Après
la chute de l'URSS, la CGT quitte la Fédération Syndicale Mondiale
(FSM, sous influence stalinienne) rejoignant la Confédération Européenne
des Syndicats--dominée par des syndicats pro-capitalistes tels la CFDT
(Confédération française et démocratique du travail).
Lallégeance de la CGT au capitalisme n'est certes pas nouvelle, la
CGT ayant servi de bras droit au PCF lorsqu'il avait trahi les grèves générales
de 1936 et de 1968. Cependant, sous la direction de Bernard Thibault, la CGT prend
une part de plus en plus importante dans la formulation de la stratégie
de lEtat.
Selon
René Mouriaux (politologue et historien), Thibault aurait été
l'une des figures principales des mouvements de 1995 et serait devenu l'un des
symboles du renouveau de la CGT, ce qui lui permet de rentrer au bureau confédéral
en 1997.
En
1995 le gouvernement Juppé (RPR) veut sattaquer aux acquis de la
classe ouvrière. Un mouvement puissant des travailleurs, concentré
sur la grève des cheminots, déborde les syndicats. Après
avoir repris le contrôle des manifestations, les syndicats étouffent
le mouvement de grève. Bernard Thibault négocie en 1995 un accord
avec le ministre du Travail, qui accepte de ne pas toucher aux cheminots, tout
en programmant des attaques sociales contre le reste des la classe ouvrière.
Prétendre
que cet accord représente une victoire est une illusion ; Il maintient
la plupart des attaques du Plan juppé contre le système de sécurité
sociale, et le reste de la carrière de Thibault a surtout consisté
à négocier des réformes pour égaliser les retraites
des travailleurs vers le bas. En une série de réformes successives
en 2003, 2008, et maintenant en 2010 des gouvernements de droite
repoussent lâge de la retraite en égalisant les conditions
des différentes sections de la classe ouvrière vers le bas.
De
1997 à octobre 2001, Thibault est membre du conseil national (ex-comité
central) du PCF. Il quitte ses responsabilités nationales au PCF en 2001
pour marquer la fin du concept de syndicat comme courroie de transmission du parti.
Ceci est une étape importante. En faisant passer au second plan les liens
historiques le rattachant au PCF, la CGT se donne loccasion de collaborer
avec des forces ouvertement pro-capitalistes, au service de lEtat.
Dans
un article de 2007, "Pourquoi Sarkozy veut sauver la CGT de Bernard Thibault,"
lhebdomadaire Marianne détaille les relations nouées en 2004
entre Sarkozy (alors Ministre des Finances) et Thibault, lors dune réforme
dEDF-GDF préparant sa privatisation.
En
menaçant de dévoiler « la gestion du trésor des oeuvres
sociales du comité d'entreprise », c'est-à-dire les fonds
fournis par EDF-GDF et que la CGT utilise comme une caisse noire, Sarkozy découvre
que Thibault préfère une « concession limitée ».
Après « quelques mois de conflits bien encadrés, un modus
vivendi est trouvé: le statut de l'entreprise change, mais ... la promesse
(trahie depuis!) est faite que l'Etat demeure à jamais majoritaire dans
le capital d'EDF-GDF ».
Larrivée
au pouvoir de Nicolas Sarkozy en 2007 marque un approfondissement des relations
entre le pouvoir et la CGT. Le congrès fin 2009 a eu comme but de confirmer
la politique de collaboration étroite entre Thibault et le Président
Nicolas Sarkozy, poursuivie depuis le début du mandat de ce dernier.
Dans
un article dans Le Monde, intitulé « Pour des syndicats forts »
paru en davril 2008, Nicolas Sarkozy explique la logique de sa collaboration
avec les syndicats : « j'ai l'intime conviction que, pour expliquer et mener
à bien les réformes dont notre pays a besoin, nous devons le faire
en partenariat étroit avec ceux qui représentent les intérêts
des salariés et des entreprises... »
Cette
collaboration contre les travailleurs était établie de longue date,
selon Sarkozy : « Juste après l'élection présidentielle
et avant même de rejoindre l'Élysée, j'ai tenu à recevoir
les organisations syndicales et patronales pour les écouter et recueillir
leurs positions sur les premières actions que je comptais entreprendre.
Depuis, je continue à recevoir très régulièrement
chacun de leurs représentants. Je les connais bien, nous avons parfois
des divergences, mais notre dialogue est toujours franc. »
Il
ajoute : « Je pense par exemple à la réforme des régimes
spéciaux de retraite, qui a pu être menée à bien à
l'automne grâce à une intense période de concertation au niveau
national et des négociations dans chacune des entreprises concernées.
»
A
ce moment, la CGT et la CFDT établissaient un accord, intitulé «
position commune », avec les groupements demployeurs et lEtat.
Laccord comprenait des mesures destinées à accroître
l'influence des syndicats les plus importants, donnant à l´Etat une
bureaucratie plus centralisée pour faire la police dans la classe ouvrière.
En
dépit d'une large opposition populaire, la CGT et Sarkozy ont ensuite fait
passer des lois pendant lété 2008 marquant un tournant significatif
dans les relations de classe en France : allongement de la semaine de travail,
réduction des allocations chômage, changement des lois qui régissent
les syndicats et les grèves, et cadeaux importants faits aux grandes entreprises
et à la finance.
Mercredi
24 Novembre 2010
http://www.wsws.org/
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