Discours de
François ASSELINEAU lors dune réunion des adhérents
et sympathisants dIle-de-France de lUPR, le 13 février 2010
à Paris.
Qui
est à l’origine du choc pétrolier des années soixante-dix ?
Extrait du nouveau livre ’Pétrole, une guerre d"un siècle’ de William Engdahl
http://www.engdahl.oilgeopolitics.net/ L’économie mondiale en marche arrière : qui est à l’origine du choc
pétrolier des années soixante-dix ?
Nixon débranche la prise En 1969, à la fin de la première
année de la présidence de Richard Nixon, l’économie américaine était à nouveau
entrée en récession. En 1970, pour combattre le déclin, les taux d’intérêts américains
avaient été brutalement abaissés. En conséquence, les capitaux spéculatifs, la
“ hot money ”, fuirent le dollar une fois de plus par montants records pour rechercher
des profits à court terme plus élevés en Europe et ailleurs. Une spéculation
à court terme très instable sur les devises fut l’un des résultats du refus déjà
vieux de dix ans des Américains de dévaluer le dollar aussi bien que de leur réticence
à prendre des mesures sérieuses visant à contrôler le flux énorme du marché dérégulé
des eurodollars. Comme le savaient la plupart des banquiers du monde, le roi Canut
ne pouvait retenir les vagues que pour un temps limité. En 1970, le résultat de
la politique monétaire nationale expansioniste de Nixon, fut une inversion du
flux des capitaux : le solde positif des années précédentes fut inversé et
les États-Unis subirent une évasion nette de capitaux de 6,5 milliards de dollars.
Mais la récession américaine persista tant qu’en 1971, alors que les taux d’intérêts
continuaient de baisser et les approvisionnements en monnaie de croître, ces sorties
de capitaux atteignirent des proportions énormes, totalisant 20 milliards de dollars.
Pis encore, en mai 1971, les États-Unis enregistrèrent leur premier déficit commercial
mensuel, déclenchant littéralement une liquidation du dollar dans une ambiance
de panique internationale. La situation devenait véritablement désespérée.
Vers 1971, les réserves officielles américaines d’or représentaient moins du quart
des engagements officiels : théoriquement, si tous les détenteurs étrangers
de dollars en avaient exigé l’équivalent en or, Washington aurait été incapable
de les satisfaire sans prendre des mesures extrêmes. (1) L’establishment de Wall
Street persuada le président Nixon d’abandonner ses efforts inutiles pour soutenir
le dollar face à l’avalanche d’ordres internationaux d’échange de dollars contre
de l’or. Mais malheureusement, Wall Street refusa de procéder à la nécessaire
dévaluation du dollar vis-à-vis de l’or, qui était pourtant ardemment souhaitée
depuis une décennie. Le 15 août 1971, Nixon prit l’avis d’un cercle restreint
de conseillers autorisés. George Shultz, son conseiller en chef au budget et un
groupe de politiques alors au département du Trésor dont Paul Volcker et Jack
F. Bennett qui devint plus tard un directeur d’Exxon en faisaient partie. Pendant
ce tranquille mois d’août ensoleillé, procédant à une manœuvre qui devait chambouler
le monde, le président des États-Unis annonça la suspension formelle de la convertibilité
du dollar en or, établissant de fait le dollar en tant que standard mondial dépouillé
de toute référence à l’or, annulant ainsi unilatéralement la disposition centrale
des accords de Bretton Woods qui datait de 1944. Les détenteurs étrangers de dollars
ne pouvaient plus faire valoir leur papier monnaie contre l’or des réserves américaines.
L’action unilatérale de Nixon fut réaffirmée à Washington lors des pourparlers
internationaux prolongés du mois de décembre lors desquels les gouvernements majeurs
d’Europe, du Japon et de quelques autres nations élaborèrent un compromis bancal
connu sous le nom d’accord de Smithson. Avec une emphase démesurée qui dépassait
même celle de son prédécesseur Lyndon Johnson, Nixon annonça que cet accord monétaire
de Smithson était “ le plus important dans l’histoire du monde ”. Les États-Unis
avaient formellement dévalué le dollar de quelque 8 % vis-à-vis de l’or,
ce qui valorisait l’once d’or fin à 38 dollars au lieu des 35 dollars qui avaient
prévalu pendant longtemps, bien loin de la dévaluation de 100 % qui avait
été demandée par les alliés des Américains. L’accord permettait aussi une bande
de fluctuation officielle de 2,25 % au lieu du un pour cent initial prévu
par les règles de l’accord de Bretton Woods. En déclarant aux détenteurs
de dollars du monde que leur papier monnaie ne serait plus échangé contre de l’or,
Nixon “ débrancha la prise ” de l’économie mondiale, créant une commotion à l’origine
d’une série d’événements qui devaient ébranler le monde comme jamais auparavant.
Quelques semaines seulement furent nécessaires pour que la confiance en
l’accord de Smithson commençât de s’effondrer. En avril 1968, la défiance de de
Gaulle envers Washington quant à la question de l’or et à l’observance des règles
de Bretton Woods n’avait pas été suffisante pour imposer la réorganisation du
système monétaire international pourtant si nécessaire, mais elle avait suffisamment
focalisé et empoisonné le débat sur les Droits de Tirage Spéciaux du FMI pourtant
si mal conçus, que les problèmes du dollar s’en trouvèrent obscurcis. La suspension
de la convertibilité du dollar en or et les “ taux de change flottants ” qui en
résultèrent au début des années soixante-dix ne résolurent rien. Cela permit seulement
de gagner du temps. Une solution éminemment praticable pour les États-Unis
eut consisté à fixer la valeur du dollar à un niveau plus réaliste. Depuis la
France, Jacques Rueff, l’ex-conseiller économique de de Gaulle, continuait de
plaider pour un prix de 70 dollars l’once d’or fin, au lieu des 35 dollars que
les États-Unis défendaient sans succès. Cela, argumentait Rueff, calmerait la
spéculation mondiale et permettrait aux États-Unis de s’affranchir du solde déstabilisant
en eurodollars sans plonger l’économie domestique américaine dans un sévère chaos.
En procédant convenablement, cela eut pu donner un élan extraordinaire à l’industrie
américaine en réduisant le prix des exportations en devises étrangères. Dans les
milieux politiques américains, les intérêts industriels eussent à nouveau prédominé
sur les voix financières. Mais la raison ne prévalut point. La rationalité de
Wall Street consistait à faire de la puissance de la sphère financière une citadelle
intouchable, aux dépens même de la production ou de la prospérité économiques
nationales américaines. L’or en lui-même a peu de valeur intrinsèque. Il
a quelque utilité industrielle. Mais historiquement et à cause de sa rareté, il
a servi d’étalon de la valeur par rapport auquel les différentes nations ont fixé
les termes de l’échange et donc les niveaux de leurs devises. Quand Nixon décida
de cesser d’honorer les obligations de la devise américaine vis-à-vis de l’or,
il ouvrit les vannes d’une orgie spéculative mondiale d’une ampleur jamais vue
dans l’histoire. Au lieu d’évaluer les affaires économiques sur le long terme
selon des standards d’échange stables, après août 1971, le commerce mondial devint
un casino de spéculation sur la direction que prendrait la fluctuation du niveau
des diverses devises. Les véritables architectes de la stratégie de Nixon
appartenaient aux banques commerciales influentes de la City de Londres. Pour
sir Siegmund Warburg, Edmond de Rothschild, Jocelyn Hambro et d’autres la dissolution
de l’étalon or de Bretton Woods par Nixon à l’automne 1971 fut une opportunité
à ne pas rater. Londres devenait une nouvelle fois l’un des centres majeurs de
la finance mondiale et ce, à nouveau grâce à de l’“ argent emprunté ”, qui cette
fois-ci était des eurodollars américains. Après août 1971, le trait dominant de
la politique américaine promue par Henry Kissinger, le conseiller à la
sécurité nationale de la Maison Blanche, consistait, non pas à développer, mais
à contrôler les économies nationales du monde entier. Les officiels politiques
américains commencèrent fièrement à se dénommer “ néo-malthusiens ”. La réduction
de la population du tiers-monde, plutôt que des stratégies de transfert de technologie
et de croissance industrielle, devint la priorité des années soixante-dix, rafraîchissant
ainsi la pensée coloniale britannique du XIXe
siècle. Comment cette transformation se passa, c’est ce que nous allons voir bientôt.
