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mars 2009 Crise systémique : les solutions (n°3 : un nouveau dollar)
Gilles
BONAFI
Dans mes articles (n°1 et 2), je me suis attaché à démontrer
que la crise actuelle ne pourrait pas avoir de solution économique. Elle nécessite
en effet une réponse politique forte (une réponse insuffisante sera choisie),
capable de bouleverser de fond en comble les structures monétaires et étatiques
actuelles.
Henri Guaino conseiller spécial de Nicolas Sarkozy a ainsi
déclaré :
« Si les experts ont du mal à imaginer un autre monde que celui
dans lequel ils ont vécu, les responsables politiques sont davantage conscients
de la nécessité du changement. Pour refonder le capitalisme, ils doivent imposer
des solutions non pas techniques mais politiques. » Source : Le Monde du 17 février
2009.
J’ai ainsi pointé du doigt le fait qu’au final, les grands ensembles
continentaux sortiraient renforcés au détriment des nations. Ma réflexion s’était
surtout focalisée sur l’Europe (l’euro) et le bloc euro-asiatique (CEEA). L’objectif
sera ici de tenter de vous éclairer sur les solutions qui seront apportées en
Asie dans le cadre de l’ASEAN et surtout aux USA.
I. L’ASEAN
Le 14ème sommet de l’ASEAN (Association des Nations d’Asie du Sud-Est créée en
1967 comprenant : Indonésie, Malaisie, les Philippines, Singapour, Thaïlande,
Brunei, Viêt Nam, Laos, Myanmar et Cambodge) confirme ce que j’affirme depuis
des mois.
En effet, au-delà du fond d’entraide de 120 milliards de dollars
(comme prévu par les accords de Chiang Mai), il convient de noter son élargissement
en créant une zone de libre échange avec la Nouvelle-Zélande et l’Australie. De
plus, la décision de créer une communauté économique (sur le modèle européen)
a été confirmée (charte de l’ASEAN de décembre 2008). Source : AFP du 01 mars
2009.
N’oublions pas que cette communauté économique comprendra la Chine
(accords de 2001 et déclaration de Dunhuang de septembre 2004). Source CCTV.Com
du 28 février 2009. L’Inde, ayant pour principal partenaire commercial les pays
d’Asie de l’Est, désire aussi intégrer l’ASEAN.
D’ailleurs, un prochain
sommet doit avoir lieu (10 et 12 avril 2009) entre l’ASEAN et ses partenaires
qui sont : la Nouvelle-Zélande, l’Australie, la Corée du Sud, l’Inde, le Japon
et la Chine. Source : XINHUA du 28 février 2009.
L’élargissement et le
renforcement d’AFTA (accord de libre-échange opérationnel depuis le 01 janvier
2003) seront au programme. Nous le voyons donc, la crise va rapprocher les pays
d’Asie sinistrés par la crise économique en cours et nous aurons très prochainement
un grand pôle asiatique avec une monnaie unique.
Robert Mundell, économiste,
inventeur de la théorie des « zones monétaires optimales » (et partisan d’une
monnaie mondiale) a donné son analyse à l’université Nankai de Tianjin en juin
2002. Il a déclaré que l’Asie devrait créer une organisation de monnaie unifiée,
le dollar asiatique, qui devrait être établi au plus tôt, et que la Chine pourrait
jouer le premier rôle dans cette organisation.
En effet, en mars 2006,
la Banque asiatique de développement (ADB) a annoncé l’idée d’une monnaie asiatique
commune virtuelle : l’ACU (Asian currency Unit). N’oublions pas que sa valeur
serait calculée à partir de la valeur moyenne (une « monnaie panier ») des principaux
pays d’Asie (Chine, Corée du Sud, Japon et membres de l’ASEAN). Je vous rappelle
au passage que l’ECU (unité monétaire européenne) est devenu l’euro et nous aurons
là aussi un glissement d’une monnaie virtuelle vers une monnaie réelle. Bruno
Jetin, économiste à Institut de recherche pour le développement (IRD, France)
possède la même analyse et déclare : « Ces progrès rendent encore plus nécessaire
la création d’une monnaie asiatique commune voire unique à l’instar de l’écu puis
de l’euro. » Source : Le Réseau Asie du 01 juillet 2008.
