Uri Avnery s'élève contre les brutalités infligées aux Palestiniens. Il fait campagne pour la paix avec les Palestiniens. Mais il a également un passé sioniste, il est né en Europe et a combattu avec l'organisation terroriste Irgoun dans l'holocauste (la Naqba) commis contre les Palestiniens. Plus tard, il reniait les méthodes d'Irgoun. Il est contre la guerre, mais il n'est pas contre le fait de recueillir les fruits de la guerre. Il soutient une solution à deux états. En d'autres termes, les Juifs israéliens garderont les fruits de ceux qu'ils ont dépouillés ' cela, tout en continuant de faire pression pour récupérer ceux qu'on leur a pris. (1)
Avnery préconise l'utilisation sélective de tactiques contre le sionisme.
Cela est clair quand il s'agit d'un boycott international d'Israël. Avnery affirme que personne n'est plus à même de répondre à cette question que l'archevêque sud-africain Desmond Tutu. (2)
Et que dit Tutu ? Il a appelé la communauté internationale à traiter Israël comme elle a traité l'Afrique du Sud au temps de l'apartheid. Tutu soutient la campagne de désinvestissement (BDS : boycott, désinvestissement, sanctions, NDT http://campagneboycott.blogspot.com/ ) contre Israël. (3)
Le compatriote israélien d'Avnery, Neve Gordon, dit qu'il est temps, en effet, d'organiser un boycott. (4). Avnery gémit : "Désolé, mais je ne peux pas être d'accord avec lui, cette fois-ci ' ni sur la similarité avec l'Afrique du Sud ni sur l'efficacité d'un boycott d'Israël".
Et, de fait, les deux apartheids, bien qu'ils revêtent de nombreuses similitudes, sont également différents.
Gary Zaztman indique une différence essentielle :
"Malgré ses maux graves et indubitables et les nombreux crimes contre l'humanité commis en son nom, dont des massacres, l'apartheid des blancs racistes d'Afrique du Sud n'était pas fondé sur la perpétration d'un génocide. Le sionisme, de son côté, mettait en 'uvre la dissolution de l'intégrité sociale, culturelle, politique et économique du peuple palestinien, c'est-à-dire son génocide, dès le début, au moins à partir de l'injonction qu'on trouve dans les écrits de Theodor Herzl que le "transfert" dans un autre endroit de la "population indigente" de Palestine soit organisé "discrètement et avec circonspection." (5)
Le boycott, stratégie contre le racisme
Avnery écrit que Tutu lui a expliqué que "le boycott était d'une importance considérable, bien plus que la lutte armée".
Mais c'est le révolutionnaire Nelson Mandela, qui avait refusé de renoncer à la lutte armée, qui a négocié le démantèlement du système d'apartheid en Afrique du Sud. (6)
Tutu a également dit à Avnery que "ce boycott était important à la fois sur le plan économique et sur le plan moral ".
Avnery écrit : "Il me semble que la réponse de Tutu souligne l'énorme différence qui existe entre la réalité en Afrique du Sud à l'époque et celle qui est la nôtre aujourd'hui".
Et donc, que dit Avnery ? D'abord, il affirme que Tutu est la personne la mieux placée pour parler de l'efficacité d'un boycott en tant qu'instrument de lutte contre le racisme, puis il dit que Tutu se trompe. Avnery veut-il donc dire que c'est lui qui est le plus à même de parler de l'efficacité des boycotts contre le racisme ?
Avnery craint que les Juifs israéliens n'en déduisent que "le monde entier est contre nous".
Cependant, n'est-ce point, en quelque sorte, le but de l'opération : montrer que le monde entier est contre le racisme des Juifs envers les Palestiniens ?
Attention, le monde entier n'est pas contre les Juifs, comme la propagande israélienne voudrait le faire croire.
Bien qu'il ne le dise pas noir sur blanc, Avnery utilise là une variante de l'accusation d'antisémitisme ; si vous êtes contre ce que fait Israël, alors, vous êtes contre les Israéliens. Et donc vous êtes antisémite. Cette distorsion absurde de la moralité et de la logique sous-tend qu'être contre le racisme envers les Palestiniens fait de vous un antisémite.
Avnery reconnaît qu'"en Afrique du Sud, le boycott mondial a contribué à renforcer la majorité et à la souder dans la lutte. Un boycott d'Israël aurait l'effet inverse : il jetterait l'immense majorité des gens dans les bras de l'extrême droite et créerait une mentalité de forteresse assiégée contre le "monde antisémite" (ce boycott aurait, bien entendu, un impact différent sur les Palestiniens, mais ce n'est pas le but de ceux qui le préconisent)".
Avnery décrit simplement le statu quo actuel. Israël est déjà enlisé dans une mentalité de forteresse assiégée d'extrême-droite. Le boycott n'en est pas la cause. Avnery fait une fixation sur la dynamique de la population. Quelle est l'importance entre majorité et minorité dans le raisonnement d'Avnery ? On pourrait penser que, les Palestiniens faisant partie de la minorité (et le fait que les Palestiniens soutiennent le boycott), ce serait une raison encore plus valable pour justifier un boycott international. Qui et quoi Avnery défend-il ? Les Palestiniens contre le racisme ou les Juifs israéliens contre les effets sur l'économie et l'opprobre que représente un boycott international ?
Quant à l'objectif de la campagne de boycott, il est de : "refuser à Israël les moyens financiers de continuer à tuer des Palestiniens et d'occuper leur territoire". (7)
Avnery parle de l'holocauste, disant que les souffrances des Juifs sont profondément ancrées dans l'âme juive.
Que les nazis aient enfermé les Juifs dans des camps de concentration était un scandale moral. Mais quelles leçons avons-nous tirées de la Seconde Guerre Mondiale ? Que les souffrances imposées à tout groupe identifiable sont abominables et immorales ? Ou bien qu'un groupe peut désormais s'approprier un holocauste, en faire sa propriété exclusive, et se servir de souffrances passées comme bouclier pour infliger un holocauste à un autre peuple ?
Avnery prétend que boycotter les Juifs leur rappellera le nazisme, mais quand des Juifs emploient des méthodes semblables à celles des nazis, que doit-on leur rappeler ?
Avnery est d'accord pour le boycott les produits des "colonies". Il fait la distinction entre les "colons" (c'est-à-dire "les colonisateurs") et les autres Juifs israéliens. Comment alors Avnery explique-t-il le fait que les "colons" soient installés en Cisjordanie ?
Avnery affirme que "ceux qui appellent à un boycott agissent par désespoir. Et c'est ça le fond du problème".
