 Initiatives
& Résistances
14 février 2009 10 ans de chavisme, et ça marche !
KNEZEK Muriel
Le bilan de la politique bolivarienne instaurée depuis
10 ans au Venezuela est satisfaisant à en rougir. L’heure est à la continuation
qui effraie l’opposition désemparée. Peu de chance pour que ça ne continue pas
de fonctionner, et pour longtemps.
Le 13 janvier dernier, Hugo Chavez,
président de la République bolivarienne du Venezuela, s’est adressé à la nation
lors d’un discours prononcé du Palais fédéral législatif afin de faire état du
bilan de sa politique depuis 10 ans, et d’annoncer ses intentions pour les mois
et années à venir.
Ce bilan relève, bien entendu, de l’application scrupuleuse
d’une gestion et d’une orientation politiques en adéquation avec les principes
d’un socialisme du XXIe siècle revendiqué dans le pays, mais également grâce à
la Constitution mise en place durant cette dernière décennie, qui a rendu possible
un tel projet national.
C’est effectivement en 1999, lors de l’arrivée
de Chavez au pouvoir, que pour la première fois dans l’histoire du Venezuela le
nouveau texte de la Constitution, élaboré par une assemblée constituante, est
soumi et approuvé à presque 72% par référendum populaire. Durant tout le XIXe
siècle et jusqu’à cette date, les différentes Constitutions amendées et réformées
qui se sont suivies n’avaient jamais fait l’objet de consultation démocratique.
Avec l’appui des partis politiques en place, défendant leur hégémonie politique
et économique sur le pays, seul le Président s’appropriait jusqu’alors le pouvoir
d’amender la Constitution. Le destin de la nation ainsi exclu de toute volonté
et décision populaires, promus uniquement à une libéralisation sans contraintes
et un maintien des relations de classes où tout ce qui pouvait être contradictoire
à cette tendance était considéré comme menaçant et défavorable.
L’heure
du bilan
Depuis cette première révolution législative impulsée par Chavez,
associée à la mobilisation de la population vénézuélienne par sa participation
et son éveil, ainsi qu’aux avancées sociales décrétées et menées par le gouvernement,
les résultats sont là.
Sur la période 1998-2007, les progrès sont vertigineux.
Les indicateurs sociaux – premiers baromètres d’une société – annoncent
un « indice de développement humain » (IDH) à 0,8836, en hausse de 27,7 %. Cet
indice évalue, de 0 à 1, le niveau de bien-être individuel et collectif, calculé
sur la base d’un rapport quantifiant santé, éducation et niveau de vie. Le coefficient
de Gini – qui mesure, de 0 à 1, le degré d’inégalité de la distribution des revenus
dans la société – a été réduit de 13,7 %, atteignant 0,4200, avec une perspective
annoncée à 0,4099 à fin 2008. Indice le plus bas de toute l’histoire du Venezuela
et le plus bas de tout le continent latino-américain.
La dépense sociale
dans le budget de l’Etat s’envole de 28,5 % avec des répercutions performantes.
Le seuil de pauvreté est passé de 48,7 % à 33,4 %, soit une baisse de
31,4 %. La compagnie pétrolière d’Etat, PDVSA, – nationalisée en 2007 – a ainsi
financé à hauteur de 13 millions de dollars des programmes de missions sociales.
Le salaire minimum a fait un bond de 120 à 799,5 bolivars, désormais le plus élevé
d’Amérique latine. Le temps de travail a été réduit de 44 heures hebdomadaire
à 36 et le taux de chômage est de 6,8 % à fin 2008. En 2005, l’Unesco a déclaré
le Venezuela « territoire libre d’analphabétisme », et aujourd’hui 14 millions
de vénézuéliens sont scolarisés, en rappelant que le pays compte 26 millions d’habitants
dont 8 ont entre 0 et 14 ans, soit 31 % de la population. L’accès pour tous à
l’université permet à 1,8 million de jeunes mais aussi d’adultes d’étudier contre
676 000, intégrés à l’époque au statut d’élite ou de classes aisées.