En 1972, la mauvaise conception de l’accord de Smithson déclencha une nouvelle
fuite massive de capitaux quittant le dollar vers le Japon et l’Europe, aggravant
ainsi la situation. Mais le 12 février 1973, Nixon annonça une deuxième dévaluation
du dollar de 10 % par rapport à l’or, fixant le prix de l’or à 42,22 dollars
l’once qui est encore aujourd’hui le prix pratiqué par la Réserve Fédérale.
A ce moment, les principales devises mondiales s’engagèrent dans ce qui fut appelé
le “ flottement concerté ”. Entre février et mars 1973, la valeur du dollar contre
le mark allemand chuta de 40 %. L’instabilité permanente avait été introduite
dans les affaires monétaires d’une façon inédite depuis les années trente, mais
cette fois-ci, les stratèges de New York, Washington et de la City préparaient
une surprise pour reprendre la main et se rétablir face à la perte dévastatrice
de la référence à l’or qui était le pilier de leur système monétaire. Une
rencontre inhabituelle à Saltsjöbaden Le dessein dissimulé à l’arrière-plan
de la stratégie annoncée par Nixon le 15 août 1971 n’apparut qu’à partir d’octobre
1973, plus de deux ans après et même à ce moment, peu de personnes en dehors d’une
poignée d’initiés n’en comprirent la logique. La démonétisation du dollar d’août
1971 fut utilisée par l’establishment financier de Londres et de New York pour
gagner un temps précieux pendant lequel les politiciens du sérail préparèrent
un audacieux plan monétariste, un “ changement de paradigme ”, comme certains
préférèrent l’appeler. C’est au moment où certaines voix influentes de l’establishment
anglo-américain qui avaient échafaudé une stratégie visant à renforcer à nouveau
le dollar afin d’améliorer, une fois encore, leur puissance politique relative
dans le monde, qu’il devint manifeste que le chemin en était déjà largement tracé.
En mai 1973, alors que la dramatique chute du dollar restait encore vivace
dans les esprits, un groupe de 84 des plus influentes personnalités de la finance
et de la politique se réunit en Suède, à Saltsjöbaden, une station retirée sur
une île appartenant à la famille du banquier suédois Wallenberg. Cette réunion
du groupe Bilderberg, fondé par le prince Bernhard, entendit Walter Lévy, un participant
américain exposer le “ scénario ” d’une hausse imminente de 400 % des revenus
pétroliers de l’OPEP. La réunion secrète de Saltsjöbaden ne visait pas à prévenir
le choc pétrolier, mais plutôt à planifier la gestion du flux de pétrodollars
qui allait prochainement déferler, un processus que Kissinger, le secrétaire d’État
américain désigna plus tard comme le “ recyclage des pétrodollars ”. L’orateur
américain qui présentait la politique énergétique nippo-atlantique fut suffisamment
clair. Ayant fait état de la possibilité que les futurs besoins en pétrole fussent
satisfaits par un petit nombre d’états producteurs du Moyen-Orient, l’orateur
déclara prophétiquement : “ pour la Le coût de ces importations de pétrole
augmenterait prodigieusement avec des conséquences difficiles balance des payements
des pays consommateurs. De sérieux problèmes seraient causés par une accumulation
sans précédent de réserves de change dans des pays tels que l’Arabie saoudite
et Abou Dhabi ”. L’orateur ajouta : “ Un changement complet est en cours
dans les relations politiques, stratégiques et les rapports de puissance entre
les pays producteurs de pétrole, les pays importateurs, les pays d’origine des
compagnies pétrolières internationales et les compagnies nationales des pays producteurs
et importateurs. ” Il envisagea ensuite une augmentation des revenus pétroliers
des pays de l’OPEP du Moyen-Orient qui se traduirait par une hausse d’un peu plus
de 400 %, précisément le niveau que Kissinger devait bientôt
exiger du shah. Pendant ce mois de mai étaient présents parmi
d’autres à Saltsjöbaden : Robert O. Anderson de la compagnie Atlantic Richfield
Oil ; lord Greenhill, le président de la British Petroleum ; sir Eric
Roll de la S.G. Warburg, créateur des euro-obligations ; George Ball de la
Lehman Brothers Investment Bank qui était aussi l’homme, qui dix ans plus tôt
en tant qu’assistant du secrétaire d’État, avait conseillé à son ami banquier
Siegmund Warburg de développer le marché londonien des eurodollars ; David
Rockefeller de la Chase Manhattan Bank ; Zbigniew Brzezinski, l’homme qui
devait bientôt devenir conseiller à la sécurité nationale pour le président Carter ;
l’Italien Gianni Agnelli et l’Allemand Otto Wolff von Amerongen. Henry Kissinger
était un participant régulier des rencontres de Bilderberg. (2) Les rencontres
annuelles de Bilderberg avaient commencé dans le plus grand secret, en mai 1954
avec un groupe anglophile dont faisaient partie George Ball, David Rockefeller,
le Dr Joseph Retinger, le prince Bernhard de
Hollande et George C. Mac Ghee (qui était alors au département d’État américain
et plus tard cadre dirigeant de la Mobil Oil). Dénommé d’après le lieu
de leur première occurrence, l’hôtel de Bilderberg près d’Arnheim, les rencontres
annuelles de Bilderberg rassemblaient la crème de l’élite d’Europe et d’Amérique
pour des délibérations secrètes et des discussions politiques. Le consensus était
ensuite “ mis en forme ” par les commentaires de la presse et la couverture médiatique
qui s’ensuivaient, mais sans jamais faire référence aux pourparlers de Bilderberg
qui restaient secrets. Ce processus de Bilderberg fut l’un des plus efficaces
dispositifs d’élaboration de la politique anglo-américaine d’après-guerre.
Ce que les puissantes personnalités regroupées à Bilderberg avaient apparemment
décidé ce mois de mai, consistait à lancer un assaut colossal contre la croissance
industrielle mondiale, afin de faire à nouveau pencher la balance du pouvoir à
l’avantage des intérêts financiers anglo-américains et du dollar. Dans
ce but, ils avaient décidé d’utiliser leur arme préférée, le contrôle des flux
pétroliers mondiaux. La politique de Bilderberg consistait à déclencher un embargo
pétrolier mondial pour forcer une augmentation spectaculaire des prix mondiaux
du pétrole. Du fait que les compagnies pétrolières américaines dominaient le marché
pétrolier d’après-guerre, la cotation du pétrole en dollar était devenue une coutume
internationale depuis 1945. Une hausse soudaine et brutale du prix du pétrole
équivalait donc à une hausse de la demande en dollars américains pour financer
ce pétrole indispensable. Jamais dans l’histoire un petit cercle d’intérêts,
centré à Londres et à New York, n’avait contrôlé à ce point le destin économique
du monde. L’establishment anglo-américain avait résolu d’utiliser son pouvoir
pétrolier d’une façon que personne n’avait imaginée possible. La démesure même
de leur plan était à leur avantage, ce dont ils avaient clairement tenu compte.
Le choc pétrolier de Kippour du Dr Kissinger
Le 6 octobre 1973, l’Égypte et la Syrie envahirent Israël, déclenchant
ce qui devait devenir la “ guerre de Kippour ”. Contrairement à l’impression répandue,
la guerre de Kippour n’était pas simplement le résultat d’un défaut d’évaluation,
d’une bourde ou d’une décision arabe de lancer une attaque militaire contre l’État
d’Israël. Toute la constellation des événements qui présidèrent au déclenchement
de la guerre d’Octobre fut secrètement orchestrée par Washington et Londres en
utilisant le puissant réseau diplomatique secret mis en place par Henry Kissinger,
le conseiller national à la Sécurité de Nixon. Kissinger contrôla effectivement
la réponse politique d’Israël à travers ses relations intimes avec Simcha Dinitz,
l’ambassadeur d’Israël à Washington. De plus, Kissinger cultivait des liens avec
les parties syrienne et égyptienne. Sa méthode consistait à simplement induire
chaque partie à se représenter faussement les éléments critiques de l’autre partie,
s’assurant ainsi du déclenchement de la guerre et de l’embargo arabe sur le pétrole
qui en résulterait. Les rapports des services secrets américains y compris
les communications interceptées des officiels arabes qui confirmaient la préparation
de la guerre, furent supprimés d’autorité par Kissinger, qui était à ce moment
le “ tsar ” du renseignement de Nixon. La guerre et ses suites, l’infâme diplomatie
de la “ navette ” de Kissinger, tout ce scénario fut rédigé à Washington, quelque
six mois avant le déclenchement de la guerre et selon les directions précisées
par les délibérations de Bilderberg du mois de mai précédent, à Saltsjöbaden.
