alors à Bogotá
autour de Santander, alors président de la Grande Colombie. On le demandait
à Buenos Aires. Le Loco Dorrego [le « fou » Dorrego] était
de ceux qui lappelaient.
Cristina
: Laisse-moi te dire. Il y a quelques jours jai signé un décret
qui a été critiqué par lhistoriographie libérale
argentine. On a créé lInstitut du révisionnisme historique
argentin et ibéro-américain Manuel Dorrego, où on étudiera
lhistoire ibéro-américaine, mais pas du point de vue des colonisateurs
et des vainqueurs dans les différents pays, mais en prenant en compte léconomique,
le social, dans lhistoire de lindépendance. Cela a provoqué
quelque polémique parce quil existe une histoire officielle. Dans
tous les pays il existe toujours une histoire officielle, surtout dans les pays
qui ont connu des dictatures et de fortes subordinations culturelles. Cest
ce quils nous enseignent dans les collèges, cest ce quils
nous racontent. Mais nous savons tous que ce nest pas la véritable
histoire.
Cétait juste une petite digression. Je ne voulais pas
vous interrompre, Président, excusez-moi. Jai adopté votre
habitude, voyez-vous. Je ne devrais pas trop vous fréquenter.
Continuez.
[Applaudissements]
Chávez
: Cristina. Non. Tu nas fait qualimenter encore davantage mes réflexions.
Et cela me paraît très bien. Ici la bourgeoisie maccuse de
changer lhistoire. Eh oui, en fait nous la changeons. Aujourdhui et
dans le futur. Mais aussi lhistoire passée, le récit historique,
la vérité, ils avaient falsifié ce qui sest réellement
passé ici. Et maintenant nous faisons un effort pour remettre les choses
à leur juste place, essayant dêtre au maximum objectifs. Ici
au Venezuela presque personne ne savait que Bolívar avait été
expulsé. Jai fini par lapprendre quand jétais
capitaine, jétais professeur dhistoire militaire, et, à
force de chercher et chercher, je tombe sur le décret dexpulsion
de Bolívar. Je te jure que, bien que presque 200 ans fussent passés,
le sang mest monté à la tête, jai empoigné
mon épée de capitaine et je voulais sauter 200 ans en arrière
pour défendre Bolívar, parce que personne, ou presque, ne lavait
défendu alors. Le pauvre il a fini seul, isolé, ignoré.
Il
y a une phrase de Bolívar, vers la fin de sa vie, qui dit textuellement
: « Que peut faire un pauvre homme contre le monde ? »
Cest
de là que provient tout cet élan. Bolívar, San Martín.
LAbrazo de Guayaquil ! Voilà un défi pour nous, Argentins,
Vénézuéliens, lAbrazo [Etreinte propre aux Latino-américains
pour se saluer chaleureusement] de Guayaquil et tout ce qui est arrivé
ensuite.
Dailleurs,
puisque nous parlons de Dorrego, dans les notes que me transmettent les compañeros,
les clips historiques, le 1er décembre, aujourdhui, tu vois nous
sommes presque à Noël, mais en 1828, quel hasard !, une conjuration
téléguidée par Londres renverse le gouvernement légitime
de la Province de Buenos Aires, le gouvernement de Manuel Dorrego. Le représentant
de lempire britannique est alors [prononciation hésitante] Lord Ponsonby.
Cristina
: Lord Ponsonby. Il existe une pièce de théâtre, fantastique,
cest un dialogue entre Lord Ponsonby et Dorrego, écrite par Pacho
ODonnell. Excellente ! Et je vais te dire, tu dis que Bolívar a été
expulsé dici. Je te dis quelque chose à propos de Manuel Belgrano,
autre grand patriote, qui na peut-être pas
Chávez
: Tu mas beaucoup parlé de Belgrano.
Cristina
: Mon préféré cest Belgrano. Cela a fait la une de
la presse, les supporters de River Plate voulaient ma peau. Mais bon ce nest
pas grave. Belgrano cest le nom dun club de football, lequel a battu
River Plate, et moi javais dit : « Mon préféré
cest Belgrano » ; et un journal a titré « Le préféré
de Cristina cest Belgrano ». [Rires]
Belgrano,
et heureusement il a désobéi, avait reçu lordre de
Buenos Aires de se retirer du nord du pays. Sil avait obéi aux ordres
il naurait pas remporté les batailles de Salta et de Tucumán.
Ce que San Martín accomplit ensuite aurait été impossible.
