Lyon,
témoignage d'une étudiante,
édifiant !



Auteur : Cezarine


Il me semble important de faire circuler ce témoignage, qui m'est parvenu d'une source sure.
Et ce au moment où le gouvernement essaie par tous les moyens de ridiculiser
ceux qui essaient de démontrer la violence policière provocatrice
(cf les journalistes du Monde et de Itélé face à Melenchon sur France Inter hier soir)


"Jeudi 21 octobre 2010.

Témoignage des évenements de la Place Bellecour, Lyon.


J’arrive un peu après 12h sur la Place Bellecour, accompagnée de plusieurs ami(e)s étudiant(e)s. Une manifestation d’étudiants et de lycéens en partenariat avec la CGT et SUD, est prévue pour 14h Place A. Poncet, située à l’angle de celle de Bellecour.

De nombreux jeunes sont présents, en majorité des lycéens et collégiens.
On franchit un cordon de policiers pour entrer sur la place.
Ceux-ci sont placés par plusieurs dizaines à toutes les sorties de cette place publique,
une des plus grandes de France.
Ils sont équipés d’armures des pieds à la tête, casque, bouclier, matraque, pistolet…
Se trouvent également un camion du GIPN
(groupe d’intervention de la police nationale, qui eux ont un camion blindé et sont cagoulés)
et deux camions à eau anti-émeute.
Un hélicoptère survole le lieu à basse altitude.
Une demi-heure plus tard, suite à quelques pierres lancées en directions des policiers
et de leurs véhicules,
les flics se mettent en action et lancent les fusées lacrymogène.

Dispersion de la foule.
Vers 13h30 nous commençons à nous rapprocher de la Poste, d’où part la manifestation.
Le cordon policier est toujours présent
et sépare les manifestants qui sont déjà sur la place Bellecour
de ceux qui sont sur la place A. Poncet.

Ils refusent de nous laisser passer. Après une demi-heure de discussion,
les syndicats aidant probablement,
ils finissent par ouvrir le cordon et laissent passer une trentaine de personnes
avant de le refermer brutalement,
lorsque apparemment la population qui passe ne répond plus aux critères du « bon manifestant »
(la peau claire, pas trop jeune, pas de survêtement ni capuche).
Plus personne n’a le droit de sortir de Bellecour.

La tension monte.

Quelques projectiles sont jetés, auxquels les policiers répondent matraques levées
par des fusées lacrymogènes .
Pendant plus d’une heure nous essayons, en vain, de rejoindre l’autre partie des manifestants,
qui nous attendent, de l’autre côté.
Eux aussi se font gazer.
La foule de Bellecour est dispersée.

A 15h30, finalement, les manifestants « libres » décident de partir en cortège.
Nous, on attend.
On est plusieurs centaines sur la Place.
Celle-ci est relativement calme.
On attend, éparpillés par petits groupes sur l’ensemble de la place.
Les flics disent qu’on pourra ressortir quand la manifestation sera partie.
On attend.

L’hélicoptère tourne au-dessus de nous dans un bruit assourdissant.

Il y a quelques mouvements de foule mais la scène reste calme.
A vrai dire, on se fait chier.
Croyant seulement partir en manifestation, je n’ai rien pris avec moi, ni eau, ni nourriture,
ni occupation.
J’attend, comme tous les autres.
Un peu plus tard nous décidons de nous en en aller avec une amie.
Mais les flics refusent toujours de nous laisser passer.
Il doit être aux alentours de 16h30,
cela fait trois heures qu’ils nous retiennent.
Je leur dit mon envie de pisser et de manger, mais pas moyen.
Je commence à en avoir sérieusement marre,
et prend conscience de la rétention forcée que je subie.
Les flics nous disent que c'est un ordre du préfet,
et qu’ils ne savent quand ils auront l’autorisation de nous laisser sortir.
A un ami qui demande s’il serait possible d’amener un ballon de foot de l’extérieur,
histoire de s’occuper,
le flic répond qu’il n’a qu’à prendre la vessie bien gonflée de la jeune fille
qui vient de demander à sortir pour aller aux toilette,
avant de s’esclaffer avec ses collègues.
Personne ne comprend la situation.
Malgré tout la place s’est vidée un peu.
Aidés par des habitants et des propriétaires de magasins,
qui leur ont ouvert les portes et arrière-boutique, certaines personnes ont pu sortir.
J’apprends également que les policiers ont laissé sortir certains amis étudiants,
mais qu’en revanche
les jeunes typés maghrébins qui étaient à côté d’eux se sont vus la sortie refusée.
Le délit de faciès est systématique.

Sur la place, nous ne nous organisons pas.
Chacun reste dans son coin, on est abasourdis,
on attend juste de pouvoir sortir.
La moyenne d’âge des personnes retenues ne dépasse pas 18 ans.

Il est environ 17h, et nous apprenons que nous ne sortirons peut-être pas avant 21h.
Les esprits commencent à paniquer.
J’entends des collégiens qui essayent de faire comprendre à leur parents, au téléphone,
qu’ils ne peuvent pas rentrer car ils sont retenus par des policiers.
Il fait de plus en plus froid.
Je retourne voir les policiers pour des explications.
Un d’entre eux m’explique « qu’on a de la chance d’être en France
car si on était en Espagne on se serait déjà fait fracasser la tête par la garde civile »,
et que « lorsqu’il y a des troubles de l’ordre public,
la liberté de circuler librement peut être suspendue ».

La place, à ce moment et depuis plus d’une heure, est parfaitement calme.
Lorsqu’un peu plus tard des jeunes commencent à se rassembler en protestant
au centre de la place,
ces policiers avec qui nous « discutions » pointent sur nous leurs armes
(je ne sais pas si c'est des lancesfusées ou des flash-ball)
et nous somment de reculer.
Ce qu’on fait.