Les pays pétroliers arabes devaient être les boucs émissaires de la colère mondiale
à venir, tandis que les intérêts anglo-américains qui en étaient responsables
resteraient tranquillement à l’arrière-plan. (3) A la mi-octobre 1973,
le gouvernement allemand du chancelier Willy Brandt avisa l’ambassadeur américain
à Bonn que l’Allemagne resterait neutre dans le conflit du Moyen-Orient et ne
permettrait pas aux États-Unis de réapprovisionner Israël à partir des bases militaires
allemandes. Comme un mauvais augure présageant d’échanges similaires qui auraient
lieu quelque 17 ans plus tard, Nixon, adressa le 30 octobre 1973 au chancelier
Brandt une note de protestation acerbe, très probablement rédigée par Kissinger :
Nous reconnaissons que les Européens dépendent du pétrole arabe plus que nous,
mais nous ne sommes pas d’accord pour penser que votre vulnérabilité serait diminuée
en vous dissociant de nous sur un sujet de cette importance…Vous remarquez que
cette crise n’a pas été un cas de responsabilité partagée de l’Alliance et que
les fournitures militaires destinées à Israël visaient des buts situés en dehors
de la responsabilité de l’Alliance. Je ne crois pas qu’on puisse tracer une telle
ligne de partage…(4) Washington ne devait pas permettre à l’Allemagne de
déclarer sa neutralité dans le conflit du Moyen-Orient. Mais significativement,
la Grande-Bretagne fut autorisée à affirmer clairement sa neutralité, évitant
ainsi l’impact de l’embargo pétrolier arabe. Encore une fois, Londres avait habilement
tiré son épingle du jeu dans une crise internationale qu’elle avait contribué
à précipiter. Le 16 octobre, à la suite d’une rencontre viennoise consacrée
aux prix du pétrole, l’OPEP procéda à une augmentation inouïe de 70 %, de
3,01 à 5,11 dollars le baril. Le même jour, les membres des pays arabes de l’OPEP,
arguant du soutien américain à Israël dans la guerre du Golfe, déclarèrent un
embargo sur toutes les ventes destinées aux États-Unis et à la Hollande, Rotterdam
étant le principal port pétrolier de l’Europe de l’Ouest. Le 17 octobre
1973, l’Arabie saoudite, le Koweït, l’Iraq, la Libye, Abou Dhabi, le Qatar et
l’Algérie annoncèrent qu’à partir d’octobre, ils abaisseraient chaque mois de
5 % leur production en dessous du niveau du mois précédent “ jusqu’à ce qu’Israël
se soit complètement retiré des territoires arabes occupés en juin 1967 et que
les droits légitimes du peuple palestinien soient restaurés. ” Le premier “ choc
pétrolier ” mondial ou, comme les Japonais le nommaient, “ oil shokku ” était
déclenché. Significativement, la crise du pétrole atteignit sa pleine ampleur
tard dans l’année 1973, juste au moment où le président des États-Unis se trouvait
impliqué dans ce qui devint “ l’affaire du Watergate ”, laissant Henry Kissinger
président de fait pour conduire la politique américaine pendant la crise.
Quand en 1974 la Maison Blanche de Nixon dépêcha au Trésor américain un officiel
de haut rang dans le but de préparer une stratégie pour forcer l’OPEP à baisser
son prix du pétrole, il fut renvoyé sans ambages. Dans un rapport, l’officiel
notait : “ Le Trésor U.S., sous la direction de Jack Benett qui avait
contribué à mettre en œuvre la funeste politique du dollar de Nixon d’août 1971,
avait établi un accord secret avec l’Agence monétaire saoudienne (SAMA) finalisé
en février 1975 dans un rapport de l’assistant du secrétaire au Trésor, Jack F.
Benett, adressé au secrétaire d’État Henry Kissinger. Selon les termes de cet
accord, une partie importante de la nouvelle manne provenant des gigantesques
revenus pétroliers saoudiens devait être investie pour financer les déficits du
gouvernement américain. David Mulford, un jeune banquier investisseur de Wall
Street en affaire avec la société White Weld & Co. basée à Londres et leader
sur le marché des euro-obligations, fut envoyé en Arabie saoudite pour devenir
le principal “ conseiller en investissement ” de la SAMA ; il devait guider
les investissements des pétrodollars saoudiens vers les bonnes banques, naturellement
localisées à Londres et à New York. Le plan de Bilderberg se réalisait exactement
comme prévu. (5) Kissinger, en tant que tout puissant conseiller à la Sécurité
nationale de Nixon, qui contrôlait déjà tous les rapports des services secrets,
manoeuvra pour s’arroger également le contrôle de la politique étrangère, en persuadant
Nixon de le nommer secrétaire d’État dans les semaines qui précédèrent le déclenchement
de la guerre de Kippour. La double casquette de Kissinger, qui était à la fois
chef du Conseil à la Sécurité nationale de la Maison Blanche et secrétaire d’État,
montre assez la centralité de son rôle dans ces événements, un cumul que personne
d’autre n’a réalisé ni avant ni depuis. Aucune autre personnalité n’a manié autant
de pouvoir absolu pendant les derniers mois de la présidence de Nixon qu’Henry
Kissinger. Et pour combler la mesure, le prix Nobel de la Paix lui fut décerné
en 1973. Le premier janvier 1974, après une rencontre à Téhéran, le shah
d’Iran, qui en avait été secrètement mandé par Henry Kissinger, surprit son monde
en exigeant une deuxième augmentation du prix du pétrole de plus de 100 %
ce qui amenait le prix de référence du pétrole de l’OPEP à 11,65 dollars. Seulement
quelques mois plus tôt, le shah s’était opposé à une augmentation à 3,01 dollars
voulue par l’OPEP, de peur que les exportateurs occidentaux ne fussent forcés
de facturer plus cher les importations prévues pour réaliser l’ambitieux plan
d’industrialisation de l’Iran qu’il envisageait. Lors des rencontres, le soutien
de Washington et de l’Occident à Israël durant la guerre d’Octobre avait nourri
la colère de l’OPEP. Même le propre département d’État de Kissinger n’avait pas
été informé de ses manœuvres secrètes avec le shah. (6) De 1949 à la fin
des années soixante-dix, la moyenne des prix du pétrole brut moyen-oriental avait
atteint environ 1,90 dollar le baril. Elle avait atteint 3,01 dollars au début
de 1973 au moment de la funeste rencontre du groupe de Bilderberg à Saltsjöbaden
au cours de laquelle fut discutée une augmentation imminente de 400 % du
prix de l’OPEP. En janvier 1974, l’augmentation de 400 % était devenue un
fait accompli. L’impact économique du choc pétrolier
L’impact social de l’embargo pétrolier aux États-Unis à la fin de 1973 relève
de la panique. Durant l’année 1972 et au début de 1973, les grandes multinationales
du pétrole, entraînées par Exxon, conduisirent une curieuse politique de création
de pénurie d’approvisionnement de pétrole brut domestique. Elle purent le faire
grâce à une succession de décisions inhabituelles prises par le président Nixon
qui suivit en cela l’avis de ses conseillers. De ce fait, quand l’embargo frappa
en novembre 1973, l’impact n’aurait pas pu être plus dramatique. À l’époque, la
Maison Blanche était responsable du contrôle des importations américaines de pétrole
sous l’égide d’un accord commercial qui datait de 1959. En janvier 1973,
Nixon avait nommé George Shultz, qui était déjà secrétaire au Trésor, pour assister
le président pour les affaires économiques. À ce poste, Shultz supervisa la politique
d’importation pétrolière de la Maison Blanche. Son secrétaire adjoint au Trésor,
William E. Simon, un ex-courtier sur le marché obligataire de Wall Street, fut
nommé président de l’important Comité pour la politique pétrolière qui décida
des importations pétrolières durant les mois critiques qui précédèrent l’embargo
d’octobre. La scène était tranquillement dressée selon le plan de Bilderberg,
bien que personne à Washington ou ailleurs ne s’en fût aperçu. En octobre 1973,
les stocks domestiques de pétrole brut étaient déjà à des niveaux alarmants anormalement
bas. L’embargo de l’OPEP déclencha dans le public une ruée panique sur l’essence,
des appels au rationnement, des files d’attente interminables et une brutale récession
économique. (7) La plus grande cité de la nation avait commencé sa descente
vers les bas-fonds. Félix Rohatyn de Lazard Frères devint le chef de la nouvelle
agence de collecte des banquiers, surnommée “ Big MAC ” par la presse. En Europe
de l’Ouest, le choc de l’augmentation du prix du pétrole et l’embargo sur les
approvisionnements fut également dramatique. De la Grande-Bretagne au continent,
pays après pays, tous subirent les effets de la pire crise économique depuis les
années trente. Les taux de chômage et de faillites atteignirent des niveaux alarmants.