Il existe cependant
des preuves plus flagrantes de la montée en puissance de cette communauté asiatique.
En effet, le 14 janvier 2009, la France a nommé Philippe Zeller ambassadeur auprès
du secrétariat de l’ASEAN (le Royaume-Uni, la Chine et les USA ont eux aussi nommé
des ambassadeurs).
Sur le site officiel du gouvernement, on peut d’ailleurs
lire la déclaration de la présidence au nom de l’Union européenne :
«
L’Union européenne se félicite de l’entrée en vigueur (15 décembre 2008) de la
Charte de l’ASEAN. Ce texte, qui définit un nouveau cadre institutionnel, marque
une étape importante dans le processus d’intégration régionale en Asie du Sud-Est.
» Source : diplomatie.gouv.
N’oublions pas qu’elle représentera un marché
de plus de 2 milliards de personnes et surtout, sera la première puissance économique
mondiale.
Ainsi, les états, qui ne sont plus capables d’assumer seuls
les coûts faramineux de la crise, sont obligés de s’intégrer au sein d’unions
continentales. Il en sera de même pour les USA qui devront s’associer avec le
Mexique et le Canada dans le cadre de l’Union Nord Américaine (North American
Union).
II. La NAU (North American Union).
J’avais, il y a quelques
mois, déjà abordé le sujet de la NAU. Je vais ici en retracer l’historique.
L’histoire de l’unification du continent nord-américain débute en 1912, dans un
ouvrage intitulé « Philip Dru administrateur » écrit par le conseiller du président
Wilson, le colonel House.
1er janvier 1994 est signé l’Aléna, un traité
créant une zone de libre-échange entre les trois pays d’Amérique du Nord : le
Mexique, les Etats-Unis et le Canada.
Henry A. Kissinger, dans le Los
Angeles Times du 18 juillet 1993 (p. M2) avait d’ailleurs déclaré :
«
L’ALENA sera l’avancée la plus constructive vers un nouvel ordre mondial faite
par un groupe de pays depuis la fin de la guerre froide, et le premier pas vers
une vision encore plus large de la zone de libre-échange pour l’hémisphère ouest...
L’ALENA n’est pas un accord commercial traditionnel mais l’architecture d’un nouveau
système international. »
- Septembre 1999, l’économiste canadien G. Herbert
Grubel publie un livre intitulé « The Case for Amero » qui reprend la même idée
et annonce même une monnaie unique pour les trois pays : l’Améro.
- Août
2001, les choses se précisent lorsque Robert A. Pastor écrit « Toward North american
community ». Dans cet ouvrage, il s’agit de créer une entité politique avec une
monnaie unique qui remplacerait le dollar américain, le peso et le dollar canadien.
- Le 23 mars 2005 est signé à Waco, au Texas, le Partenariat pour la
sécurité et la prospérité (PSP) dans le cadre de l’ALENA, de facto l’acte de naissance
officieux de la NAU. Il existe des preuves de la création de cette nouvelle communauté
que vous pouvez trouver sur le site du CFR (Council on Foreign Relations). Il
suffit de cliquer sur « Publication type », ensuite « Task force reports » et
vous trouverez 2 documents : Creating a North American Community et Building a
North American Community. Comme vous pouvez le constater, je n’avance rien au
hasard.
Face à l’ampleur de la crise, les USA n’ont plus le choix et
doivent accélérer le processus d’intégration du continent nord américain et surtout
changer de monnaie. Un petit tour d’horizon de la situation économique américaine
permettra de mieux cerner le problème. Le PIB US a ainsi chuté de 6,2% au quatrième
trimestre 2008 et « les statistiques publiées jusqu’ici pour le premier trimestre
(2009) montrent que nous sommes partis pour un autre film d’horreur », résume
Rob Carnell, de la banque ING. Source : Libération.fr du 28 février 2009.
Je rappelle que le dernier chiffre du nombre de chômeurs indemnisés (26 février)
dénombre 5 112 000 personnes auquel il faut ajouter les 650 000 chômeurs du seul
mois de février. Nous aurons donc au mieux, 8 000 000 de personnes indemnisées
fin juin. Et cela ne concerne que les chiffres officiels qui, nous le savons tous,
sont inexacts et largement sous-évalués.