Des lacrymo sont lancées sur toute la place : des fusées jetées dans le ciel et qui s’éparpillent,
en retombant, sous forme incandescente.
Les gens courent dans tous les sens.
On essaie de rester sur le trottoir, le long des façades, pour se protéger le plus possible.
Un jeune homme est à terre.
Les autres reviennent pour le secourir, tandis que les policiers, à 10m
les menacent toujours de leurs pistolets.
J’entends qu’il est blessé, et des jeunes, mains en l’air, demandent aux policiers de ne pas charger.
Finalement les flics font reculer tout le monde.
Ils cherchent à relever ce jeune homme, qui se débat.
Ils l’immobilisent à trois, au sol, puis le traînent par un bras sur 20m, jusqu'à leur camion,
derrière lequel il disparaît.
Devant moi, une jeune fille, environ 15 ans, en pleurs, dans les bras d’une amie à elle.
Elles vont voir les policiers, demandent à sortir, elles pleurent,
disent ne plus en pouvoir, veulent rentrer chez elles.
Le flic leur dit de dégager.

Des détonations continuent de retentir, la fumée recouvre la Place.
Il est dur d’ouvrir les yeux et de respirer.
A 30 m à ma droite une jeune fille est étendue sur le sol.
Des gens se regroupent autour pour l’aider.
Je ne la vois pas réagir, je ne sais pas ce qu’elle a.
Peut-être une crise d’asthme, peut-être un coup de flash-ball ?
(au final je crois qu’aucun tir de flash-ball n’a été fait).

Les gens crient pour qu’on appelle les pompiers.
Finalement, au bout de peut-être 10 minutes des policiers repoussent tout le monde
et l’entraine plus loin.

L’hélicoptère tourne, encore, au dessus de nos têtes.

Face à notre incompréhension, un flic nous dit :
« c'est une innovation policière ».

Je marche.
Un rassemblement commence à se faire au milieu de la place.
Tout le monde en a marre.
On commence à avoir peur de ne plus pouvoir sortir.
Cris de protestations.
Quelques pierres sont jetées.
Ils répondent, encore, par de la lacrymo et des détonations extrêmement sonores.

Finalement ils décident de sortir les camions à eau anti-émeute.
Ils arrosent.
Les gens sont dispersés.
On attend.
Ils renvoient encore une ou deux fois de l’eau.
On reste dispersé.
On erre. Les gens marchent. J’en ai trop marre.
Je commence à craquer. Il n’y a plus de soleil sur la place. Il fait froid.
Je n’ai pas mangé depuis ce matin.
On commence à marcher, plus ou moins en groupe.
Vers 18 heures, les flics nous informent qu’on peut sortir dans l’angle nord.
Tout le monde s’y rend.

Ils nous répondent par de la lacrymo.
On y retourne.
Les gens crient, mains en l’air : « on nous a dit qu’on pouvait sortir par là ! ».

Rebelotte. Fusée lacrymo, dispersion.

A la troisième tentative, on nous laisse approcher.

Effectivement, les flics nous laissent enfin sortir.
Ils font sortir les gens un par un, relèvent les noms, prénom, adresses,
puis font une fouille au corps (palpation disent-ils),
et vident les sacs.
Comme nous sommes plus de 200 personnes, cela prend beaucoup de temps.
On se serre, docilement, pour faire la queue, tête baissée.
Alignés, ils rabattent tous les prisonniers à l’extrémité de la place.
Ils nous disent qu’on sortira tous, mais au compte-goutte.
On attend.
Ceux qui n’ont pas leurs papier d’identité sont mis de côté.
On fini par nous laisser passer.
Pendant qu’elle me « palpe » elle me dit qu’elle va faire ça vite.
Je suis écoeurée.

Cela fait presque 6h
que les policiers ont reçu l’ordre de ne laisser sortir personne de la place Bellecour.
6 heures qu’environ 200 personnes (et je pense dire cela au bas mot)
sont privées de leurs liberté essentielles : circuler, manger, boire, aller aux toilettes.
6 heures que l’on est retenu sur une place publique, sonnés,
dans l’incompréhension, avec plus d’une centaine de policiers qui nous encerclent,
pointent sur nous leurs armes au moindre mouvement de foule et les utilisent…
et l’hélicoptère qui tourne quasiment en permanence.

Le flic qui contrôle l’identité de mon amie lui dit
« au moins, hein, vous avez plus envie de recommencer ! ».

C'est dégueulasse…

Les nerfs lachent,
un policier s’aperçoit que je suis en pleurs
et se charge de nous amener rapidement derrière le dernier cordon de flics
qui nous sépare de l’extérieur.
Ils nous fait passer au milieu d’un groupe d’une trentaines de jeunes,
tous typés maghrébins ou africains,
qui sont en train de monter dans un bus.
Ils n’ont pas plus de 18 ans.
Je demande où ils vont : au poste, pour contrôle des identités.

Il est 18h45.
Les flics disent qu’ils les relâcheront dans la soirée.
2 bus vont ainsi partir en direction du commissariat.

Une fois passé les cordons de CRS je rejoint les manifestants libres,
qui après la manifestation sont venus au plus près de la place Bellecour pour nous soutenir.
On nous propose à manger, nous réconforte.
Les manifestants tentent d’empêcher les bus de partir.
La B.A.C. intervient, les bus s’en vont.

Très mal vécu cette situation, oui. Choquée, oui.

Pour terminer je vais au premier bar que je trouve pour aller aux toilettes.
Le propriétaire refuse, il me dit qu’il vient déjà de refuser à 10 personnes,
et qu’il ne fera pas d’exception pour moi.
Je pisse dans la rue, sous le regard des passants et des manifestants.
Humiliée, oui.

On m’a retiré le droit de manifester, on m’a retiré le droit de circuler librement.
Nous étions parqués comme des animaux,
parfois rabattus d’un côté ou l’autre de la place par des groupes armés mobiles.
Je n’ai insulté personne, ni levé la main sur quiconque.
6 heures de garde à vue collective à ciel ouvert avec intimidation policière.
Durant ces 6 heures, aucune vitrine de la Place n’a été brisée,
aucune dégradation de biens publics.

Je peux vous dire que pourtant, au bout de plusieurs heures, moi-même qui suis pacifiste,
je commençais à nourrir une certaine colère.
Besoin de protester.
Oui. Car besoin de dire Non à des « innovations policières » de ce genre.
Cette rétention était injustifiée, anormale.
Nous étions sans cesse mis sous pression,
et les armes déployées étaient démesurées face à la population retenue.

Je me rendais simplement, comme beaucoup de ceux présents cet aprèsmidi à Bellecour,
à une manifestation, déclarée et autorisée par la préfecture.

Ce soir, je n’arrive pas à dormir.