Dans un effort désespéré pour économiser sur les coûts d’importation du
pétrole, le gouvernement allemand imposa une limitation d’urgence de la conduite
automobile le dimanche. En juin 1974, les effets de la crise du pétrole
avaient contribué à l’effondrement dramatique de la banque Herstatt et à la crise
du deutschemark qui s’ensuivit. La même année, les coûts d’importation du pétrole
subissaient une augmentation sidérante de 17 milliards de deutschemark tandis
qu’un demi-million de personnes étaient officiellement comptabilisées au chômage
alors que l’inflation atteignait le niveau alarmant de 8 %. Les effets du
choc dus à l’augmentation brutale de 400 % du prix de l’énergie de base furent
dévastateurs pour l’industrie, les transports et l’agriculture allemands. Les
industries de base telles que la sidérurgie, la construction navale et l’industrie
chimique plongèrent dans une crise profonde. Le gouvernement de Willy Brandt
fut effectivement renversé par l’impact de la crise pétrolière autant que par
les révélations de l’affaire Stasi qui mettait en cause Günther Guillaume, le
proche conseiller de Willy Brandt. En mai 1974, Helmut Schmidt succéda à Willy
Brandt après que celui-ci eut offert sa démission à Gustav Heinemann, le président
de la RFA. La plupart des gouvernements européens tombèrent pendant cette période,
victimes des conséquences économiques de la crise du pétrole. Mais pour
les économies les moins développées du monde, l’impact de la brutale augmentation
de 400 % du prix de leur source d’énergie primaire fut stupéfiant. La grande
majorité des économies les moins développées de la planète, sans ressources pétrolières
domestiques significatives, furent brutalement confrontées à une augmentation
de 400 % inattendue et hors d’atteinte du prix des importations énergétiques,
pour ne rien dire du coût des produits chimiques et des engrais dérivés du pétrole.
En 1973, l’Inde jouissait d’une balance des payements excédentaire, une
situation saine pour une économie en voie de développement. Mais en 1974, l’Inde
qui disposait de réserves de change totales de 629 millions de dollars dut faire
face à une facture d’importation pétrolière de 1 241 millions de dollars, un montant
deux fois plus élevé. En 1974, le Soudan, le Pakistan, les Philippines, la Thaïlande
et tous les pays d’Afrique et d’Amérique latine furent confrontés à des déficits
abyssaux de leur balance des payements. En 1974 et selon le FMI, les PVD
encouraient un déficit commercial total de 35 milliards de dollars, une somme
colossale à l’époque et sans surprise, quatre fois plus élevée qu’en 1973, précisément
proportionnée à l’augmentation du prix du pétrole. Après des années de forte croissance
de l’industrie et des échanges commerciaux au début des années soixante-dix, la
chute sévère de l’activité industrielle mondiale de 1974-75 fut la plus importante
depuis la guerre. Mais si le choc pétrolier de Kissinger de 1973 avait
eu un impact dévastateur sur la croissance industrielle mondiale, il avait permis
à certains intérêts anglo-américains bien établis, aux plus grandes banques de
New York et de Londres et aux sept sœurs multinationales du pétrole, de réaliser
d’énormes bénéfices. En 1974, le montant des revenus bruts d’Exxon avait dépassé
celui de la General Motors. Ses sœurs, y compris Mobil, Texaco, Chevron et Gulf,
les talonnaient de près. Cueillir le bourgeon de la rose nucléaire L’un des grands soucis des acteurs de l’augmentation de 400 % du prix
du pétrole était d’éviter que leur action radicale n’accélère une tendance mondiale
déjà marquée vers le développement d’une filière énergétique alternative beaucoup
plus efficace et à terme bien moins onéreuse que le pétrole : la génération
d’électricité nucléaire. Mac George Bundy était l’ex-doyen de Kissinger
à Harvard et aussi son patron pendant la courte période pendant laquelle Kissinger
avait été consultant du Conseil national à la Sécurité de Kennedy. Bundy quitta
la Maison Blanche en 1966 pour jouer un rôle clé dans l’élaboration de la politique
nationale américaine en tant que président de la Fondation Ford, la plus grande
fondation des États-Unis. En décembre 1971, sous la direction de S. David Freeman,
Bundy avait établi un nouveau projet triennal de politique énergétique, un projet
majeur pour la fondation doté d’un impressionnant crédit de 4 millions de dollars.
Le rapport de Bundy rédigé pour la Fondation Ford qui s’intitulait “ Un moment
pour choisir : le futur énergétique de l’Amérique ”, fut publié pendant les
débats déclenchés par la crise du pétrole de 1974 et servit de cadre au débat
public pendant cette période critique. Le rapport Ford notait avec raison
qu’à l’avenir, le principal concurrent de l’hégémonie pétrolière était l’énergie
nucléaire et mettait en garde contre la “ grande rapidité avec laquelle l’énergie
nucléaire se répand dans toutes les parties du monde et le développement de nouvelles
technologies nucléaires, plus particulièrement les réacteurs surgénérateurs rapides
et l’enrichissement de l’uranium par centrifugation. ” Au début des années
soixante-dix, la technologie nucléaire s’était clairement imposée pour la production
efficace d’électricité avant le pétrole ou le charbon en tant que choix préférentiel
beaucoup plus rentable et préservant l’environnement. Au moment du choc pétrolier,
En 1975, le gouvernement allemand de Helmut Schmidt, réagissant rationnellement
aux implications du choc pétrolier de 1974, approuva un programme qui prévoyait
42 gigawatts supplémentaires de capacité de production nucléaire en Allemagne,
visant à assurer à peu près 45 % de toute la demande allemande en électricité
prévue pour 1985, un programme qui n’était surpassé dans la CEE que par la France
qui projetait 45 gigawatts de capacité nucléaire nouvelle en 1985. À l’automne
1975, le ministre italien de l’industrie, Carlo Donat Cattin ordonna aux compagnies
nucléaires italiennes ENEL et CNEN, de préparer des plans pour la construction
d’environ vingt centrales nucléaires prévues pour le début des années quatre-vingt.
Même l’Espagne qui venait d’émerger de quatre décennies de franquisme avait un
programme pour la construction de 20 centrales nucléaires pour 1983. Typiquement,
une centrale d’un gigawatt permet de pourvoir aux besoins en électricité d’une
cité industrielle moderne d’un million d’habitants. Au moment de la crise
du pétrole en 1974 et pour la première fois, surtout en France et en Allemagne,
les industries nucléaires d’Europe en rapide croissance étaient devenues des rivales
compétentes face à la domination américaine du marché de l’exportation du nucléaire.
La France avait obtenu une lettre d’intention de la part du shah d’Iran, de même
que la KWU allemande, pour produire un total de quatre réacteurs nucléaires en
Iran, tandis que la France avait signé avec le gouvernement Bhutto du Pakistan
pour créer une infrastructure nucléaire moderne dans ce pays. En février 1976,
les négociations entre le gouvernement allemand et le Brésil aboutirent également
à un résultat positif pour coopérer à des usages pacifiques de l’énergie nucléaire.
L’Allemagne devait notamment construire huit réacteurs nucléaires et des installations
de traitement et d’enrichissement du combustible nucléaire en uranium.
