JACQUES
MYARD :
LUnion européenne est en train de se suicider.
Ce
suicide nest certes pas commis par un tir à bout portant, mais il
est inéluctable et il est engendré par lidéologie intégriste
qui sévit depuis vingt ans à Bruxelles.
Il
prend trois formes : le suicide institutionnel, le suicide économique et
le suicide monétaire de lEurope.
Le
suicide institutionnel, dabord.
Qui
peut dire que lUnion européenne fonctionne bien aujourdhui
?
Personne
!
On
assiste à une paralysie totale du système.
La
boulimie législative ne se dément pas.
Les
textes les plus complexes, les plus tatillons, sont moulinés les uns après
les autres. La machine technocratique, sûre delle-même et dominatrice,
bat son plein : 700 documents sont produits chaque année et transmis à
notre Assemblée, dont plus de 300 relèvent de la loi. Mais si la
machine mouline sans arrêt des textes, elle est en revanche incapable de
prendre rapidement les décisions qui simposent.
La
question des prix agricoles en est un exemple. La France bataille depuis près
de deux ans pour obtenir la stabilité des prix agricoles, dont la baisse
inacceptable provoque des manifestations légitimes dans lensemble
de lEurope. La machine est totalement grippée et le passage à
la majorité qualifiée ny change rien, alors que cette procédure
devait être, selon ses thuriféraires, la clé de voûte
de lefficacité du système.
Le
deuxième suicide est un suicide économique.
La
religion économique de Bruxelles est le tout-concurrence. Enfermée
dans son idéologie, la direction générale de la concurrence,
qui règne en maître, ignore superbement les réalités
économiques du monde, où nos concurrents - États-Unis, Chine,
Inde, Brésil, Corée du Sud et Canada - excellent dans la défense
de leurs marchés en mettant en oeuvre de réelles politiques industrielles,
alors que la locution politique industrielle est toujours un gros
mot à Bruxelles ! Lasymétrie des conditions de concurrence
devient évidente.
Labsence
totale de réciprocité dans les échanges, lincapacité
de la direction générale de la concurrence à envisager des
champions industriels nationaux et européens sont affligeantes et destructrices.La
disparition de Pechiney, fleuron de notre industrie, provoquée par la bêtise
dun commissaire européen - M. Monti, pour ne pas le nommer -, ne
peut que susciter la colère et pourrait aisément nous amener à
la conclusion : La Commission, voilà lennemi !
Il
est urgent que, sur ces dossiers industriels de fusions-acquisitions, la Commission
soit relevée de ses compétences technocratiques au profit du Conseil.
Le
troisième suicide est un suicide monétaire.
Pendant
des années, les champions de lintégration européenne
nous ont présenté leuro comme le fondement même de lEurope
et de son avenir. Qui peut encore affirmer cela aujourdhui, sinon ceux qui,
avec la morgue quon leur connaît, prétendaient tout savoir
mieux que les autres, face à ceux qui dénonçaient lutopie
dune monnaie unique en labsence de zone économique optimale
?
On
sait aujourdhui que les dures réalités ont rattrapé
les doux utopistes monétaristes.
Le
13 juillet dernier, Jean-Pierre Jouyet, européen convaincu, déclarait
devant la commission des affaires étrangères : « On ne se
serait pas interrogé, il y a un an, sur la fin de leuro, sur la façon
dont lEurope économique doit être gouvernée. »
e lui ai alors répondu, avec une insolence amicale, mais une vraie insolence,
que, pour ma part, je me suis toujours interrogé sur la viabilité
de cette construction artificielle.
Allons
à lessentiel : ce nest pas en collant à lidéologie
allemande en matière monétaire que nous éviterons la catastrophe
annoncée et inéluctable.
Ce
nest pas par des sanctions automatiques contre des États en déséquilibre
budgétaire que nous pourrons rééquilibrer les comptes. On
ne fait pas courir ensemble des pur-sang, des chevaux de labour et des ânes
! La puissance économique de la Ruhr nest pas dans le Péloponnèse,
mais en Rhénanie-du-Nord-Westphalie.
Les
déficits budgétaires grecs sont la conséquence de la perte
de compétitivité - moins 40 % - et non sa cause. Relevons dailleurs
au passage que lEspagne, qui était en excédent budgétaire,
est aujourdhui en pleine crise : cest tout dire !
Quand
allons-nous comprendre que réduire les dépenses, raboter les niches
de manière excessive et trop rapide, cest raboter la croissance et
accroître les déficits ? La politique de déflation de tous
les États européens équivaut à un suicide en direct,
à une macabre télé-réalité sur fond de pacte
de stabilité jouant le rôle néfaste du choeur des Euménides.
Jacques
Myard, Député UMP des Yvelines