Lou-Andréa, étudiante à l’Ecole Normale Supérieure, Master Sociologie"

Auteur : Cezarine









Comment je suis devenu un casseur
à mon insu





Source : Basta !

Récit d’une manifestation parisienne ce 21 octobre, réunissant lycéens, étudiants ou salariés, et d’une interpellation « préventive ». Ou comment les « forces de l’ordre » et le pouvoir jouent la stratégie de la tension.

Tout guilleret, en ce jeudi 21 octobre, je m’en allai vers une énième manifestation de jeunes irresponsables. À l’appel de syndicats lycéens (UNL et FIDL) et étudiant (UNEF), entre 4.000 et 17.000 personnes (à vous de savoir pour qui) défilaient du métro Jussieu jusqu’à la place Denfert-Rochereau. Le service d’ordre en tête de cortège est assuré par la FSU, la CGT, la CFDT et l’UNSA. Les secteurs de l’éducation, des impôts et des Telécoms sont également présents, dispersés sous les drapeaux Sud, CNT, PC, CGT ou educ’action.

C’est donc dans l’espoir de glaner ça et là, pour Basta !, quelques échos de slogans et de témoignages que j’entrepris d’aller traîner mes guêtres parmi ces vociférateurs pré et post-pubères. En aucun cas par militantisme. C’est bien connu, qui veut être un bon journaliste ne doit pas s’engager. Il doit rester NEUTRE.

Manipulés, comme Guy Môquet

D’autant que tous sont plus ou moins, comme chacun sait, manipulés. Les uns, ignares boutonneux, préfèrent sécher les cours ennuyeux pour s’imbiber de bières bon marché et goûter aux galvanisations militantes de syndicats lycéens et étudiants. Les autres, salariés feignants et privilégiés qu’ils sont, abandonnent le chemin du dur labeur, décorés comme des sapins de Noël militants, pour faire bronzette sous un soleil glacé d’après-midi.

« Lorsqu’on dit que les jeunes sont manipulés, c’est une insulte. Gavroche et Guy Môquet n’étaient pas manipulés ». Le président de l’Unef, Jean-Baptiste Prévost, a beau se défendre à l’AFP, difficile pour le gouvernement de croire que ces rebelles moutonniers, biberonnés à Facebook et Secret Story, puissent apprendre par cœur des slogans de plus de deux phrases.

C’est vrai qu’il y a de quoi s’inquiéter tellement l’ambiance est bon enfant pour ne pas dire joviale. Derrière les banderoles de leur établissements ou sous les gros ballons syndicaux, les jeunes découvrent les codes de la manifestations : certains font des chaînes d’encadrement, d’autres gèrent le service d’ordre avec oreillette et talkie-walkie. Sono à plein régime, les porte-paroles s’improvisent G.O. de Club-med tandis que des lycéens lambdas enthousiasmés répondent aux caméras sur le « problème » des retraites. Bref, une manif classique dans la bonne humeur.

« Le sénat est à nous »

Chansons parodiques, slogans anciens et improvisés (de qualité très inégale tel : « Carla on est comme toi, nous aussi on se fait baiser par Nicolas ») se côtoient. À croire que les « casseurs », dont tous les médias ne cessent de parler, sont cantonnés sur la place Bellecour de Lyon. À moins qu’ils soient parmi nous sans que nous nous en rendions compte. Peut-être étais-je même, sans le savoir, l’un d’entre eux. Houuu !!!

Après avoir battu le pavé dans l’enjouement commun jusqu’à la place Denfert-Rochereau, changement d’atmosphère. Relative coïncidence, arrive en face de la place, une autre manifestation de salariés. Hourras à tout va et « tous ensemble, grève générale » sont scandés. Le camion Unef appelle à la dispersion tandis que plusieurs manifestants, déçus d’un parcours trop discret, lancent « tous au Sénat, on va au Sénat ». Le gouvernement demandait jeudi à la chambre parlementaire de suivre la procédure du « vote unique », prévue par l’article 44-3 de la constitution, pour les 254 amendements. « Le Sénat est à nous », clament certains, pris de démocratie directe.

Trop de « KFC »

Les rangs sur la place s’éparpillent. Soudain, mouvement de foule sur la droite au début de l’avenue Denfert-Rochereau (en direction du Sénat) très vite stoppée par un barrage de camions bleus précédé par une ceinture de gendarmes mobiles, hybrides de Robocop et de tortues ninja. L’euphorie juvénile d’un éventuel baptême du feu avec les forces de l’ordre voile certains visages d’une écharpe et de capuche, fameuse panoplie du dangereux casseur. « Franchement y’a trop de KFC !!! (en référence à la célèbre chaîne de poulets bas de gamme) », « attends j’ai peur, tu crois qu’ils vont charger ? », « pff, moi j’suis chaud »...

C’est vrai qu’il y aurait de quoi s’exploser les boutons d’acné sur le plexiglas des boucliers policiers, vu le nombre. Un fumigène s’allume puis les échanges vont bon train, entrecoupés de quelques slogans anti-flics et anti-médias. Les journalistes semblent très alléchés par une future scène de « violence urbaine ». Pourtant rien de bien méchant. Juste de la provocation. « Ne vous énervez pas ! Attendez, on n’est en train de négocier pour qu’ils nous ouvrent le passage jusqu’au Sénat », lance au mégaphone un syndicaliste CGT face à une banderole de salariés décontenancés. Pour le Sénat, tu repasseras. Tu as le droit de t’exprimer. Pas d’être entendu.