Durant cette période, les compagnies nucléaires allemandes et françaises avec
le soutien total de leurs gouvernements, entrèrent en négociation avec une sélection
de PVD, tout à fait dans l’esprit du discours d’Eisenhower de 1953 sur “ l’atome
pour la paix ”. Si ces programmes très praticables se réalisaient, la mainmise
énergétique anglo-américaine fondée sur le contrôle serré du pétrole, la principale
source d’énergie mondiale, était clairement menacée. Dans la période qui
suivit immédiatement le choc pétrolier de 1974, deux organisations furent créées
au sein de l’industrie nucléaire, toutes deux assez significativement basées à
Londres. Au début de 1975, un groupe informel semi-secret fut constitué, le Groupe
des fournisseurs nucléaires, dit le “ Club de Londres ”. Y participaient la Grande-Bretagne,
les États-Unis, le Canada avec la France, l’Allemagne, le Japon et l’URSS. Il
s’agissait du premier effort anglo-américain pour assurer une auto-restriction
de l’exportation des technologies nucléaires. Le groupe fut complété en mai 1975
par la formation d’une autre organisation secrète, l’“ Institut londonien de l’uranium
”, qui rassemblait les principaux fournisseurs mondiaux d’uranium. Il était dominé
par les territoires traditionnels du Royaume-Uni y compris le Canada, l’Australie,
l’Afrique du Sud et le Royaume Uni. Ces organisations “ de l’intérieur ” étaient
nécessaires mais en aucun cas suffisantes, pour que les intérêts anglo-américains
réussissent à contenir la “ menace ” nucléaire du début des années soixante-dix.
Ainsi qu’un antinucléaire américain notoire de l’Institut Aspen le formulait “
Nous devons cueillir le bourgeon de la rose nucléaire. ” Et ils le cueillirent
bel et bien. Développer le programme écologiste anglo-américain Ce ne fut pas par hasard qu’à la suite de la récession consécutive au choc
pétrolier de 1974-75, une part grandissante de la population d’Europe de l’Ouest,
spécialement en Allemagne, commença de parler pour la première fois depuis la
guerre des “ limites de la croissance ” ou des menaces sur l’environnement et
entreprit de questionner la foi dans les principes de la croissance industrielle
et du progrès technologique. Très peu nombreux furent ceux qui réalisèrent à quel
point leurs nouvelles “ convictions ” étaient soigneusement manipulées au plus
haut niveau par un réseau établi par les milieux financiers et industriels anglo-américains
qui étaient aussi à l’origine de la stratégie pétrolière de Saltsjöbaden.
Au début de 1970, une impressionnante offensive de propagande fut déclenchée par
un certain nombre de laboratoires d’idées et de journaux dans le but de promouvoir
un nouveau programme visant à “ limiter la croissance ” afin d’assurer le “ succès
” de la spectaculaire stratégie du choc pétrolier. Robert O Anderson, l’industriel
du pétrole américain qui était présent à la réunion de Saltsjöbaden de mai 1973,
fut une figure centrale de la mise en œuvre du programme écologiste anglo-américain
qui s’ensuivit. Cela devait être l’une des escroqueries les plus réussies de l’histoire.
Par l’intermédiaire de leur fondation Atlantic Richfield, Anderson et sa
compagnie Atlantic Richfield Oil canalisèrent des millions de dollars vers des
organisations sélectionnées pour attaquer l’énergie nucléaire. L’un des premiers
bénéficiaires des largesses d’Anderson fut un groupe appelé les “ Amis de la Terre
”, qui fut doté à l’époque de 200 000 dollars. L’une des premières actions de
ce groupe consista à attaquer l’industrie nucléaire allemande par le biais d’actions
antinucléaires telles que les manifestations anti-Brockdorf de 1976 dirigées par
Holger Strohm, le leader des Amis de la Terre. Brice Lalonde, le directeur des
Amis de la Terre en France, qui devint le ministre de l’environnement de François
Mitterrand en 1989, était aussi le partenaire parisien du cabinet juridique Coudert
Frères qui dépendait de la famille Rockefeller. Ce sont les Amis de la Terre qui
furent utilisés pour bloquer un important accord d’approvisionnement nippo-australien
en uranium. En novembre 1974, le Premier ministre japonais Tanaka se déplaça à
Canberra pour rencontrer le Premier ministre Gough Whitlam. Les deux conclurent
un accord d’un potentiel de plusieurs milliards de dollars, par lequel l’Australie
devait approvisionner les besoins futurs du Japon en minerai d’uranium et participer
à un projet commun pour développer la technologie d’enrichissement de l’uranium.
Rio Tinto Zinc, la compagnie minière géante britannique spécialisée dans l’extraction
d’uranium déploya secrètement les Amis de la Terre en Australie pour mobiliser
l’opposition contre l’accord japonais en cours d’agrément. Quelques mois plus
tard la chute du gouvernement Whitlam s’ensuivait. Les Amis de la Terre avaient
des “ amis ” très hauts placés à Londres et à Washington. L’Institut Aspen
pour les Études Humanistes était le principal moyen de Robert O. Anderson pour
diffuser la nouvelle idéologie des “ limites de la croissance ” parmi les milieux
dirigeants européens et américains. Dans les années soixante-dix, l’Institut Aspen
dont Anderson était le président et Thornton Bradshaw, le président de l’Atlantic
Richfield, était vice-président, était l’une des principales voies financières
de l’establishment pour créer de nouveaux programmes antinucléaires. Parmi
les administrateurs d’Aspen mieux connus de l’époque figuraient Robert S. Mac
Namara, le président de la Banque Mondiale qui fut aussi l’homme qui pilota la
guerre du Vietnam. D’autres administrateurs soigneusement sélectionnés parmi lesquels
on compte lord Bullock de l’université d’Oxford ; Richard Gardner, un économiste
américain anglophile qui fut plus tard ambassadeur en Italie ; le banquier
de Wall Street Russel Peterson de la Lehman Brothers Kuhn Loeb Inc. ; et
aussi Jack G. Clarke, un membre du Conseil d’administration d’Exxon ; Jerry
Mac Afee de la Gulf Oil et George C. Mac Ghee le directeur de Mobil Oil qui avait
été un officiel du département d’État et qui fut présent en 1954 lors de la rencontre
fondatrice du groupe de Bilderberg. Durant cette période initiale Marion Comtesse
Doenhoff, l’éditrice hambourgeoise de Die Zeit et John J. Mac Cloy, l’ex-président
de la banque Chase Manhattan qui fut le haut commissaire de l’Allemagne d’après-guerre
participèrent également à l’Institut Aspen. Robert O. Anderson intégra
Joseph Slater issu de la Fondation Ford de MacGeorge Bundy pour devenir le président
d’Aspen. Au début des années soixante-dix, ils constituaient véritablement une
famille unie au sein de l’establishment anglo-américain. Le premier projet promu
par Slater à Aspen fut la préparation d’une offensive organisationnelle internationale
contre la croissance industrielle et spécialement contre l’énergie nucléaire sous
les auspices (et les fonds) des Nations Unies. Slater s’assura le soutien de l’ambassadeur
de Suède à l’ONU, Sverker Aastrom, qui face à des objections ardues de la part
des PVD, proposa d’organiser une conférence internationale sur l’environnement
dans le cadre de l’ONU. Dès le départ, la conférence de l’ONU sur l’environnement
de juin 1972 à Stockholm était dirigée par des opérationnels de l’Institut Aspen.