Pour rappel, la Maison Blanche
a réalisé son budget sur une prévision de chute du PIB de 1,2% et il faudra donc
trouver, si tout va bien, 700 milliards de dollars supplémentaires. Or, je le
rappelle, le PIB des USA devrait baisser de plus de 10 % en 2009 (le PIB des USA
a chuté de 9% de 1929 à 1930) ce qui équivaudrait à créer « ex nihilo » 1400 milliards
de dollars. Ceci n’a pas été comptabilisé par Paul Craig Roberts (économiste et
sous secrétaire au trésor dans l’administration Reagan) qui déclarait le 3 mars
sur Contreinfo : « Les mesures économiques de Bush et Obama totalisent 1 600 milliards
de dollars, et chaque dollar devra être emprunté, sans que personne ne sache où.
Cette somme gigantesque va compromettre la valeur de la devise américaine, son
rôle en tant que monnaie de réserve, la capacité du gouvernement des États-Unis
d’honorer sa dette, ainsi que le niveau des prix. »
N’oublions pas que
les ventes d’automobiles se sont totalement effondrées aux USA. Ford a ainsi enregistré
une baisse de 48% de ses ventes en février, Chrysler 44 % et General Motors 52,9
%.
D’ailleurs, le compte à rebours a commencé pour General Motors et
Chrysler qui devraient se déclarer très bientôt en faillite. Ce sera alors le
krach ultime (la plus grosse faillite de tous les temps) qui entraînera la bourse
et le chômage vers des profondeurs abyssales ce que démontrent différentes études,
évaluant entre 2 et 3 millions le nombre de chômeurs supplémentaires (qu’il faudra
ajouter aux 8 millions du mois de juin).
Mais, le plus inquiétant concerne
le versement des pensions. Raymond Van der Putten a ainsi démontré que le système
US de retraite ne pouvait faire face à une crise économique majeure. Source :
« La crise du système de retraite américain », BNP Paribas Conjoncture, janvier
2007.
La Pension Benefit Guarantee Corporation (PBGC) qui a déjà un déficit
de 13 milliards de dollars (évaluation de la cour des comptes américaines : GAO)
devra garantir les pensions de millions d’américains, ce qui lui est impossible.
Par exemple, General Motors doit verser 12,3 milliards de dollars pour les retraites
avant 2014 (source : Moneynews.com du 6 mars 2009). L’état devra là aussi intervenir
pour éviter l’effondrement de son système de retraite.
Je vous invite
de plus à consulter le rapport explosif (tout va mal !) du GAO de janvier 2008
dont voici le lien : rapport GAO du 17 janvier 2008.
Le gouvernement
fédéral devra aussi aider ses états dont la plupart sont au bord de la faillite
(Californie par exemple).
De plus, le LEAP/E2020 évalue à 10 000 milliards
de dollars les « actifs fantômes » des banques que le gouvernement US devra «
éponger ».
Lorsque l’on additionne l’ensemble des dépenses supplémentaires
qui devront être effectuées on se trouve donc très loin des 5000 milliards de
l’économiste Nouriel Roubini. Le dollar ne survivra pas à cette épreuve (hyperinflation)
et sa chute démarrera bientôt. Les USA changeront alors de monnaie, s’associeront
avec le Canada et le Mexique. Une nouvelle devise apparaîtra (dollar nord américain
ou améro) qui sera fortement dévaluée par rapport au dollar US (peut être un rapport
de 1 à 1O) et qui permettra d’effacer les dettes.
Barack Obama aura ainsi
raison car « L’Amérique sortira plus forte de la crise » et comme le phoenix (son
emblème) renaîtra de ses cendres.
Nous assistons donc à un vaste remodelage
du monde. Je n’ai pas parlé de l’Amérique du Sud, qui, pourtant, suivra le même
chemin de l’unité dans le cadre du Mercosur avec là aussi une monnaie unique.
L’Afrique, quant à elle, mettra plus de temps à s’unifier au sein de l’Union Africaine.
Il reste bien évidemment le problème du Proche-Orient, un problème qui sera bientôt
résolu par un conflit gigantesque : la troisième guerre mondiale qui permettra
de redistribuer les cartes. N’oublions pas que l’Union Européenne est directement
issue du second conflit mondial (Ordo ab Chao).