Devine qui ne viendra pas dîner ce soir

Puis l’excitation d’un affrontement éventuel laisse place à une tension forte quand les policiers en civils sortent des rangs. « Attention, ceux au sac à dos et au bonnet, c’est des keufs ». Apparaît une nuée (je dirais une grosse quinzaine) de « Charlie » à brassard orange et tiges télescopiques. Tout pour pacifier. D’ailleurs ça ne manque pas... Dans le chahut, quelques coups de « tonfa » tombent ; dispersion de foule et reculade générale en courant vers la place. Mais là... Surprise ! Un deuxième cordon de gendarmes nous barre la route. Mouvement de foule, bousculade. Le piège se referme. Des familles, des vieux, des jeunes. Des très jeunes lycéens et étudiants apeurés. Téléphone portable dans tous les sens : « Maman, je risque d’être un peu en retard ce soir... »

Ceux restés sur la place crient au scandale avant de se faire dégager par le bal des camions bleus. Les gendarmes ne veulent rien entendre. De l’autre côté, c’est la fête au gyrophare et ça matraque sec. Heurts, interpellations menottées plaqués à terre puis escorte musclée devant tout le monde par les « civils » en sweet à capuche et parka - histoire d’apaiser... On cherche : où sont les casseurs ? Les devantures de magasins, parfaitement intactes, se ferment peu à peu. Et les riverains aux fenêtres semblent décomposés par le ridicule d’une telle situation. « Filmez, filmez, regardez comment ils nous traitent, faut que les gens savent », leur demande la foule exaspérée. Beaucoup sont choqués [1]. D’autres préfèrent en rire... un peu jaune. Sit-in, chorale improvisée et chansons parodiques reprennent. Discussions informelles avec des journalistes qui ne tarderont pas à partir.

Puis la plaisanterie commence à durer, l’humour cynique du début s’estompe. Surtout lorsque l’espace entre les deux cordons se resserre lentement. On se rend compte que le nombre de membres de ce « carré vip » s’est lui aussi réduit comme peau de chagrin. Des équipes de civils ont fait sortir les « lycéens » après avoir noté leur identité. Idem pour les autres personnes d’un certain âge. Ça ferait tâche. D’ailleurs : « S’il y a encore des journalistes, ils peuvent partir bien sûr », invite sans sourciller un policier. Les rares présents restent, comme une télé basque. « On veut voir ce qui se passe ». Mais pourquoi ne suis-je pas parti ? Peut-être aurais-je pu quémander l’immunité à une faute non commise comme les courageux journalistes matraqués le 12 octobre, place de la Bastille : « On est de la presse ! Nous tapez pas dessus, on est pas comme les autres ! ». Ha, suis-je bête, je n’ai pas de carte de presse...

« Elle a été palpée celle-là ? »

C’est que je dois être comme les autres, alors. Je dois le mériter. Ce n’est pas ce qu’on fait, c’est notre présence... La plupart porte bonnet ou keffieh, capuche ou piercing. Voire tout à la fois. Et encore les plus méchants, « noirs ou arabes », bien sûr, se sont déjà faits embarquer. Même cette prof de maternelle n’est pas si inoffensive et honnête qu’elle en a l’air... Une vraie casseuse en puissance sous ses petite nattes. La police ne se trompe jamais.

Finalement, nous sommes une centaine à être embarqués. « Simple vérification, tu verras tout à l’heure ». Fouille, palpation. « Quelque chose à déclarer ? » - « Non. À moins que le Canard Enchaîné soit considéré comme subversif ? » Ça le fait pas marrer le bougre. Une jeune pigiste en radio décline son identité. L’un des policiers demande : « Elle a été palpée celle-là ? » Un autre : « Pas par moi, elle est dégueulasse ! » - « Comment ? Vous pourriez répéter ? » Elle tend son dictaphone qui enregistre depuis le début. Un troisième passe et lui tord le micro. Elle craque : « Putain, fils de pute, tu m’as cassé mon micro ! » Le civil de répondre calmement : « Ha ? Outrage à agent ? » La seule fliquette de la bande à brassards interrompt les amabilités en plaquant la future Albert Londres sur une porte en métal. Ça gueule. Je rentre dans un des deux camions.

« Chauffeur, chauffeur, si t’es champion, appuie, appuie sur le champignon !!! » Faut bien rigoler, entassés à cinquante dans le panier à salade fait pour une trentaine de places assises. Le chauffeur, il appuie oui. Mais sur la pédale du frein par saccades, histoire de remuer la salade. Briefing juridique par un syndicaliste pour les néophytes du genre : « Officiellement on a des droits (avocat, médecin, appel). Dans la pratique aucun ». Petite visite de Paris by night jusqu’au commissariat des Invalides. Ça brille, la classe.

Interpellations préventives

Attente dans le car à l’arrêt et échanges sympathiques avec le képi surveillant que nous privons de PSG-Dortmund : « Y’a pas d’humanité ici ! ». « Tu veux que je t’enfonce ? », propose-t-il généreusement à des minots à qui ose contester ses ordres. La suite, toute aussi banale : nom, prénom, identité... Puis libération après vérification d’identité. Pas de garde à vue pour nous. En espérant que les autres aussi. On pense aux premiers menottés sur la place et à ceux de Montreuil ou de Nanterre qui ont essuyé les coups, épuisé les heures de garde à vue et subi la comparution immédiate. Nous, rien. Juste cinq heures de perte de temps pour simple fait de manifestation.

Faire monter la pression, exciter, provoquer... Attendre que « ça déborde ». Et si ça ne prend pas, interpellations préventives. Tristes symptômes d’un pouvoir aux abois. Dissuader : lycéens, n’allez plus en manif, c’est violent. Et bien sûr, faire du chiffre.

Faut croire que ça marche. Libération évoque « une partie (du cortège qui) veut en découdre avec les forces de l’ordre », et 20 minutes – mieux informé que les journalistes sur place - décrit : « arrivé place Denfert-Rochereau, le cortège se scinde en deux et des groupes de casseurs en profitent pour entrer dans la danse ».

Solo




Notes

[1] Lire sur indymedia, ces témoignages ici et .
Source : Basta !







Denfer : l'Enfer


Jeudi 21 octobre 2010

Je reviens de Denfert-Rochereau.
Après une manif étudiante/lycéenne,ou nous avons été tout du long,
escortés par des policiers en si-vils,
nous sommes sur notre faim tellement le parcours est pourri
( : plus "excusez nous de manifester, on voudrait pas déranger" tu meurs).

Sur la place, l’Unef/Unl/Fidl (syndicats de moutons) tournent a gauche.
Un "tous au sénat" est lancé.
Un mouvement se met en marche.
Nous tournons à droite.
Nous pénétrons dans une rue, que nous savons bouclée par les CRS,
en tortues ninjas (ils ont bouché toutes les rues).

Arrivés devant eux, nous scandons des "polices partout, justice nulle part",
et autres slogans.