Maurice Strong, un pétrolier canadien de Petro-Canada et membre du Conseil d’administration
d’Aspen, présida la conférence. Aspen fournit également les fonds pour la création
de l’Institut international pour l’Environnement et le Développement, un réseau
international dédié à la “ croissance zéro ” sous les auspices de l’ONU, dont
le Conseil d’administration comprenait Robert O. Anderson, Robert Mac Namara,
Strong et Roy Jenkins, du parti travailliste anglais. La nouvelle organisation
publia immédiatement un ouvrage intitulé “ Seulement une Terre ” dû à René Dubos,
associé à l’université Rockefeller et à Barbara Ward (lady Jackson), une malthusienne
britannique. À ce moment, les Chambres de Commerce international furent persuadées
de financer Maurice Strong et d’autres personnalités d’Aspen pour animer des séminaires
destinés à gagner des hommes d’affaires de stature internationale à la nouvelle
idéologie environnementaliste. La conférence de Stockholm de 1972 créa
une infrastructure organisationnelle et publicitaire suffisante de telle sorte
qu’en 1973-74, au moment du choc pétrolier de Kissinger, une propagande antinucléaire
massive pût être lancée avec l’assistance additionnelle de millions de dollars
facilement mis à disposition par les réseaux pétroliers de l’Atlantic Richfield
Company, du Rockefeller Brothers Fund et d’autres cercles de l’élite de l’establishment
anglo-américain. Parmi les groupes financés par ces personnalités à l’époque figuraient
des organisations telles que l’ultra-élitiste World Wildlife Fund, alors présidé
par le Prince Bernhard du Bilderberg et plus tard par John Loudon de la Royal
Dutsh Shell. (10) L’influence écrasante de l’establishment financier dans
les médias américains et britanniques est repérable durant cette période notamment
par le fait qu’aucune protestation publique ne se manifesta quant au probable
conflit d’intérêts qu’impliquait l’offensive antinucléaire bien pourvue en fonds
de Robert O. Anderson et le fait que sa compagnie Atlantic Richfield fût l’une
des principales bénéficiaires de l’augmentation du prix du pétrole de 1974. L’ARCO
d’Anderson avait investi des dizaines de millions de dollars dans des infrastructures
pétrolières à hauts risques dans la baie de Prudhoe en Alaska et dans les eaux
britanniques de la mer du Nord en coopération avec Exxon, British Petroleum, Shell
et les autres sept sœurs. Si, à la suite de la crise pétrolière de 1974,
le prix du pétrole n’avait pas augmenté jusqu’environ 11,65 dollars le baril,
les investissements d’Anderson en mer du Nord et en Alaska de même que ceux de
British Petroleum, d’Exxon et des autres auraient conduit à la ruine. À cette
époque et pour s’assurer la collaboration de la presse britannique, Anderson acquit
l’Observer londonien. Pratiquement personne n’eut la curiosité de chercher à savoir
si Anderson et ses influents amis avaient pu être informés à l’avance que Kissinger
créerait les conditions d’une augmentation de 400 % du prix du pétrole. (11)
Afin de donner toutes ses chances à la croissance zéro, Robert O. Anderson
finança également un projet initié par la famille Rockefeller dans son immeuble
de Bellagio en Italie, avec Aurelio Peccei et Alexander King. En 1972, ce Club
de Rome et les associations américaines affiliées donnèrent une large publicité
à leur publication qui présentait une simulation informatisée frauduleuse préparée
par Dennis Meadow et Jay Forrester intitulée “ Limites de la croissance ”. Meadows
et Forrester modernisaient ainsi l’essai discrédité de Malthus avec un habillage
graphique informatisé, insistant sur le fait que le monde devrait périr bientôt
par manque d’énergie, de nourriture et d’autres ressources. De même que Malthus,
ils choisirent d’ignorer l’impact du progrès technologique améliorant la condition
humaine. Leur message était d’un sombre pessimisme culturel sans partage.
L’Allemagne fut l’une des cibles préférentielles de cette nouvelle offensive antinucléaire
anglo-américaine. Bien que le programme nucléaire français eût été autant ou plus
ambitieux, la présence anglo-américaine dans l’Allemagne d’après-guerre la fit
considérer comme une zone où la situation des services secrets permettait de bonnes
chances de succès. Dès la promulgation du programme de développement nucléaire
du gouvernement Schmidt en 1975, l’offensive fut déclenchée. L’une des
figures clés de cette opération était une jeune femme de mère allemande et de
beau-père américain, qui avait vécu aux États-Unis jusqu’en 1970 et qui entre
autres choses, avait travaillé pour le sénateur américain Hubert Humphrey. Durant
ses années américaines, Petra K. Kelly avait développé des liens étroits avec
le Conseil pour la Défense des Ressources naturelles, l’une des principales nouvelles
organisations antinucléaires anglo-américaines créées par la Fondation Ford de
Mac George Bundy. Barbara Ward (lady Jackson) et Laurance Rockefeller siégeaient
au Conseil d’administration de l’époque. Au milieu des années soixante-dix, Kelly
commença d’organiser depuis l’Allemagne, l’offensive juridique contre le programme
nucléaire allemand, ce qui engendra des retards coûteux et des coupes sombres
dans tout le programme. Le contrôle de la population devient un
enjeu de sécurité nationale américaine En 1798, un obscur ecclésiastique
anglais, Thomas Malthus, professeur d’économie politique au service du Collège
des Indes orientales de Haileybury dépendant de la Compagnie britannique des Indes
orientales, atteignit une gloire instantanée du fait de ses commanditaires anglais
pour son “ Essai sur les principes de la population ”. L’essai en lui-même était
une fraude scientifique, qui plagiait largement une attaque vénitienne contre
la théorie positive de la population de l’Américain Benjamin Franklin. L ’attaque
vénitienne de l’essai de Franklin avait été écrite par Gianmaria Ortes en 1774.
L’adaptation de Malthus était un raffinement de la “ théorie ” d’Ortes doté d’une
façade de légitimité mathématique qu’il appela la “ loi de progression géométrique
”, qui tenait que les populations humaines croissent invariablement selon une
progression géométrique tandis que les moyens de subsistance croissent arithmétiquement
ou linéairement. La faille de l’argument de Malthus, comme cela fut démontré irréfutablement
par la croissance spectaculaire de la productivité agricole, technologique et
culturelle depuis 1798, tenait au fait que Malthus avait délibérément ignoré la
contribution de l’avancement des sciences et de la technologie à l’amélioration
spectaculaire de facteurs tels que les rendements céréaliers, la productivité
du travail et le reste. (12) Au milieu des années soixante-dix, un indice
de l’efficacité de la nouvelle propagande déchaînée par l’establishment angloaméricain
était que les officiels américains pouvaient s’afficher ouvertement “ malthusiens
” dans des conférences de presse, ce qui leur aurait valu d’être limogés sous
les quolibets pas plus d’une décennie auparavant. Mais l’adhésion à l’économisme
malthusien britannique ne s’afficha nulle part plus brutalement qu’au sein du
Conseil pour la Sécurité nationale de Kissinger. Le 24 avril 1974, au milieu
de la crise du pétrole, Henry Alfred Kissinger, le conseiller à la Sécurité nationale
de la Maison Blanche, publia le Mémoire d’Étude du Conseil National de Sécurité
200 (NSSM200) consacré aux “ implications mondiales de la croissance démographique
pour la sécurité américaine et ses intérêts outremer ”. Il fut diffusé à tous
les secrétaires de cabinet, les attachés des directeurs des personnels militaires
de même qu’à la CIA et à d’autres agences autorisées. Le 16 octobre 1975, à la
demande pressante de Kissinger, le président Gérald Ford diffusa un rapport confirmant
la nécessité d’une “ direction américaine pour les affaires démographiques mondiales
” fondé sur le contenu du document NSSM200 resté confidentiel. Pour la première
fois dans l’histoire américaine, le document faisait du malthusianisme un thème
explicite de politique de sécurité pour le gouvernement américain. Le fait qu’il
ait été promu par un Juif né allemand est d’une amère ironie. Même pendant la
période nazie, les officiels du gouvernement allemand restaient plus prudents
avant d’officialiser de tels objectifs. Selon la NSSM200, l’expansion démographique
de certains pays en voie de développement dotés de ressources naturelles stratégiques
nécessaires à l’économie américaine, constituait une “ menace potentielle pour
la sécurité nationale ”. Sous la pression d’une population nationale en expansion,
prévenait l’étude, ces pays dotés de matières premières essentielles tendraient
à exiger des prix croissants et une amélioration des termes de l’échange pour
leurs exportations vers les États-Unis. Dans ce contexte, la NSSM200 identifiait
une liste de treize pays que les efforts américains de contrôle démographique
devaient prendre comme “ cibles stratégiques ”. La liste qui fut dressée en 1974
est instructive. Sans aucun doute et comme pour toutes les décisions majeures
de Kissinger, la sélection des pays fut élaborée en collaboration étroite avec
le Foreign Office de Londres. Kissinger affirmait explicitement dans son
mémoire, “ combien plus efficaces seraient des dépenses de contrôle démographique
comparées [à des fonds consacrés] à l’augmentation de la production par le biais
d’investissements directs dans l’irrigation, des projets de développements énergétiques
ou des usines. ” L’impérialisme britannique du XIXe
siècle n’aurait pu mieux s’exprimer. Vers le milieu des années soixante-dix, avec
cette secrète déclaration politique, le gouvernement américain s’était engagé
dans un programme qui devait contribuer à sa propre mort économique, aussi bien
qu’à des famines inouïes, de la misère et des morts inutiles dans tous les pays
en voie de développement. Les treize pays cibles cités dans le rapport de Kissinger
étaient le Brésil, le Pakistan, l’Inde, le Bengladesh, l’Égypte, le Nigeria, le
Mexique, l’Indonésie, les Philippines, la Thaïlande, la Turquie, l’Éthiopie et
la Colombie. (13) Mardi 11 Septembre 2007 Source : http://www.alterinfo.net 17 septembre 2001 Achèvement des négociations
sur l’accession de la Chine a l’OMC Aujourd’hui, 17 septembre,
l’Organisation mondiale du commerce a achevé les négociations sur les modalités
de l’accession de la Chine à l’OMC, et le texte de l’accord pourra donc être formellement
adopté à la Conférence ministérielle de Doha (Qatar) en novembre prochain.