Dans mon quatrième et
dernier article, j’étudierai les bouleversements qui seront apportés à notre système
monétaire. Des changements fondamentaux qui vous surprendront à plus d’un titre
et qui mélangeront monnaies locales, monnaies continentales et surtout monnaie
mondiale.
En conclusion, j’ai démontré que la crise actuelle détruit
les monnaies nationales et donc par voie de conséquence, les Etats-nations qui
se retrouvent dans l’obligation de s’intégrer à de grands ensembles continentaux.
Pourtant, toutes ces réformes ne résoudront pas les problèmes fondamentaux : la
concentration du capital (les 250 plus riches possèdent autant que les 2,5 milliards
les plus pauvres), la destruction de notre planète par notre société de consommation
et la surpopulation.
La destruction des retraites (15 millions de Britanniques
n’auront que le minimum versé par l’état, soit 540 livres sterling) et le chômage
de masse perdureront. Partout, la protection sociale reculera et se soigner deviendra
un luxe. Quant à notre liberté, elle risque fort de disparaître au profit d’états
de plus en plus sécuritaires.
L’idée de Paul Jorion de créer une nouvelle
« constitution pour l’économie » s’impose donc. Je laisse ici ces pensées remarquables
de Raoul Vaneigem (« Adresse aux vivants sur la mort qui les gouverne et l’opportunité
de s’en défaire ») :
« A l’heure où la faillite de l’économie comme système
de survie frappe de dérision tant d’efforts investis dans la rage de gagner plus,
d’être le meilleur, de posséder davantage, peut-être un revirement d’attitude
est-il prévisible, peut-être l’opiniâtreté mise à se délabrer dans le travail
va-t-elle redécouvrir la création des êtres, des choses, de l’environnement comme
plaisir d’exister ?
L’économie propage ainsi la subversion mieux et plus
vite qu’une horde d’agitateurs spécialisés. Il suffit de jeter un regard sur les
vitrines spectaculaires où la société exhibe les modèles de sa respectabilité
et de son infamie ; il n’y traîne plus guère que des spécimens défraîchis de rois,
prêtres, papes, policiers, militaires, noblions, bourgeois, bureaucrates, prolétaires,
riches, miséreux, exploiteurs, exploités... et l’on a peine à croire qu’autour
de tels magots s’élevèrent, il n’y a pas si longtemps, les ardeurs de la haine
et de l’admiration. Jamais une époque n’a été à ce point soldée à des prix défiant
toute concurrence. »
Gilles Bonafi
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mars 2009 Crise systémique – Les solutions
(n°4 : régions et monnaies
complémentaires)
Gilles BONAFI
Dans mon dernier article
(n°3), j’ai tenté de démontrer que le dollar ne survivrait pas à la crise. Or,
le 18 mars, la FED (banque centrale US) a décidé de racheter des bons du trésor,
ce qui revient à monétiser la dette (je l’avais annoncé l’année dernière). Cette
information a fait quelques lignes dans les quotidiens nationaux (rien à la télévision)
qui, pour l’essentiel, ont commenté cela de façon positive. Pourtant, cette date
restera dans les livres d’histoire et sera plus importante que le fameux jeudi
noir (krach de 1929) car elle marque la fin, à plus ou moins brève échéance du
dollar et donc des USA. Il est donc temps d’éteindre votre télévision et de vous
informer sur le net.
Ce jour là Paul Jorion annonçait sur son blog que
c’était « la fin du capitalisme », les analystes de la banque Standard Chartered
ont intitulé une note : "le jour où le dollar est mort" et Alan Ruskin, analyste
chez RBS, déclarait : « Nous sommes témoins de la chute de Rome ».
Face
à l’ampleur de la crise, des experts de plus en plus nombreux, avancent l’idée
que l’Europe et les USA risquent l’éclatement. J’ai démontré par ailleurs que
de grands pôles continentaux (ASEAN, CEI, North American Union) sont en train
d’émerger. Cela peut paraître contradictoire et pourtant ces deux phénomènes auront
lieu. Nous assistons donc à la fin des nations avec l’apparition de grands ensembles
qui auront pour échelon administratif les régions. Les monnaies nationales peu
à peu seront remplacées par des monnaies complémentaires.