Quelques fumigènes roses, mais aucune action violente de la part des manifestants.
L’ambiance n’est pas à la provocation pure et dure, certains chantent.
Du coin de l’oeil je repère les si-vils, regroupés sur le coté,
rabattant leurs capuches,
enfilant leurs gants.
Ils se préparent.

Tension.

Nous prévenons les gens autour de nous.
La sirène des camions de crs se met en marche,
quelques personnes se dispersent, mais la foule reste campée sur ses positions.
Je recule avec ma tante et ma cousine.
Les si-vils se retirent vers l’arrière.
Ma mere m’appelle, il faut que j’aille la retrouver.
Je laisse en arrière ma famille,
et retourne vers la place.
Je croise quelques jeunes personnes, je leur dit qu’il faut se tenir pret,
les flics ont enfilé leur brassards oranges.

"Mais on fait quoi ?
Les darons ils sont devant, on va pas se défiler."

Je rejoins ma mère hors de la rue.

Je sens la tension monter d’un cran.
Des gens prets de la place sifflent, et crient aux autres dans la rue de reculer, de revenir.
Je me retourne.
Le piège : Les crs ferment la rue.
En deux rangs, un face aux manifestants encerclés, bouclés,
les autres face à nous.

Nous huons, crions, de laisser sortir les manifestants "laissez les passer".

Les gens restent solidaires, collés aux Crs, ils hurlent.
Les manifestants coincés, qui remontaient la rue, se font prendre au piège.
Certains passent, d’autres sont filtrés au compte goutte sur le coté.
Les crs en bas de la rue remontent.
Les manifestants lèvent les bras, en signe de rédition, ils ne sont pas là pour se faire cogner dessus. Ma tante et ma cousine sont toujours à l’intérieur du "carré magique".
Je hurle, nous hurlons tous "laissez les sortir".

Un mouvement de foule sur le coté droit, je vois des matraques se lever, des gens s’écarter,
des manifestants s’interposer,
un homme tomber.
Je me souviens mal.
Ça se calme rapidement, mais on sent que c’est là.
J’ai peur.
On a tous peur.
Ma tante et ma cousine ont réussi a sortir, on les retrouve.
Ma tante nous raconte qu’elle s’est fait pousser par un mouvement de foule,
s’est retrouvée collée a un CRS,
ma cousine l’a chopée, elle aurait pu se ramasser un coup.
Elles me racontent que des jeunes filles ont voulu passer : l’une d’elle faisait une crise d’asthme.
"On a que 15 ans, on est pacifistes, ma copine a de l’asthme".
Le Crs a refusé, mais a eut l’air troublé.
Tant mieux. Qu’ils éprouvent un peu de remord,ces enfoirés,
ça ne serait que piètre justice.

Nous retrouvons ces filles, nous les conseillons, ma mere lui file sa ventoline.
Elles sont terrifiées.
Des gens sont encore pris au piège.
Les autres sont devant les CRS.
Autour de la place, je vois les camions et les CRS se mettre en marche.
UN nombre disproportionné par rapport au nombre de manifestants.
Ils se casquent, s’arment.
On prévient les gens autour.
Des militants guident les jeunes choqués vers le métro, la seule issue.
C’était violent. Sans y avoir de grands blessés, je ne suis pas restée assez pour le savoir.
Mais c’était violent, l’ambiance de terreur qu’ils instaurent.
Violence physique, parce que leur seule présence est une provocation en soit.
Ils sont sur-équipés, matraques, tiges, boucliers, casques (et armes),
protections, face à des manifestants qui n’ont que des banderoles
et leurs écharpes par précaution.

Et puis une putain de violence psychologique.

Une fois dans le métro, j’ai chialé.
Pression, choc, peur. Mais surtout colère.
Tout ça je le savais. Mais le voir en vrai, c’est juste écoeurant. Et terrifiant.
Je ne dis rien de mes convictions qui vont de paire avec ma colère,
juste un compte rendu de ce que j’ai vu.

ps : pour ma part je n’en reste pas là. On ne peut plus laisser passer ça.
Je ne pense pas être la seule à ne plus supporter cet Etat policier, fachiste
et despotique à la solde de la classe dominante.
Une preuve marquante : on ne nous laisse pas accéder au Sénat,
une institution qui ne nous appartient plus.

L, étudiante





Violence policières a Denfert (suite)

Quelques photos de la violence policière a denfert le seul tort de ce copain apparemment d’avoir refusé qu’un Gm le tienne par le bras, ils l’ont sorti du cortège et la les coups ont commencé à pleuvoir

De l’autre coté encerclés dans une nasse policière les camarades ne pouvaient qu’assister impuissant a la scène , ce camarade faisait parti d’un groupe de manifestants qui a été repoussé ver la gare de Rer de denfert

A l’autre bout de la place la police triait les camarades comme du betail, les plus agés d’un coté qu’ils liberaient au compte goutte , les séparant des plus jeunes qu’ils emmenaient au fur a mesure dans leurs cars

Une intervention faite avec « la force publique nécessaire et proportionnée » bavassait un « journaliste » collabo de France télévisions dans son micro à coté il s’est fait d’ailleurs vertement sifflé et qui est parti sans demander son reste A noter que nous n’avons bien sur pas vu l’ombre d’un seul mouvement de Solidarité de la part des membres des S.O de la CGT et encore moins de la Fidl, de l’Unef et de l’Unl ces « syndicats de gauche » pourtant présents en nombre sur la place, quand ce copain se faisait tabasser par terre, Encore moins quand des lycéens de l’autre coté de la place étaient bousculés a coup de boucliers

Il est vrai que pour ce genre de personnages censer « protéger » les manifestants (surement pas de la violence policiére en tout cas) il est plus facile de jouer les gros bras et de taper sur des sans papiers ou des supposés « casseurs » que de s’interposer quand les milices du capital frappent des manifestants pacifistes, car il n’y avait pas l’ombre ni la moindre once d’agressivités chez ceux et celles-ci , le seul crime de tout les gens présents c’était juste se rendre devant le sénat cette antichambre du mépris du peuple institutionnel Voila le « droit de manifester » dans la très « démocratique république française ».

Et que les médias ne viennent pas nous dire qu’il n’y a « pas eus de violence policière aujourd’hui a denfert » parce que pas mal de camarades ont filmé cette scène avec leurs portables et que les vidéos sont déjà sur le net

Quelques précaires et jeunes lycéen-nes présent-es sur place :










Mélenchon accuse la Police de se déguiser en casseurs !
envoyé par 54fiorentino54. - Regardez les dernières vidéos d'actu.