San Martín, la traversée des Andes et ses victoires remportées
au Pérou, cela ne peut être compris que comme une suite des victoires
de Belgrano dans le nord de lArgentine. Et ils avaient ordonné à
Belgrano dabandonner ces positions pour revenir avec ses troupes vers Buenos
Aires ; or cela aurait permis lavancée des royalistes. Il a désobéi
et il a vaincu, et les défaites quil leur a infligées à
Salta et à Tucumán ont été déterminantes. La
même chose pour un autre grand Argentin, [le général Martín]
Miguel de Güemes.
Chávez
: Lors de la traversée des Andes qui se produit ensuite ?
Cristina
: Bien sûr, il fallait quil mène ces batailles pour empêcher
la pénétration, parce que sinon la marche de San Martín vers
le Pacifique aurait été inutile. Cest aussi un exploit, inspiré
dAnibal, je crois, le Carthaginois, qui a tenté de franchir les Alpes
pour parvenir à Rome. Bon, je te laisse continuer avec Dorrego.
Chávez
: Cest très bien que nous nous rencontrions. Nous sommes en direct
à la télévision. Bolívar a mené une geste un
peu équivalente par ici, en 1819, il a traversé les Andes jusquà
Boyacá. Il a libéré la Nouvelle Grenade. Voilà pourquoi
cette histoire vient de loin et possède des racines très très
profondes et très vives encore aujourdhui. Ce ne sont pas des racines
mortes. Non. Ce sont des racines vivantes. Cest une histoire vivante, excitante,
cest un défi qui nous oblige à lengagement.
Cest
le 1er décembre 1828 quils ont renversé Dorrego.
Belgrano.
Je me souviens que comme tu as dit que tu as versé quelques larmes lorsque
jai annoncé mon cancer
Cristina appelait et appelait depuis
plusieurs jours à La Havane. Nicolás ma dit : « Je ne
sais pas quoi dire à Cristina. Que lui dirai-je ? » Après
il ma raconté que Cristina lui a dit : « Nicolás, daccord,
ne me dis rien ». Tu lui as fait des remontrances.
Cristina
: Je me suis fâchée. Oui, je me suis fâchée.
Chávez
: Et tu lui as dit : « Jimagine quHugo doit avoir quelque chose
de grave, parce que je suis tombée, et je me suis donné un coup,
et il ne ma pas appelée. Et jai été choisie comme
candidate, et il ne ma pas appelée ! »
Cristina
: Cest lorsque je suis tombée lors dune cérémonie
et je me suis ouvert la tête. Et toi, qui mappelais à tout
propos, lorsque je suis tombée tu ne mas pas appelée ! Puis
jai annoncé que jallais une nouvelle fois soumettre ma candidature
à la considération de lélectorat, et tu ne mas
pas appelée ! Cest ainsi que jai réalisé quil
se passait quelque chose. Pourquoi ne mappelle-t-il pas ?
Chávez
: Et finalement cest Nicolás qui a dû subir tes remontrances.
Moi de la même façon jai pleuré dindignation,
une nuit, je conduisais la nuit, ma petite voiture, à la caserne Fuerte
Tiuna, je revenais, il était presque minuit, je revenais à lEcole
militaire, où je travaillais comme capitaine, en 1981, et jécoutais
la radio, et jentends la nouvelle : le Belgrano a été coulé
!
Cristina :
Bien sûr.
Chávez
: Le Belgrano, je crois que ce nétait même pas un navire de
guerre, je crois quil transportait des passagers.
Cristina
: Non, non. Cétait le navire de croisière General Belgrano
qui se trouvait hors de la zone dexclusion. Cest un crime de guerre.
Ce nest pas un acte de guerre. Cest un crime de guerre !
Chávez
: Je noublierai jamais cette nuit-là, Cristina. Cest pour ça
que je disais que cest cette histoire qui nous dynamise, et cest cette
histoire qui nous a menés ici ! alors que commence le XXIème siècle
! Tu vois [il lui tend un livre], Jorge Abelardo Ramos ! Ce livre, que je suis
en train de lire, je me prépare pour la CELAC ! [Cristina rit]. Oui, jétudie.
Il ma été offert par des Argentins en 2003. Ils ont écrit
: « Monsieur le président Hugo Chávez le 17 août
2003 pour un Ayacucho définitif ! La marche des vainqueurs ! Natalia
Fosatti et Andrés Ruiz, fiers davoir dansé un tango pour vous,
en représentation de notre peuple, et pour lunion des nations. »
Ils mont offert ce livre !
