3
décembre 2010

Les
salaires sont passés de 5 à 150 pesos par semaine,
mais la protection
sociale reste lacunaire dans les entreprises autogérées.
Limpératif
actuel des syndicats
et lexemple dautogestion à Bruckman
Hadrien
BASCH
Bruckman
est une des nombreuses entreprises autogérées existant aujourdhui
en Argentine. Ce mouvement de réappropriation débuté dans
les années 90 à pris de lampleur avec la succession des crises
économiques.
La
défection des patrons sur-endettés a amené à la récupération,
par les ouvriers, des moyens de production.
Cependant,
la lutte pour obtenir lautorisation légale de reprendre le travail
sans patron est un combat quotidien dont lissue est hautement incertaine.
En
effet même si le gouvernement actuel qui est, selon Bruckman, en faveur
de ces mouvements, la création dîlots dentreprises anarcho-communistes
pourrait être vue comme une menace à lorthodoxie capitaliste.
Les ouvriers se sont retrouvés de nombreuses fois sous les attaques de
la police voire de larmée.
Dans
un pays économiquement et socialement dévasté par les réformes
menées par Menem sous la tutelle du Fmi, ces poches de résistances
catalysent les luttes. Car Bruckman comme toutes les autres entreprises récupérées
(Zanon...) applique des règles de management qui sont à
lopposé du dogme actuel. Ici lindividu nest pas compris
comme faisant parti de la hiérarchie verticale et unilatérale (a
quelque place que ce soit) mais comme un rouage indispensable dune machine
où aucun élément nest plus important que lautre.
Ainsi personne ne choisit pour les autres, Tous travaillent ensemble afin de pouvoir
vivre et travailler le plus librement possible.
Récupérée
en 2001 cette factura tomada (entreprise récupérée) fonctionne
de manière à ce que chacun participe à la production en fonction
de ses compétences. Elle suit le principe zapatiste : commander en
obéissant.
Ainsi
chaque mois, les travailleurs se réunissent pour décider, à
la majorité, du présent et de lavenir de leur entreprise.
Ces réunions sont souvent longues et très spécifiques mais
sont la condition de légalité des travailleurs.
Néanmoins
les différences de connaissances et dengagement militant empêche
davoir une égalité totale entre les voix, certaines personnes
en influençant dautres.
La
non formation des travailleurs aux spécificités de lentreprise
ainsi qua la vision politique quelle implique sont à la base
de ces différences. Toutes les sociétés reprises
devrait donc donner une véritable éducation populaire et militante
aux nouveaux arrivants. Lors de la récupération les travailleurs
restés pour lutter ont du faire preuve de leur détermination à
toute épreuve en enfreignant les lois, bravant la police et mettant leur
vies en danger sans jamais être sûrs du résultat.
Mais
cette lutte à permis, à ceux qui se sont investis, de prendre un
recul considérable sur leur condition et dacquérir un esprit
militant, une raison de vivre.
Ainsi,
quils le veuillent ou non les travailleurs donnent leur vie à lavancement
dune cause et dune communauté, contrairement aux salariés
du système capitaliste.
Mais
cette lutte sur le long terme se heurte paradoxalement à une précarité
accrue pour les salariés comme pour lentreprise.
Tout
dabord lentreprise (spécialisée dans la confection textile)
doit faire face à la concurrence des entreprises capitalistes qui peuvent
dune part se permettre daugmenter fortement la durée et lintensité
du travail et dautre part de licencier plus facilement.