“C’est grâce à la coopération économique internationale que nous en sommes aujourd’hui
à ce moment crucial de l’histoire du système commercial multilatéral,” a dit M. Mike
Moore, Directeur général de l’OMC, à l’issue de la réunion du Groupe
de travail de l’accession de la Chine. “Avec l’accession de la Chine, l’OMC se
rapprochera considérablement du statut d’organisation véritablement mondiale.
L’acceptation quasi universelle de son système fondé sur des règles constituera
l’un des piliers de la coopération économique mondiale.” Sous la présidence
de M. l’Ambassadeur Pierre-Louis Girard (Suisse), le Groupe de travail a
mis fin à près de 15 années de négociations avec la Chine et a convenu de soumettre
aux 142 gouvernements Membres de l’OMC quelque 900 pages de textes juridiques
en vue de leur approbation officielle. Trente jours après qu’elle aura notifié
son acceptation de l’accord, la Chine deviendra officiellement Membre de l’OMC.
Au terme des négociations, la Chine a accepté de prendre une série d’engagements
importants visant à ouvrir et à libéraliser son régime afin de mieux s’intégrer
à l’économie mondiale et d’améliorer la prévisibilité des conditions régissant
les échanges et l’investissement étranger, conformément aux règles de l’OMC. La Chine a souscrit notamment les engagements suivants : la Chine accordera un traitement non discriminatoire à tous les Membres
de l’OMC. Toutes les personnes physiques et entreprises étrangères, y compris
les entreprises dans lesquelles il n’y a pas de participation de la Chine ou qui
ne sont pas enregistrées en Chine, bénéficieront, en ce qui concerne le droit
de commercer, d’un traitement non moins favorable que celui qui est accordé aux
entreprises chinoises ; la Chine abolira les pratiques de double prix ainsi
que les différences de traitement selon qu’il s’agit de produits destinés à être
vendus en Chine ou de produits destinés à l’exportation ; la Chine n’aura
pas recours au contrôle des prix dans le but d’offrir une protection aux branches
de production ou aux fournisseurs de services nationaux ; la Chine mettra
en œuvre l’Accord sur l’OMC d’une manière effective et uniforme grâce à la révision
des lois nationales existantes et à l’adoption de nouvelles lois entièrement conformes
à l’Accord sur l’OMC ; dans les trois ans à compter de l’accession de la
Chine, toutes les entreprises auront, à quelques exceptions près, le droit d’importer
et d’exporter toutes marchandises et à en faire le commerce sur l’ensemble du
territoire douanier chinois ; la Chine ne maintiendra ni n’introduira aucune
subvention à l’exportation des produits agricoles. Bien que la Chine se
réserve le droit de conserver un régime de commerce d’État exclusif pour des produits
tels que les céréales, le tabac, les combustibles et les minéraux et qu’elle maintienne
certaines restrictions en matière de transport et de distribution des marchandises
sur son territoire, nombre des restrictions imposées actuellement aux entreprises
étrangères en Chine seront progressivement éliminées ou considérablement assouplies
sur une période de trois ans. Par ailleurs, dans le domaine de la protection des
droits de propriété intellectuelle, la Chine mettra en œuvre, dès son accession,
la totalité des dispositions de l’Accord sur les ADPIC (aspects des droits de
propriété intellectuelle qui touchent au commerce). Pendant une période
de 12 ans à compter de la date de l’accession, un mécanisme de sauvegarde transitoire
sera appliqué dans les cas où des importations de produits d’origine chinoise
causent ou menacent de causer une désorganisation du marché pour les producteurs
nationaux d’autres Membres de l’OMC. Par ailleurs, les interdictions, restrictions
et autres mesures frappant les importations provenant de la Chine d’une manière
incompatible avec l’Accord sur l’OMC seront progressivement éliminées ou traitées
selon les modalités et conformément aux calendriers mutuellement convenus qui
sont spécifiés dans l’une des annexes au Protocole d’accession. Marchandises
Les négociations en matière d’accès au marché pour les marchandises ont
débouché sur l’engagement de la Chine d’éliminer progressivement les obstacles
au commerce et à étendre l’accès des marchandises étrangères à son marché. La
Chine a consolidé l’ensemble de ses droits de douane applicables aux marchandises
importées. Une fois tous les engagements en œuvre, le niveau moyen des droits
consolidés qu’elle applique sera ramené à 15 pour cent pour les produits agricoles,
avec une fourchette tarifaire comprise entre zéro et 65 pour cent, les droits
les plus élevés étant appliqués aux céréales. Pour les produits industriels, le
niveau moyen des droits consolidés sera réduit à 8,9 pour cent, avec une fourchette
tarifaire comprise entre zéro et 47 pour cent, les droits les plus élevés étant
appliqués aux pellicules photographiques et aux automobiles et produits connexes.
Certains droits seront éliminés et d’autres seront réduits, dans la plupart des
cas d’ici à 2004 et en tout état de cause pour 2010. Textiles Dès
son accession, la Chine deviendra partie à l’Accord sur les textiles et les vêtements,
avec les droits et obligations qui en découlent. Comme pour tous les autres Membres
de l’OMC, les contingents imposés sur les textiles prendront fin le 31 décembre
2004, mais un mécanisme de sauvegarde restera en place jusqu’à la fin de 2008
pour permettre aux États Membres de l’OMC de prendre des mesures visant à freiner
les importations en cas de désorganisation du marché causée par des exportations
chinoises de produits textiles. Agriculture La Chine a accepté de
limiter ses subventions à la production agricole à 8,5 pour cent de la valeur
de cette production (conformément à l’article 6:4 de l’Accord sur l’agriculture).
Elle a également accepté d’appliquer la même limite aux subventions visées par
l’article 6:2 de l’Accord sur l’agriculture. Services Télécommunications
Dès l’accession de la Chine, les fournisseurs de services étrangers seront
autorisés à créer des coentreprises, sans restriction quantitative, et à fournir
des services dans plusieurs villes. La participation étrangère au capital des
coentreprises ne devra pas dépasser 25 pour cent. Un an après l’accession, la
fourniture de services pourra être étendue à d’autres villes et la participation
étrangère pourra s’élever jusqu’à 35 pour cent. Trois ans après l’accession, cette
limite sera portée à 49 pour cent. Cinq ans après l’accession, les restrictions
géographiques restantes seront supprimées. Banque Dès l’accession,
les établissements financiers étrangers seront autorisés, pour les opérations
en devises, à fournir des services en Chine sans restriction quant à la clientèle.