Cristina
: Le fils de Ramos est lun des historiens qui intègrent cet Institut
ibéro-américain Manuel Dorrego ! Tu vois ! Tu vois comme lhistoire
Chávez
: Nous devrions faire ici à Caracas une réplique de cet institut
! Bien sûr ! Regarde ce quécrit Jorge Abelardo Ramos, marxiste
qui aborde très bien la question nationale. La question nationale !
Cristina
: Il intègre un courant marxiste, avec Hernández Arregui, parmi
dautres qui se penchaient sur les questions historiques. Ils étaient
marxistes mais ils avaient une approche nationale des problèmes. Il a intégré
ce courant marxiste de lhistoriographie.
Chávez
: Et il a soutenu Perón !
Cristina
: Bien sûr ! En 1973, lorsque la candidature est Perón-Perón
lambiance est assez chaude. Cest un moment historique. La formule
Perón-Perón, lui la soutient sous létiquette FIP
[Front de la gauche populaire].
Chávez
: La formule Perón-Perón ?
Cristina
: Bien sûr ! Lorsque Cámpora démissionne et Perón se
présente. La candidate à la vice-présidence est Isabel, son
épouse, Isabel Perón. Comme cela a provoqué beaucoup de discussions,
beaucoup de secteurs de la jeunesse et du centre gauche qui naimaient pas
trop son épouse, Abelardo Ramos, sous létiquette FIP, soutient
aussi la formule Perón-Perón, mais dit : « Un vote de gauche
pour Perón ». Et il mène ce projet. Il obtient plus de 800
000 voix, presque un million de voix, parmi les voix péronistes, qui atteignent
un record historique de 62%. Cest lapport de
Chávez
: de la gauche !
Cristina
: Ce nétaient pas des voix pour Abelardo Ramos, bien entendu. Cétait
des gens qui voulaient voter pour Perón, mais sur des bases différentes.
Chávez
: Des mouvements de la gauche, des secteurs populaires. Regarde, dans ce chapitre,
le 7, de cette uvre merveilleuse qui sappelle « De Bolívar
à la Bolivie », Jorge Abelardo Ramos dit : « Le peuple de Buenos
Aires célèbre Bolívar ». Je lis juste un paragraphe
: « La nouvelle est arrivé à Buenos Aires à 8 heures
du soir le 2 janvier 1825. Alberdi racontera son enfance
». Alberdi,
un écrivain.
Cristina
: Juan Bautista Alberdi est un homme qui a dabord fait partie de la génération
de Mai. Nous ressemblons à des professeurs dhistoire. A Buenos Aires
ils vont dire : Elle nous saoule encore une fois avec ses cours dhistoire
! [Ils rient] Juan Bautista Alberdi fut lun des hommes les plus clairvoyants.
Cest vers la fin de sa vie quil devient très clairvoyant, lorsquil
voit lévolution de lhistoire. Cet Alberdi des « uvres
Posthumes » est occulté, ignoré. Ils parlent de lAlberdi
qui a été antirosiste, lAlberdi de la génération
de Mai. Mais ils occultent lAlberdi merveilleux des « uvres
Posthumes », lesquelles sont très difficiles à trouver. Je
les ai trouvées dans une librairie perdue de la rue Corrientes. On ne les
trouve nulle part.
Chávez
: Je crois quil était alors enfant.
Cristina
: Il était très jeune. Et ses positions nétaient pas
très nationalistes ni très populaires. Mais sur la fin de sa vie,
il modifie son point de vue, et alors, il devient lhomme des bases constitutionnelles
de lArgentine, et réellement, cest un personnage dont on montre
toujours la première partie. Mais lAlberdi de la fin, lAlberdi
qui pressent la question nationale et la question populaire, celui des «
uvres Posthumes », celui-là est escamoté. Comme tant
dautres.
Chávez
: Regarde ce que Ramos dit dAlberdi : « Alberdi racontant son enfance,
Ma première impression à Buenos Aires ce sont les sons
de cloches et les fêtes en lhonneur de Bolívar pour le triomphe
dAyacucho. Beaucoup plus tard, déjà vieux, le
général Gregorio Heras, alors gouverneur de Buenos Aires, lorsque
la grande nouvelle est arrivée, disait ses impressions avec sa verve de
vieux soldat : Ils ont sorti le portrait de Bolívar pour la
procession dans les rues avec des torches guerrières, par une nuit de pampero
».
«
Nuit de pampero », de quoi sagit-il ?
Cristina
: Le pampero cest le vent.