La
région, nouvel échelon administratif.
Peu d’experts ont compris
l’importance du rapport Balladur sur les régions et surtout sa pertinence en pleine
crise systémique. Pourtant, il est au cœur des solutions qui vont être apportées.
Pour comprendre, il faut remonter en 1966.
En effet, Herbert Marshall
McLuhan, philosophe, sociologue, spécialiste des médias et conseiller du vatican
écrit à cette époque là un livre fondamental « War and Peace in the global Village
» publié en 1967 et qui signe l’acte de naissance d’un nouveau concept : le glocal.
(wikipédia doit modifier sa base de donnée sur le glocal). Un monde bouleversé
par les nouvelles technologies.
Le glocal est en effet un mélange de
global et de local qui sera l’architecture fondamentale du nouvel ordre mondial
avec d’un côté, les continents (dans un premier temps car eux aussi disparaîtront),
de l’autre, des régions et de grands pôles urbains. Le sociologue Blaise Galland
a d’ailleurs démontré le bouleversement majeur des technologies de l’information
et l’impact économique qu’elles provoquent au niveau de l’aménagement du territoire.
Il a déclaré :
« le processus double par lequel la ville se décharge
de sa fonction de production, d’échange et de traitement de l’information en la
déplaçant dans le cyberespace, tout en développant, conséquemment, de nouvelles
formes d’organisations socio-spatiales au niveau local. »
Je suis d’ailleurs
surpris que personne n’étudie le krach sous l’angle des nouvelles technologies
qui sont en train de bouleverser la « vieille économie ».
L’information
est en effet fondamentale et elle possède une part de responsabilité majeure dans
la crise actuelle car elle a permis d’accélérer les flux financiers de façon colossale
et sur l’ensemble de la planète (crise mondiale). L’information, qui évolue de
façon exponentielle pose ainsi le problème du contrôle, un contrôle totalement
défaillant que certains ont appelé « la crise de la régulation » et que l’on va
tenter de résoudre en renforçant les structures du FMI.
Bernard Lietaer,
économiste, spécialiste des monnaies (il a écrit « The Future of Money »), membre
du club de Rome et surtout un des créateurs de l’euro a d’ailleurs brillamment
étudié les liens existants entre information et économie. Pour lui, « Tout système
complexe en forme de réseau, comme sont les écosystèmes, les organismes vivants,
et les économies peut être perçu comme des systèmes de flux de matière, énergie
et d’information. » Je vais d’ailleurs démontrer que le rapport Balladur et les
travaux de Lietaer sont intimement liés.
Je vous invite à vous procurer
le livre blanc de Bernard Lietaer intitulé « Toutes les options pour gérer une
crise bancaire systémique » que vous pouvez télécharger en pdf car c’est un document
fondamental.
Bernard Lietaer, ainsi, pense que le fonctionnement en réseau
de l’économie doit reposer sur les régions. Il a d’ailleurs écrit « Pour une Europe
des Régions : les Régions, compléments nécessaires à l’Euro », (Paris : Fondation
Mayer, 2008).
La même idée se retrouve dans le rapport Balladur qui déclare
à la page 10 (rapport Balladur : Il est temps de décider) :
« L’échelon
régional est apparu au Comité comme le mieux adapté aux conditions nouvelles de
la compétitivité étant observé, au surplus, qu’il existe un consensus européen
sur l’importance du niveau régional dans les politiques de développement. » Les
régions vont de plus en plus se retrouver seules face à des Etats-nations ruinés.
Par ailleurs les articles 2 et 3 de la Charte européenne de l’autonomie locale
précisent :
« l’autonomie locale doit être reconnu dans la législation
interne » et que « par autonomie locale, on entend le droit et la capacité effective
pour les collectivités locales de régler et de gérer, dans le cadre de la loi,
sous leur propre responsabilité et au profit de leurs populations, une part effective
des affaires publiques »
Bernard Lietaer, lui, va plus loin : « Une décision
importante de la part des gouvernements sera de permettre aux villes et aux gouvernements
locaux de choisir eux - mêmes les monnaies complémentaires qu’il leur semble intéressant
d’encourager en les acceptant en paiement de taxes de la ville ou de l’état. »
( Livre blanc p 28).