Les dépenses de l’Etat pour la santé sont passées de 8 % à 12,4 %. Les missions
Barrio Adentro offrent l’accès aux soins et aux médicaments en toute gratuité
à des millions de patients. 92 % de la population a désormais accès à l’eau potable
contre 82 %. Le réseau public de supermarchés Mercal, aux produits à inflation
zéro, accueille 11 millions de Vénézuéliens mensuellement et leur permet une économie
de 39 % par rapport aux grandes surfaces privées.
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| La
lutte contre la fraude fiscale des classes dominantes a permis de multiplier par
13 le montant des impôts perçus.
Cette liste non-exhaustive décrit une
émancipation humaine sans précédent en un temps record. Fruit d’efforts intenses
et constants répartis entre peuple et élus, et toujours dans la maîtrise parallèle
d’une agressivité permanente et sournoise de l’opposition toujours prête à démonter
ou enrayer la machine.
Chavez, dans l’ennoncé de son bilan et en exprimant
sa satisfaction sur cette première partie de la révolution bolivarienne, n’oublie
pas de mentionner les deux facteurs essentiels à la réussite de ce projet national
qui sont la participation collective grâce à la formation du peuple et l’inclusion
sociale.
L’approbation populaire de la gouvernance Chavez, sa reconduction
aux élections présidentielles ainsi qu’aux référendums révocatoires sont les preuves
qui défendent l’idée de prolonger cette marche socialiste jusqu’en 2013, date
des prochaines élections présidentielles. Le Venezuela est aujourd’hui le pays
du continent latino-américain où la démocratie est la plus aboutie, consolidée
par des lois et des règles issues d’une reflexion permanente.
Les mécanismes
technico-burocratiques d’antant, qui manipulaient et contrôlaient les masses,
sont évacués. Les moyens mis en œuvre pour substituer le social et engendrer une
alienation collective anéantis. Depuis 1999, l’inversion des valeurs est en marche
par l’expression populaire et celle d’un pouvoir en place qui est là pour redistribuer
les richesses et les transferer au peuple. Une transformation intégrale de la
société et de l’économie de la nation est véritablement en train de se réaliser,
où le noyau central de la politique du gouvernement sont les services publics.
Et ça marche.
Chavez ne s’en va pas
Fort de ce constat, à la
clôture de son discours, intercalé tout du long d’approbations et d’applaudissements
nourris et enthousiastes, Hugo Chavez a sollicité toute l’attention de l’assistance
sur une question d’actualité fondamentale. Son peuple a-t-il la volonté ou non
de vouloir ancrer sa politique dans la durée ? Chavez a ainsi formulé le souhait
d’entendre la voix des Vénézuéliens sur cette interrogation, seuls à même de décider
selon lui.
Peut-il prétendre à un nouveau mandat au-delà de 2013 ?
La réponse, unanime et immédiate de l’assemblée, a été claire et enflammée : «
Ici, celui qui commande c’est Chavez et la Révolution ».
Chavez, et sa
verve rhétorique, a argumenté sa proposition sur la base de l’expression sportive
: « On ne change pas une équipe qui gagne ». Ce qui, d’aucune façon, ne remet
en question le choix électoral par des élections libres ni le référendum révocatoire
à mi-mandat. Il souhaite seulement pouvoir installer de façon durable une stabilité
démocratique et prolonger le travail entamé, sans autoritarisme dont il s’est
toujours défendu, vérité qu’il veut absolument faire passer.
Afin de
poser ce principe de pluralisme et de liberté à sa suggestion, Chavez a soumis
également l’idée que les maires, les gouverneurs et les députés puissent aussi
être réélus. Chavez prétend ainsi dépersonnifier son image de pivot politique
et continue d’ouvrir la voie aux régions. Le caractère de l’émancipation, de l’indépendance
et de l’intégration régionale sur des bases progressistes une fois de plus démontrés,
c’est dans une perspective de culture de la paix et de l’autodétermination qu’il
désire asseoir l’avenir du Venezuela.
Faisant référence aux Etats tenus
par l’opposition actuellement (Táchira, Zulia, Miranda, Carabobo et Nueva Esparta),
Chavez met l’accent sur le fait qu’il n’abandonnera pas pour autant le peuple
de ces régions, et ce dans le respect des choix électoraux qui ont été faits.