Chávez
: Ah oui, de la pampa ! le vent de la pampa. Quil est bien ce vieux Heras
! Il écrit tout cela longtemps après. Nest-ce pas ? Il dit
: « Des torches guerrières allumées par une nuit de pampero.
Un volcan de fêtes et de joies dans la ville, pour un mois ». Et finalement
: « Jai dû émettre un décret pour canaliser le
délire ». Cest ainsi quavait été reçue
la nouvelle dAyacucho ! Cest pour cela quaujourdhui, avec
ce même délire, nous avons Néstor [Kirchner] ! nous avons
San Martín ! nous avons Perón ! Nous avons Evita [Perón]
! Et toi ! Et vous tous ! [Applaudissements]
Compañeras
et compañeros ! La Patrie argentine ! [Applaudissements]
Continuons
dêtre à la hauteur du défi ! Le défi du sud.
Notre défi !
Pour
moi, bien entendu tous les pays dAmérique latine et tous les pays
des Caraïbes, tous les pays dAmérique du Sud ont leur propre
poids, ils ont leur propre grandeur, ils ont leur notable importance ! Mais la
géopolitique : Caracas-Buenos Aires. La Caraïbe et lAtlantique
sud. LOrénoque et le Río de la Plata. Il peut manquer beaucoup
de choses pour parvenir à lunité de lAmérique
du Sud, et, au-delà, de la Caraïbe. LAmérique latine.
Mais le plus important, je le crois fermement, nous le croyons, cest la
relation que nous pouvons continuer de structurer, de consolider, cest laxe
Caracas-Buenos Aires.
Et
cest ce que nous sommes en train de faire ! Et nous en avons beaucoup parlé
lors de la réunion avec nos ministres des Affaires étrangères,
avec nos ministres, avec nos ambassadeurs.
Et
maintenant que Cristina est sur le point de commencer une nouvelle période,
de huit ans !
Cristina
: quatre !
Chávez
: Quatre ans. Pardon. De quatre ans. [Il rit]
Cristina
: Ne tamuse pas à dire ça, je ten prie ! Jimagine
déjà la presse avec 80 titres ! Cest quatre ans ! Cest
plus que suffisant !
Chávez
: Quatre ans. Et lannée prochaine nous commencerons, nous, une nouvelle
période de six ans. Nous avons devant nous, ensemble, disons, quatre ans,
pour renforcer ce que nous avons déjà construit, et pour faire avancer
la relation stratégique à des niveaux nouveaux, plus importants.
Surtout si on considère létat du monde aujourdhui, ce
qui se passe dans le monde aujourdhui. Ce qui nexistait pas il y a
huit ans, ce qui nexistait pas il y a un an. Tu étais présente
au G20 et tu nous as raconté certaines choses. Hier soir je regardais TeleSur,
TeleSur saméliore de jour en jour ! Regardez TeleSur ! Débora,
tu regardes TeleSur ? [Débora, étonnée et contente, répond
positivement]. Un jour Néstor ma appelé, il ma dit :
« Tu sais une chose ? ». Jétais en train de parler je
ne sais plus où, et moi, ce nétait pas de ma faute, TeleSur
transmettait mon intervention. Et moi qui parlait parlait sans fin. Néstor
appelle alors : « Dites à Chávez de laisser TeleSur, sinon
je ne pourrai pas dormir. [Il rit]. Moi je mendors avec TeleSur. »
Ten souviens-tu ? [Il rit]. Il ma rappelé ensuite, dans la
nuit, et nous avons parlé. « Je mendors avec TeleSur, dites-lui
de laisser TeleSur, mon ami ». [Il rit]. Ce nétait pas de ma
faute, TeleSur transmettait un discours.
Cristina
: En Argentine les chaînes de télévision transmettent très
peu de ce qui arrive dans le monde. On est à peine informés. Si
on veut savoir ce qui se passe à Londres ou à New York, en Grèce,
en Europe, au Moyen-Orient, il faut regarder TeleSur, parce que, en fait, les
chaînes ne veulent pas montrer ce qui se passe dans le monde. Il ne faudrait
pas que les Argentins prennent conscience de ce que nous avons obtenu. Il me semble
aussi que, souvent, des fois, cela doit relever dune stratégie. Ce
ne sont pas toutes les chaînes, il serait injuste de généraliser,
mais pour la plupart il ne sest rien passé dans le monde.
Chávez
: Heureusement, Cristina, cest mon point de vue, modestement, en analysant,
comme je me trouvais ces quatre ou cinq mois un peu à larrière-garde,
avec davantage de temps, pour voir, pour analyser, pour étudier un peu.