En ce qui concerne les opérations en monnaie locale, ils auront le droit, deux
ans après l’accession, de fournir des services aux entreprises chinoises. Cinq
ans après l’accession, ils seront autorisés à fournir des services à tous les
clients chinois. Assurances Les compagnies étrangères d’assurance
autre que sur la vie pourront s’établir sous la forme d’une succursale ou d’une
coentreprise dont elles pourront détenir 51 pour cent du capital. Deux ans après
l’accession, elles seront autorisées à s’établir sous la forme d’une filiale leur
appartenant à 100 pour cent. Dès l’accession, les compagnies étrangères d’assurance
sur la vie seront autorisées à participer à raison de 50 pour cent au capital
d’une coentreprise créée avec le partenaire de leur choix. En ce qui concerne
l’assurance contre les risques commerciaux à grande échelle, la réassurance et
les services d’assurance et de réassurance pour les transports maritimes et aériens
et d’autres modes de transports internationaux, la création de coentreprises sera
autorisée dès l’accession, la participation étrangère au capital étant limitée
de 50 pour cent. Trois ans plus tard, cette limite sera portée à 51%. Cinq ans
après l’accession, la création de filiales à capital entièrement étranger sera
autorisée. Notes aux journalistes : 1. Historique de l’accession
de la Chine à l’OMC La Chine était l’un des 23 signataires originels de
l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT) en 1948. Après
la révolution chinoise de 1949, le gouvernement de Taiwan a annoncé que la Chine
quitterait le système du GATT. Bien que le gouvernement de Beijing n’ait jamais
reconnu cette décision de retrait, près de 40 ans plus tard, en 1986, la Chine
a notifié au GATT qu’elle souhaitait retrouver son statut de partie contractante
au GATT. La Chine est l’un des 30 gouvernements qui cherchent actuellement
à accéder à l’Organisation mondiale du commerce. Comme bon nombre des pays qui
demandent maintenant à devenir Membres de l’OMC, elle procède à la mise en œuvre
de réformes économiques et à la transformation de son économie de manière que
celle-ci soit davantage fondée sur le marché. Le processus d’accession de la Chine
à l’OMC a été conduit par un Groupe de travail constitué de tous les gouvernements
Membres de l’OMC intéressés. Le Groupe de travail du statut de la Chine avait
été établi dans le cadre du GATT en 1987 et, à l’origine, ses travaux ne portaient
que sur le régime de commerce chinois applicable aux marchandises. En 1995, il
est devenu un groupe de travail de l’OMC et sa compétence a été élargie au commerce
des services, aux nouvelles règles relatives aux mesures non tarifaires et aux
règles concernant les droits de propriété intellectuelle. Le processus
d’accession de la Chine a consisté pour une grande part en négociations bilatérales
entre la Chine et les Membres de l’OMC. Ces négociations ont généralement été
menées en privé, soit à l’OMC à Genève, soit dans les capitales. Les autres réunions
ont été les séances formelles ou informelles du Groupe de travail. Plusieurs domaines
de la politique commerciale de la Chine, à savoir les listes d’engagements en
matière d’accès au marché pour les marchandises et les listes d’engagements spécifiques
concernant les services, ont été au centre des négociations bilatérales et plurilatérales,
mais c’est au Groupe de travail qu’il a incombé de suivre en permanence l’avancement
des négociations et de veiller à ce que tous les aspects de la politique commerciale
de la Chine soient abordés. L’Ambassadeur Pierre-Louis Girard, haut fonctionnaire
suisse chargé du commerce, a assuré la présidence du Groupe de travail. Le président,
les gouvernements Membres et la Chine ont été aidés dans leurs travaux par le
Secrétariat de l’OMC qui a fourni une assistance administrative et juridique lorsque
cela s’est avéré nécessaire. La tâche du Groupe de travail était double :
d’une part, il a dû élaborer un rapport sur la base de ses délibérations et d’autre
part, il a dû établir un protocole d’accession. Il n’est pas inhabituel que les
groupes de travail de l’accession à l’OMC joignent un certain nombre d’annexes
au protocole. Celles-ci font partie intégrante dudit protocole, sont juridiquement
contraignantes et traitent de questions précises liées au régime de commerce du
candidat. Comme pour toutes les autres accessions, les annexes, qui ont été au
centre des négociations, sont censées fournir aux Membres de l’OMC la garantie
que les réformes ou d’autres mesures transitoires promises par le candidat seront
effectivement mises en œuvre. En d’autres termes, elles constituent en quelque
sorte un calendrier négocié pour la mise en conformité pleine et entière du régime
de commerce du candidat avec les règles de l’OMC et les obligations souscrites
dans le cadre de l’Organisation. La durée du processus d’accession, qui
peut atteindre plusieurs années, dépend pour beaucoup de la volonté du pays candidat
de se conformer aux règles et obligations découlant des principes de l’économie
de marché prônés par l’OMC et de ses politiques en faveur de la concurrence et
de la non-discrimination, mais aussi des conditions d’accès au marché pour les
marchandises et les services qu’il accorde aux autres Membres de l’OMC. Étant
donné que le Groupe de travail prend ses décisions par consensus, tous les Membres
de l’OMC et le pays candidat à l’accession doivent convenir qu’il a été répondu
à leurs préoccupations respectives et que toutes les questions en suspens ont
été résolues au cours de leurs débats. 2. Relations du Taipei chinois avec
le GATT/l’OMC Au début de 1965, Taiwan a demandé et obtenu le statut d’observateur
aux sessions de l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT
de 1947). En 1971, il a été mis fin à ce statut à la suite d’une décision de l’Assemblée
générale des Nations Unies reconnaissant la République populaire comme étant le
seul gouvernement légitime de la Chine. À sa réunion de septembre 1992,
le Conseil des Représentants du GATT a décidé d’établir un groupe de travail distinct
chargé d’examiner la demande d’accession du Territoire douanier distinct de Taiwan,
Penghu, Kinmen et Matsu (“Taipei chinois”). Le Président a déclaré qu’il avait
procédé à des consultations approfondies sur la question de l’établissement d’un
groupe de travail. Il a noté que toutes les parties contractantes avaient admis
le point de vue de la République populaire de Chine, selon lequel le Taipei chinois,
en tant que territoire douanier distinct, ne devrait pas accéder au GATT avant
la République populaire de Chine elle-même. 3. Hong Kong, la Chine et l’OMC
Hong Kong, alors colonie britannique, est devenue partie contractante du
GATT le 23 avril 1986. Le 1er juillet 1997,
la République populaire de Chine a repris l’exercice de sa souveraineté sur le
territoire de Hong Kong. À cette date, Hong Kong est devenue une Région administrative
spéciale de la Chine, ce qui lui permettait, entre autres choses, de conserver
le statut de territoire douanier distinct, de continuer à déterminer elle-même
ses politiques économique et commerciale et, sous le nom de « Hong Kong,
Chine », non seulement d’entretenir et de développer des relations, mais
aussi de conclure et de mettre en œuvre des accords dans les domaines économique,
commercial ou autres avec des États, des régions et des organisations internationales
compétentes. Par la suite, Hong Kong, en sa qualité de partie contractante au
GATT, a participé de plein droit au Cycle d’Uruguay et, en acceptant formellement
l’Acte final reprenant les résultats des Négociations commerciales multilatérales
du Cycle d’Uruguay, établi à Marrakech le 15 avril 1994, a accepté tous les droits
et obligations qui en découlent. En vertu de l’article XI de l’Accord de Marrakech
instituant l’Organisation mondiale du commerce, Hong Kong est devenue Membre originel
de l’OMC. Conformément aux arrangements décrits ci-dessus, Hong Kong continuera
d’être Membre de l’OMC sous le nom de “Hong Kong, Chine”. 4. Macao, la
Chine et l’OMC La République populaire de Chine a repris l’exercice de
sa souveraineté sur Macao, ancienne colonie portugaise, le 20 décembre 1999. À
cette date, Macao est devenu une Région administrative spéciale de la Chine et,
à ce titre, conserve ses systèmes économique et social, ainsi que ses politiques
économique et commerciale, et a toute faculté, sous le nom de “Macao, Chine”,
d’entretenir et de développer des relations, ainsi que de conclure et de mettre
en œuvre des accords dans les domaines économique, commercial et autres avec tous
les États, régions et organisations internationales compétentes. La République
populaire de Chine a indiqué alors que la Région administrative spéciale de Macao
continuerait à faire partie d’organisations internationales et d’accords commerciaux
pertinents tels que l’Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce.
Macao est devenu partie contractante à l’Accord général le 11 janvier 1991
et a été Membre fondateur de l’OMC à sa création, le 1er
janvier 1995. Le 20 décembre 1999, Macao est resté Membre de l’OMC sous le nom
de “Macao, Chine”. 5. La Chine dans le commerce mondial En 2000,
la Chine était le 7e exportateur et le 8e
importateur de marchandises — exportations : 249,2 milliards de dollars (part
de 3,9 pour cent), importations : 225,1 milliards de dollars (part de 3,4
pour cent). Pour les services commerciaux, la Chine était au 12e
rang des exportateurs et au 10e rang des importateurs
- exportations : 29,7 milliards de dollars (part de 2,1 pour cent), importations :
34,8 milliards de dollars (part de 2,5 pour cent). Sourcehttp://www.wto.org/french/news_f/pr...