Voilà photo à l’appui comment s’y prend la police pour provoquer des violences et dénaturer un mouvement.
Ci-dessous témoignage d’un vieux militant qui était présent à Chambéry
N’hésitez pas à dénoncer et faire circuler !!

Dans toute enquête criminelle on commence par se demander à qui profite le crime.

Brusquement à l’approche de la 6ième journée nationale d’action contre la réforme des retraites il y a des violences. Alors que lors des 5 précédentes, tout était calme.
Bernard Thibault appelle au "dialogue".Eric Woerth répond : "le temps du dialogue est terminé, il y a de la violence, il nous faut la combattre." [France Info, 19/10/2010, 19:00]Il faut faire un dessin ou tout le monde a compris ?
Chambéry 19/10/2010, 18h00 avenue De Boigne, des jeunes encagoulés jettent des pierres sur un cordon de robocops (CRS ou gendarmes mobiles). Ça dure un bon moment...

Puis trois des ces jeunes, l’instant d’avant les plus hardis à jeter des pierres, remontent un brassard orange sur leur manche droite, foncent sur l’un d’entre eux et l’immobilisent.

Remarquable coordination car immédiatement surgissent une dizaine de robocops qui protègent le groupe.
Et devant les commerçants médusés on voit trois jeunes encagoulés embarquer un de leurs potes sous la protection des robocops.
Sur la photo jointe, un de ces "brassards oranges", sweat à cagoule gris et bandeau noir, APRÈS l’interpellation ci-dessus racontée.


(Petite parenthèse : Je me trouvais là pour montrer à un petit jeune comment les choses se passent. En gros j’étais un peu dans le rôle du vieux mustang qui montre à un jeune poulain quelle herbe ne pas brouter. Avec un peu d’expérience et les policiers étant si prévisibles, je savais où me mettre pour montrer, en toute sécurité, la fameuse scène à mon jeune protégé. Merci aux policiers d’avoir été fidèles au rendez-vous. Sans quoi la leçon n’aurait pas été complète.)

En tous cas, je vous le dis, ces "casseurs", ils tombent chaque fois rudement bien pour arranger les affaires d’un gouvernement désapprouvé par 71% des Français sur ce projet des retraites, mais certainement approuvé par une majorité pour "maintenir l'ordre".

NB : Pour sembler "maintenir l’ordre" et rassurer les citoyens, encore faut-il qu’il y ait désordre ... non ? ...
Pour info :

Ce témoignage de Chambéry parvenu aujourd’hui 20 octobre tend à prouver que les casseurs
(ou du moins leurs "managers" cagoulés sur le terrain)
seraient des flics provocateurs déguisés en jeunes révoltés,
afin de nourrir, selon le tempo décidé par l’Elysée, la chronique sarkozyste des médias aux ordres.


 

 La Rafle de Bellecour
Lyon, 21 octobre 2010

Ce qui c'est passé place Bellecour à Lyon, le 21 octobre 2010, ne peut pas être la simple décision d'un préfet. Le gouvernement est aux abois, et comme tout monstre à l'agonie, il peut être très dangereux. Ces gens qui nous gouvenenent sont des malades, sans grande culture et pas très intelligents, mais ils ont un réflexe de survie et un pouvoir de malfaisance aigus. Le gouvernement a donc choisi que la grande leçon soit donnée à Lyon, place Bellecour le 21 octobre 2010. Alors, apprenons cette leçon, découvrons ce gouvernement dit d'ouverture qui enferme les jeunes tout un après-midi, pour les gazer, les matraquer, les affoler.

Le hasard ne fait pas toujours bien les choses, puisque nous devions nous retrouver, avec quelques collègues, dans un restaurant de la place Bellecour. À 20 heures, calme et désertée, la place était encore bloquée. Après avoir parlementé avec des robocops qui interdisaient l'accès, et ne semblaient pas comprendre grand-chose : oui, non, faites le tour, c'est aussi bloqué, l'un d'eux nous a accompagnés, un collègue et moi, jusqu'au restaurant, devant lequel était garée une fourgonnette d'autres robocops. Des collègues étaient déjà là. Nous avons trinqué, et de l'autre côté de la vitre, un robocops qui ôtait son harnachement, a symboliquement trinqué avec nous, brandissant une bouteille  de vin presque vide, heureux.

jmw

Retour sur l'action des forces de l'ordre place Bellecour 21/10/10

Le témoignage de 5 étudiants
parqués comme des bêtes

En ce 21 octobre, nous avons vécu ce que l'on pourrait appeler une garde à vue à ciel ouvert Place Bellecour à Lyon.

Tout commence en début d'après-midi, nous savons qu'un rassemblement pacifque est organisé place Antonin Poncet par l'UNL et la CGT (dans son petit break blanc). En tant que citoyens et concernés par l'amalgame jeune = casseur il nous semble important d'aller manifester dans le calme avec les jeunes et les syndicalistes.

Le dispositif policier déployé est impressionnant et dès la rue Victor Hugo on assiste à des barrages fltrants. Les CRS nous laissent passer sans aucun contrôle à notre grand étonnement. Nous sommes donc sur la place Bellecour.

Un grand nombre de personnes tentent d'accéder à la place Antonin Poncet, nous avons le cortège en visu. Cependant, le GIPN est présent et lourdement armé. Une ligne de CRS bloque de tous les côtés l'accès à la place d'où doit débuter la manifestation. Nous pensons qu'il s'agit juste d'une mesure temporaire.

Nous tentons de regagner la place en passant par la rue de la Barre. C'est alors que nous découvrons deux blindés anti-émeutes armés de canon à eau placés respectivement à l'entrée de la rue du Président Édouard Herriot et à la rue Gasparin. Ça commence à chauffer là où les CRS bloquent l'accès à la manifestation : premiers tirs de gaz lacrymo sur les personnes agglomérées dans la place Antonin Poncet et celles de l'autre côté de la ligne de démarcation.