Ce qui arrive en Europe maintenant, ici cest déjà arrivé.
Ce qui est en train de se passer maintenant dans certains pays dEurope,
dAfrique, des rébellions populaires de différents types, cela
nous lavons déjà vécu ! Le caracazo quest-ce
que cest ? Et vous, là-bas, à Buenos Aires, le modèle
néolibéral ! La faim ! La misère ! La dette extérieure
! Les impositions du FMI ! Cest lune des réalisations magistrales
de Néstor : Le schéma financier stratégique. Nous en avions
parlé au bord de lOrénoque, je men souviens. Julio De
Vido était présent. Jenvoie un salut à Julio De Vido
!
Maintenant
dans cette situation mondiale, dans cette crise terrible, dont personne ne sait
comment ça va finir, nous sommes ici présents. Dans Notre Amérique
!
Je ne crois
pas que nous soyons dans les meilleures conditions possibles. Mais les conditions
sont bonnes, pour pouvoir penser à un projet, au-delà du national,
du national national, si vous me permettez lexpression, pour pouvoir nous
concentrer sur un projet Grand national, si vous me permettez cette autre expression.
Je lis également Aldo Ferrer.
Cristina
: Notre ambassadeur en France.
Chávez
: Ah. Il est en France ? Et Helio Jaguaribe, ce petit livre que jai depuis
plusieurs années, « LArgentine et le Brésil dans la
réflexion Mercosur ou ALCA ». Cest ce que nous avons fait à
Mar del Plata. Et cette fameuse phrase de Néstor [Il rit] : « Ne
venez pas ici nous patotear » ! Ten souviens-tu ?
Cristina
: Leur visage montrait quils ne comprenaient pas vraiment.
Chávez
: Ces messieurs sont sortis par là-bas, discrètement. Je men
souviens. Néstor était très habile. Très habile. Il
mavait parlé, il mavait dit : « Ecoute Hugo, toi qui
parles tant !, ces gens-là on va les épuiser ici. On va les épuiser
! » Ils suaient, ils suaient. Il mavait dit : « Lorsque jaurai
besoin de gagner du temps je te donne la parole, à nimporte quel
moment ». Je crois que jétais allé aux toilettes, on
me dit : « cest votre tour de parler ». Moi ? Oui ! La parole
est au président du Venezuela ! Et à chaque fois que je parlais
Mister Danger [George W. Bush] se levait et sen allait je ne sais où.
Jai été impressionné par lhabileté de
Néstor, par sa gestion de cette rencontre. Sinon ils nous auraient imposé
lALCA [ZLEA, Zone de libre-échange des Amériques] ! Ces gouvernements,
ces gens-là étaient décidés, ils ont, y compris, voulu
que lon vote. Tu étais présente. Ils voulaient que lon
vote. Cest alors quil a dit « Ne venez pas ici nous patotear
», cette expression typiquement argentine [qui signifie « nous bousculer,
nous humilier »].
Bien.
Cristina quen dis-tu ? Je ne souhaite pas abuser du temps. La présidente
Dilma est en route, la présidente brésilienne. Et nous avons une
autre rencontre bilatérale. Pourvu que nous puissions nous rencontrer tous
les trois, ensemble, pour discuter de quelques idées, de tout cela, du
thème Grand national ! Vous les ministres, les ambassadeurs, les entrepreneurs,
il y a ici des gouverneurs également. Compañeras et compañeros,
portons tout cela ici, fermement, tous les jours, ici, entre la poitrine et le
dos, dans la conscience : la question nationale, si bien développée
ici par Jorge Abelardo Ramos. Mais celui qui la très bien développée,
sur le terrain, cest San Martín ! Pourquoi San Martín est-il
venu jusquà Guayaquil ? Il est presque arrivé à Caracas
! Et pourquoi Bolívar est-il presque arrivé à Buenos Aires
?
Parce quils
avaient une claire conscience, bien avant que ne se produisent les thèses
sur la question nationale, quaucun de nos pays pris séparément
naurait de futur dans le monde, lequel comme disait Bolívar évolue
très rapidement. Il saccélérait beaucoup déjà
sous la menace de grands empires. Les vieux et les nouveaux empires !
Aujourdhui
nous avons une grande opportunité de donner vie à un projet Grand
national sud-américain !
Traduction
: Numancia Martínez Poggi
Source
: http://www.cubadebate.cu/noticias/2011/12/03
/cristina-y-chavez-un-dialogo-excepcional-para-repasar-la-historia-latinoamericana-video