Là-bas, depuis les dernières élections des gouverneurs en novembre 2008, la répression
sociale, la fermeture de missions, la persécution des opposants et des syndicats
voire d’assassinats sont monnaie courante, avec pour objectif de casser la révolution.
Mais puisqu’il est le Président, il persistera donc à être le Président
de tous les Vénézuéliens.
Consécration et campagne
Pour fermer
la séance, la présidente de l’Assemblée nationale, Cilia Flores, a annoncé qu’une
large majorité des députés accréditait la possibilité d’amender la Constitution
afin de cristalliser l’aplomb démocratique reconnu par tous, et convoquait une
cession extraordinaire pour le lendemain afin d’en débattre.
Approuvé
par le Parlement, le Conseil national électoral – l’autorité électorale du Venezuela
– recevait le 16 janvier 2009 le projet d’amendement. Le referendum sur la modification
de la Constitution du Venezuela visant le renouvellement illimité des mandats
électifs, dont celui du Président Hugo Chavez, était par conséquent fixé au 15
février prochain.
Cet amendement, qui concerne la totalité des mandats
électifs, modifie cinq articles de la Constitution (art. 160, 162, 174, 192 et
230) en reconfigurant uniquement les possibilités de réélection de tout élu. Pour
autant, la durée du mandat présidentiel restera de six ans.
La campagne
pour le « Si » est lancée. Hugo Chávez, dont l’émission télévisée hebdomadaire
Aló Presidente est suspendue durant toute cette période, fait campagne en prenant
un statut d’éditorialiste trois fois par semaine pour plusieurs quotidiens vénézuéliens.
La jeunesse, de plus en plus nombreuse depuis 10 ans sur la pyramide des âges,
est politisée, fraîche et mobilisée pour Chavez. La tendance est en faveur du
Si à 51,5%.
L’opposition, furieuse, inquiète et qui dit « No », s’égare
aujourd’hui dans une confusion la conduisant dans une dissociation psychotique
risible. Elle se laisse dire sur la chaîne télévisée Globovision que « Voter Si,
c’est voter contre la persécution perpétuelle » ou encore que « La solution, c’est
de faire sortir Chavez en 2014 ». Chavez rend fou ce noyau de l’oligarchie vénézuélienne,
qui montre peu à peu ses limites à la résistance sinon de prouver son état terminal.
Rappelons ironiquement qu’aujourd’hui au Venezuela, les grèves sont des grèves
patronales.
Prolongation
20 ans plus tôt, le Caracazo de février
1989 fut le prémice d’un réveil populaire. Au cours d’émeutes de la faim tragiques,
l’insurrection nationale enflamma tout le pays sous le régime de Carlos Andres-Perez
soutenu par le FMI. Avec une inflation de 200 % sur les prix, le Caracazo fut
à l’époque une révolte populaire sans leader qui montrait pour autant le début
du chemin vers la révolution. La forte repression, qui fit environ 3 000 morts,
laissa une trace indélibile faisant naître une nouvelle attente chez les Vénézuéliens.
Le processus d’une idéologie progressiste allait se construire au sein de la population
qui commença à croire que l’on pouvait changer les choses. Grâce à une mobilisation
constante avec trois manifestations par jour entre 1992 et 1993, le peuple était
décidé au changement. Carlos Andres-Perez fut finalement destitué en mai 1993
pour laisser place à un gouvernement social-chrétien « soupe au lait » de transition
dirigé par Rafael Caldera, qui fera sortir de prison Hugo Chavez, enfermé suite
à sa tentative de coup d’état en février 1992.
Celui-ci est en place
aujourd’hui, avec à ses côtés cette jeunesse du Caracazo. Ceux qui naissaient
à cette période ont 20 ans désormais, ceux qui avaient 10 ans en ont 30, ceux
qui avaient 15 ans en ont 35, ceux qui avaient 20 ans en ont 40, et caetera.
Mais combien sont-ils ?
Quel que soit ce chiffre astronomique, le Pape
vous dirait « n’ayez pas peur ». Cette fois, il aurait raison !
Muriel
Knezek
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