Nous demandons alors aux CRS disposés en ligne rue de la Barre si nous pouvons sortir de cette place. « On ne veut pas se prendre des cailloux, ni des gaz nous voulons juste manifester pacifquement de l'autre côté de la rue» . Réponse sèche nous disant que de toute façon le secteur est bouclé et que les ordres sont clairs. Personne ne sort. On nous dit alors d'aller nous mettre au fond de la place (côté Saône) pour éviter les gaz et que « peut-être » là bas nous pourrions sortir.

La situation est inédite, nous faisons le tour de la place, toutes les rues adjacentes sont bloquées, à chaque barrage où nous demandons de sortir on nous répond toujours que c'est impossible. Et pourtant nous voyons des personnes qui arrivent à passer sans problème les barrages de CRS. Les personnes de plus de 25-30 ans sortent sans problème de cette place. Il est clair que le mot d'ordre est de laisser entrer les « jeunes » dans la place et de ne pas les laisser sortir pour une durée indéterminée.

Nos inquiétudes sont confrmées par un CRS qui nous dit que de toute façon « vous les jeunes vous ne sortirez pas avant 20h et même 21h si cela est nécessaire ».

Cela fait déjà 1h30 que nous attendons. Pas de mouvement, on croirait que le temps s'est arrêté. Il semble que le commandement central soit muet, les CRS au milieu de la place en petit groupe sont plus que détendus, enlèvent leurs casques, fument et parlent même avec les jeunes. L'hélicoptère de la gendarmerie ne cesse de tourner au-dessus de nous, équipé d'une caméra il passe et repasse au dessus des jeunes. Le climat est presque détendu. Mais il ne le restera pas longtemps : des groupes de CRS font des rondes, passent et traversent la place Bellecour pour « réveiller » les jeunes, peut-être trop calmes ? Deux policiers de la BAC tournent sur une moto depuis une bonne demi-heure dans la place.

Nous attendons, encore, toujours. C'est au bout de 3 heures que le harcèlement policier commence à porter ses fruits. Les jeunes au début très dispersés et calmes commencent à se rassembler et demandent à sortir.

Les jeunes sont pris dans un mouvement de foule, la police toujours en bloquant les sorties de la place, tire des grenades lacrymogènes sur le groupe nouvellement formé.

Des jeunes après s'être fait gazer se font matraquer. Il est impossible de sortir.

Les forces de l'ordre délivrent alors un message hallucinant depuis les fourgons blindés anti-émeutes : « Attention. Si vous ne vous dispersez par maintenant, nous allons devoir faire usage de la force ». Mais comment vont se disperser les jeunes alors que tout est bloqué ?

Au même moment, nous étions bloqués à un barrage en tentant de sortir pour la « 10e » fois. Les forces de l'ordre donnent l'assaut et balance la sauce sur des jeunes non armés, totalement encerclés et sans aucune protection : Canon à eau, gaz lacrymo sous toutes ses formes, matraquages, fumigènes, bangs, ...

Après cet assaut insensé il nous est ordonné de nous présenter à une sortie (enfn ouverte !) direction quai de Saône. L'humiliation continue : Contrôle d'identité avec des agents recensant toutes les infos sur chaque personne présente, fouilles corporelles et photographies. De plus la presse est là pour flmer la prise du jour. Tutoiement et petites blagues racistes de rigueur. On fait passer tous les « beurres » chez le photographe des RG. Ceux qui n'ont pas de pièce d'identité seront systématiquement mis en garde à vue et « stockés » dans les cars que nous voyons au loin sur le pont Bonaparte.

Voici comment l'État français traite sa jeunesse et ne résout en rien les problèmes d'insécurité. Il faut noter que seulement FR3 Rhône-Alpes et TLM ont fait état de ce qu'il s'était passé (à demi-mot cependant). FR2, chaîne de service public, à quand même réussi à dire que la place Bellecour était prise « toute l'après-midi par des casseurs ».

J'hallucine, les casseurs il n'y en avait que très peu, le reste est resté bloqué sous l'œil des caméras qui ont pu tourner des images et contribuer à la désinformation gouvernementale.

Ce sont des méthodes dignes d'un régime fasciste :

  • Humiliation
  • Violence gratuite
  • Atteinte au droit fondamental d'aller et venir

Un seul mot me vient à l'esprit : RÉSISTANCE.

5 étudiants
parqués comme des bêtes

Sources et informations complémentaires

La journée en photos

 


14h00 : Les manifestants pacifiques sont bloqués
place Bellecour par la gendarmerie


Et voilà la crème de la police.
Comme on peut le voir,
impossible d'accéder à la place Antonin Poncet


... Armés de fusil à pompe.
Si c'est pas de la provoque ça...
QUI à vu un seul manifestant avec un « gun » !?


Le GIPN du jamais vu à Lyon 


Et ils ne bougent pas...


Voici comment on traite les manifestants.
On bloque et on devise le cortège en deux
pour nier l? évidence :
il y avait du monde pour cette manifestation pacifque !


Fourgon blindé anti-émeute surmonté d'un canon à eau


Il y en a même deux !


 Voici les « casseurs, très actifs et dangereux »


L'hélicoptère qui tourne pendant des heures
au-dessus de la place.
Le bruit créé prend la tête et stresse.


 Les CRS bloquent les accès aux cours intérieures
refuge de nombreuses personnes
contre la violence policière.


Et pendant ce temps on gaze...


Les CRS chargent sur un groupe isolé
dans un espace clos
cherchez l'erreur !

 
De petits groupes mobiles se glissent
parmi les « otages »
de la place Bellecour 


La BAC parade au milieu de la place
parmi les jeunes gens bloqués depuis 2h30 !


La rue Victor Hugo est bloquée
comme toutes les autres d'ailleurs


Le dispositif est hors du commun.
Depuis la venue de Brice Hortefeux
la milice gouvernementale est en force à Lyon


Au bout de 4h30 bloqué sur la place après les lacrymo,
coups de matraque, canon à eau,
dernière humiliation :
Contrôle, fouilles, photos, railleries et racisme d'État.