Vous avez bien lu, les villes et les régions pourront
créer des monnaies complémentaires. Certains pensent que cela est impossible et
pourtant des expériences fonctionnent un peu partout comme en Suisse (WIR), ou
en Allemagne (Chiemagauer).
En 1971 Jaime Lerner, le maire de Curitiba
au Brésil a créé une monnaie sous forme de jeton de bus que les gens gagnaient
en ramassant les ordures ce qui a permis à cette ville d’être une des plus prospère
du Brésil. Jean-François Noubel parle même de monnaies libres qui permettraient
un troisième niveau d’organisation économique dont la clé serait le travail collaboratif
(comme Wikipédia par exemple).
Bernard Lietaer propose ainsi de créer
des systèmes « Business-to-Business (B2B) » au niveau des entreprises (livre blanc
p 27).
Ceci n’est pas une hypothèse mais une réalité que Guerman Sterligov
homme d’affaires russe est en train d’exploiter. Il a mis en place, dans toutes
les grandes capitales (il a investi des millions d’euros dans ce projet à Londres,
Paris, Bruxelles, Hongkong) un centre anticrise qui permet aux entreprises d’organiser
des paiements à base de troc. Il a ainsi déclaré :
« Adieu argent, crédit,
taux d’intérêt... Le système capitaliste a atteint ses limites, il faut trouver
de nouvelles règles du jeu », « Il ne s’agit pas seulement de troc mais d’un nouveau
système de paiement, d’une nouvelle comptabilité. » (Le Monde du 11.03.09).
La réalité dépasse la fiction et prouve que la crise systémique actuelle est bien
plus grave que celle de 1929.
Face à l’ampleur du désastre économique,
certains pourtant se posent la question de savoir si cette « régionalisation »
du monde ne se fera pas dans la violence. Igor Panarin, ancien analyste du KGB,
spécialiste des USA qui enseigne aux futurs diplomates de la Russie a déclaré
en décembre 2008 qu’il y aurait une guerre civile aux USA. Le LEAP / E2020 a d’ailleurs
repris la même analyse. Pour Panarin, la guerre civile démarrerait à l’automne
2009, et en juin 2010, le pays serait divisé en 6 blocs. Sergueï Rogov directeur
de l’Institut des études américaines et canadiennes pense que ce scénario est
probable. RIA Novosti du 24.11.2008.
Le 13 mars, Chuck Norris a ainsi
organisé une rencontre des délégués de centaines de groupes armés texans pour
discuter d’une éventuelle sécession du Texas. Face aux risques de guerre civile
la FEMA a rapatrié un bataillon de l’armée US qui était en poste en Irak pour
le déployer sur le sol US. (Source : Army news).
Nathan Freier professeur
au US Army War College, la principale institution de formation de l’armée pour
les futurs officiers, conseiller et expert de politiques et d’analyse à la sécurité
et à la défense a d’ailleurs rédigé un rapport qui met l’accent sur les risques
de guerre civile aux USA (pages 31, 32 et 33 : www.strategicstudiesinstitute.army.mil/pdffiles/PUB890.pdf)
Quoi qu’il en soit l’Union nord américaine du Canada et des USA est déjà
une réalité et les régions (états désunis) qui seront créées par la violence ou
sans violence s’intègreront au sein de cette union.
N’oublions pas que
le 27 novembre 2006, la Chambre des communes du Canada a reconnu que le Québec
formait une « nation » au sein du Canada. Vous pouvez d’ailleurs trouver des cartes
du Canada sur les sites officiels comprenant 5 régions : Le Canada atlantique,
le Nord, l’Ontario, l’Ouest canadien et le Québec. Nous aurons donc une North
American Union organisée dans un premier temps autour d’une dizaine de régions
et qui intègrera le Mexique plus tard.
En ce qui nous concerne, nous
assistons au même phénomène et le rapport Balladur qui prévoit dans sa proposition
numéro 1 de « favoriser les regroupements volontaires de régions et la modification
de leurs limites territoriales pour en réduire le nombre à une quinzaine » n’est
qu’un épisode local qui se répètera partout en Europe.
