Aurore
boréale. Crédit : USAF/Joshua Strang
Thunderbolts,
Michael Armstrong, 29 mars 2010
Il
y a eu une longue résistance historique à l'explication des aurores
polaires par des courants électriques de Birkeland. Il ne devrait y avoir
aucun doute à présent.
Pour
ceux qui n’en ont jamais fait l’expérience, les aurores sont des manifestations
lumineuses fluctuantes, observées sur le fond du ciel ou en-dessous dans
l'extrême Nord et dans les latitudes Sud. Ces lumières scintillantes
peuvent prendre la forme de taches diffuses ou de banderoles dansantes, d’arcs
bondissants, de rayons changeants et, assez souvent, d’éphémères
draperies suspendues semblant se balancer dans un vent imperceptible. Ces lumières,
l’un des plus magnifiques, bien que quelque peu étrange, phénomènes
naturels, peuvent apparaître, et le font, en diverses teintes de rouge,
jaune, vert, bleu et violet. La rapidité de l'évolution de leur
comportement étincelant toujours changeant en fait un sujet difficile à
prendre en photo. Néanmoins, leur nature vivante ne peut que captiver l’imagination
humaine.
Il
devint évident par la suite que les aurores boréales, ou Lumières
du Nord, ont tendance à perturber les indications du compas, une situation
qui devait devenir comme une menace pour la navigation. En 1740, Anders Celsius,
l'inventeur de l'échelle Celsius qui a pris son nom, interpréta
déjà l'aurore comme un phénomène électromagnétique.
Il remarqua lui aussi à plusieurs reprises que la grande aiguille de la
boussole placée sur son bureau modifiait son orientation chaque fois qu’une
aurore apparaissait dans le ciel au-dessus d'Uppsala, en Suède. Son beau-frère,
Peter Olaf Hiorter, fit de même, il passa l'année entière
entre 1741 et 1742 à observer la déviation de l’aiguille des boussoles
à chaque apparition des lumières.
En
1861, Benjamin Marsh a également « cherché à montrer
qu'une banderole aurorale est un courant électrique qui, provenant de la
partie supérieure de l’atmosphère et suivant la courbe magnétique
montante à travers sa base, » plafonne « au-delà des limites
supposées de l'atmosphère. »
Et
de nouveau en 1883, Selim Lemstron, un professeur finlandais, signala les relations
qu’il supposait exister entre les aurores boréales et l'activité
électrique. Il accomplit cela en produisant artificiellement une « aurore
à basse altitude » qui s'étendait à 120 mètres
au-dessus du sol, grâce à un immense appareil électrique qu’il
avait installé au sommet d'une colline près de Kultala en Finlande.
Ce fut considéré à l'époque comme « la seule
expérience connue ayant reproduit correctement à grande échelle
les propriétés de l'aurore. »
Pourtant,
que ce soit électriques ou autre, personne n'avait encore réussi
à découvrir ce qui provoquait réellement ces lumières
scintillantes.
Le
nouveau challenger fut le Norvégien Olaf Kristian Birkeland (1867-1917),
que nous avons eu l'occasion d'évoquer plus tôt en passant. Depuis
sa base à Christiania, rebaptisée plus tard Oslo, Birkeland consacra
une grande partie de sa vie à une enquête intensive sur la déconcertante
aurore boréale. Pendant cette période de sa vie, afin de pouvoir
étudier le phénomène directement, il monta des expéditions
vers des régions éloignées couvertes de glace, trimbalant
des instruments et l'équipement de survie en haut de pentes escarpées,
établissant des camps sous les climats les plus sinistres.
Ayant
reçu un enseignement en électromagnétisme au début
de sa carrière, il n'est pas surprenant qu’il chercha, lui aussi, une solution
électromagnétique à l’origine des aurores. Il fut en outre
motivé en cela par les travaux de William Crookes, en Angleterre, qui avait
établi que les rayons cathodiques dans les tubes à décharge
peuvent être déviés par un aimant. Birkeland se demanda donc
si des électrons — qui sont à vrai dire un équivalent des
rayons cathodiques — pouvaient être éjectés par le Soleil
vers la Terre. Si ces électrons pouvaient être capturés par
le champ magnétique de la Terre, expliqua-t-il, ils auraient des chances
de se diriger vers les pôles. En traversant l'atmosphère supérieure,
ces électrons ne pourraient-ils pas de même la faire rayonner, exactement
comme ce que l’on voit dans les tubes à décharge en laboratoire ?