Ceux qui n'ont pas de carte d? identité
iront direct dans ces bus









Garde à vue des six lycéens
de Fontainebleau :
un couple pris dans les violences
policières




24 Octobre 2010 Par drapher




L'un des six lycéens mis en examen pour rébellion et agression contre les forces de l'ordre, le 12 octobre à Fontainebleau, a maintenu devant le juge pour enfants avoir repoussé une grenade lacrymogène pour protéger un bébé dans une poussette. Les parents du bébé, Emmanuel et Myléna, racontent ce qu'ils ont vu et vécu lors de la dispersion de la manifestation lycéenne. Ils confirment ce qu'a dit le lycéen et veulent témoigner devant la justice. Selon eux, sans ce jeune homme, leur bébé aurait dû être blessé ou peut-être pire : les forces de l'ordre ont tiré des grenades lacrymogènes et des flashballs sur la foule, au hasard.

P.H : Pour quelle raisons étiez-vous présents, votre compagne, votre bébé et vous-même au moment de la dispersion de la manifestation ?

Emmanuel : «On devait aller en centre ville, à la banque faire des papiers. On s’est retrouvé encerclé au bout de la rue, il y avait les CRS des deux côtés, on ne pouvait pas passer. Ca tirait pas encore, c’était tendu, il y avait des charges de CRS au moment où on est arrivé. Ils couraient contre la foule, au croisement de la rue, on a été obligé de partir, avec la petite. Il y avait des personnes âgées. Un groupe de CRS a fait tomber par terre une personne âgée.»

P.H : Quand les gaz lacrymogènes ont été lancés, qu’est-ce qu’il s’est passé ?

«On a été repoussé avec la foule quand ça chargeait. Après on avait des choses à faire, on avait rien à voir avec ça, on a continué, et là, ça a tiré directement dans la foule. La première fois c’est tombé à 2 mètres, deux mètres cinquante de nous. La deuxième grenade c’est un lycéen qui s’est mis devant (ndlr : le lycéen mis en examen), sinon c’est la poussette et notre fille qui la prenait. Quand j’ai vu le premier tir, on a reculé, je suis parti directement voir les CRS. J’avais des preuves que je venais pour aller à la banque, je leur ai montré et on m’a répondu «ferme ta gueule, dégage de là», mot pour mot. Je leur ai dit que ma fille était bloquée dans les gaz lacrymogène, ils m’ont dit de faire le tour. C’est pendant que je discutais avec eux qu’ils ont tiré une deuxième grenade. Quand je suis revenu vers ma compagne c’est là que j’ai vu une veste sur la poussette.»

Myléna : «Le jeune (ndlr : celui mis en examen) avait mis la veste sur la poussette pour protéger la petite des gaz, il s’est interposé, il a pris un flashball dans la jambe, et a relancé une grenade qui était à côté de la poussette, c’était soit lui soit la petite, il a préféré que ce soit lui.»

 




P.H Quand il a repoussé la grenade lacrymogène, il l’a fait comment ?

Myléna : «Il a fait un geste comme tout le monde l’aurait fait. Il a essayé de la dégager le plus loin possible de la petite.

Emmanuel : «S’il ne se mettait pas devant la poussette, c’est la poussette qui prenait le tir».

P.H : Les CRS étaient à quelle distance ?

Emmanuel : «Au début ils étaient collés, après ils étaient à quinze, vingt mètres.»

P.H : Les CRS pouvaient voir la poussette ?

Emmanuel : «Bien sûr, je leur ai dit, il y avait des lycéens qui leur ont dit «arrêtez, il y a un bébé qui passe». Quand on a voulu s’en aller, ils nous ont dit : «allez y, allez y, passez, passez, personne fait rien, on bloque», et au moment où on arrivait au milieu de la route, les CRS se sont remis à charger. Ils voyaient bien qu’il y avait une poussette. Et nous, c’est une coiffeuse qui nous a fait rentrer dans son magasin pour nous protéger.»

Myléna : «Les CRS se sont pris pour des cowboys. Les lycéens ils faisaient leur manifestation, ils étaient par terre, sur la route. C’est là que les CRS ont fait n’importe quoi. On a vu trois policiers qui passaient dans la foule et dès que quelqu’un les regardait à peine, ils leur mettaient des coups de bouclier, ils leur parlaient mal. Ils ont tapé un jeune devant tout le monde et il l’ont menotté.»

P.H : Est ce que vous témoignerez au tribunal pour le procès des lycéens mis en garde à vue ?

Emmanuel : «Moi , je viendrai. Si cette personne là n’était pas là ce jour là, ma fille elle se prenait une cartouche. Grâce à lui, on a réussi à empêcher le pire. Je suis obligé, je viendrai. Il a mis en quelque sorte sa vie en danger pour protéger ma fille. Il ne nous connaissait pas, on l’avait jamais vu. Il s’est mis en opposition, il s’est pris une flashball dans la jambe pour la protéger.»

P.H : Qu’est-ce que vous pouvez dire sur cette manifestation, pour conclure ?

Emmanuel : «Ils ont tiré sur la foule sans calculer, comme ça, il y avait un deuxième couple avec une poussette, elle est partie tout de suite aux urgences. Ce couple, ils se sont pris des projectiles que la police a jetés. Les jeunes se sont mis devant pour éviter qu’il ait un problème avec la petite, c’est les jeunes qui ont essayé d’aider, les forces de l’ordre, il n’y avait rien à faire. Les jeunes étaient solidaires, ils essayaient d’aider les gens par terre. Il y avait un jeune avec des marques au visage, qui saignait, entouré par un groupe de trente policiers et CRS autour de lui. Il y a une femme policier qui a braqué un lycéen avec son flashball qui venait voir pour son copain par terre, elle lui a dit «tu bouges pas ou je tire !» Ils sont restés au moins un quart d’heure à le taper. Les trois policiers qui circulaient dans la foule, ils regardaient les jeunes et les agressaient. Il y a un jeune qui ne faisait rien, adossé à un mur, un policier lui a mis un coup de bouclier dans la tête. A un moment les lycéens sont allés voir les policiers qui étaient devant la mairie et d’autres qui sortaient de la mairie, qui étaient derrière les portes de la mairie. Les policiers les ont insultés, leur ont dit "dégage, dégage". Ca tirait dans la foule, j’ai vu des personnes âgées qui pleuraient à cause des gaz. On se serait cru dans un film. On se sentait plus en sécurité avec les jeunes qu’avec les policiers. C'est grâce aux jeunes qu'on a pu rentrer chez nous.

Témoignage recueilli dimanche 24 octobre 2010 au domicile d’Emmanuel et Myléna, parents de la petite Océane, 12 mois.