Nous sommes en
train de changer de monde et pourtant pour reprendre la célèbre formule du Comte
de Lampedusa : « il faut que tout change pour que rien ne change ». En effet,
toutes ces réformes ne résoudront pas les problèmes fondamentaux d’un système
économique obsolète. Francis Neri (spécialiste de l’éducation, de la formation
et du conseil, Président de l’Institut Européen de socialisation et d’éducation)
a pourtant dit l’essentiel : « Les crises : économique, sociale, écologique, énergétique,
des matières premières, alimentaires, sont inter reliées et l’on ne peut considérer
l’une sans se préoccuper des autres. »
Il faut
donc analyser le problème dans sa globalité et à différents niveaux.
Le premier niveau d’analyse, celui de la finance et de la titrisation a déjà été
abondamment débattu.
Le deuxième niveau qui sera l’objet de ma prochaine
étude (n°5 : une monnaie mondiale) car malheureusement, nos dirigeants sont incapables
d’aller plus loin (ils servent le système), concerne le problème de notre système
monétaire dont le pilier (le dollar) est en train de s’effondrer.
Le
troisième niveau concerne l’adaptation de notre système économique aux nouvelles
technologies de l’information qui détruisent les emplois par millions. Une réflexion
profonde doit être engagée sur la notion de travail (le chômage explose) qui est
ne l’oublions pas une invention tardive de l’homme. Les tribus dites « primitives
» estiment que c’est une aberration. Smohalla, chef indien Sokulls déclarait :
« Mes jeunes gens ne travailleront jamais. Les hommes qui travaillent ne peuvent
rêver. Et la sagesse nous vient des rêves. »
Le quatrième niveau concerne
l’énergie. La fin du pétrole est programmée et nous n’avons encore pas trouvé
d’alternatives valables. Or, il faut le rappeler, toute notre économie repose
sur cette énergie encore bon marché et facile d’utilisation (mais polluante).
Le cinquième niveau concerne le capitalisme lui-même qui est basé sur
la consommation à partir de dettes. Un système totalement injuste que les plus
grands économistes américains comme John Maynard Keynes ont critiqué : « nous
commençons à le mépriser. » (L’autosuffisance nationale, 1933).
Le sixième
niveau concerne la démocratie et notre liberté qui sont en danger. Par accumulation
du capital (l’argent appelle l’argent), une petite poignée d’hommes finissent
par avoir la réalité du pouvoir. J. K. Galbraith économiste et conseiller des
présidents Roosevelt et Kennedy nous a pourtant mis en garde :
« En fait,
il peut n’y avoir qu’un ou quelques vendeurs assez puissants et persuasifs pour
déterminer ce que les gens achètent, mangent et boivent ». Source : « Les nouveaux
mensonges du capitalisme » Publié dans le Nouvel Observateur (4/11/05) Interview
de John Kenneth Galbraith par François Armanet.
Le septième niveau concerne
l’écocide que provoque notre système économique (Un écocide est un acte de destruction
d’un écosystème, notamment par l’exploitation excessive de celui-ci).Certains
parlent même d’écophagie. Je signale au passage que l’eau potable, élément essentiel
de la vie commence à manquer.
Au final nos élites « s’efforcent de réduire
notre malheur plutôt que de construire notre bonheur » pour reprendre la célèbre
phrase de Bernard Weber et nous avons, nous intellectuels, un rôle majeur à jouer.
La crise systémique actuelle est une opportunité unique pour changer de monde,
mais il faut tout d’abord changer nous-mêmes et nous remettre en question.
« Le boulot des intellectuels du courant dominant, c’est de servir en quelque
sorte de « clergé laïque », de s’assurer du maintien de la foi doctrinale. Si
vous remontez à une époque où l’Église dominait, c’est ce que faisait le clergé
: c’étaient eux qui guettaient et traquaient l’hérésie. Et lorsque les sociétés
sont devenues plus laïques [...], les mêmes contrôles sont restés nécessaires
: les institutions devaient continuer à se défendre, après tout, et si elles ne
pouvaient pas le faire en brûlant les gens sur le bûcher [...], il leur fallait
trouver d’autres moyens. Petit à petit, cette responsabilité a été transférée
vers la classe intellectuelle - être les gardiens de la vérité politique sacrée,
des hommes de main en quelque sorte. » (Comprendre le pouvoir, deuxième mouvement,
Noam Chomsky éd. éditions Aden, 2006, p. 187)
Gilles Bonafi
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